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Au coin de l’ordinaire chapitre 14

La bouche pleine, des miettes collées au coin de la bouche, Jérôme terminait son café en jetant un coup d’oeil au journal du dimanche qu’il avait ramené avec les croissants, tôt ce matin, à l’ouverture de la boulangerie. Son épouse et Pierre dormaient encore. Lui, n’avait presque pas dormi. Il avait réfléchi toute la nuit aux propos de Jean-Marie.

 

Finalement, sa relation avec Bernadette tenait plus du passe-temps que de la passion et il n’allait pas sacrifier son confort, sa famille, ses ambitions politiques et économiques pour une bonne femme qui lui avait, certes, permis de passer de bons moments mais qui dans l’immédiat menaçait de tout détruire en révélant ses agissements. Et il aurait beau tenter de mettre tout sur le dos de Jean-Marie qui avait proposé et organisé les deux meurtres, ce dernier était trop habile pour ne pas au mieux l’entraîner avec lui dans sa chute , au pire le charger seul de ces crimes. Il allait donc obtempérer.

 

Il laissa un mot sur la table de la cuisine expliquant qu’il avait du travail, partait au bureau et ne voulait pas être dérangé jusqu’à son retour.

 

A peine sorti de la villa cossue située dans une banlieue huppée de la capitale cantonale, il appela Bernadette.

Il avait de la chance : Bernadette, « L’apparition » comme la surnommaient ses subordonnés, était seule ce matin. Ses enfants passaient tout le week-end chez leurs grands-parents paternels. Le paternel proprement dit, lui, avait disparu de la circulation avec une danseuse brésilienne il y avait presque une décennie.

Jérôme joua le grand jeu : bouquet de fleurs, champagne,excuses, mots doux, promesses de divorce et de vie commune. Après une matinée au lit, Jérôme fit parler sa maîtresse et n’eut aucune peine à lui extirper des récriminations et de précieuses informations sur ses enseignants et en particulier sur celles et ceux pour qui la conscience professionnelle prenaient largement le pas sur la soumission et l’obéissance aux caprices et aux abus d’autorité de leur directrice.

 

Elle lui parla longuement de Louis Ravoire, le professeur d’anglais et de français, et par ailleurs professeur de classe de Pierre, le fils de Jérôme.Ce dernier avait eu le tort, d’abord de sanctionner Pierre pour une agression raciste sur un de ses camarades de classe puis de le soutenir dans sa prise de conscience sur les méfaits de la xénophobie et du mépris affiché par ses parents sur tout ce qui n’appartenait pas à leur milieu. Selon Bernadette, « cet espèce de gauchiste attardé et d’écolo à la manque » vivait maintenant seul dans une ferme d’un village des environs. « Pas étonnant que sa femme soit partie » répétait Bernadette, mise au courant par les commérages, bruits de couloirs et rumeurs qui circulaient à l’intérieur de l’école.

 

Jérôme buvait ces informations comme du petit-lait : non seulement il venait de trouver un coupable potentiel en raison de ses tensions avec la directrice mais en plus, ce dernier vivait seul, aurait de la peine à fournir un alibi et, cerise sur le gâteau, Jérôme se vengerait par la même occasion de l’humiliation ressentie lors de l’entretien qu’il avait eu avec ce prof à propos de son fils Pierre.Il interrompit sa maîtresse :

– Tu ne peux pas le faire virer, tout simplement ?

 

– Il y a longtemps que j’y ai songé mais tu ne te rends pas compte. Etre directrice ne te donne plus, et malheureusement, tous les pouvoirs. Il faudrait vraiment une faute grave et lui, la seule chose qu’on puisse lui reprocher est de suivre ce qu’il appelle sa conscience professionnelle plutôt que les ordres de sa hiérarchie, en l’occurrence moi. Et la seule fois où j’ai essayé de le faire tomber pour insubordination parce qu’il avait refusé de sanctionner un élève qui s’était absenté pour aller voir son frère à l’hôpital, il a ameuté les syndicats et pire, s’est même fait soutenir par l’inspecteur !

 

– Provoque-le un peu, il finira bien par faire une connerie. Je ne sais pas moi, accuse-le de monter mon fils contre ses parents, menace-le.

 

– C’est une idée. Je dois le revoir demain.

 

– Très bien, n’hésite pas, vas-y ! Enerve-le, pousse-le à la faute et arrange-toi pour que ta secrétaire ou quelqu’un d’autre l’entende te hurler dessus. L’insulte et la grossièreté à l’égard d’un supérieur devraient suffire à mettre en route une procédure de licenciement et tu seras débarrassée de ce trublion qui a apparemment une bien mauvaise influence sur ses collègues qui seraient presque sur le point de ne plus avoir peur de toi, ce qui serait plutôt inquiétant.

En fin d’après-midi, Jérôme quitta Bernadette avec un plan relativement précis : Si quelqu’un pouvait témoigner de l’hostilité de Ravoire à l’égard de sa directrice et que ce dernier soit seul chez lui un soir de la semaine, il lui suffisait de trouver un lieu et un moment choisi pour liquider cette dernière en laissant quelques indices permettant d’identifier clairement le prof comme étant l’auteur du meurtre.Et quelques indices ne devaient pas être trop difficiles à obtenir chez quelqu’un qui vivait seul dans une maison isolée ! Il rentra chez lui après un détour par le bureau où il ramassa en vitesse quelques dossiers en attente, histoire de rendre plus crédible son absence dominicale.

 

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Le souffle court d’avoir couru dans la neige, les joues rouges de froid, Francesca s’affala dans le canapé du salon pendant que je mettais la cafetière en route. Nous avions passé la journée à nettoyer et ranger les traces de l’invitation de la veille, à faire l’amour puis à nous promener main dans la main sur les sentiers de la forêt toute proche. La bise et le froid mordant de ce jour contrastaient agréablement avec la chaleur des sentiments et du fourneau qui ronronnait.

 

Le soir tombait. Demain commençait une nouvelle semaine. Autant j’aimais mon métier, autant je n’aimais la contrainte du lundi matin. Mais il est vrai qu’à partir de maintenant, je verrai peut-être

 

Au coin de l’ordinaire chapitre 14

la vie avec un regard moins désabusé et fataliste. Francesca ouvrait sa boutique assez tôt et c’est avec peine qu’elle se décida à rentrer chez elle, en ville, pour être à pied d’œuvre et en forme demain matin.

 

( à suivre)

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