Créé le: 11.09.2019
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Au prix d’un sacrifice

Nouvelle

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© 2019-2021 Kurt Fidlers

Les destins croisés de quatre personnages autour de la Grande Muraille et qui vont sceller le sort de l'empire Qin.
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Sun Zi l’avait écrit dans son manuel L’Art de la guerre trois cents ans auparavant : « Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation ».

Aujourd’hui, Zhang Han contemple l’ironie de ce précepte : au pied du Grand Mur gît, dans une mer de sang, une nuée de cadavre. Il vient de perdre la bataille de Julu.

D’est en ouest, aussi loin que porte son regard, les contreforts sont jonchés de ses défunts camarades, enchevêtrés les uns autres. On ne reconnaît plus l’ami de l’ennemi.

En cette nouvelle journée funeste, un vent tempétueux s’est levé avec l’apparition du soleil, signe réprobateur des éléments.

Sur le champ de bataille flottent les bannières de la Maison Qin, son empereur, et du clan adverse, les Chu.

Des femmes parcourent ce cimetière à la recherche de leurs époux, de leurs enfants, partis trop tôt.

Des larmes viennent au général.

Restés à ses côtés sur le Mur, certains de ses hommes contemplent le carnage dans un silence mortuaire. Zhang Han songe que de s’épandre sur le sort de ces guerriers, peu importe leur camp, lui vaudrait la désapprobation de sa troupe et de ses supérieurs.

Alors, il retient ses larmes.

 

La journée de travail a commencée aux aurores.

Depuis le village, le groupe de paysans, auquel s’étaient joints des ouvriers de villages voisins, arpente le chemin sablonneux, sur lequel, déjà, dardent les rayons d’un soleil rond.

Le jeune Dong Ma, d’une douzaine d’années, va et vient entre les hommes et les femmes aux regards vidés d’espoir.

Mais le jeune garçon ne les voit pas, baigné par l’insouciance de sa jeunesse.

D’un autre côté, des bruits courent, et ceux-là, il les entend. Au détour d’un échafaudage, derrière le Mur où sont façonnées les briques de lœss, il les perçoit. Discussions tout d’abord, puis murmures lorsqu’ils s’aperçoivent de sa présence.

Les paroles sont dures, empreintes de haine. Elles proviennent de la bouche de ceux-là même qui sillonnent le chemin en direction du chantier ce matin. Il les reconnaît. Leurs regards se croisent, mais s’évitent.

Ce sont des gens pauvres, des paysans faméliques que le règne tyrannique des Qin a poussé au bord de la révolte. L’accession au trône de Ziying, le roi, n’arrangera certainement pas les choses, aux dires de Liang Ma, son père, qui avait dépeint le souverain comme « un pantin de plus ».

Ce que Dong Ma avait compris des récits de son père, c’est que la politique ne tentait que de détruire. Les intrigues, les manipulations le dépassaient. Et où Liang Ma avait tenté de le prévenir, c’était que les années fastes étaient finies avec la révolte menée par le rusé paysan Liu Bang et Xiang Yu, son allié, général de l’armée Chu.

Et que lui, jeune homme à peine en âge de saisir la portée de ses paroles, devait se préparer à l’éventualité que ce qu’il avait connu jusqu’ici prenne fin avec la destitution de Ziying.

Mais il n’en a cure.

Sa seule motivation est de participer à une grande construction, brique après brique, rentrer chez lui 

le soir venu, dans la sécurité de la demeure familiale. Et ce n’est pas les coups de bâtons qu’il recevra pour avoir échappé à son précepteur qui le feront renoncer à son rêve de devenir bâtisseur.

 

Au bord de la rivière Wei, proche de Bashang.

Le courant est téméraire, il va sans relâche, semant des berges grasses ponctionnées d’arbres sous lesquels se sont abrités ses combattants. Des feux sont nés, des tentes ont poussées, et des groupes se sont formés. Certains hommes rient, oubliant momentanément l’épuisement qui les étreint.

Une semaine auparavant, Liu Bang avait pris le col de Hangu, et maintenu une légion d’hommes pour imposer sa légitimité à la région du Guanzhong. Depuis, il cerne la capitale impériale, Xianyang.

Par messager, il a fait savoir au roi Ziying qu’il tiendrait sa promesse de le prendre comme chancelier, ce, contre la volonté de son allié, Xiang Yu, qui marche en ce moment même sur la capitale. Il sait le roi acculé, toutes ses retraites son coupées. S’il décide de fuir, il sera pris en tenailles par ses hommes et ceux de Xiang Yu.

Liu Bang est convaincu que le roi n’aura pas d’autre choix que de se rendre, plutôt que de plonger son peuple dans un nouveau bain de sang.

Il retourne dans sa tente encadrée par plusieurs guerriers aux mines sévères, transpirants de chaud. Quelques heures s’écoulent, Liu Bang profite d’un repos relatif, toujours sur ses gardes, car il sait que les espions rôdent, prêts à le frapper.

 

Zhang Han est rentré à la garnison de Xianyang avec ce qui reste de son armée. La bataille a été perdue

et probablement la guerre avec.

Liu Bang a coupé la retraite de l’armée du Fils du Ciel qui, pourtant, persiste à se maintenir sur le trône. Son armée s’est déplacée au bord de la rivière Wei, il ne s’agit plus que d’une question de jours avant qu’il fonde sur la capitale.

Les jours de Ziying sont comptés, songe Zhang Han.

Le sol est poussiéreux, le temps sec. Les allées et les rues sont vidées de ses habitants qui, dans l’incertitude, se terrent chez eux.

Alors qu’il aborde les marches du quartier général où sont disposés une meute de soldats, et dont il ignore les regards de biais, un conseiller ruisselant s’avance, ne prend pas la peine de s’incliner comme le voudrait le protocole, et le fait pénétrer dans l’enceinte.

Après avoir déambulé à la suite du conseiller, Zhang Han est introduit dans une vaste salle ceinte de colonnes, où, dans le fond, sur une estrade, sont assis en tailleur les généraux et leurs conseillers militaires, vêtus de leurs amples shenyi.

Le général, dans un mouvement fluide s’agenouille, dépose son sabre à sa droite, et salue tête contre le sol les officiers auquel il fait face.

Leurs regards sont durs comme l’acier, leurs sourcils froncés et leurs postures rigides. La sentence ne se fait pas attendre. Le premier à parler est le général Wu Mia, son beau-père.

– Zhang Han, nos messagers nous ont informés de votre échec à la bataille de Julu contre l’armée de Xiang Yu. Quant au clan de Liu Bang, il se trouve au bord de la rivière Wei en ce moment même. Pourriez-vous expliquer à ce conseil comment l’armée du Fils du Ciel a pu être mise en déroute ?

Le général connaît la position délicate de son beau-père, pris en étau entre son devoir envers l’empereur et celui de sa fille. Il ne peut se permettre de perdre la face devant ce conseil.

Tiraillé entre un sentiment de haine et le respect qu’il doit à Wu Mia, Zhang Han contient l’envie de se révolter contre la légitimité de ce conseil. Car il faut se l’avouer : la guerre est perdue.

Mais devant les visages impassibles, il s’imagine qu’une confrontation ne pourra que pousser ce pouvoir déclinant dans ses retranchements et faire de son échec un exemple. Et de sa famille par la même occasion.

Il reste agenouillé tandis qu’il parle d’une voix claire.

– Vos messagers ont bien œuvrés. Malgré notre préparation, nous n’avons pas su contenir la révolte de Xiang Yu. Notre stratégie n’était pas en cause, ni nos décisions. Nous avons été submergés par le nombre.

L’officier à la gauche de Wu Mia, un noble au visage dur dit :

– Tu prétends que l’armée du Fils du Ciel n’a pas été capable de repousser une révolte menée par ces paysans ? Remettrais-tu en question la toute puissance de notre empereur ?

– Je dis que les hommes se sont bien battus, mais que face à la colère du peuple, on ne peut rien.

– Ta faute est grave Zhang Han. Le déshonneur est sur ta famille. Pendant plusieurs générations, elle portera le fardeau de ta responsabilité.

Le voilà le vrai masque du conseil, songe le jeune guerrier. On fait porter la responsabilité de cet échec sur un subalterne pour se soustraire à sa propre culpabilité.

Il comprend que sa seule issue est d’admettre sa « faute ».

Après de longues secondes d’hésitation, que le conseil aurait pu percevoir comme une insulte, Zhang Han, s’inclinant, répond :

– Shì. J’attendrai la sentence du conseil.

Tous approuvent sans mot dire par un signe de tête. Ils semblent satisfaits. L’entretien est clos.

 

Le soir venu, sur le chemin du retour, Dong Ma, s’est glissé hors des rangs des ouvriers pour, subrepticement, se fondre dans la capitale. Longeant les murs à la faveur des ombres, il se faufile par les brèches dont lui seul connaît l’existence, ignorant le risque d’être surpris par les gardes aux endroits stratégiques, dont il s’étonne du nombre. Quelque chose se prépare.

Serait-ce à cause des discussions qu’il aurait entendues sur le chantier ? De la chute de Ziying ? De la proximité de l’armée de Liu Bang ?

Il remonte l’allée du jardin de sa maison. Tout est illuminé, l’endroit est tranquille. Trop tranquille pour le rassurer.

Passé le seuil de la demeure, un parfum d’encens le saisit. Soudain, le jeune garçon se fait interpeller par son grand frère, Cuong Ma. Il a quelques années de plus, et Dong Ma ne s’entend pas très bien avec lui. Probablement parce qu’il fait tout pour s’attirer les faveurs de leur père.

– Où étais-tu ? lui jette-t-il à la figure, les dents serrées, une main agrippée sur son avant-bras.

Devant le mutisme de Dong Ma, Cuong Ma s’empresse de répondre à sa place.

– Encore à la Grande Muraille, à patauger dans la fange avec ces… ces paysans…

Le jeune garçon reste stoïque, maître de lui comme l’avait appris son précepteur. Pourtant, il perçoit dans le regard de son frère une lueur non pas de colère, mais d’une intense tristesse. Quelque chose en lui a disparu. Ce n’est plus le même Cuong Ma qui le domine.

– Que se passe-t-il mon frère ?

Cuong Ma, devant la sévérité du regard de son petit frère, lâche prise, baisse la tête, les yeux au bord des larmes. Et dans un murmure, il dit :

– Père est mort à la bataille de Julu.

 

La lune est pâle et ronde. Zhang Han s’est faufilé hors de l’enceinte de la garnison. Il longe les murs, ombre parmi les ombres.

Elle est là. Dissimulée derrière un saule, dans la discrétion de la nuit, silhouette menue et délicate dans son hanfu couleur crème.

Le guerrier s’approche d’elle.

– Zhang Han, dit-elle en se jetant dans ses bras.

Le parfum délicat de bois de santal vient aussitôt l’enivrer alors qu’il réfugie son visage dans le creux de son cou, caressé par sa chevelure noir de jais. Un moment délicat dans lequel il se laisse fondre avant de l’embrasser tendrement.

– J’ai eu si peur pour toi, mon amour, murmure-t-elle d’un ton implorant, ses yeux sombres au bord des larmes.

– Ne t’inquiète pas. Tout est fini maintenant, répond-t-il en lui écartant une mèche de cheveux.

Mais il sait qu’il ne peut tromper Li Mia. Elle le connaît .

– Qu’est-ce qui te tracasse mon bien-aimé ?

– La guerre est perdue. Tous ces morts… c’était…

Un sanglot s’étouffe au fond de sa gorge.

Li Mia approuve par une main délicate sur la joue de son amant, rappelé par le souvenir douloureux de la bataille.

– Tu as fait ce que tu as pu. N’écoute pas les rumeurs.

– Li, nous ne pouvons pas rester. Liu Bang et ses hommes sont aux portes de Xianyang. Dans les jours qui viennent, il va prendre possession de la cité et du trône.

 

La nuit est tombée sur le campement et découpe les reliefs des monts avoisinants.

Liu Bang est réveillé par Zhang Liang son conseiller militaire, un stratège hors pair.

Le visage grave, il l’informe que Xiang Yu, son allié a reçu son message et qu’à sa lecture, il était entré dans une colère noire.

Il lui explique qu’après la bataille de Julu, le général a tenté de prendre le col de Hangu et de renier la force que Liu Bang avait maintenu en place, s’estimant spolié par ce dernier. En aucun cas, Liu Bang n’avait la légitimité de se proclamer roi de la province du Guanzhong, d’en subtiliser toutes les richesses et d’empêcher Xiang Yu d’y pénétrer.

La province lui appartenait, elle lui avait été promise par l’empereur Yi.

Il avait accueilli la mort de son père avec beaucoup de maturité. Le corps rigide reposait dans une pièce où, autour de lui, avaient été déposées des offrandes.

Le jeune garçon lui avait touché la main, l’avait embrassé avant de lui dire adieu à jamais. Il était sorti de la maison sans prêter attention aux invectives de son grand frère et de sa mère. Désormais, ses pas le conduiraient vers son propre destin, et ce, au prix d’un grand sacrifice. Celui de ne plus vivre dans l’ombre de son père, ni de celle de son frère d’ailleurs.

Sous l’ombre des remparts, le garçon avait glané les discussions des gardes. Ils parlaient de la porte de Hong et de Liu Bang. Un piège allait lui être tendu par son allié, Xiang Yu.

Une aubaine pour Dong Ma.

 

Les amants s’étaient jurés de fuir la bataille. Mais Zhang Han ne pouvait se résoudre à oublier tout ce qui s’était passé les jours et les mois précédents.

Il avait fait jurer à Li Mia de l’aider à reprendre son rôle de guerrier dans cette bataille qui allait se jouer ces prochains jours.

Elle avait approuvé à contrecœur, consciente de sa loyauté envers son père, fidèle au roi Ziying.

 

Le lendemain, sur la plaine qui se déroule devant les portes fortifiées de la cité impériale, Ziying, suivi de sa cour et de tout l’honneur qui lui est dû, se rend pacifiquement à Liu Bang.

Le pouvoir des Qin n’est plus qu’un souvenir.

Liu Bang prend possession de Xianyang sans violence, comme il l’avait promis.

Dong Ma était resté la nuit sur une tour de guet, à observer le firmament baigné d’étoiles, obnubilé par le rêve d’une construction grandiose avant que la torpeur le saisisse.

A mi-chemin entre l’éveil et le sommeil, il en appelle à l’aide des dieux. La réponse ne tarde pas à lui venir sous la forme de Fu-Zang Long, le dieu dragon gardien des trésors.

Subitement alerte, Dong Ma se redresse.

Comme un écho à sa requête se tient devant lui le dieu. Lumineux, terrifiant, gigantesque. Sa queue serpente, ondule telle une vague. Il exécute un plongeon de côté, fond sur le Mur, dépasse la tour de guet où se tient Dong Ma, et s’éloigne sur les crêtes, plus loin vers le nord, lui montrant la voie.Subjugué, le cœur battant, Dong Ma suit du regard le dragon et trace mentalement sa direction, jusqu’à ce que le dieu dragon disparaisse plus loin au nord.

Une fois disparue, le jeune garçon reste à contempler cette vision.

A cet instant, il sait exactement ce qui lui reste à faire.

 

La Porte de Hong, Xianyang.

La nuit est sur le point de tomber. Auréolés par le soleil déclinant, les abords du palais de l’empereur Qin destitué sont baignés par une mer rougeoyante. C’est le signe d’une mort certaine pour Liu Bang. La sienne ou celle de son alliance avec Xiang Yu, il ne sait.

Il avait reçu l’invitation de son allié pour célébrer leur victoire et pour « discuter ». Aux yeux de Zhang Liang, celle-ci avait le goût d’un traquenard. Mais connaissant Liu Bang, il savait qu’il ne renoncerait pas à s’y rendre.

Sur les marches qui mènent au banquet, affublé de son double sabre et de sa tenue de cérémonie 

shenyi, Liu Bang ordonne à ses cent hommes de rester à l’extérieur de l’enceinte. Il est accompagné par son conseiller sur les nerfs. Liu Bang, lui, paraît serein.

A son entrée, la salle des festivités est déjà pleine des officiers et des proches de son allié qui vient le saluer, accompagné par son perfide conseiller Fan Zeng, un maigrichon aux traits acérés.

Aussitôt, Liu Bang s’incline, présente ses hommages à son hôte, et s’excuse pour la gloire qu’il lui a volée en prenant le Guanzhong.

– Laissons cela pour le moment mon ami. Ce soir, nous fêtons la victoire sur l’oppresseur, rétorque Xiang Yu, feignant l’animosité qu’il lui porte.

Le général Chu désigne la table d’honneur où Liu Bang est placé face au Nord. La place du subalterne. S’il refuse l’affront, Xiang Yu y verra une tentative de s’insurger contre son autorité. Contraint, Liu Bang accepte la place qui lui est attribuée.

Zhang Liang est placé face à l’Ouest.Xiang Yu, aux côtés de Xiang Bo, son oncle, et aussi grand ami de Zhang Liang, s’assoient face à l’Est, la place que Liu Bang aurait en théorie dû occuper. Fan Zeng, face au Sud.

On amène du vin. Les discussions vont sur un ton léger, malgré la tension sous-jacente que Liu Bang sent au creux de son estomac.

Les festivités se déroulent sous l’œil acéré de Zhang Liang, qui ne quitte pas son homologue Fan Zeng du regard. Il le sent prêt à frapper Liu Bang à la moindre occasion. Et ce n’est pas les signes insistants qu’il adresse à Xiang Yu qui lui échappent. Ce dernier pourtant, et contre toute attente, fait savoir qu’il n’est pas disposé de frapper Liu Bang, du moins, pas immédiatement.

Au fil de la fête défilent des femmes, dont les danses d’une rare grâce emplissent le palais du

froissement de leurs robes amples. Une musique lancinante accompagne leur ballet.

L’une d’elle, proche de Liu Bang, lui glisse subrepticement un billet dans la main, geste qui n’échappe pas à Zhang Liang.

Après les danseuses, les festivités se poursuivent avec un cousin de Xiang Yu, qui exécute une danse de l’épée. Xiang Bo propose de se joindre à cette joute, sous le consentement de Xiang Yu.

Liu Bang sent que l’instant est proche. Il est sur ses gardes et adresse à Zhang Liang un signe de mise en garde.

La tension est à son comble.

S’ensuit un rythme effréné d’attaques, de parades entre les deux protagonistes. Leurs corps se cabrent, évitent, attaquent, et à plusieurs reprises, Xiang Bo offre son corps en guise de protection contre les attaques visant à frapper Liu Bang. Et encore une fois, Xiang Yu maintient sa position en signifiant à Fan Zeng de ne pas nuire à la vie de Liu Bang.

C’est là l’unique occasion pour Liu Bang d’échapper au sort qui lui est réservé.

Zhang Liang en profite pour s’éclipser quelques minutes du banquet, convoque Fan Kuai, un général de Liu Bang, et lui confie les tablettes de jade de Ziying qu’il devra remettre à Xiang Yu en guise d’offrande après que Liu Bang ait quitté le banquet.

De retour à la fête, Zhang Liang adresse un signe à son Seigneur.

Liu Bang s’excuse momentanément auprès de son hôte, une envie pressante l’oblige d’utiliser les latrines.

Une fois dehors, Liu Bang se fait interpeller par deux gardes l’airs menaçants aux couleurs de Xiang 

Yu.

Le traquenard se referme sur lui. Quand soudain, les hommes s’effondrent à ses pieds, sonnés. Derrière eux se tient un jeune garçon. Dans sa main, Liu Bang entrevoit ce qui semble être une pierre.

– Merci mon garçon. Quel est ton nom ?

– Dong Ma.

– Tu m’as sauvé la vie. Comment pourrais-je m’acquitter de ma dette envers toi ?

– Devenir votre architecte. Je veux bâtir votre Grande Muraille. Je l’ai vu, Fu-Zang Long me l’a fait voir.

– Le dieu dragon ? s’étonne Liu Bang.

Dong Ma opine et enchaîne :

– Pour commencer, je vous ai fabriqué ceci. Il lui tend la brique qu’il tient dans la main. « Elle est plus résistante que les briques de lœss ou que tout autre matériau qui compose le Mur. Ce sera la pierre angulaire de votre pouvoir maintenant que vous avez vaincu Ziying ».

Liu Bang réfléchit, et dit :

– Retrouve-moi au campement de Bashang demain soir, je pense que nous allons bâtir de grandes choses ensembles.

Le paysan n’a pas fait quelques pas, qu’il découvre des chevaux tenus par un soldat à l’arrière du palais.

– Qui es-tu ?

– Général Zhang Han, dit-il en s’inclinant.

– Tu as été vaincu à la bataille de Julu.

– Oui.

– La femme qui m’a remis le mot, qui est-ce ?

– Li Mia, la fille du général Wu Mia. Elle a pris un risque énorme pour vous transmettre le message.

– Tu l’aime ?

– Oui, Seigneur.

– Quel est ton prix ?

– Devenir général dans votre armée, et un sauf conduit pour Li Mia.

Liu Bang rit à gorges déployées.

– Tu fais preuve de beaucoup d’audace général Zhang Han. Il réfléchit, et rajoute : « Mais j’aime ça. Viens me retrouver demain à la tombée de la nuit au campement de Bashang ».

Zhang Han s’incline.

– Merci Seigneur.

 

Tandis qu’il chevauche en direction de son campement, Liu Bang songe aux routes qui l’ont conduites jusque-là. Il rêve déjà d’un grand empire : celui des Han. Son nom sera inscrit dans l’Histoire et gravé dans le Mur qu’il aura fait rebâtir. Encore plus grand, encore plus loin au Nord. Et ce n’est pas ses alliés qui l’en empêcheront. Ceux-là, il devra les sacrifier.

A cet instant, il ne sait pas encore que tous ses rêves se réaliseront.

 

FIN

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