28.09.2019 590 0 Cold Case

Luc, Armelle, Jean-Joseph dansent. La danse des morts, commencée il y a 225 ans…
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Cold Case

Déjà il pleuvait. Cela mettait Luc de mauvaise. Parce qu’il devait rouler plus d’une heure par ce temps pourri dans la circulation maussade de l’autoroute. Parce qu’il aimait la pluie quand il pouvait la voir tomber depuis sa fenêtre, à côté de son chat noir aux yeux d’or et que aujourd’hui, il en était privé. A cause d’une promesse, qui maintenant lui semblait d’une légèreté ridicule et dictée par le désir imbécile de ne pas déplaire. Peut-être même que cette dernière raison était la principale cause de son état bougon, mais ça, il n’était pas prêt d’en discuter ni avec lui-même ni avec qui que ce soit. Elodie lui avait envoyé un plan muni d’une adresse qu’il avait pu entrer dans le GPS de son véhicule : 65-67 Bd Carl-Vogt et à sa grande satisfaction, il trouva immédiatement la place pour “personne en situation de handicap” dont sa fille lui avait parlé.

La pluie tombait drue et il se maudissait de ne pas avoir de parapluie. Le temps de quitter sa voiture et d’entrer dans le musée avait suffi pour tremper son pardessus. La jeune personne à la réception avait été d’une amabilité sincère et souriante. Elle avait gentiment débarrassé Luc de, comme il l’avait qualifié, son “buvard”, en parlant de son habit. Le musée venait de fermer au public, mais la jeune hôtesse lui proposa d’attendre Elodie dans la salle d’exposition permanente. Luc faillit lui demander d’attendre plutôt à la cafétéria, mais il sentit qu’il était au bord de la goujaterie. Aussi accepta-t-il avec une fausse reconnaissance la suggestion.

— Venez, je vous accompagne jusqu’à l’ascenseur.

— L’ascenseur ?

— Oui, la salle de l’exposition permanente est au deuxième sous-sol.

Luc avait réprimé un mouvement de recul. Les sous-sols pour lui, avaient une identité de cave pour ne pas dire de crypte. Mais il avait ce satané vernis d’éducation au socialement correct et il avait poliment suivi son guide. Après un court voyage de descente, la porte s’ouvrit sur un vaste espace qui présentait la collection permanente du musée.

— Voilà, je vous laisse à votre visite et vous souhaite beaucoup de plaisir. Elodie va vous rejoindre dans quelques minutes.

La porte de l’ascenseur s’était refermée sur son sourire et son au revoir. Luc se retrouva seul dans le silence du lieu. Il n’avait jamais aimé les musées. Depuis toujours, il avait dû lutter contre un morne dégoût qui l’envahissait peu à peu. Aujourd’hui encore il respire moins bien parce qu’il y a trop de choses mortes autour de lui. Des choses mortes façonnées et utilisées par trop de personnes qui sont mortes depuis longtemps. Dans son monologue funeste, il circulait lentement dans les larges allées. De loin lui parvenaient des échos de voix qui le rassuraient sur la vie qui restait dans cette nécropole. Puis une flammèche s’accrocha au coin de son oeil. Luc s’arrêta. Il avait décelé quelque chose qui avait allumé cette petite étincelle. Il revint sur ses pas et scruta du regard les objets déjà vus. Pourtant rien ne retint son attention. Il était dans la partie qui présentait des objets d’Europe et il avait le sentiment de retrouver là certains ustensiles qui peuplaient la maison de son grand-père. Puis son regard fut de nouveau accroché. Ce n’était pas par un objet, mais par un mot écrit sur un papier daté de 1794 : Vallorcine.

Il connaissait Vallorcine. Il y avait traîné ses bottes d’enfant. Pendant plusieurs années, il avait passé ses vacances d’été à Châtelard chez une connaissance de ses parents. Il avait gardé un souvenir 

lumineux de ce fond de vallée où dans le ventre de la roche se cachaient des cristaux aussi purs que des diamants. Sans doute aussi ce souvenir était-il magnifié par la présence elfique de sa cousine Amélie qui avait le même âge que lui, et avec qui il avait vécu les étés les plus mystérieusement puissants de sa vie. Et voilà qu’un papier vieux de 225 ans parlait de Vallorcine. Il s’étonna de trouver là, des traces de vie qui remontaient au delà des temps de ses propres souvenirs déjà presque anciens. Il ne put s’empêcher de retomber dans ses travers et ressenti le poids du nombre de mains qui avaient tenu ce papier. Depuis celles de cet agent de la révolution qui avait tracé ces lignes pour permettre à ce Monsieur Berguerand de vaquer à ses affaires jusqu’à Chamonix. Et là, dans le silence du musée, les temps passés et présents se mêlèrent pour nouer les fils de destins séparés de plus de 200 ans.

 

Dans la vallée, l’automne avait déjà bruni les pâturages. Les hommes rentraient les derniers produits d’une nature austère qui allait s’endormant pour l’hiver pendant que les femmes oeuvraient à la laine qui protégerait du froid. Mais Jean-Joseph était heureux. Son commerce de sel avec la vallée du Trient jusqu’à Martigny était préservé. La menace de la Terreur et du chaos, enfants de la Révolution, cette menace s’éloignait. Il avait obtenu en bonne et due forme, le document officiel qui lui permettait de conduire son commerce. Obtenir un tel document d’un agent national n’avait pas été chose simple, mais maintenant son laisser-passer signé du sieur Chamel était dans sa poche. Son mulet, Maître Edouard, dont les plaques en laiton qui lui servaient d’œillères teintaient, ne le contredit pas. Il avançait, d’un pas de sénateur, sur le sentier pierreux. A son bât étaient amarrés les sacs de sel qui 

étaient la promesse d’un commerce lucratif. Jean-Joseph connaissait bien les besoins de la vallée

et il s’arrêterait au hameau de Barberine, à Châtelard, Giétroz, Finhaut, Trient et plus loin encore. Il reviendrait juste avant les premières neiges. Peut-être aurait-il assez pour convaincre le père de Louise de lui donner sa fille.

 

— Alors papa, on rêve ?

Luc avait sursauté. Immergé dans l’écoute des lointaines mémoires de Jean-Joseph, il n’avait pas perçu l’arrivée d’Elodie.

— On pense, répliqua-t-il dans un sourire contraint en ouvrant ses bras pour enlacer sa fille.

— Tu m’étonnes, ça te plait ?

— Non, cet endroit est morbide, mais il y a là quelque chose … et dans une inspiration soudaine, il demanda : je peux prendre une photo ?

— Streng verboten décréta Elodie, mais tu n’en as pas besoin, tous ces objets sont publiés en ligne sur le site du musée.

Luc avait désigné du doigt le document et Elodie lui avait demandé son téléphone. Quelques instants plus tard, le texte manuscrit était à l’écran. Pendant le repas qu’ils avaient par la suite partagé ensemble, Elodie avait questionné :

— Mais pourquoi ce papier précisément ?

— Oh de vieux souvenirs d’enfance qui sont revenus avec ce papier et ce nom de Berguerand que j’ai

autrefois entendu.

Mais Luc n’avait pas trop envie de s’étaler sur des sujets qui le touchaient de trop près. Ça finissait toujours par des questions sur sa santé et sur des demi-mensonges. Quand ils se séparèrent devant sa voiture en échangeant des promesses, il avait cessé de pleuvoir. Luc avait fait un dernier signe de la main à Elodie puis avait programmé son système de navigation pour rentrer chez lui. Il avait opté pour un itinéraire de retour qui passait par les chemins de son enfance : Chamonix, le col des Montets, Vallorcine, Martigny. Ça lui changerait de l’autoroute s’était-il dit, même si au fond, ce n’était pas l’unique raison. Ce parcours lui donnerait en plus des occasions de s’arrêter. C’est ainsi qu’il rejoignit Chamonix en une heure et quinze minutes et que Vallorcine était sur l’autre versant du col des Montets. Mais c’était compter sans le brouillard. A cette altitude, une météo pluvieuse était invariablement accompagnée de brouillard. Et puis la fin octobre approchait et la neige n’allait plus tarder.

Le paysage avait disparu et Luc se retrouvait dans les volutes d’une brume épaisse qui ne laissait plus passer qu’une vague clarté. Il conduisait prudemment. La route permettait à deux véhicules de se croiser mais de justesse. Il se dit tout à coup qu’il n’avait croisé personne depuis Chamonix. Normal, s’était-il dit, les gens de la vallée connaissent les lieux. Il n’y a que les touristes comme lui qui cherchaient à passer le col par ce temps.

Peu avant Vallorcine, une bâtisse ramassée sur elle-même comme pour se protéger des éléments, apparut brusquement au détour d’un virage. Une enseigne lumineuse luisait avec le nom “Les Chanterelles”. Luc s’y arrêta, entra et s’assit sur un haut tabouret devant le bar en bois massif. Le silence était total et la voix éclata comme un coup de tonnerre.

— Alors quoi ? On s’est perdu ?

Luc, pour la deuxième fois de la journée avait sursauté.

— Excusez-moi, avait-il répondu, l’enseigne était allumée. J’ai pensé que l’établissement était ouvert…

— L’enseigne en fait, elle ne s’éteint plus depuis plusieurs jours. Pierrot doit passer pour voir. Mais il n’est pas encore venu. Mais non Monsieur, nous ne sommes pas ouverts. C’est le jour de nettoyage. D’ailleurs je viens de finir de passer la panosse. Mais puisque vous êtes là, je vous sers volontiers quelque chose.

— Je prendrais avec plaisir un café.

— Ouais, et bien moi aussi. Je suis éreintée.

Luc regardait la femme qui s’activait derrière une machine monumentale. Elle portait un jeans usé et une chemisette qui laissait voir ses bras et ses épaules couverts de tatouages. Luc la regardait avec curiosité. Elle semblait anachronique dans ce décor.

— Avec un génépi ou bien ? Elle avait d’autorité ajouté deux petits verres à côté des tasses.

— Mais oui, volontiers. On distille aussi cette herbe chez nous

— A votre accent vous êtes de pas bien loin, non ?

— Je ne suis pas de la région directement, mais j’ai bien connu Châtelard dans mon enfance.

— Ouais, autant dire que vous êtes du coin. Il y a longtemps, Vallorcine a dû voter sous la pression pour appartenir à la France mais la rivière coule vers la Suisse non. Et nous avec. Et puis Vallorcine a été fondé par une communauté de Walser. Des Valaisans quoi.

— Vous semblez bien connaître l’histoire de la région…

— Un peu. Quand on est née Devillaz et qu’il faut reprendre la maison familiale, on y baigne, dans cette histoire. Ne me dites pas que vous vous y intéressez. Il n’y a rien ici à part quelques vieux dahus égarés par le brouillard.

Luc avait souri en entendant la tirade de son hôtesse. En effet, sa démarche claudicante avait peut-être bien quelque chose de celle d’un vieux dahu.

— Devillaz est un patronyme qui est ancien à Vallorcine ?

— Ah mais ouiii, il semble vraiment s’intéresser répliqua-t-elle avec une étincelle de malice dans les yeux qui lui rappela brièvement le regard qu’avait Amélie quand elle se moquait de lui. Devillaz est aussi représentatif des anciennes familles de Vallorcine que les Ancey et autres Berguerand…

— Ça c’est pour le moins curieux coupa-t-il. C’est la deuxième fois aujourd’hui que le nom de Berguerand arrive.

— Comment ça ?

— Et bien figurez-vous qu’en fin de matinée justement… et Luc se mit à déballer toute son histoire.

 

A son insu, la trame de son destin déjà altérée par une fibre étrangère âgée de plus de deux siècles avait reçu un troisième ajout. Et le métier à tisser astral nouait maintenant l’image d’une autre scène. A la fin de son récit, il montra l’image du document que Elodie avait téléchargé :

 

Cold case

Liberté, égalité ou la mort,

L’on prie le Commandant du poste d’”nom du lieu illisible” et celui d’Argentières de laisser passer et repasser le citoyen Jean-Joseph Berguerand de Vallorcines désirant aller à Chamonix pour acheter du sel et vaquer à ses affaires.

À Vallorcines le 26 thermidor an 2 de la république française une indivisible démocratique.

JM Chamel agent national

 

— Oui… le nom Berguerand fait partie des plus anciennes familles de Vallorcine. Certainement de celles qui avaient le plus de puissance économique et politique aussi. On trouve plusieurs Berguerand, Ancey ou Devillaz dans les annales officielles de la commune. Je suis Armelle Devillaz et cette maison a été bâtie en 1847 par Antoine Devillaz. C’est bizarre votre papier. A ma connaissance, c’était mon aïeul Antoine qui avait son nom lié au commerce du sel. C’est d’ailleurs sûrement avec le produit de ce commerce florissant qu’il a pu engager la construction de cette maison, remarquable pour l’époque. Il en existe une autre plus ancienne encore au hameau de Barberine qui appartenaient à la famille Ancey. Les héritiers de cette construction ont créé une association et ils ont transformé ce lieu qui n’avait que très peu été modifié, en musée.

— Et vous, vous êtes de la famille qui est propriétaire de cet établissement ?

Armelle avait bruyamment soupiré et n’avait rien répondu. Elle avait saisi la bouteille d’alcool et avait rempli les deux verres à liqueur.

 

Cold Case

— On ne va pas s’embêter tout l’après-midi avec des vous. Je te l’ai dit, je m’appelle Armelle Devillaz avait-elle déclaré. Ici on ne peut pas boire le génépi avec des vous. Ça gâte le goût.

— Luc Pasquier répondit Luc en levant son verre. Puis après avoir trempé les lèvres dans le breuvage, il enchaîna : il y a longtemps que tu as repris les Chanterelles ?

— Depuis la mort de ma mère il y a cinq ans.

— Et ça fonctionne ?

Armelle avait souri. Elle avait des yeux gris avec des paillettes jaunes qui luisaient dans le jaune de la lumière.

— T’as vu le temps d’aujourd’hui ?

Non ça ne rapportait que de quoi survivre. Elle se battait pour obtenir un statut officiel de maison historique. Cela lui permettrait de payer les travaux de maintenance de l’architecture. C’est la raison pour laquelle elle gardait le café. Il avait son rôle à jouer dans le paysage. Ma mère était une figure du village. Après la cérémonie d’ensevelissement, nous nous sommes tous retrouvés ici, tous ceux qui l’avaient connue. La salle était tout empeufée, mais pour rien au monde nous n’aurions voulu être ailleurs.

— Et ?

— Et je ne suis jamais repartie. Je voulais mettre un peu d’ordre. Dans la maison… dans ma vie tu comprends. Ça m’a pris plus de temps que prévu… Y en avait des tonnes.

— Des tonnes de quoi ?

— Du fatras. Des vieilleries que plus personne ne savait encore à quoi ça pouvait bien servir. Autant dans la maison que dans ma vie. Alors pour ne pas faire trop d’idioties, dans la maison je veux dire, j’ai fait venir le conservateur du musée de Barberine et je lui ai demandé de faire le tri. Tout ce qu’il trouvait intéressant, il le prenait. Moi je gardais le droit de dire non. C’est depuis là que je me suis mise à étudier l’histoire de ce trou perdu. Enfin y vaut mieux laisser ça. Tiens regarde, C’est tout ce que j’ai légué à la Maison de Barberine. Armelle tendit à Luc son portable avec à l’écran une collection de photos.

Pendant qu’il faisait défiler les objets représentés, Armelle soliloquait de son côté :

— Voilà ! Et toi tu rappliques innocemment avec un papier plus vieux que deux cents ans et qui parle de Berguerand et de Chamel. Tu admettras, c’est zarbi.

Luc avait soupiré. Il avait bien cette intuition confuse depuis le matin de subir de façon absurde une suite d’événements comme un figurant mais à son habitude, il n’était pas prêt d’en parler. Du reste, il se faisait tard dans l’après-midi et il était temps d’avancer.

— Attends, maintenant que j’y pense, ton papier pourrait bien intéresser le pingouin officiel qui dirige les fouilles sur la route un peu plus bas, avant Châtelard. La main d’Armelle le retenait.

Luc apprit alors que des ossements humains anciens avaient été découverts lors de travaux de correction d’un pont sur l’Eau-noire.

Il eut brusquement la sensation presque physique de danger. S’il ne partait pas sur le champ, il risquait fort de ne plus partir pour la soirée aussi se pressa-t-il de prendre congé. En s’installant derrière le volant de sa voiture, il fit des signes d’adieu pour Armelle, seule dans l’entrée de sa

maison. Pour la deuxième fois dans la même journée, il faisait des signes à une personne qu’il avait aimé rencontrer. Le toit disparaissait un peu dans le brouillard qui formait un halo bleu autour de l’enseigne lumineuse “Les Chanterelles”.

La route était mauvaise, sans visibilité et Luc conduisait lentement.

 

Jean-Joseph avait vendu tous ses sacs de sel. Il rentrait plus riche qu’il n’était parti. Les habitants de la vallée l’avaient accueilli avec empressement car il venait plus tard que les années précédentes. Cela lui avait permis d’ajuster raisonnablement ses prix et les affaires avaient été plus que bonnes. Maître Edouard semblait sentir son écurie et il avait pressé le pas. Il est vrai qu’ils venaient de dépasser le hameau de Barberine et que Vallorcine n’était plus qu’à une moitié d’heure. Le front du mulet était dénudé. Jean-Joseph avait dû détacher la plaque de laiton dont un des trous de fixation s’était usé et ouvert après les hochements de tête incessants qui accompagnaient chaque pas.

 

— Mon pauvre Edouard, te voilà bien dépareillé, se disait amusé, Jean-Joseph. Il avait hâtivement glissé la plaque dans une des sacoches de cuir. Il lui tardait aussi d’arriver et le léger craquement sur sa gauche ne l’alerta pas. Pas plus que la silhouette qui apparut devant lui dans le brouillard.

— Hé l’ami, il ne fait pas bon d’être sur les chemins aujourd’hui, hein ?

La silhouette ne répondait pas et Jean-Joseph porta la main au fourreau de cuir dans lequel il gardait son couteau. Un léger frottement sur sa gauche lui fit pivoter la tête et le coup l’atteignit à la tempe. Il n’eut pas le temps de penser à Louise.

 

Luc, en obéissant à une autorité supérieure, avait arrêté sa voiture près des signaux lumineux du chantier. Il s’était enquis de la présence d’un archéologue et après avoir décliné son identité et cyniquement fait allusion au musée ethnographique de Genève, il demanda à lui être présenté. Les choses s’emballaient. Cela devait être. Depuis la visite du matin dans cette salle souterraine, les événements s’étaient délibérément enchaînés pour le conduire à ce lieu précis.

— Bonjour cher confrère… Luc avait été présenté comme un collaborateur scientifique du musée et il ne dit rien pour écarter les soupçons de cette imposture. Venez, poursuivit l’historien, c’est assez étonnant. Vous me direz ce que vous en pensez.

Luc avait vu. Il avait obtenu l’autorisation de prendre une photo. Il avait également présenté le laissez-passer de Jean-Joseph Berguerand.

— Oui cela pourrait coïncider. Mais ceci demande à être scientifiquement avéré.

Luc ne l’écoutait déjà plus. Il devait revoir Armelle. La nuit arrivait. Le halo était devenu plus grand et plus bleu. Il n’eut pas à attendre, Armelle avait déjà ouvert sa porte.

— Je t’ai vu revenir… que se passe-t-il ?

Luc un peu essoufflé lui montra le cliché pris quelques minutes plus tôt.

— Tu vois, là, le trou dans la tempe ? Et là, la disposition du squelette. Pour l’archéologue il ne fait aucun doute que l’homme est mort de façon violente. Il a d’autre part été enseveli à l’écart de toute église ou cimetière, ce qui va à l’encontre des règles et lois du moment.

— Du moment, quel moment, avait demandé Armelle.

Luc avait présenté la photo à Armelle qui l’avait observée longuement et silencieusement. Son visage s’était peu à peu défait sous le poids des pensées qui se bousculaient. Elle avait reconnu les plaques muletières. Elles portaient les mêmes inscriptions gravées que celle donnée au conservateur de Barberine: J J B

— Mais … ces plaques … ce sont les mêmes que celle que j’ai donné…alors … quelqu’un de ma famille … quelqu’un de cette maison …

Luc regardait Armelle avec ses propres pensées qui suivaient le même chemin sinueux.

Armelle avait le regard perdu dans le brouillard au-delà de la fenêtre.

— Si ça se trouve tu vas boire un dernier génépi avec l’arrière-arrière-arrière petite fille d’un assassin.

A cause de toute cette journée, à cause d’Armelle, Luc se surprit à répondre :

— Pourquoi le dernier ?

Commentaires (1)

Starben CASE
23.10.2020

Une ambiance qu'on rencontre dans les coins perdus, en montagne, en Valais... peu importe où. Suspens et mystère frissonnant!

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