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© 2018-2021 André Birse

Quelques idées persistantes après une journée en ville puis une soirée de fête et le retour à pied en longeant le lac. Une sorte de gueule de bois émotionnelle. Puis d’autres improvisations
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Ceux-là (inutile perfection de la vacuité)

Il tient des propos ébouriffants, scandaleux, assis dans ce lieu. Du transgressif, du déplaisant, au feu l’amour, à lui le sexe, graveleuses obsessions. Vu de dos, son pas paraissait peser sur les suivants. Il en sortait. Je suis entré. Cet autre qui en fait trop à sa table. Regard vide tendu vers, pour et contre le lien continûment; justification de sa présence à la recherche d’un autre le validant. Le troisième arrivera et je m’appliquerai à ne pas lui prêter attention. Attention à soi. Les exubérances de ce trio reconstitué assombrissent ces heures d’arrachement à l’hiver. Je disparais. A l’abri des regards. Billes en tête au souvenir des premières indifférences.

 

En relation, il y a toujours un incident qui vient, un autre qui attend. Les feux de la rampe éclairent mon strapontin. Je dois avoir tenu un propos, peut-être l’ai-je crié. Les mains abandonnées, le regard aurait dû comme un rideau être baissé. Il m’a semblé avoir quelque chose à dire qui ait pu faire autorité. Manquait un public. Etais-je seul dans la salle ? Perdu mon billet d’entrée, ramassé ma raison. Calfeutré dans un noir vieillissant, j’attendais la séance. Eux, les deux, sont venus, se sont glissés dans les rangées. Longtemps que je ne les avais pas vus. Nous étions dans une salle, théâtre ou cinéma, dans mon imagination. Indifférence des silhouettes, renvoi à l’ombre, corps maîtrisé, émotions périmées.

 

Il n’y avait rien à l’écran, aucun acteur non plus qui fût apparu. Un silence délétère me rappelant je ne sais qui. Tombé sur un ami au visage perché dans une ultime obscurité, j’ai cherché à l’entendre parler, m’y suis essayé. C’était très réussi, en aparté, assommant brouhaha des monologues.

 

Ceux-là

J’en suis. J’ai dû le faire aussi. Exténué, nue, nuées, nuances, exténuant. Remettre à plus tard dans le précipice du temps renouvelé. Défaire du lien en s’appliquant, étrange façon de disparaître. Je n’ai trouvé personne me confondant. Autre salle, ancien palais, remue-ménage des sensibilités. Qu’est-ce que le monde ? Je le lui demande. Il ou elle ne me répondra pas. C’est au fond de ces atmosphères que se régénèrent les périls. Pour tous en option. Nous sommes accablants. Eux aussi. Tirage au sort. Sous-titrage en amour. J’avoue n’avoir pas tout compris. Tranquillité faite, un cirque intérieur, Monsieur Loyal, un tigre, plus de clowns depuis longtemps. Trapéziste assassiné par hasard, dans la diversité des faits. Laissé ma place, accepté le dialogue avec le type d’en face, sans payer. Puis parti, je ne sais où, pour mieux demeurer, entre et à travers les soirs qui s’avancent. 

 

Ouvert une porte, croisé leurs regards. Peu d’amitié. Ce devait être un boulevard puis le tout s’est élargi. Désormais, c’est un non-sens. Je m’y tiens, aspire à reparaître. Semble tout interdit. Un spectacle très abouti. Pas encore fait pour la sortie. Il faut une porte, nécessairement. Une file d’attente, toute éveillée, de la lumière à l’extérieur. Un prétexte pour rentrer, chez soi, par les chemins à retrouver. Ils se sont quittés. Un grand arbre au dehors. Puis plusieurs avec le lac en profondeur. On devine le ciel. Etiolement de celui-ci. J’ai dû traverser quelque chose puis un chemin disponible m’a surpris. Trouvé la place et le temps moins long. Rythme de mes pas. Dialogues en jachère. Plusieurs lieux en un seul. Des certitudes à mâchouiller. Ce que tout le monde vit, eux aussi, je me surprends à le décomposer.

Mettre du temps, c’est toute une affaire. S’en réjouir et laisser passer. Une suite infinie de moments flétris. Il faut en effet s’accrocher. C’est valable pour ceux-là qui hier se sont fait exaspérants et ça l’est aussi pour celui qui, aujourd’hui, peine devenir as de la désespérance en réponse au  silence d’un grand n’importe qui.  

 

Inutile perfection de la vacuité. 

 

Un discours entendu, des silences bus. Les années qui se défilent à tombeaux ouverts. Faut oser. Rythme de mes pas. Saurais-je dire ces moments qui bien que fuyants encore inclurent quelques gestes chaleureux ? Une main donnée, un mot appuyé, une nature qui pourfend les grimaces et retombe pile, son sourire. Une porte entrouverte, un ici-là entrevu.

 

25  et 30 mars 2018

 

Brunch de Pâques

Le tram couleur panthère rose conçu par Pipiloti Rist, s’arrête aux feux, devant le Victoria Hall,  puis repart. Musique présente dans les cœurs, volutes d’espérances. Oh, rien de grave, juste quelques affiches prometteuses. La ville est calme, le nombre est à l’extérieur des murs. Deux couples jeunes s’attablent, calmes aussi extérieurement. L’une des femmes joue avec un appareil photo, grand format, puis les quatre s’amusent en se photographiant, chacun avec son smartphone, comme une bataille de polochons. Un enfant crie en courant après le moineau qui vient s’aventurer dans ce lieu de restauration. Je pourrais essayer « restaurer dans ce lieu d’aventures » mais la première version est plus conforme pour d’humaines et sociales raisons. L’aventure est frappée de lenteur aujourd’hui. Chaque seconde compte et les jeux de charme l’emportent sur toute autre considération. Du calme, de la sécurité et de la souffrance, le tout en et par extension. Brunch de Pâques 2018. 

 

Il faut ouvrir des portes, les journaux, les jours à venir. Quelqu’un prend la parole. Deux hommes deux femmes, autant de passés consistants, de présents volatiles et d’avenirs partiellement indéfinis. Ça fait douze, et l’on ne compte pas tout. Je n’aurais pas dû. Compter. Ce qui est dit, mots ou chiffres à l’appui, n’est pas très intéressant. Il s’est mal exprimé, seul, en couple et dans le groupe. On lui offre la suspension de tout intérêt à son discours. Ses propos n’étaient que vétilles hésitantes. Sûr qu’il n’en pense pas moins, voire mieux, mais il ne saura le dire. Ca reste figé, en rapport avec lui, réduit à soi, alors que l’autre fois trois demande à être émerveillé en prenant si possible part à la cause de l’émerveillement. C’est ainsi que ça se passe. Chez eux et chez nous.

 

Brunch de Pâques

Cette résurgence de Pâques à chaque retour. Difficile d’être le centre de tous les intérêts avec une histoire comme celle-là, susciter et ressusciter, qui a effectivement captivé depuis longtemps. Jouer de son charme, être de soi-même la plus éblouissante incarnation. Accepter le silence, boire son café, ouvrir la porte au moineau, en profiter pour sortir aussi et sans un regard pour lui qui déjà s’est enfui, accepter la fragile évidence de nos libertés démultipliées et la pesante condition de tous les groupes en société. Entendre en partant que dans le brunch l’ail paraît-il, aux dires de ma voisine, était un peu acide. Revenu à la rue, je m’interroge sur la cause réelle de l’acidité et fait quelques efforts vains et invisibles pour n’en être point imprégné. Caractère unique d’un instant qui se répétera avec et sans nous. 

 

Aucune vivacité du tragique qui se cache et rend le tout transparent, venteux et difforme. Le temps s’incruste et livre bataille. Nous faisons mine de l’ignorer et laissons le soleil nous rendre ses sourires. Plus rien ne rend compte et les voix s’effacent de génération en génération. La culture pose ses conditions et offre aux interlocuteurs le choix de leurs exigences vides et remplaçables. Il faut s’annoncer et rendre impavide demain le regard éloigné. Plus de traces, ni de coup d’aile. Renouvelons les effets du silence en son épaisseur feutrée. J’ai fait le choix constant d’inaltérables évitements.

 

1er avril 2018

 

Foutu d’avance

Je me présente. Je suis l’époux de Suzanne Vega. Nous nous sommes rencontrés par les ondes dans les années nonante. Sa façon de prononcer le nom Luca, si déterminée et douce à la fois m’avait séduit. La rencontre physique n’a jamais eu lieu. Je me suis contenté de l’émotion créée par la chanson. Nous en parlons parfois avec mon formidable ami, Johan Vermeer. Je me rends dans son atelier. Les lieux sont paisibles, calmes et la richesse intérieure de tout être resplendit aussitôt. L’envie de féliciter Johan pour ses œuvres me saisit à  chaque fois. Mais je ne le fais pas. Il n’aime pas qu’on l’admire. Son travail lui suffit. Il faut regarder en silence comme si ce n’était qu’une partie du monde. C’est ce que j’ai envie de lui dire, le fait que son œuvre existe révèle et magnifie la réalité. C’est à Suzanne que je le dirai  si je la rencontre dans l’atelier de notre ami. Mais, je ne la rencontre pas. Sa voix dans cette chanson, condamne le mal avec une belle et féminine autorité. Mais elle ne vient pas, comme la Madeleine de Jacques Brel, qui ne vient pas non plus. Ni Madeleine, ni Jacques. Où sont mes amis ? Parménide, est venu l’autre jour. J’étais intimidé. Il s’est adressé à moi avec une étonnante décontraction, me disant que nous étions ensemble à l’école. Ça me disait quelque chose. Il s’était comporté très amicalement avec moi. Je ne sais pas si j’ai correctement répondu à cette amitié. Je ne crois pas. Au fil des ans, certainement pas. Et surtout, je n’ai pas lu ses œuvres. J’en suis bêtement jaloux. J’aurais aimé écrire ainsi un poème sur la nature qui dise tout, élève tout, crée plus encore. Etre repris et commenté par Platon m’aurait également ravi. Mon orgueil en eût été flatté. J’aurais peut-être eu plus de chance de rencontrer effectivement Suzanne qui aurait alors forcé le hasard. Je ne peux en rester là avec cette question d’orgueil. Il faut en guérir.

Robert Kennedy était très précis sur le sujet. Il était orgueilleux lui aussi, cherchant le pouvoir, cultivant l’esprit de famille, en tant que chef, fière d’être fils, père, époux. S’il avait vu les gens amassés le long de la ligne de chemin de fer pour saluer son voyage funèbre de New-York à Washington en juin 1968. Cette tristesse et cette reconnaissance, comme projetées sur l’avenir. Des milliers de personnes qui saluaient le défunt candidat. Plantées-là, regardant, ne sachant trop que dire et moins encore que penser. Faisant un signe. Je regardais les images de ce cortège avec l’oncle Tom, un inoubliable compagnon. Chez lui, l’orgueil était très bien placé. Nécessaire et salutaire. Il semblait pouvoir faire face à n’importe quelle situation. Nous avons parlé de la qualité du comportement tout au long de la vie. C’était un homme incapable de mauvaises pensées. Je ne savais pas que cela pût exister. Son regard m’a fait du bien physiquement. Les yeux de Suzanne sont en amandes. Il m’était difficile de me sentir à sa hauteur et pourtant je la sentais blessée, elle aussi. Elle a son réel à détricoter et ses chagrins à chanter. Elle n’est pas mon épouse. Je l’avais imaginé. Oncle Tom en a souri. Robert Kennedy n’a pas ressuscité mais il m’aura beaucoup parlé du passage de la vie à la mort et de la banalité de l’assassinat. Milos Forman s’est toujours bien comporté avec moi. Il comprenait mes difficultés avec la réalité. Il en avait lui aussi. Sa représentation de la folie a fait l’objet de vives critiques par les frères et sœurs de la réalité vraie. Il m’a présenté Jack Nicholson qui m’a ignoré puis, Wolfgang Amadeus Mozart. Là c’est moi qui ai eu de la peine. Pour lui, d’abord, à le voir si humain devant son génie. Dans l’instant présent, avec simplement, une capacité de lecture d’un tout émotionnel par la providence de sa belle technique musicale. J’avais envie de leur parler ainsi qu’à mes collègues figurant.

 

Foutu d’avance

Une autre Suzanne est venue, avec son miroir, celle de Leonard Cohen. Je n’ai pas été très sympathique avec elle. Je lui ai dit, je n’aurais pas dû, « avec vous c’est foutu d’avance ». Elle a disparu. Enfin, son hologramme. Je vis dans un monde où les Suzanne sont projetées sur un fond de vie par des volontés numériques. Ce n’est pas toujours très drôle, ni tout à fait indolore. Mais c’est ainsi.

 

21 et 22 avril 2018

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