Créé le: 13.07.2021
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Dénia mon amour

Amour, Auto(biographie), Voyage

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© 2021 Aydan

Tu m'as vu grandir au fil des années. Je t'ai vu vieillir sans lassitude ni regrets. Je t'aime.
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Depuis mon enfance, je t’attends chaque année avec l’impatience d’un novice. Je ressens cela à chaque fois. Ces papillons qui, enfant, me chatouillaient le ventre à l’approche des vacances d’été. Cette routine aéroportuaire que je connais par cœur dans le moindre instant, le moindre détail. Des années que j’occupe la même place dans l’avion. Ce petit geste machinal que je fais toujours pour aligner ces petits bidules qui retiennent les tablettes. Ensuite, j’ouvre la bouche de mon climatiseur et je l’incline pile-poile sur mon visage. J’aime la fraîcheur dans les avions.

 

Je me marre toujours lorsque les hôtesses de l’air ou les stewards montre les sorties de secours et font les gestes avec les bras. Je ne peux m’empêcher de penser au sketch d’un humoriste qui disait que si l’avion se crachait, les gens de devant seraient dans la merde, au milieu aussi et à la fin pas mieux !

J’aime mes rituels. Toujours dans le même ordre. Je prends le magazine de l’avion, je le feuillette à la recherche des nouveautés et je profite pour regarder ce que je vais bien pouvoir prendre à grignoter. Je finis quasiment toujours par prendre leurs mélange de noix salées et une bouteille d’eau plate que j’ai, depuis des années, plaisir à contempler lorsqu’elle se comprime sous l’effet de la pression lors de l’atterrissage.

 

« Señoras y Señores pasajeros, la temperatura exterior en Alicante es de 25 grados ». Cette phrase, je l’adore. Il est 08h30 et je sais que dans quelques instant, la porte va s’ouvrir sur une autre dimension. Ma dimension.

Le soleil. Ma peau ne le perçois pas de la même façon. Je ne sais pas pourquoi, je ne peux me l’expliquer. Là, il me caresse, il me réchauffe jusqu’à l’âme, il ne me mords pas. L’air. Cette odeur de terre, de sable, de mer, d’oranges et de jasmin. Cette odeur que je pourrais reconnaître les yeux fermés parmi des milliers d’autres. Cette senteur qui rend mon cœur tachycarde, je m’enivre.

Depuis l’aéroport, je prends le taxi jusqu’à Dénia. J’éprouve le même sentiment de bien-être à parcourir cette distance encore et encore. Les collines, le taureau géant métallique surplombant une d’entre elles pour une marque de spiritueux et les lauriers roses bordant l’autoroute. La mer, enfin.

 

La Calle Campos. Cette grande rue qui va du port, où de gigantesques yachts de luxe sont amarrés, à la Plaza de la Glorieta. Cette petite place toute ronde aux arches de briques terracotta qui épousent si parfaitement les assauts des bougainvilliers en fleurs. Il en ressort de cette vision un charme fou. J’aime cette rue. Animée, folklorique, aux mils restaurants et boutiques. Où tout le monde se croise et se mélange. Où les natifs et les touristes de toute une vie sympathisent et se côtoient. Dénia est faite de ça. De mer et de montagne. De gens qui en tombent amoureux et ne peuvent s’empêcher d’y revenir.

Flâner. Marcher et contempler. Prendre le temps. Le temps de me revoir, enfant, sur une terrasse en dégustant un savoureux milkshake au chocolat débordant de chantilly qui elle-même dégouline de coulis de chocolat noir tiède. Le temps de remarquer que tel ou tel magasin a fermé pour laisser place à un nouveau. Le temps d’aller chercher mon journal satirique que j’achète là-bas depuis mon adolescence. Je n’échangerai ces souvenirs-là pour rien au monde. Je suis aussi fait de cela. Surtout de cela. Des souvenirs de totale plénitude j’en ai peu. Alors je m’y accroche comme un chien féroce qui protège et mordille avec délectation son os.

 

Le temps s’allonge. Les horaires sont fluides et nonchalants. Le repas de midi qui débute à quinze heures, celui du soir qui s’entame vers vingt-deux heures. Tout marche au ralenti. Le plaisir de manger une « empanidilla » au thon, poivrons et tomates histoire de tenir le coup entre deux repas. Le plaisir d’une terrasse avec une bière fraîche et une assiette de calamars à la romaine. Attention ! Pas les choses immondes que l’on peut manger surgelées mais un calamar fraîchement péché, recouvert d’une fine couche de pâte croustillante et la persillade qui va avec. Un met des plus savoureux en y ajoutant un fil de jus de citron.  Mes papilles sont déjà à la fête rien qu’en imaginant cette assiette.

Le soir, un panel des meilleurs charcuteries espagnoles. El fuet, el chorizo, el lomo embuchado, la cecina y el jamón iberico. Pas étonnant que le meilleur jambon cru au monde se nomme « Pata Negra ». Nous sommes les meilleurs en charcuterie, n’en déplaise à certains.

Un plateau de toutes ces merveilles puis un autre qui présente des tranches de bon pain, enduit de tomates bien mûres légèrement salées et sur lequel une pluie abondante d’huile d’olive aromatique et finement corsée s’y dépose. Pan con tomate. Si simple mais tellement bon ! Comme rincette ? Un rosé bien frais. Ces gammes de rosées, de nouvelle génération, qui n’ont pas à rougir, ou plutôt à rosir, devant un bon rouge ou un bon blanc. Mais que demande le peuple ?

 

Marcher. Les pieds dans l’eau saline encore tiédie par une journée de soleil intense. Faire glisser quelques algues entre mes orteils mouillés et sentir les grains de sable qui se rafraîchissent me chatouiller la peau. Ramasser divers coquillages puis des pierres joliment perforées qui viennent à rappeler les pierres ponces. Contempler le coucher de sa Majesté le jour en soupirant devant autant de beauté. Toutes ces choses simples qui, si souvent, me manquent cruellement le long de l’année.

 

Dénia mon amour. Que ferais-je sans toi ? Toi qui m’a vu grandir, moi qui t’ai vu vieillir. Toi qui m’a vu de joie pleurer pour te retrouver, moi qui ai l’impression, pour une autre, de te délaisser. Toi qui as été spectatrice de mes folies et mes secrets, tu m’accueilles pourtant à chaque fois sans rancœurs et sans regrets. J’emporte toujours beaucoup de toi en moi. La couleur de ma peau dorée, l’odeur iodée sur mes vêtements, quelques grains de sables microscopiques se glissant furtivement dans ma valise et une âme en peine errant dans le terminal qui mène à mon vol de retour.  Mais ne faut-il pas un déchirement pour mieux apprécier les retrouvailles ? Incontestablement, oui.

Bientôt, sois patiente. Dénia mon amour… J’arrive.

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