Créé le: 19.11.2021
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Cristobal

Culture, D'écrire l'artiste

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© 2021 Ema Cera

De biens belles rencontres lors d'une petite escapade nocturne aux pays des rêves...
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Un petit portail en fer. En l’ouvrant, on entre dans une cour, sans vie, délaissée par un été trop bref. Je ne suis pas seul. Il y a quelques visages connus autour de moi, mes compagnons de mots. Des présences qui me rassurent dans cette quête de l’Atelier de Cristobal Del Puey. À notre droite, une entrée donne sur un escalier étroit qui s’enfonce dans une bâtisse imposante. Nous montons prudemment, mais non discrètement, accompagnés par un grincement de bois à chaque marche franchie.

Sur le perron, une porte entrouverte laisse apparaître l’intérieur d’une salle de bain. Convaincus d’avoir fait une erreur, nous redescendons la petite pente.

La deuxième tentative est la bonne. À côté de la salle de bain, attiré par le liseré de lumière sur le sol, nous franchissons une porte discrète.

Nul ne pouvait imaginer ce qui nous attendait derrière.

Cristobal et Geneviève habitent une grange, retapée en atelier d’artiste. Quand on y entre, on devient rêveur. On quitte la réalité pour se retrouver dans un univers de couleurs, de matières et d’émotions. Mon regard ne sait où se fixer. Comme un électron libre, ils se promènent dans ce lieu atypique. Il survole les poutres qui soutiennent un toit hors de portée. Il s’étonne de cette guirlande lumineuse qui serpente entre ces casseroles en étain sur le mur de l’espace cuisine. Il n’a pas de limites, pas de cloison. Un 2e niveau surplombe la partie où nous sommes. L’atelier du peintre est à l’étage. On y arrive par un escalier flambant neuf qui détonne avec les poutres. De là-haut, on a une vue imprenable sur la partie inférieure, comme dans la tour de contrôle d’un aéroport.

Mais où est-il? L’artiste n’est pas là. Il arrive souvent que la personne la plus attendue se laisse désirer, comme une rockstar ou une mariée. Geneviève nous offre un verre de vin pour tromper son absence.

Tout d’un coup, il apparaît. Issu de nulle part. Je rate son entrée en scène. Il porte une chemise comme sur cette grande toile qui semble nous observer. Une élégante sobriété. La prestance de l’homme est désarmante. Elle ne coïncide en rien avec l’extravagance de ses toiles où les couleurs, textures, matières débordent du cadre dans un trop-plein d’émotions indomptables.

On aurait imaginé voir apparaître un “Dali”. On se retrouve face à un homme réservé sans être timide, aux antipodes de ce qu’il exprime dans ses toiles.

Il nous présente ses productions, en mettant en abyme sa propre personne au profit de son art. Je l’écoute avec une attention presque exagérée, mais authentique.

En regardant ses œuvres, on se dit que Cristobal porte la misère du monde sur ses épaules. Dans ses tourments, il exprime sa vision de l’humanité. Il nous présente le triptyque « La Rédemption », né dans une période favorable à l’affliction. Son créateur nous questionne sur nos émotions. Ils nous secouent. Certains en viennent aux larmes, d’autres aux armes sous le bouclier de la connaissance.

On aurait peut-être tous besoin d’une rédemption. Serait-il possible que l’art donne du réconfort aux esprits torturés ?

C’est de la lumière qui jaillit de cet homme-là. Et surtout pas d’obscures pensées.

C’est une envie incontrôlable de tout toucher, tout essayer, qu’il partage avec nous.

Je ne serais pas étonné si Cristobal devient un jour réalisateur de cinéma.

Son art qui déborde de ses toiles lui demandera de s’intéresser à d’autres moyens d’expression. Et j’en suis sûr, il franchira le pas…

On se retrouve à table pour un dîner aux chandelles comme des amis de longue date. Nous, les amis d’une seule date.

Une étrange complicité bienveillante s’installe entre nous, comme un enchantement.

C’est une soirée charmante qui se poursuit entre charcuterie fine et vin rouge.

Cristobal nous parle de sa passion pour l’être humain.

Il y a des trappes sur son plancher.

Peut-être capture-t-il les âmes intéressantes pour les cacher en attendant de les immortaliser dans ses peintures ?

Rattrapé par la réalité, je dois assez vite quitter ce monde pour revenir dans mon univers.

Je m’en retourne seul à mon arrêt des transports publics, triste d’achever cette soirée, mais inspiré pour la journée suivante.

Qu’il est morose ce tram rose ! Une seule couleur ! Quelle banalité !

Commentaires (2)

Marie Vallaury
21.11.2021

Quel beau texte, j'en suis toute émue. Il m'a ramenée d'un coup à cette soirée magique et haute en couleurs et en amitié. Merci !

Ema Cera
23.11.2021

Merci à toi ma chère compagnon de mots. J’aime beaucoup ces petits moments qu’Helena arrive à nous concocter. À bientôt pour de nouvelles découvertes de lieux improbables et captivants!

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