Une étrange épidémie ravage le monde, le seul moyen de l'éradiquer : le feu. Antoinette appuiera-t-elle sur le bouton rouge ?
Reprendre la lecture

Sa main suspendue au-dessus du gros bouton rouge hésita.

Elle balaya la table d’un regard circulaire, soupesant l’approbation générale.

Plongés dans la lumière tamisée du bunker depuis sept jours, ils avaient tous des mines graves. Figés par la crainte que ce geste impliquait.

Le silence s’abattit sur la cellule de crise.

Elle se savait seule face au dilemme.

— Madame la Présidente, interrompit un colonel les faisant tous sursauter, un message nous parvient des russes. Moscou et Saint-Pétersbourg vont être rayées de la carte.

— Que Dieu nous garde, souffla Antoinette Sarkozy.

— Dieu ? Que vient-il faire là-dedans ? coupa sèchement l’archevêque Eustache
Andrieux.

La Présidente le foudroya du regard.

— C’était une formule Monseigneur.

— Vous me rassurez Madame la Présidente, car ce qui se passe dehors n’est pas du fait de notre Créateur.

— Nous le savons tous ici. Mais puisque vous êtes là, l’Église aurait-elle une meilleure solution à apporter face à ce désastre ?

L’homme d’Église balbutia.

— Je vois… trancha Antoinette, plus prompt à dispenser des sermons plutôt qu’à trouver des solutions.

— Madame, je ne vous permets pas… s’empourpra Andrieux.

— Moi, je me permets Monseigneur. Si j’appuie sur ce bouton, nous retournerons à l’âge de pierre, là où votre Dieu n’avait pas encore sa place.

L’Église se renfrogna, inaccoutumé à se faire admonester.

— Madame la Présidente, intervint le général qui n’avait jamais caché ses intentions,
les statistiques de l’OTAN révèlent une propagation de l’épidémie. Londres, Berlin, Washington. Nos alliés sont prêts. Ils n’attendent que vous.

Elle médita ses paroles et se persuada que ce n’était qu’un horrible cauchemar dont elle allait s’éveiller.

— J’ai vu des proches changer… Les brûler par le feu nucléaire n’est pas LA solution et n’éradiquera pas le mal. Et, général, nous parlons de nos citoyens, pas de foutues statistiques.

— C’est le seul moyen en notre pouvoir… rétorqua-t-il, impassible.

Elle l’observa intensément. Il avait raison. Comment endiguer un fléau si ce n’est en le brûlant ?

Mais elle voulait se convaincre qu’il restait de l’espoir.

Elle suspendit son geste. Ferma les yeux.

A côté du général, Monseigneur Andrieux fulminait. Se faire rabrouer ainsi. Lui, si dévoué, si… comment osait-elle cette Marie Madeleine ?

Il n’écoutait plus les arguments des uns et des autres autour de la table. Il ne voyait plus que ces choses qui parcouraient les rues. Tous ces bêtes venues des tréfonds de l’inhumanité, emmenés par cette catin libertaire.

— Il faut éradiquer la Bête ! Appuyez nom de Dieu ! cracha-t-il.

Avant que tout ne brûle, Antoinette n’appuya pas.

Avant que tout ne brûle, l’Église claqua sa main sur celle de la Présidente, suspendue sur le bouton rouge.

L’épidémie de connerie qui ravageait le monde compta une victime supplémentaire avec Monseigneur Andrieux, un homme frustré, convaincu de sa légitimité, et capable d’entraîner l’humanité dans un nouveau paradigme. Et de tout brûler au passage.

On ne le dira jamais assez : « Les cons gagnent toujours, ils sont trop nombreux ».

 

FIN

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

J’ai comprisEn savoir plus