Au sens étymologique, l’autopsie est l’action de voir par soi-même. Chez les Anciens, c’était l’état d’âme de celui qui entrait en commerce intime avec les dieux.
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Pourquoi suis-je un salaud ? Il y a de multiples raisons. Je commencerai par la plus insignifiante : la raison philosophique.

Dans « La Nausée », Sartre dit : « Par définition l’existence n’est pas la nécessité. » Ailleurs, il définit le Salaud comme celui qui pense que son existence est nécessaire. Si l’on réunit ces deux définitions, on peut dire que pour Sartre, le Salaud est celui qui n’accepte pas la définition que Sartre donne de l’existence. Gonflé, le crapaud ! Donc je suis un salaud. Je le suis doublement, puisque Sartre, quand il en avait marre de jacter comme un batracien, confessait que le Salaud, c’était tout simplement le mec de droite.

Mon sens de l’humour m’a fait gagner des galons de triple salaud médiéval. Une féministe contemporaine écrit sans rire que « l’humour est un outil privilégié du sexisme, du racisme et de l’homophobie », « un outil d’exclusion », « un outil de dominant-e-s ». Quel régal pour un dominant comme moi de lire ce diagnostic ! Oui, je me marre en déconnant sur les blondes, les métèques et les amateurs de terre jaune.

Bien entendu, les néo-féministes ne sont pas des femmes. Depuis le paléolithique, les femmes n’ont jamais cessé d’aimer les salauds. Les salauds ont des couilles, les salauds sont des gagnants. Et comme la saloperie est influencée par les gènes, les gonzesses savent qu’un enfant de salaud a de bonnes chances d’être un salaud. Or toute mère souhaite avoir des gosses qui réussiront dans la vie. Mieux vaut enfanter des salauds que des lavettes. Quel poète chantera le drame épouvantable d’une mère ayant mis au monde un fils écolo, multicu, chochotte ; un dégénéré qui boit de l’eau minérale, mange du soja issu du commerce équitable et porte plainte à la moindre écorchure ?

Je plaide coupable de jouer le rôle d’avocat du diable avec le plaisir innocent de l’esprit libre. Merde ! c’est vachement plus stimulant de prendre la défense des réprouvés que de s’aligner sur la morale des larves.

Il est bon se comporter en salaud envers les êtres humains, mais, à notre époque de sensiblerie maladive, cela ne saurait suffire. Ne pas être végane permet au salaud classique d’avoir droit de vie et de mort sur les animaux. Chasse, pêche et corrida : mes trois Grâces !

Une théorie en vogue chez les mollachus nous déclare responsables des souffrances collectives que nous n’essayons pas de réduire, dans la mesure de nos moyens. Ah ! voilà qui m’offre un nouveau certificat de salaud, puisque je n’ai jamais œuvré pour combattre la misère et autres fléaux. Mieux, je suis une ordure, puisque l’idée de m’engager pour une bonne cause ne m’a même pas effleuré. Mieux, je suis un monstre, puisque je m’en contrefiche d’avoir une part de responsabilité dans les tourments des créatures qui peuplent ma planète. Mieux, je suis un diable, puisque j’approuve l’existence du mal, qui rend si passionnantes les aventures de l’homme et de la bête.

Les esclaves de la compassion envient secrètement ma vitalité de salaud magnifique.

Commentaires (2)

PZ

Pauline Z
09.01.2022

Un texte frappant, qui secoue les consiences. À croire que nous sommes tous des salauds ordinaires, indifférents à notre monde.

Cardinal de La Rapière
10.01.2022

« La grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à-dire immonde, atroce, absurde. » L.-F. Céline

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