Créé le: 15.02.2016
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Jeu de mains, jeu de vilains

Nouvelle, Polar

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Scène de vie dans un bar glauque... Sur le thème de la "quinquitude" et en respectant la consigne de ne pas utiliser de verbes (ni à l'infitif ni conjugés, j'ai un peu abusés des participes ;) !), voici une courte nouvelle à lire à haute voix...
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Jeu de mains, jeu de vilains

Bar glauque, en sous-sol,

Plafond abaissé par les denses volutes de fumée.

Recoins sombres hantés par les regards tendus des hommes éméchés.

Un rythme martelé, sortant des haut-parleurs, noyé dans un étrange silence.

 

L’heure du défi.

Face à moi, cinq mains sur le zinc.

Les doigts bien écartés, la tension palpable dans leurs veines saillantes.

Mon couteau tranchant, effilé, menaçant leurs cinq fois cinq doigts.

Cinq fois cinq fois cinq phalanges.

Mal au foie !

Mais non.

Fermeté et zénitude.

Juste vaincre cette quinquitude,

Sans tremblement ni frisson malvenu.

Et zap zap zap zap zap !

En voilà une.

 

Jeu de mains, jeu de vilains – 2

Enchaînement rapide.

Zip zip zip zip zip !

Et de deux.

Respiration.

Profonde.

Perles de sueur, cueillies du revers de la main.

Soulagement perceptible chez les deux premiers.

Dans le regard torve du troisième, le reflet d’une tension certaine.

Tchac ! Tchac… tchac tchac et tchack !

Mission accomplie.

Maigres applaudissements de la masse avinée – quelques sifflets aussi.

Et deux, trois filles aux yeux doux, humides, leurs regards admiratifs posés sur moi.

 

Abstraction.

Encore deux mains.

Le zinc illuminé par leur double quinquitude.

Scintillement, éblouissement.

 

Jeu de mains, jeu de vilains – 3

Concentration.

Mon couteau leste, presque invisible dans l’air.

Whif ! Whf whf whf… whouf !

Ouf…

Point de blessure, point de sang.

Point de haine.

Juste ce défi absurde.

Alcool, gros bras, gros mots…

 

Et me voici.

Ici.

Maintenant.

Plus qu’un.

Le dernier.

Cinq doigts.

Mais aussi… cinq espaces.

 

Jeu de mains, jeu de vilains – 4

« ‘cause I believe I can fly »

En bruit de fond, chanson de circonstance,

Envahissant l’espace de son rythme lancinant, de son slogan porteur.

Envie d’évasion…

 

Secousse interne.

Éveil.

Recentrage, au plus profond de moi.

Focus exclusif sur la cible, mes cibles.

Envol du couteau.

Zah ! zah ! zah ! zah ! zahhh !

Bonheur total, au point de l’évanouissement…

Lente chute, disparition liquéfiée derrière le zinc…

 

Jeu de main, jeu de vilains – fin

Perçus à travers la ouate : gros rires, hurlements, applaudissements.

Deux bonnes claques.

Quatre, cinq grosses pognes… me voilà porté aux nues.

Rite d’adoption…

A quoi bon ?

 

Nausée, envie de fuite.

Au loin, très loin de ces brutes.

Mes nouveaux voisins.

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