Créé le: 04.10.2021
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Hygiène mentale

Poème en prose

Ah ! les idées... Beaucoup sont très contagieuses. Au bistrot, l’être le mieux armé inhale souvent une idée qu’un ami expectore entre deux gorgées de bière.
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Ah ! les idées… Beaucoup sont très contagieuses. Au bistrot, l’être le mieux armé inhale souvent une idée qu’un ami expectore entre deux gorgées de bière. Le premier symptôme d’une contamination est une euphorie. À ce stade, le mal peut encore être combattu par l’intervention musclée d’un spécialiste en blagues. Faute de ce traitement de choc, l’idée s’implante. Quel est le principal effet de son développement durable dans la machinerie cérébrale ? L’abrutissement linéaire, aussi nommé progression vers la moyenne. Un côté positif de cette pathologie est d’améliorer l’intégration sociale. Mais à quel prix ? Une étude menée sur 15’000 personnes montre qu’à partir d’une quarantaine d’idées le cerveau tombe dans un tel état d’insalubrité qu’il ne vaut guère mieux que celui d’un intellectuel médiatique.

Sur les conseils de mon directeur d’inconscience, j’ai suivi un séminaire de prévention des idées contagieuses. Je dispose dorénavant de toute une panoplie d’outils pour repérer le plus microscopique germe d’idée et pour m’en protéger. La règle d’or est de ne jamais aller au bistrot avec des compagnons qui n’auraient pas enfilé un préservatif sur leur esprit. Hélas, il y a des tricheurs… Une autre prophylaxie consiste à régulièrement absorber du contre-poison. Il s’agit d’un cocktail de principes qui permettent de volatiliser n’importe quelle idée dans l’espace des possibles. Malheureusement, les effets secondaires sont désastreux : scepticisme radical, troubles de la communication, isolement.

Une résistance de plusieurs décennies à la contagion des idées a conduit mon pote Alexandre à une dépression sévère. Une psychothérapie lui fut salutaire. Depuis qu’il est parvenu à inhiber son système immunitaire, il accumule dans ses réseaux neuronaux des idées virales qui le tirent sur les autoroutes du succès.

Pour moi, il est trop tard. Je mourrai sans idées, incompris de tous.

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