Mon feuilleton de l’été/ suite
Reprendre la lecture

Au coin de l’ordinaire chapitre 10

Mercredi: J’avais un peu traîné ce matin : L’écoute d’un reportage radiophonique sur la faim dans le monde ( au petit-déjeuner, c’est presque quelque chose d’indécent…) m’amena à la limite du retard. Je filai en vitesse. J’arrivai à l’école cinq minutes avant le début des cours. J’avais le français en première heure.D’entrée de jeu je leur annonçai une rédaction. Je leur demandai de narrer en quelques phrases la farce de hier qui leur avait permis d’échapper à l’expression écrite ( rappelons qu’ils avaient simulé une dispute et des propos racistes pour déclencher un conseil de classe en lieu et place de la rédaction programmée).

 

Après la rédaction , nous ouvrîmes une discussion sur une lecture commune que nous avions terminée la semaine passée : « La grammaire est une chanson douce », d’Erik Orsenna . Ce roman, parce que c’en est un malgré son titre peu avenant pour des écoliers, nous entraînait à la suite des héros, deux enfants, sur une île peuplée de différentes tribus de mots. Ces mots prenaient vie, agissaient en fonction de leurs caractères et de leurs lois et nous permettaient par ailleurs une réflexion quasi philosophique sur la communication. Dans l’ensemble, les élèves avaient beaucoup apprécié et nous décidâmes que la semaine prochaine, nous relirions leurs rédactions en s’attachant à la construction des phrases et aux liens possibles avec ce qu’ils avaient retenu du livre.

 

Le reste de la matinée s’était bien passée : Histoire dans une classe, anglais dans une autre, Rien de particulier à signaler.Le soir, après l’école j’avais réunion . Au programme : la préparation des activités à option de la dernière semaine, l’aménagement de la cour de récréation, le bilan sur

les échanges avec des classes d’autres régions linguistiques, les problèmes de discipline dans les bus suite à diverses plaintes déposées, sans mentionner les « divers » qui duraient parfois autant que les programme officiel. Le dernier sujet me laissait perplexe. Les problèmes de comportement dans le cadre de l’école avaient nettement diminué suite au projet de l’année passée sur les règles de vie. La persistance de disputes, de provocations et de vandalisme dans les bus prouverait-elle que nous n’avions réussi qu’à leur faire craindre les sanctions ou cela tenait-il uniquement à une minorité d’élèves, enfants-rois et sans limites éducatives à la maison ?

 

Nous avions la chance de savoir nous écouter, de respecter et d’utiliser nos différences, bref de bien nous entendre et nos réunions se déroulaient en général de manière efficace et dans la bonne humeur

 

Plus tard, le même soir, réunion de parents . Le premier couple, des gens très modestes d’origine kurde, travaillant tous les deux dans la même usine, avaient demandé cette réunion pour parler des devoirs qu’ils peinaient à contrôler en raison à la fois de leurs horaires de travail et de leur propre scolarité. Ils s’inquiétaient. Je leur proposai d’inscrire leur fille aux devoirs surveillés. L’élève concernée, studieuse, volontaire, d’un comportement agréable, aimée et bien encadrée par ses parents, présentait des résultats satisfaisants. Ils avaient surtout besoin de parler, d’être rassurés et acceptèrent avec enthousiasme ma proposition malgré les frais d’inscriptions. J’aimais bien ces moments d’échange.

 

Les suivants, c’était une autre paire de manches : Le père, M. Jérôme Reblochon, ( ça ne s’invente

pas mais, tout compte fait, mieux vaut s’appeler Reblochon Jérôme que Cuche Armand , Jean Gross ou Jean Naiplu ! ) promoteur immobilier, était un notable de la ville où se trouve notre école. Il était également membre du comité cantonal de « l’Union nationale », un parti nationaliste, populiste et xénophobe qui cartonnait dans les sondages, tant il est facile de manier mensonges et propagande pour réactiver les frustrations et canaliser les peurs sur des boucs émissaires, en l’occurrence les étrangers. Madame n’était pas en reste et professait haut et fort le même credo idéologique que son mari. Au moins un couple qui apparemment s’entendait et partageait quelque chose : c’était déjà ça !

 

Ces deux géniteurs étaient sûrs d’avoir engendré la septième merveille du monde. Ils étaient là parce que leur fils avait violemment agressé, sans raison, un camarade de classe portugais d’origine cap-verdienne, donc, faut-il le préciser, de peau noire. De surcroît, ce petit chéri n’avait pas exécuté la sanction infligée ( une lettre d’excuses). La discussion s’enlisait et le papa dérapa souvent dans un racisme primaire que la bonne éducation de ce monsieur ne parvenait pas à masquer. Je restai poli mais maintins la sanction en acceptant « qu’ils en réfèrent à mes supérieurs » puisqu’ils n’acceptaient pas que leur rejeton assumât les conséquences de ses actes même de manière aussi anodine que quelques mots d’ excuses.Je rentrai fatigué et de mauvaise humeur.

 

J’imaginai qu’il en était de même pour eux.

 

Au coin de l’ordinaire chapitre 10

A la maison, un message de Hans sur le répondeur m’informa que tout était en ordre pour samedi soir: il viendrait, Pietro aussi, avec leurs familles au grand complet. Pietro avait retrouvé Lucie à l’hôpital de Sion, amnésique suite à une agression .Il nous en dirait plus samedi. Un message de Ferran me confirmait aussi sa présence au repas dont je devais encore prévoir le menu.

 

( à suivre)

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