“2100 ZONE AMA” décrit une société, parmi d’autres possibles, dans un siècle. Cette fiction sociale met en scène une jeune fille, Jo, qui, en devenant adulte, découvre et commence à comprendre le monde qui l’entoure.
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Chapitre 3: Révélation

Le lendemain matin, dimanche, Jo se réveilla avec un gros mal de tête qui lui tapait les tempes. Nam dormait près d’elle et Jo eut très envie de la caresser. La peau de Nam était douce et veloutée, avec un grain très fin. Jo ferma les yeux et commença par poser sa main sur la base du cou, elle descendit très doucement sur l’épaule, longea le bras, s’arrêta au creux du coude, où la peau est si douce et fragile. Elle bougeait les doigts tout doucement, en rond, et glissa jusqu’à la paume. Nam soupira et lui demanda de dessiner son corps. Jo, en suivant le contour du bras de Nam, dessinait dans l’espace le bras tel qu’elle le voyait. Et Nam sentait le bras de l’extérieur, et plus comme un membre de son corps. Les frissons lui montaient dans le cou, ses seins se durcirent, Jo continuait son voyage du bout des doigts. Elle remonta vers l’épaule et passa sous le bras, l’endroit où la peau frémit, humide et tiède. Jo, toujours les yeux fermés, plaqua sa bouche sur le sein de Nam et commença à téter le mamelon. Sa main gauche abandonna la zone humide du bras pour les cuisses. Elle s’arrêta au genou, et remonta le long de l’intérieur de la jambe, ralentissant quand la peau commença à frémir. Jo posa sa main à plat sur le pubis de Nam et enfonça sa langue dans la bouche de son amie. Pendant qu’elle l’embrassait, leurs salives mélangées, sa main gauche tournait vivement autour du bouton de rose de Nam, qui finit par tendre les jambes, glissant ses propres doigts dans sa fente mouillée.

Quand Jo sentit que Nam était tendue et proche de son plaisir, elle se tourna et posa ses lèvres sur le clitoris de Nam, qui gémit de son plaisir.

Jo aimait bien faire l’amour à Nam, elle savait comment la faire venir, et n’utilisait jamais un clittoy quand elles étaient ensemble. Jo pensait que la nature leur avait donné un sexe, des doigts et une bouche pour se faire plaisir, la peau étant sans doute l’endroit où elle aimait le plus s’attarder. Elle finit par ouvrir les yeux. Nam était couchée sur le dos, les jambes ouvertes, elle souriait en la regardant.

– Merci

– Pourquoi merci, j’adore te faire l’amour, c’est comme un réveil de printemps, ton corps est tellement doux et beau quand il se tend.

Nam se tourna et caressa le ventre de Jo.

– C’est à moi de te donner du plaisir maintenant,

– Oui j’aimerais bien, mais on doit partir, tu as vu l’heure? On va rendre visite à Mami Li et il est déjà tard

Nam fit la moue,

– Tu peux bien rester encore un moment au lit, j’ai aussi envie de te goûter.

Jo sentit la saveur de sa bouche, la saveur de Nam, un peu fade et sucrée. Nam était déjà entre ses jambes, la bouche sur son sexe. Elle se laissa aller et sentit la vague monter de ses pieds jusqu’au plaisir. Elle tendit les bras au-dessus de sa tête et son corps se relâcha.

Swan était assise devant, à coté de Georges, et Kim derrière, près de Jo. Elles étaient un peu en retard mais Kim avait appelé Mami Li pour la prévenir. Georges était très élégant. Il aimait tout particulièrement les dimanches ou elles allaient chez Mami Li, il le lui avait expliqué une fois qu’il était de bonne humeur. “Mami Li est une femme qui comprend beaucoup de choses, et elle sait donner leur valeur aux gens” lui avait-il dit. Jo réfléchissait à la valeur des gens. A-t-on une valeur en soi, a-t-on une valeur par le regard des autres, y a-t-il des gens qui peuvent donner, ou enlever de la valeur?

La route passait à travers la ville, sa ville. Jo aimait la façon dont elle était construite: il y avait un cœur, le centre, un centre historique, avec de vieux immeubles et des fontaines qui entouraient une place ronde. Les immeubles se dressaient fièrement, chacun regardant celui à sa gauche et à sa droite. On disait qu’avant, les bâtisseurs ne voulaient pas que certaines maisons soient favorisées, et qu’il ne devait pas y avoir d’angles, pour ne pas avoir des façades plates et des murs de traverses pour d’autres. Alors toutes les maisons donnaient sur la place, et les rues s’égrenaient comme des rayons depuis le centre. Autour de ce cœur s’étaient construits des quartiers, en arcs de cercle, pour conserver la valeur originale donnée par les architectes du temps. Et chaque arc était comme un pétale, vu depuis le ciel, on avait une vision magnifique d’une grande fleur qui s’étalait sur le sol jonché de champs. Jo habitait dans un quartier chic et calme qui se trouvait sur une colline, pas très loin de son université.

Mais Georges sortait déjà. Ils atteignaient la limite, nette, de la dernière rue arrondie. Les maisons de ce quartier de bordure avaient un regard sur la ville et un autre sur les champs, Jo pensa que c’était là qu’elle voudrait habiter, face aux champs. Mais une autre image lui traversa simultanément l’esprit: ces maisons avaient une vue sur les champs tant qu’un nouveau quartier ne se construisait pas. Donc tôt ou tard, il y aurait un voisinage. Oui, mais, dans combien de temps? Cela valait-il la peine de jouir d’un si bel horizon, même si ce n’était que pour quelques années, voire quelques mois? Le temps se coupait-il réellement en minutes, heures, jours, semaines, mois et années? Jo pensa qu’en fait le temps était constitué de segments, chaque période de temps étant une unité correspondant à un moment de vie. Ce moment pouvait durer une heure, comme le trajet pour aller chez Mami Li, ou bien une semaine, comme pour une semaine de vacances au loft du bord de mer, ou bien des années, comme les années qu’elle avait vécues maintenant dans la maison de saman et de Swan. Tous ces moments n’étaient en fait chaque fois qu’une unité de temps, dont la durée pouvait varier, mais dont la tension dans l’esprit ne dépendait pas. Vivre, ne serait-ce qu’une journée face à ces champs, resterait un événement remarquable et marqué dans son souvenir, avec autant de force qu’une semaine dans un autre endroit quelconque. « Le temps est lié à l’émotion, et non aux heures qui passent» conclut-elle.

Jo rêvait en regardant les champs: certains étaient dorés, d’autres portaient cette couleur vert tendre qui donnaient envie de les croquer comme une salade fraîche, d’autres étaient déjà moissonnés, et seules restaient des tiges courtes et raides sur une terre brune et chaude.

Jo aimait la campagne, elle y trouvait un apaisement profond, elle oubliait les autres choses. Le spectacle de la nature l’aspirait comme une grande bouche de bonheur et de sécurité. L’herbe pousse, la fleur fleurit, le cerisier donne des cerises. Autant de vérités qui rassuraient à chaque fois qu’elle y pensait. “Je suis sûre que le cerisier est d’accord avec ma notion du temps”, il y a pour lui quatre saisons, donc autant de segments de temps, et peu importe que la durée soit de quatre mois ou plus ou moins. Il y a un printemps, pour construire, un été, pour mûrir, un automne, pour cueillir, et un hiver, pour mourir… mourir et sourire car le printemps revient toujours.

Kim, Swan, Jo et Georges arrivèrent donc chez Mami Li un peu en retard. En plus Georges ne connaissait pas la nouvelle maison, il avait dû demander au gardien du village comment s’y rendre. En arrivant, Jo resta médusée devant la maison. La maison en elle-même n’avait rien de spécial, elle était construite comme les autres, à l’image d’un pavillon pratique, simple, sans étage, sans escaliers, sans chichis particuliers. Mais la vue était époustouflante ! La maison donnait sur la mer, en plein vers l’ouest, et le soleil tapait sur la terrasse comme un feu de joie. Les lauriers roses, les bougainvilliers, les fleurs de jasmin écrasaient les murs. Toutes ces fleurs devant cette mer bleue et profonde qui s’étirait en contrebas de la maison éblouissaient le regard. Mami Li la prit dans ses bras et lui susurra à l’oreille: “C’est beau, non?”. Et Jo de répondre: « la mer est bleue comme un orage”.

Jo aida Mami Li à sortir le plateau avec les boissons pour l’apéritif. Mami Li était une adepte du spritz, un breuvage peu connu qu’elle adorait: il y avait quatre tiers, le premier d’un alcool amer

d’orange, le deuxième, de vin blanc, le troisième d’eau gazeuse. Le quatrième tiers nécessaire consistait en glaçons. Mami Li avait appelé ce cocktail spritz après un voyage qu’elle avait fait il y a longtemps. Georges était aux anges, il souriait et s’empressait autour de Mami Li pour la servir. Elle riait beaucoup. Elles étaient toutes les trois attablées sur la terrasse, admirant la mer, et Mami Li raconta à Jo:

– Alors voilà l’histoire de cette maison. Vous vous souvenez, je logeais plus haut avant, dans le pavillon 37. Et j’étais sur une liste d’attente pour avoir vue sur la mer dès que ce serait possible. Ici vivait une femme que je ne fréquentais pas vraiment, gentille mais rien de plus. Et quand elle a dû quitter pour aller en maison spécialisée, on m’a proposé de reprendre la maison. Cette femme s’occupait beaucoup des fleurs et des plantations, je suppose que tu as vu la beauté du jardin, Jo. Il a suffi de repeindre, de changer les rideaux et de déménager. Kim et Swan m’ont bien aidée, merci. Je suis ravie, je ne me lasse pas de voir et revoir la mer changer comme un tableau vivant. Les bleus évoluent, les courants font varier les mouvements, la lumière est différente à chaque heure que je le regarde. Un tableau vivant. J’ai beaucoup de chance, je suis enchantée.

Elles avaient passé l’après-midi à discuter de tout et de rien, Kim avait raconté ses nouvelles responsabilités dans cette association de femmes dont elle était présidente, Jo avait parlé de l’uni, de ses examens qui approchaient, du défilé auquel elle avait assisté la veille. Et toutes sirotaient du spritz en regardant la mer. Georges s’affairait à la cuisine, allait chercher des affaires à la cave, interrompait Mami Li toutes les cinq minutes pour lui demander s’il pouvait faire quelque chose …>

pour elle et s’agitant comme un bébé chat qui ne s’arrête jamais de jouer. Elles étaient parties faire une promenade dans le village, pour dire bonjour à des amies de Mami Li et admirer les plates-bandes. Georges ne les avait pas accompagnées, il rangeait la maison.

Après le petit tour traditionnel du quartier, Kim et Swan étaient restées chez une amie pour parler avec des copines à elles qui étaient aussi en visite. Jo et Mami Li s’étaient assises sur la terrasse, devant une tasse de café que Georges avait préparé. Mami Li avait insisté pour que Georges s’asseye avec elles, et elle lui avait posé quelques questions. Tout à coup, Georges, sans raison apparente, avait raconté qu’il avait emmené Jo dans la zone. Jo était clouée sur sa chaise, elle n’arrivait pas à bouger. Quel idiot! Elle s’était jurée de ne rien dire à personne, même pas à ses amies proches, et surtout pas à saman, et voilà que Georges le lançait à Mami Li dans une discussion qui avait l’air d’être aussi banale que de parler du temps de demain !

En entendant Georges lui dire qu’il avait emmené Jo dans la zone, Mami Li se tourna et campa ses yeux droits dans ceux de Jo

– Jo, je voulais attendre ton anniversaire, mais ce n’est pas très loin, non?

– Oui, Mami Li, quelques semaines encore

– Ecoute, te mère n’est pas là, j’ai bu trop de spritz, Georges me dit que tu veux aller dans la zone… je dois te dire un secret. Tu peux garder un secret?

– Les secrets sont ces choses qui font tellement mal qu’on ne peut jamais s’en débarrasser, c’est ça?

Mami Li sourit.

– Non ma belle, un secret est un lien invisible et fort entre deux personnes. Ce lien permet de grandir, mais tu as raison, il peut faire mal. Alors, tu veux que je partage mon secret avec toi?

Les yeux de Mami Li brillaient, et Georges semblait se tortiller sur sa chaise, mal à l’aise

– Ai-je le choix? C’est un « oui » curieux ou un « non » malheureux. Alors, je choisis le « oui » curieux

– Très bien ma fille. Tu sais, c’est une longue histoire, mais quand taman est née, elle n’était pas mon seul enfant. J’attendais des jumeaux.

Mami Li s’arrêta et regarda la mer. Jo sentait que la situation était grave et son corps, qui devait être premièrement très fatigué par une courte nuit et imbibé d’alcool, semblait fixé comme une pierre sur un mur. Mami Li reprit :

– Des jumeaux, et à cette époque, tu sais, la médecine n’était pas aussi développée que maintenant, surtout l’obstétrique. Donc en attendant des jumeaux, soit je les mettais les deux au monde, soit je les perdais les deux. Et j’ai décidé de les garder les deux.

– Alors maman a une sœur?

– C’est là qu’intervient le secret. Kim n’a pas une sœur

– Alors?

– Alors, réfléchis

– Alors, elle a un frère, un frère jumeau !

Jo était écrasée sur sa chaise. Le soleil baissait, la lumière donnait des reflets dorés et brillants à la surface de la mer, le ciel plongeait dans ce bleu et entre eux, la petite ligne d’horizon marquait la

différence des deux éléments, l’air et l’eau. Dieu que cette ligne semblait ténue et fragile. Une sœur, un frère. Mais Mami Li continuait:

– Tu as un oncle, Jo, et ton oncle s’appelle Zak. C’est un homme formidable il est charmant, n’est-ce pas Georges?

– Oui Mami Li, absolument

Georges souriait. Il savait donc, pensa Jo, tout le monde savait, sauf moi. Elle se leva d’un bond et se mit à crier

– Tout le monde savait, tout le monde sait, et moi je suis la dernière à qui on le dit, et toi, Mami Li, tu me parles de secret, mais si Georges sait, maman aussi, je suppose que Swan également et toutes les voisines, et tout le monde, tout le monde sauf moi, moi !

– Non Jo, taman le sait, Swan je ne sais pas, et Georges le sait car c’est ton oncle qui l’a recommandé à taman.

– Et il habite où mon oncle?

– Il habite dans la zone, et je pensais que si tu avais envie d’y aller, tu pourrais le rencontrer, tu es assez grande et mature pour pouvoir rencontrer un homme, et Zak est un homme exceptionnel, n’est-ce pas Georges?

Jo avait tourné le dos à la discussion, elle digérait, les yeux plongés dans l’océan. «La mer est bleue comme un orage». Elle sentait gronder en elle tous les remous de toutes les questions qui la tourmentaient depuis un certain temps. Comme sous la surface de la mer, qui semblait si sage et si lisse.

Quand Kim est Swan arrivèrent, Mami Li fit comme si de rien n’était. Jo pensa que c’était en raison de Swan, car on ne savait pas si elle était au courant ou non. Et Mami Li avait essayé de savoir pourquoi Jo était allée dans la zone, mais Jo avait esquivé la question, elle ne voulait pas lui parler du viol et de Georges, l’autre Georges. En tout cas, maintenant elle avait deux raisons d’aller dans la zone. Défendre ce Georges s’il en avait besoin, et rencontrer son oncle. Elle mourrait d’envie d’en parler à Kim, mais ne pouvait pas le faire. Elle comprit ce que sa grand-mère lui avait dit en parlant d’un secret: un lien unique entre deux personnes. Même si Kim le savait aussi, ou Georges, chacun avait une perception très différente de la situation, pour Georges, Zak était semble-t-il un mentor, pour Kim, Zak était son frère, pour Jo, Zak était la porte vers le monde inconnu des hommes, la porte de la zone.

Et quand il avait fallu partir, comme à chaque fois, on s’était promis de se revoir tout bientôt.

Le lundi matin fut un matin difficile, comme souvent le lundi matin. Elles étaient rentrées tard et Jo avait encore passé du temps sur son ordi pour lire son courrier. Georges attendait déjà depuis un bon moment quand finalement Jo s’engouffra dans la voiture. Une fois finies les salutations d’usage, Georges se racla la gorge et lui annonça que son ami Georges, le chauffeur, les attendrait ce soir chez lui. Jo s’enferma dans ses pensées sur la zone et les hommes. Ce soir, elle irait voir Georges, et elle en saurait plus sur cette histoire de viol. D’ailleurs, ce qui était fascinant, c’est que plus personne n’en parlait à l’uni.

«Un nuage chasse l’autre» pensa Jo, et pendant ce temps, des gens croupissent dans des frustrations ou des terreurs. Et la jeune fille? Que devenait-elle? Jo se promit d’aller lui rendre visite, car grâce a Julia, ce serait tout à fait possible à organiser.

Les cours du matin se déroulèrent comme d’habitude, la deuxième sonnerie fermant les portes à double tour. Jo pris un plateau déjeuner à la cafétéria du toit, le temps était splendide, et à 13 heures, comme le lui avait demandé la directrice, Jo se dirigea vers le bureau de la femme la plus puissante de l’université. Les couloirs étaient vides. Jo traversa tout le bâtiment, elle marchait au centre de la construction, suivant le couloir sur lequel s’ouvraient les portes des salles de classe. Le couloir était courbe, comme la structure du bâtiment, et la lumière, à cet étage tout en haut, venait d’un plafond de verre qui le surplombait. Jo leva la tête et regarda cette fente de verre entre les parois de béton. C’était comme une rivière, une rivière bleue comme le ciel, et quand une nuée d’oiseaux la traversèrent, elle pensa que c’étaient des poissons qui nageaient dans un fleuve. «Des oiseaux qui nagent dans le courant de ciel». Jo sourit. En rebaissant la tête, elle ferma les yeux. Combien de pas pouvait-elle marcher sans voir? Elle franchit les trois suivants d’une démarche assurée, puis commença à ralentir, de peur de se heurter à un mur. Elle n’entendait qu’elle et ne voyait rien. Elle se surprit à retenir son souffle, et d’un coup de poumons libérateur, elle inspira une grande bouffée d’air et ouvrit les yeux. Elle se trouvait à plus d’un mètre d’un mur. Elle savoura cette sensation d’avoir marché dans le vide, et se campa devant la porte du bureau de la Présidente. Il était 13 heures.

En entrant, la première chose qui lui remplit la vue fut un immense tableau accroché sur le mur en face d’elle. Les tons de la peinture se déployaient dans les rouges, et la chaleur qui se dégageait ressemblait à un feu de cheminée qui aurait chauffé toute la pièce. Devant le tableau se trouvait le grand bureau de la Présidente, et, assise derrière, la Présidente. Jo était fascinée par la toile et ce n’est que quand la Présidente lui adressa la parole que Jo baissa le regard et exprima les politesses d’usage.

– J’avais mis ce tableau en face de moi, mais il m’envoûtait et m’empêchait de travailler à mes dossiers. Alors je l’ai mis derrière moi, il me tient chaud.

– Oui, madame la Présidente, ce tableau est époustouflant, je vous prie de m’excuser, j’ai manqué à mes devoirs mais c’est comme s’il m’avait happée dans son sens.

La Présidente se leva de sa chaise et vint se poster à coté de Jo. Debout toutes les deux face au tableau, la Présidente commença à expliquer:

– Ce tableau est l’œuvre de Miss Niva. Elle l’a intitulé «Le Marché Rouge» et on y voit des chapeaux vus de haut. Comme un marché où les gens seraient vus du ciel.

Jo voyait bien les ronds qui représentaient les chapeaux. Mais sous ces cercles de lumière rouge, elle voyait aussi les visages, ou plutôt elle devinait des visages. Elle voyait des yeux, des nez, des bouches, et elle les voyait de face, et non de haut. Il y avait un sentiment de double dimensions très troublant

– Sans vouloir analyser plus en détail, ce tableau dégage des émotions fortes, plutôt positives, je dirai, qu’en pensez-vous?

– Oui, une chaleur qui vient de la couleur rouge sans soute, et une grande force, liée peut-être à la grande taille de la toile.

– Vous connaissez Miss Niva?

– Oui, non, enfin, de nom. Je ne la connais pas personnellement, mais j’en ai entendu parler, quand même, c’est une des plus grandes artistes de notre génération.

– Oui, une très grande. Il est dommage qu’elle n’expose pas plus. Enfin, asseyez-vous, je vous en prie.

Jo prit place en face du grand bureau et du tableau. Elle se sentait intimidée, ne sachant si c’était la toile qui la rendait si petite, ou bien d’être assise en face de la Présidente.

Quand l’entretien s’était terminé, Jo était sortie avec des codes d’accès spéciaux pour la salle de recherche, et une lettre de recommandation, au cas où on lui poserait des questions sur son activité. Elle ne devait pas dire sur quoi elle travaillait, mais était protégée par le sceau de la Présidente, le cas échéant.

En reprenant le couloir, Jo ferma les yeux et essaya de tenir un peu plus longtemps, elle marcha trois pas, puis quatre. Les yeux fermés, elle ne voyait que le tableau du marché. En fait, le titre complet était « le Marché Roug». Jo voyait les chapeaux de haut et les visages de face. Elle sourit en ouvrant les yeux. Elle s’installa dans sa salle de classe en attendant que ses copines arrivent.

Jo était encore plongée dans ses réflexions sur la peinture quand Julia arriva et lui sauta presque dessus. Elle était toute rose, avec une tête de quelqu’un qui a un secret à raconter. Elle se pencha sur l’oreille de Jo et commença à lui parler

– Tu te souviens qu’on m’avait piqué deux feuilles de la professeure Aiko?

– Disons de deux feuilles que tu avais perdues ou égarées à la salle de recherche, juste

– Ce n’est pas du tout ça, on me les avait volées

– Arrête, tu vois le mal partout

– Pas du tout, j’en ai la preuve

– Bravo, tu as trouvé la voleuse?

– Oui, exactement

– Comme ça, et c’est qui? Et tu vas faire quoi?

– C’est Nour, la nouvelle

– Nour?

– Oui, elle m’a tout expliqué. J’avais oublié les feuilles…

Jo l’interrompit

– Tu vois, tu admets, tu avais oublié les feuilles on ne te les avait pas volées

– J’avais donc oublié les feuilles sur une table de la caf, c’est Nour qui m’a raconté. Voyant que j’étais partie sans les prendre, elle les a rangées dans son sac pensant me les rendre vite en classe. Et puis pour des raisons qui lui échappent, elle a oublié. Ce n’est que le soir chez elle qu’elle a retrouvé les documents. Alors elle les a lus. Et elle m’a dit que c’était la première fois que le cours de Me Aiko lui semblait clair. Elle a étudié mes feuilles, et n’osait plus me les rendre ensuite. Alors elle s’est dit que le meilleur endroit pour les déposer en sécurité était la salle de recherche. Et voilà.

– Oui, d’accord, et pourquoi tu le sais maintenant? Comment tu as fait? Elle a volé autre chose?

– Pas du tout, elle est venue me voir, super gênée, quand Me Aiko a annoncé qu’elle nous préparait un nouveau test. Nour a toujours de la peine à comprendre ces cours, alors elle est venue me demander si je pouvais l’aider à travailler, si je voulais bien être sa mentore pour ce cours. J’étais un peu surprise, mais j’ai accepté, car Nour est arrivée en cours d’année et elle a peut-être accumulé quelque retard. Alors à midi, nous avons travaillé ensemble et c’est là qu’elle a osé me dire ce qu’elle avait fait.

– Et qu’est ce que tu vas faire, toi? Tu vas la balancer, les yeux bandés ?

– T’es folle? Non, l’acte n’était pas destiné à être mauvais, et elle est venue spontanément me voir pour s’excuser

– Oui mais elle a enfreint tous les règlements de l’uni. Et si elle a pu voler un texte une fois, qui te dit qu’elle ne le fera pas une seconde fois. Si tu ne lui dis rien, elle ne va pas réaliser que ce qu’elle a fait est très mal.

– Mais elle ne le refera pas, puisque je lui donne volontiers des cours de rattrapage. Je ne vais pas ameuter la sécurité pour une affaire réglée

– Oui, c’est vrai, mais tu t’associes aussi à un délit en ne le disant pas. Enfin bref, ce qui compte, c’est que tu aies trouvé le fin mot de l’histoire. On verra quelle note Nour va avoir au prochain test.

– Oui, elle a eu une très bonne, la dernière fois

– Tu m’étonnes, grâce à tes notes ! Qui n’aurait pas de bonnes notes en travaillant sur tes résumés ! Je suis très jalouse

– Je peux te donner des cours aussi si tu veux, ou te passer mes notes, tu sais bien

– Je t’adore, merci. On en reparle. Le cours va commencer, va t’asseoir.

A la fin de la journée, Nam et Jo partirent en voiture avec Georges. Une fois Nam déposée, Georges reprit la route dans l’autre sens pour se diriger vers la zone. Jo allait enfin rencontrer Georges.

Georges conduisait lentement. Il semblait même ralentir de plus en plus. Jo s’énerva et lui demanda d’accélérer.

– Miss, je ne me sens pas très bien, je ne suis plus sûr du tout, ce n’est pas bien, je devrais vous ramener à la maison

– Mais Georges, si vous voulez sauver votre ami. Il faut y aller. Et en plus il nous attend

– Oui mais si votre mère l’apprend, elle me tuera

– Pas du tout, elle sera rassurée de savoir que vous étiez avec moi. Parce que si vous ne m’accompagniez pas, j’y vais toute seule

Georges ne répondit pas. Après un long soupir, il accéléra un peu.

– Georges?

– Oui Miss Jo

– Vous pouvez me parler de mon oncle?

– Miss, je ne sais pas

– Il habite dans la zone, on pourrait aller le voir aussi

– Miss, vous n’y pensez pas, que dirait votre mère

– Je ne sais pas, mais si on est dans la zone, on peut aussi bien aller voir mon oncle. C’est mon oncle finalement. Un homme, c’est vrai, mais le frère de maman, et je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas aller le rencontrer

– Miss, vous ne réalisez pas ce que vous dites. Nous allons entrer dans la zone, et ce n’est pas un

endroit pour les jeunes filles de bonnes familles

– Oui, d’accord, mais où cela figure-t-il que je n’ai pas le droit d’entrer? Je fais des études de droit, et je sais ce que j’ai le droit de faire et ce que je ne peux pas faire

– Oui Miss, mais ici, ce n’est pas le droit que vous étudiez à l’université, c’est le droit de l’habitude, de la tradition. Cela ne se fait pas. C’est vrai, rien n’interdit à une femme de venir dans la zone, mais elles ne viennent pas, c’est tout

– Pourquoi?

– Je ne sais pas, c’est dangereux peut-être

– Rien ne peut être dangereux, puisque les hommes ont des implants

– Oui, pour ce qui est de cet aspect-là, mais il y en a d’autres. Miss, nous arrivons, je vous suggère de vous coucher au fond de la voiture.

Jo voulait refuser, mais elle se coucha docilement sur le sol du véhicule. Il lui fallait faire confiance à Georges, la zone était son domaine. Et c’était dangereux. Tout à coup, elle se dit qu’elle faisait une vraie bêtise, elle en eut un frisson dans le dos, et en même temps un grand sentiment de bonheur. Enfin quelque chose de nouveau, de différent. Si ses copines savaient! Elle pensa qu’elle avait de la chance d’avoir Georges, car il la protégeait. C’était curieux de penser que son chauffeur la protégeait. Alors qu’en fait, c’était elle, enfin, saman et Swan, qui protégeaient Georges dans la société, en lui donnant un travail, un salaire et par là même une position sociale. Dans toute relation pensa-t-elle, les deux sont bénéficiaires du lien. Jo sentit la voiture ralentir, tourner à gauche, rouler encore un certain temps et finalement tourner assez abruptement et descendre. Ils devaient entrer dans un garage souterrain.

Georges parqua la voiture, demande à Jo de rester cachée le temps qu’il bloque l’ascenseur. Il revint quelques instants plus tard, Jo respirait fort, elle sentait une certaine émotion, son cœur battait plus vite et les secondes lui semblaient très longues. Georges lui ouvrit la porte et la pria de venir rapidement à l’ascenseur. Elle mit rapidement sa casquette. Ils montèrent au troisième, quand la porte s’ouvrit, Georges sortit dans le couloir et invita Jo à le suivre. Ils marchaient tous les deux quand Georges lui demanda si elle savait ce qu’était une coloc.

– Non, je ne sais pas, qu’est-ce que c’est?

– C’est un mode de vie, pas le seul mais assez fréquent, de la zone. Les hommes vivent ensemble, chacun a sa chambre et parfois sa salle de bain mais le salon et la cuisine sont communs. Dans notre coloc, nous sommes neuf.

– Votre coloc, vous voulez dire que Georges et vous vivez dans le même appartement?

– Oui Miss Jo

– Mais vous ne me l’avez jamais dit !

– Oui Miss, je ne sais pas, on ne parle pas de ces choses-là.

Ils étaient arrivés devant une porte. Georges posa sa main sur la poignée, le capteur reconnut son bracelet, et la porte s’ouvrit. Jo entra dans un vestibule où une série de boites étaient empilées. Chacune avait un prénom sur le devant, et Jo reconnut Georges O. et Georges K. elle pensa qu’elle ne savait même pas le nom de famille de Georges, et elle n’aurait pas pu dire s’il était le O ou le K. Georges se dirigea vers la boîte indiquant Georges K., et Jo se promit, à l’occasion, de lui demander son nom.

Georges enleva ses chaussures, demanda à Jo d’en faire autant et de les laisser contre le mur, là où d’autres chaussures étaient déjà entassées. Georges sourit à Jo et poussa la porte.

Ils entrèrent dans un grand salon salle à manger cuisine en forme de L. Dans la partie courte du L se trouvaient les meubles de cuisine, un grand four, des plaques, un immense frigo. Devant trônait une large table pour douze personnes, d’après les chaises que Jo compta. Et dans la grande partie du L se trouvaient plusieurs canapés, un grand écran sur le mur du fond et quelques bières dans des mains d’hommes. Tout le monde les regardait, Jo rougit. Georges sourit et annonça :

– Bonsoir, voici Jo, dont je vous ai parlé. Jo étudie le droit à l’université et elle serait éventuellement disposée à aider Georges à organiser sa défense.

Les hommes hochèrent la tête, et l’un d’entre eux se leva, se dirigea lentement vers Jo et lui tendit la main.

– Bonsoir Jo, je suis Georges. Merci d’être ici ce soir. On va s’installer à la cuisine, ça va?

Jo acquiesça. Ils s’assirent à la grande table, Georges seul en face de Jo et de Georges K.

– Bonsoir Georges. Le temps nous est compté, puis-je vous demander de me relater les faits encore une fois s’il vous plait.

Alors Georges O. commença à raconter son histoire. Elle était très proche de ce que son chauffeur lui avait dit. Quand il eut terminé, Jo expliqua que le risque était grand qu’il soit reconnu coupable, c’était sa parole contre celle de la jeune femme.

– Je ne vois qu’un seul moyen de se défendre, dit-elle

– Oui, les eux Georges la fixaient avec intérêt

– Vous y avez certainement déjà pensé. Vous pouvez me montrer votre bras?

– L’implant?

– Oui, l’implant

Georges leva sa chemise. On voyait une petite cicatrice au-dessus du coude, dans la partie charnue de son bras

– J’ai mon implant, et non seulement j’ai mon implant, mais j’ai fait tous les contrôles régulièrement. Tout est noté sur mon livret de santé. Je ne l’ai pas violée, c’est elle qui me harcelait tout le temps. C’est elle qui ne pensait qu’à ça. Et quand je lui ai expliqué qu’un homme ne pouvait pas le faire parce que l’implant le lui empêchait, elle ne voulait pas me croire. Elle m’a dit que les mecs pouvaient, mais elle ne comprenait pas que les mecs sont des professionnels, qu’ils n’ont pas d’implant parce que c’est leur job, et qu’ils sont de toute façon opérés.

– Opérés? Jo ne comprenait pas

– Oui nous avons des implants qui nous empêchent d’avoir une activité sexuelle, mais nous ne sommes pas opérés, nous pourrions nous reproduire. Alors que les mecs, qui sont payés pour ça, risqueraient de procréer sans autorisation, alors ils sont tous opérés. C’est la condition. Et c’est pourquoi beaucoup d’hommes auraient bien envie de faire le mec pour faire l’amour normalement, mais qu’ils n’ont aucune envie d’être opérés. C’est une question d’ego.

– Je comprends maintenant

– Mais non Miss, vous ne comprenez rien, et vous ne comprendrez jamais rien. Nous sommes impuissants, chimiquement impuissants…

– Merci Georges, je ne suis pas une idiote, et je suis venue ici pour vous aider. Jo était en colère et sa voix avait haussé d’un ton

– Oui, bien sûr, merci d’être ici. Je ne dis pas cela parce que je pense que vous n’avez pas l’intelligence de comprendre. Je suis certain que vous comprenez rationnellement parfaitement ce que je dis. Ce que vous ne pouvez pas comprendre, c’est ce qu’un homme ressent quand il a un implant, ou bien ce qu’il ressent quand il doit se faire opérer s’il veut pouvoir avoir des rapports, et ces rapports font de lui un prostitué, un homme qui se vend aux femmes, à n’importe quelle femme. Vous pouvez imaginer ce que ressent un homme, mais vous ne pouvez pas le ressentir, car vous n’êtes pas un homme mais une femme! Et si je suis accusé de viol aujourd’hui, sans aucune chance de m’en sortir, c’est bien parce que je suis un homme ! Pourriez-vous imaginer en fait que ce soit elle, cette folle, qui ait voulu me violer?

– Georges, attention, tu t’égares. Georges semblait inquiet tout à coup du discours de son ami

– Quoi, c’est la vérité, en fait, cette gamine rêve d’un homme, d’une relation avec un homme. Sa mère lui a payé un mec quand elle était trop jeune, elle a tellement aimé le sexe que maintenant, elle a transposé ses envies sexuelles sur moi, qui suis son confident depuis toujours, évidemment, étant son chauffeur, elle me voit tout le temps, elle m’emmène partout, elle me raconte tout, je vois tout, je sais tout ! Elle a voulu me violer, c’est elle qui m’a sauté dessus. Mais ça, on ne peut ni le dire, ni le

prouver. Il s’affaissa sur sa chaise. Jo était perplexe. Un homme violé par une femme. Quelle drôle d’idée. Mais cette idée lui restait dans l’esprit, elle la chassa sur le côté, pour y repenser plus tard décida-t-elle.

– Georges, merci pour ces explications, elles me troublent, et j’avoue que nous n’abordons pas les choses sous cet angle. Toujours est-il que ce que j’ai pensé pour votre défense et de faire appel au fabriquant de l’implant. Leur marché est énorme, et le risque est trop grand qu’ils soient remis en cause en raison d’un implant qui ne fait pas d’effet. Ils perdraient leur marché, ils en ont besoin et c’est eux qui vont vous défendre. Non pas parce qu’ils croient ce que vous dites, mais parce que la publicité négative serait telle, que leurs ventes seraient désastreuses. Donc ce que je vous propose, c’est de retrouver la marque de votre implant, vous pouvez le demander au médecin qui a fait la greffe, et ensuite, on les contactera. Je vous écrirai la lettre, en votre nom, vous la signerez et on verra comment ils vont réagir. Mais je pense que la meilleure défense est de remettre en cause l’efficacité de l’implant. Une fois démontré que cet implant, comme les milliers d’autres, est parfaitement efficace, il sera facile de démontrer qu’un homme avec un implant ne peut violer personne. C’est bien le but des implants, non?

Georges la regardait, les yeux brumeux.

– Mais c’est génial, et cette idiote sera bien punie

– Georges, cette idiote comme vous le dites, est en train de se faire soigner dans une clinique, elle ne va pas bien, elle est fragile, ayez un peu de compassion

– De compassion, alors qu’elle me fait risquer ma vie pour ses pulsions! C’est elle qui devrait mettre un implant, qu’elle aille en enfer, elle m’a détruit ma vie, tout le monde croit que je suis un monstre

– Et vous, que croyez-vous? Elle vous a gâté quand même cette jeune femme, non?

Elle vous a payé des spas, elle vous a donné de l’argent. Là, vous étiez d’accord, alors un peu de respect est le minimum

– Oui, c’est vrai, mais que pouvais-je faire d’autre

– Il y a toujours une autre possibilité. Vous auriez pu… partir?

– Pour aller où? Vous êtes drôle vous, je n’ai rien,

– Raison de plus, vous n’aviez rien à perdre. Bref, on s’égare, je ne voudrais m’occuper que de l’aspect juridique,

– Bien sûr, merci en tout cas, vous avez une idée formidable, cela semble tellement évident, j’attends votre lettre avec impatience.

– Très bien, je m’en occupe demain et Georges vous la portera.

– Merci Miss Jo

– De rien, vous me remercierez quand vous serez lavé de tout soupçon.

Georges ouvrit la porte de la coloc, vérifia que personne ne se trouvait dans le couloir, fit de même à l’ascenseur puis Jo s’engouffra dans la voiture, se coucha par terre, et ferma les yeux. Elle sentit le moteur vibrer, la voiture grondait doucement, les virages s’enchainaient, Jo ne savait plus si elle était déjà sortie du garage souterrain ou dans la rue, dans la zone ou en-dehors. Elle flottait. “Est-ce qu’une femme peut violer un homme ?” Quelle drôle d’idée. Elle devrait vérifier dans le code.

Quand ils arrivèrent à la maison, Kim et Swan étaient au salon et discutaient. Jo passa assez vite, déclara qu’elle avait étudié chez Julia et monta dans sa chambre, après avoir fait un bisou aux deux femmes. Kim la rappela pour lui demander comment s’était déroulé l’entretien avec la Présidente.

Jo avait déjà dépassé cette réunion, cela lui semblait très loin. Elle raconta brièvement, et prétexta un mal de tête pour vite aller se coucher. Sa mère se leva et l’embrassa encore une fois, Jo s’effondra dans son lit.

Jo regardait la mer. Assise sur le balcon, une tasse de cafélait dans la main, elle plongeait son regard dans cette eau sombre qui s’éloignait jusqu’au ciel. Elle comprenait Mami Li quand elle disait que c’était son rêve le plus fort de pouvoir avoir sa maison face à la mer. Jo soupira. Les bleus qui se déployaient en grands cercles l’emmenaient au fond d’elle-même, elle descendait par vagues vers son être le plus intime. L’herbe pousse, l’eau coule, et le temps passe. Mais sans que la raison ne le réfléchisse, indépendamment de sa pensée. Et elle vivait, comme l’herbe qui pousse, l’eau qui coule et le temps qui passe. Indépendamment de sa propre notion de l’existence. Elle repensa à la semaine écoulée, une semaine folle. Tout d’abord, il y avait eu cette horrible dispute avec saman, dispute à cause de Georges, non, de la zone en fait. Pourquoi avait-elle tellement envie d’aller là-bas. Que lui manquait-il pour chercher, quoi d’ailleurs? Dans cet endroit morne, quadrillé, comme une feuille de papier sans intérêt. Les mots de saman lui revenaient, les bleus se mouvaient dans la mer. Jo était arrivée le mardi soir à la maison, comme d’habitude. Saman et Swan étaient à la cuisine, et le ton semblait monter. Jo avait senti l’électricité dans l’air lui fouetter la peau. Elle avait rougi, elle se souvenait, dans le hall, et elle avait fermé les yeux, ne bougeant plus, jusqu’à ce que Kim l’appelle.

– Jo, bonjour, tu peux venir dans la cuisine?

– Oui mman, j’arrive.

Jo avait posé son sac et était entrée. C’était un Tribunal, elle le savait d’emblée. Jo pensa immédiatement que c’était pour la coquine, alors elle avait préféré entamer sa plaidoirie

– Mman, ce n’est pas moi, la coquine, mais je devais dire que c’était moi, tu comprends? Saman l’avait regardée avec des yeux étonnés. Jo sourit, naturellement, Kim ne pouvait rien comprendre, elle ne voulait pas parler de la coquine, mais de la zone, et Jo avait levé un second sujet de discussion, bêtement, en voulant trop bien faire. Kim avait commencé, elle ne criait pas, mais on y était presque, et le presque s’afficha très vite

– Jo, tu étais où hier soir?

Jo avait réfléchi. La veille elle était chez Julia.

– J’étais chez Julia

– Tu mens, tu n’étais pas chez Julia

– J’étais chez Julia pour travailler. Ce n’était pas faux, elle avait bien travaillé avec Julia, mais à l’uni, pas chez elle. Elle reprit

– Tu peux lui demander, nous avons préparé le prochain test de Me Aiko ensemble

– Je ne vais pas demander à Julia, je te parle à toi. Hier, ma fille, tu étais dans la zone.

Jo s’était tue, comment pouvait-elle savoir? Jo s’était couchée au fond de la voiture tout le trajet, et ensuite Georges avait fait très attention à ne pas éveiller de questions chez des inconnus. Et ses colocs avaient été informés, tous étant pour la défense de Georges O., aucun n’aurait parlé

– Oui, Jo, tu étais dans la zone. Et tu te demandes sans doute comment je le sais? Sache ma fille qu’il y a des caméras de surveillance dans tous les garages, et dans tous les ascenseurs. Et tu sais pourquoi? Tu sais pourquoi on paie des gens pour surveiller des garages débiles et des voitures

parquées?

Le ton était monté d’un cran, Jo sentait que saman avait ruminé la question, et que c’était vraiment grave

– Non je ne sais pas pourquoi on contrôle des voitures parquées

– Ne fais pas l’ironique, on ne contrôle pas des voitures, mais les gens, les hommes en fait. Les garages sont des lieux dans lesquels les femmes se faisaient violer, ou tuer, et c’est pour cela que l’on filme tout. Pour pouvoir intervenir s’il y a un danger, si une femme se fait agresser, voler ou violer. Tu comprends?

– Oui, je comprends. Mais Jo ne voyait pas le problème. C’était interdit d’aller dans la zone, mais écrit nulle part. Le risque était de se faire violer, mais les hommes avaient des implants. Le risque était de se faire voler, mais il y avait des caméras partout, alors, il n’y avait plus de risque !

– Donc tu as été filmée hier, avec Georges, en train d’aller chez lui. Tu es folle, tu as perdu la tête, que vas-tu faire chez Georges? C’est notre chauffeur, une jeune fille ne va pas chez un chauffeur, au milieu d’une coloc entourée d’autres hommes, tu te rends compte?

– Oui d’accord, je suis allée chez Georges. Soit dit en passant, si tes cameras devaient me protéger d’un viol, j’aurais pu être violée dix fois !

– Ne plaisante pas avec ces choses, c’est affreux, tu n’imagines même pas ce que peut ressentir une femme dont le corps est abusé. La sécurité n’a pas fait attention tout de suite. La façon dont tu étais habillée était masculine, tu portais un pantalon, ensuite tes cheveux sont courts, et tu ne montrais aucun signe de défense particulier. Tu portais une casquette en plus. C’est ce que la sécurité m’a répondu quand j’ai posé la même question. J’étais prête à les envoyer au Tribunal. J’ai vu les images

et c’est vrai que de leur part, il était difficile de remarquer une anomalie. Ce n’est que ce matin, quand les images devaient être archivées qu’elles ont été revues, comme la procédure l’exige, et ce n’est qu’en raison d’un détail subtil que ta visite a été remarquée

– Ah oui, quel détail?

– Georges parque toujours la voiture sur la place no 7, qui est à gauche du garage, et là, il s’est mis juste devant les ascenseurs, ce qui n’est pas habituel.

Georges avait voulu bien faire en diminuant la distance à parcourir entre la voiture et l’ascenseur, et c’était ce qui l’avait dénoncé.

– Bref, Jo, je ne veux plus que tu ailles dans la zone, jamais, et je veux que tu me le jures

– Pourquoi, pourquoi est-ce que je ne peux pas aller dans la zone? Ce n’est écrit nulle part que c’est interdit, je ne vois pas la raison de m’en empêcher.

– Je ne veux plus parce que c’est dangereux.

– Dangereux? Mais en quoi est-ce dangereux, j’étais avec Georges, et il va dans la zone chaque jour, il y habite

– Mais tu ne comprends pas, c’est le lieu où les hommes habitent, les hommes, Jo, il faut que tu réalises

– Les hommes, oui et alors?

– Et alors ! Notre société est le résultat d’un long processus, la société dans laquelle nous vivons, dans laquelle tu vis est une société sûre, tu es libre et rien ne peut t’arriver. Cette société est le fruit d’une évolution, et le résultat est que pour vivre comme tu vis aujourd’hui, les hommes ont dû être

séparés des femmes.

– Pourquoi? Georges vit avec nous !

– Oui, Georges et les autres hommes sont en contact avec nous, mais ils sont en-dehors de notre cercle, et ils ont des implants. Les femmes, par le passé, étaient des victimes. Elles étaient vendues, données, violées, mutilées, brulées sur les places publiques. Et par qui? Qui les violait, qui les offrait, qui leur faisait des grossesses sur grossesses? Les hommes. Les hommes ont toujours eu peur du pouvoir d’enfanter des femmes. Ils ont eu peur, alors qu’est-ce qu’ils ont fait? Ils les ont soumises, ils les ont humiliées, ils les ont enfermées, ils les ont battues. La femme a eu pour vie pendant des siècles, une vie de terreur. Et puis il y a eu un tournant. Et tu sais ce que c’était?

– Non

– Les guerres. Les hommes ont l’instinct de mort, nous avons l’instinct de vie. Les hommes adoraient faire la guerre. Ils se sentaient forts, il fallait tuer ou être tué. Tu vois le choix? Et à un certain moment de l’histoire, les armes ont été tellement puissantes, que des centaines, des milliers, des millions, tu entends, des millions d’hommes, jeunes et moins jeunes, beaux, intelligents, idiots sont morts à la guerre. Alors qu’ont fait les femmes? Elles se sont mises devant les machines que les hommes avaient dû abandonner pour aller tuer ou être tué. Elles se sont occupées des champs que les hommes avaient laissés pour se planter sur des champs de bataille. Elles ont pris en charge la société, en attendant que leurs hommes rentrent de la guerre. Et ils sont rentrés, mais le processus était lancé. Les femmes avaient pris une certaine place, et cette place alla en grandissant. Jusqu’à ce qui a été appelé la révolution sexuelle. C’était une révolution, le droit de disposer de son corps. Cela peut te sembler évident, mais avant, la femme portait les enfants, les uns après les autres, un, deux, trois jusqu’à dix ou plus

– Ce n’est pas possible!

– C’est possible, c’est l’histoire. Et elles mouraient en couche et leur corps était fatigué, épuisé par tant de naissances. Alors c’est pour cette raison que cette période est appelée la révolution sexuelle. La femme était libre de son corps. Mais ce qu’elle n’a pas évalué, comme dans toute innovation, ou découverte, c’est l’effet opposé. Et la conséquence qui a suivi fut un total désintérêt des hommes. Les femmes étaient libres de leur corps, très bien, alors ils allaient en profiter. En profiter et en abuser. Les femmes se sont retrouvées seules, avec des enfants, à trimer pour gagner leur vie, et les hommes conservaient tous leurs avantages. Ils étaient les patrons, comme avant, mais n’avaient plus la responsabilité de leur famille, de leur épouse et de leurs enfants. Ils disaient que les femmes avaient voulu l’égalité, elles l’avaient eue, elles n’avaient qu’à l’assumer. Et ensuite, il y a eu des accrochages, de plus en plus fréquents. Dans le monde politique, car les femmes votaient, et elles exprimaient ce qui leur semblait bien pour elles, dans le monde professionnel, les femmes ne voulaient plus être les esclaves qui faisaient le travail pendant que ces messieurs jouissaient du rôle de chef, en fumant le cigare, et dans le monde familial, les femmes ne voulaient plus mesurer leur liberté à la largeur de leur cuisine. Il y eut une crise, puis une autre, et peu à peu, la société dans laquelle tu vis a été mise en place. Une société juste, et libre, une société dans laquelle tu peux étudier, dans laquelle tu peux traverser une rue sans danger, une société où tu peux décider quand tu auras ton enfant, une société basée sur un instinct de vie et de création et non de mort et de destruction. Notre société. Et c’est pour cette raison que je ne veux pas que tu ailles dans la zone. Je ne veux pas que tu fasses revivre toutes les horreurs dont les femmes ont été victimes depuis des siècles.

– C’est incroyable ce que tu me dis.

Tu me sors des trucs hallucinants, mais je n’ai aucune conscience de ce que tu me dis? Tu te rends compte? Tu me flanques devant un tableau affreux, sans me préparer, c’est monstrueux? Et je ne sais pas quoi dire, sauf que maintenant, si ce que tu me dis est vrai, les hommes ont des implants, il n’y a plus de risque

– Oui, les implants. Les implants ont permis de ne plus faire la guerre entre les deux sexes. Les implants ont permis de se côtoyer à nouveau sans baser toutes nos relations sur la peur. La peur est la pire ennemie de la vie. La peur de l’autre. Les femmes avaient peur, et les hommes avaient peur. Chacun de son côté avait une autre peur, des peurs multiples, différentes, qui sourdaient et dont on ne parlait pas. On se haïssait juste. On était frustré, on souffrait. Les implants ont redonné la confiance. En fait si tu veux connaître l’histoire, avant d’avoir des implants, les hommes prenaient la pilule

– Oui je sais, ce devait être très contraignant

– En fait, c’est parce que les femmes prenaient la pilule. Une pilule contraceptive. La révolution sexuelle est passée par une pilule. Une pilule que les femmes devaient prendre tous les jours pour empêcher l’ovulation. Chaque jour, la femme se rappelait, ou non, que sa liberté était conditionnelle à cette petite pilule. Et bientôt, après cette révolution du droit au corps pour les femmes, les hommes ont eu une autre pilule, qu’ils pouvaient prendre quand ils le voulaient.

– Une pilule contraceptive?

– Non, une pilule du plaisir. Du plaisir. Les femmes devaient se protéger, en prenant une pilule chaque jour, et les hommes pouvaient jouir, en prenant une pilule quand ils voulaient.

Alors certaines femmes ont commencé à se poser la question de la justification de ces gestes. A la femme la contrainte, à l’homme le plaisir. Et quand il y a eu assez de femmes dans les entreprises pharma, et quand il y a eu assez de femmes dans les sphères politiques, et quand les femmes ont été convaincues à la maison de l’injustice de ces pilules, une pilule fut élaborée pour les hommes. Au départ, la volonté était de faire une pilule contraceptive pour les hommes. Mais c’était pratiquement impossible, et dans les recherches qui ont été entreprises, je ne connais pas tous les détails, mais il est sorti une pilule qui empêchait les hommes d’avoir une érection. Une sorte de castrat artificiel. Et un des effets corollaires à cette découverte fut que cette substance contenait la libido des hommes. Ils n’avaient plus de désir. Ce fut une seconde révolution. Si les hommes n’avaient plus de libido, ils ne pouvaient plus violer.

– Et on a découvert une pilule pour le plaisir des femmes?

– Non, les femmes voulaient se sortir de cette dépendance à des substances chimiques. Et cela faisait un certain temps qu’on savait que les hommes ne donnaient pas de plaisir à leurs femmes, ils voulaient leur propre plaisir, et c’est tout. Le plaisir d’une femme….

Jo l’interrompit

– Oui, je sais, je n’ai pas envie de t’entendre à ce sujet. N’empêche, on a quand même les clittoys

– Oui, naturellement, mais ce n’est pas indispensable, non?

Jo était assise à la table de la cuisine, saman en face. Swan s’était éclipsée, Jo ne l’avait pas remarqué et le silence s’installait.

– Bon Jo, promets-moi que tu n’iras jamais plus dans la zone

– Non maman, je ne te le promets pas, j’irai encore

– Jo je te l’interdis

– Maman, ne m’interdis pas quelque chose que je ne vais pas respecter, interdis-moi de fumer si tu veux, et je respecterais ton interdiction, mais ne m’interdis pas d’aller dans la zone, c’est trop important

– Quoi important, Georges m’a dit qu’il t’avait emmenée parce qu’il avait oublié quelque chose et que tu avais été d’accord de l’accompagner sur le chemin du retour, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était parqué devant l’ascenseur m’a-t-il dit.

– Non maman. Georges est vraiment formidable, il a menti

– Bravo, formidable, et parce qu’il a menti

– Oui. Et la question du mensonge se pose si on veut protéger une valeur plus importante. J’en sais quelque chose, j’ai aussi menti aujourd’hui, et j’étais très soulagée

– Jo, je ne comprends pas, tu m’expliqueras après. Maintenant, si Georges a menti, pourquoi es-tu allé dans la zone

– Pour Georges

– Oui, d’accord, on le sait, mais quoi

– Non Mman pour l’autre Georges. Georges O., pas Georges K.

– Georges O.?

– Oui. Le chauffeur qui est accusé du viol de la fille Crone

– La famille de la société UGLA?

– Oui, tu te souviens, les media en ont beaucoup parlé

– Bien sûr que je me souviens, c’est un drame. Moi en tant que mère, je pourrais tuer ce type. Il a osé abuser d’une jeune fille. Tu sais qu’elle est en clinique maintenant?

– Oui Mman, je sais, mais ce n’est qu’une version de l’histoire.

Et Jo avait raconté, et saman avait crié, et Swan était revenue, et on avait fait du café, et on avait discuté et encore et encore pendant une grande partie de la nuit. Finalement, Jo avait obtenu de pouvoir écrire cette lettre pour Georges O. et saman avait même admis que le système de défense était excellent.

Jo admirait la mer, le soleil qui se levait traçait des roses dans le gris de l’horizon. “La mer est bleue comme un orage”. Jo regardait la lumière se tendre au bout de la mer, et elle dit tout haut:

– Soleil, je t’ordonne de te lever.

Et le soleil sortit sa tête de l’eau.

Jo, en repensant à cette soirée avec saman, réalisa que finalement, elle ne lui avait pas parlé de la coquine. Ce mardi resterait marqué dans son souvenir. Le matin, Jo était allée en cours comme toujours. La deuxième sonnerie avait verrouillé les portes, elle avait vu ses copines, toutes ne parlaient que du défilé et plusieurs l’avaient vue, avec Nam, Julia et Flor, à la télé. Une journée radieuse, il faisait beau, on approchait des examens mais surtout des vacances. Et à la pause, une dame du secrétariat avait laissé un message à la profe, Jo devait se présenter durant le déjeuner au bureau de la Présidente. Jo avait pensé au tableau du Marché Rouge et avait pensé que la Présidente

voulait la voir pour le projet « Uni 2000 ». C’était le nom qu’elles avaient convenu de donner à cette recherche. Jo pensait commencer ses travaux après les examens. La matinée avait continué comme elle avait commencé, fort bien. Et à midi, elle avait dit à ses copines qu’elle viendrait dans 5 minutes, elle devait juste passer voir la Présidente. En passant devant le secrétariat, elle avait vu l’affiche de la société de sécurité BB qui donnait son rapport: tout était parfait, rien d’anormal. Suivait une liste détaillée des substances qui étaient recherchées avec un signe négatif devant chaque ligne. L’affiche donnait également le lien pour lire sur internet le rapport complet.

En entrant dans le bureau de la Présidente, Jo eu à nouveau un choc. Le tableau la toisait de haut, et Jo se sentit comme aspirée dans ce Marché Rouge. Elle sentait le soleil et la chaleur sur les tissus des chapeaux. Mais Jo eu un second choc en voyant que la Présidente n’était pas seule. Il y avait une femme en uniforme et une autre membre du comité de l’université. La Présidente lui avait fait signe de s’asseoir et Jo avait pris place à la table de conférence, prenant soin de ne pas regarder le tableau pour rester dans la pièce.

– Jo Solen, reconnaissez-vous ceci?

Avait demandé la Présidente. Et la femme de la sécurité lui avait posé sous le nez une corbeille dans laquelle se trouvaient une coquine et un mouchoir. Jo eut un éclair de pensée en se souvenant de sa réflexion quand elle avait jeté son mouchoir dans la poubelle et qu’elle avait vu la coquine.

– Jo Solen, je vous repose la question, reconnaissez-vous ceci. Nous avons trouvé vos empreintes sur le mouchoir

– Oui madame la Présidente, si vous avez trouvé mes empreintes, c’est que c’est bien mon mouchoir. Je souffre de rhume des foins et je dois me moucher au printemps.

– Jo Solen, votre sens de l’humour est à votre honneur, mais nous ne plaisantons pas. Dans cette corbeille se trouve un mouchoir et une coquine. Le mouchoir porte vos empreintes, et je suis sûre que c’est le vôtre. Maintenant, la coquine n’en porte pas, et je voudrais juste vous entendre me dire que ce n’est pas votre coquine.

Jo se mit à réfléchir très vite. Son mouchoir portait ses empreintes, normal, on ne fait pas attention à un mouchoir. Mais la coquine n’en portait pas. Cela voulait dire que la fille qui l’avait jetée avait soit utilisé un mouchoir, sans le jeter, pour déposer la fiole soit elle était dans un emballage en carton et la propriétaire de la coquine l’avait gardé afin de ne pas laisser de traces. La Présidente continuait:

– La détention, la vente, le don et l’utilisation de coquines, ou de toute autre substance illicite sont formellement interdits dans l’enceinte de l’université. Notre règlement est très clair. A la première saisie, la jeune femme recevra un préavis, à la seconde, elle se fera exclure de l’université. On ne plaisante pas.

Jo écoutait, et soudain, elle eut une vision. Nam. Nam avait pris des coquines un temps, quand elle avait eu son problème avec la main. Jo se souvenait, elles en avaient parlé ensemble. Et Nam avait été attrapée par la Présidente. Si c’était Nam, elle risquait de se faire exclure. Et Nam avait de tels soucis avec la violence qui régnait à la maison qu’elle avait sans doute recommencé. Nam…

– Alors Jo Solen, pouvez-vous nous répondre afin de classer l’affaire?

– Madame la Présidente, je suis désolée de vous décevoir, mais…

– Vous hésitez, parlez !

– Mais cette coquine est à moi.

La Présidente l’avait regardée avec surprise

– Je ne vous crois pas Jo. Pouvez-vous répéter je vous prie

– Cette coquine est à moi. Je ne peux pas vous expliquer pourquoi je l’avais, cela fait partie du domaine privé, mais cette fiole est bien la mienne. Vous avez mon mouchoir avec mes empreintes, la coquine était dans le mouchoir

– Je ne vous crois toujours pas, mais si vous insistez, nous allons prendre votre déposition. Vous savez que c’est un préavis et que toute autre faute vous vaudra l’exclusion. Vous êtes bien certaine de savoir ce que vous faites?

La Présidente lui faisait un peu de peine. Elle savait que ce n’était pas vrai, mais si Nam se faisait prendre une deuxième fois, ce serait la seconde et la définitive. Et Nam ne pouvait pas quitter l’uni en ce moment. Jo savait qu’elle ne se retrouverait pas avec une autre coquine, n’en faisant pas usage. La Présidente lui avait tendu un papier que Jo avait signé. Ce document autorisait également l’université de détruire les objets incriminés. Jo était partie en laissant la Présidente perplexe. Son dernier regard était allé au Marché Rouge où elle avait eu l’impression que sous l’un des chapeaux, un visage souriait.

– A quoi tu penses?

Jo sursauta. Elle n’avait pas entendu Nam venir sur la terrasse. Le soleil était rond sur la ligne du fond et Jo regarda son amie. Elle était tout endormie. Dans une longue chemise de nuit blanche, avec

une toute petite bordure de dentelle, comme une écume sur sa peau. Ses cheveux étaient étalés sur ses épaules. Nam se pencha et lova sa tête dans le cou de Jo. Elle sentait l’amande et l’iris. Jo ferma les yeux et respira profondément, la main de Nam glissait le long de son bras, elle frissonnait à sa respiration qui lui chatouillait le cou. Nam se releva.

– Tu veux un autre café? Et elle était repartie vers la machine avec la tasse de Jo.

– Alors à quoi tu pensais?

– Je pensais à l’uni

– Ecoute Jo, on est en week-end, au bord de la mer, au soleil, tu ne vas pas emporter l’uni dans ton sac avec toi non? Sinon, je vais aussi sortir de mon chapeau maman, sa femme, Luce et tous les problèmes qui les entourent

– Non surtout pas, ne les prends pas ici, laisse-les où elles sont. Je pensais à l’uni et à la coquine

– Quelle coquine? La voix de Nam semblait très surprise

– La coquine qui a été trouvée lors du contrôle de sécurité, tu te souviens?

– Je me souviens du contrôle, et du rapport que j’ai lu. Il n’y avait aucune mention d’une quelconque coquine !

– Peut-être pas, mais il y en avait une

– Et comment tu le sais, toi?

– Parce qu’il y avait mon mouchoir avec

– Ton mouchoir. Je ne vois pas le rapport.

– Et bien j’ai dit que c’était la mienne

– Quoi, tu es folle ! Mais tu ne prends jamais de coquine, pourquoi tu as dit que c’était la tienne?

– Pour te protéger…

– Pour me protéger? Mais tu es dingue, ce n’est pas ma coquine ! J’ai été attrapée une fois, ça m’a suffi, et j’ai promis à la Présidente que jamais je ne retoucherai à ces substances, et je tiens mes promesses. Ce n’est pas moi, tu t’es dénoncée pour une autre !

– Mais comment voulais-tu que je le sache, j’ai pensé que c’était toi, je ne voulais pas que tu te fasses renvoyer, alors j’ai dit que c’était la mienne

– Et la Présidente t’a aussi envoyée vers la psy?

– Non, quelle psy?

– Quand j’ai été attrapée, j’ai dû signer une décharge

– Oui, moi aussi je l’ai signée

– Et ensuite, il y avait une troisième personne dans la pièce, la Présidente, la femme de la sécurité et une tierce. Cette femme était une psy, et nous sommes parties ensemble dans son bureau

– Ah, je comprends mieux qui c’était cette femme. Je pensais qu’elle faisait partie du comité

– Elle fait partie du comité et est la psy de l’uni. En fait seules savent celles qui ont eu affaire à elle. Et en général, on règle nos problèmes et ensuite, on n’en parle plus

– Et tu es partie avec elle pour discuter?

– Oui, nous avons eu plusieurs séances et finalement j’ai été sevrée

– Mais tu ne m’en avais rien dit

– Non, c’était aussi une partie de l’engagement. Je devais faire cet effort sur moi pour moi seule, et ne pas y impliquer qui que ce soit. Cela a été super dur, je t’assure. Je mourrais d’envie de te raconter ce qui se passait, mais je ne pouvais pas.

Nam s’assit sur le canapé, tout près de Jo, et lui tendit son café. Jo restait pensive.

– Mais tu vois Jo, je ne sais pas pourquoi tu te sens obligée de me protéger. Tu crois toujours que je suis en danger

– Excuse-moi !

– En tout cas, je te remercie de ton geste. Si cela avait été moi, tu m’aurais sauvée d’un suicide. Et en fait, tu as peut-être sauvé une autre fille de la fac. En tout cas, tu as sauvé quelqu’un, d’abord en l’empêchant de prendre cette coquine et ensuite d’être virée

– Oui, ou alors j’ai raté l’occasion de faire suivre à une fille le même parcours que toi. Peut-être que j’ai empêché une fille de s’arrêter. On ne saura jamais.

Jo et Nam étaient parties aller se baigner. Elles barbotaient dans l’espace protégé, une sorte de demi-lune faite en bouées rouge et blanc, attachées comme un collier sur une corde, qui flottait sur l’eau. Cet espace retenait les nageuses. Jo avait envie de se fatiguer, elle nagea le long du collier de bouées, une fois dans un sens, puis dans l’autre, et soudain, elle en eut assez de suivre ce rail rassurant. Elle prit sa respiration et plongea sous le collier. Elle sortit au-delà, et, sans se retourner, nagea tout droit devant elle. Elle avait un sentiment fabuleux de liberté, elle était hors de la cage, hors des limites, hors du temps, hors de l’espace. Elle nagea jusqu’à ce que sa respiration lui manque. Et elle se coucha sur le dos, ballotée par les vagues, elle ferma les yeux. C’est le moteur du hors-bord qui la sortit de son carrousel. Les yeux fermés, les bras écartés, elle avait le sentiment de tourner sur elle-même, vers la droite. Elle pensa que c’était parce qu’elle se trouvait dans l’hémisphère nord qu’elle tournait à droite. Il serait amusant de vérifier si dans l’hémisphère sud,

elle aurait le sentiment de tourner à gauche. Elle tournait comme les aiguilles d’une montre, léchée par les vagues. Mais le bruit du canot à moteur la stoppa dans sa course. Elle ouvrit les yeux. Elles étaient deux sur le canot, à la regarder en souriant:

– Alors, on n’a pas vu la barrière? demanda la première en montrant de belles dents blanches dans un visage bronzé

– Si

– C’est interdit et dangereux de nager hors des limites, il y a des bateaux qui risquent de vous broyer avec leur moteur, et on ne surveille théoriquement pas, s’il vous arrive un malaise, personne ne vous voit

– Vous m’avez vue puisque vous êtes là

– Oui, on surveille toujours, et surtout, on vous a regardé passer dessous puis nager tout droit. En général, après une petite incartade, les nageuses retournent dans la demi-lune, mais comme vous ne faisiez pas signe de revenir, on s’est décidées à venir vous chercher

– Mais je n’ai pas envie de monter sur le bateau, je veux nager

– C’est assez loin, et vous avez froid, c’est plus sage de remonter.

Jo hésitait. Elle n’avait aucune envie de se faire coller une amende, elle en avait eu assez avec la coquine qui n’était pas la sienne.

– On ne fera pas de rapport, rassurez-vous, allez venez, on vous ramène.

La fille au grand sourire lui tendait le bras. Jo lui saisit la main et monta sur le bateau. Elles retournèrent au rivage et Jo sauta sur le sable. Nam l’attendait, debout, un air vaguement inquiet sur les lèvres. Après avoir salué les filles de la sécurité maritime Jo prit la main de Nam dans la sienn

sienne et l’entraîna vers leurs serviettes. Une fois assises, Jo expliqua qu’elle en avait assez des limites imposées, que la vue depuis dehors est très différente et qu’en fait le risque n’existe pas.

Nam était outrée.

– Bien sûr que le risque n’existe pas, tu as bénéficié du sens de professionnalisme des filles de la sécurité, mais imagine s’il t’était arrivé quelque chose.

– Et bien, il me serait arrivé quelque chose, enfin

– Enfin, mais tu es dingue, tu te rends compte, tu pourrais avoir un malaise, et si personne ne te porte secours, tu y restes Jo

– Mais si ce n’est pas mon heure, je n’ai pas de malaise et je peux nager librement vers l’horizon, sans me poser des questions

– Les règles de sécurité sont faites pour nous protéger, pas pour être enfreintes, toi tu vas toujours au-delà des limites, tu te mets en danger, et s’il t’arrivait quelque chose, non seulement ce serait dramatique pour toi, mais pour moi et taman, et Swan, on serait effondrées, et pour l’uni, qui compte sur toi pour ton travail de recherche et les filles de la sécurité ici se sentiraient affreusement coupables de ne pas t’avoir vues et…

– Et le hérisson du coin, et la folie des grandeurs et la lune prune

– Tu te moques encore

– Oui, tu vois, je suis là, et bien là.

Jo et Nam mangèrent sur la terrasse, vue sur la mer, puis partirent marcher le long de la plage. Le soleil était couché mais il faisait encore jour, de cette lumière douce qui caresse la peau et donne de

belles couleurs aux choses et aux visages. L’heure bleue, qui donnait des reliefs roses et violets au

ciel.

Le dimanche, elles se reposèrent, nagèrent, Jo ne passa plus la barrière du collier de bouées. L’après-midi, avant de rentrer, Jo parla à Mami Li au téléphone, c’était leur tradition, si elles ne se voyaient pas, elles se parlaient au moins. Et quand Georges vint les chercher, Jo n’avait plus qu’une idée en tête, « 2100 zone AMA ». C’était l’adresse de son Oncle Zac que Mami Li lui avait donnée. Et elle irait le voir, elle le savait, elle allait passer au-delà des barrières sociales.

Jo reprit les cours sans histoire. Le soir, elle retourna avec Georges voir Georges, en fait le prétexte était de passer devant l’adresse zone AMA. Georges se fit un peu prier, mais il passa devant l’immeuble. Jo mourait d’envie de s’arrêter, et elle demanda à Georges de se parquer le long de la rue, le long de la façade. Il se gara dans une place perpendiculaire à la rue, et attendit. Jo ne disait rien, elle s’était engouffrée dans sa pensée. Au bout d’une éternité, le jour déclinant, Georges se permit de mettre le moteur en route. Il se dirigea vers l’adresse de Georges, au CKT, mais Jo lui demanda de retourner à la maison, elle ne se sentait pas le courage. Elle irait d’abord parler à la fille Crone, dans sa clinique.

Arrivée à la maison, Nam l’attendait devant l’ordi. Elle était en larmes et Jo avait beaucoup de peine à comprendre d’où venaient ces pleurs.

– Je ne peux pas faire ma fête d’anniversaire à la maison, répétait Nam

– Et pourquoi? Tu vas avoir 20 ans, c’est l’anniversaire le plus important, tu vas le fêter au Cercle

Rouge?

– Non, on n’a pas les moyens, maman dit que ce n’est pas le moment. Elles sont en crise avec sa femme, c’est l’enfer. Et moi je ne veux pas faire une fête en enfer, c’est trop affreux.

– Mais calme-toi, on ne fera pas une fête en enfer, on fera une belle fête. Tu as parlé avec Luce?

– Oui, enfin non, elle est muette

– Comment muette

– Elle ne sait pas, elle s’enferme sur elle, c’est horrible. Tu devrais voir, maman et la sienne qui s’insultent à longueur de journées, c’est invivable

– Et pourquoi elles ne se séparent pas un moment, histoire de reprendre son souffle? De se calmer?

– Je n’en sais rien, peut-être, mais cela m’est égal, ce qui compte pour moi, c’est mon anniversaire, zut, je vais avoir 20 ans, et c’est dans dix jours. Dix jours, cela fait des milliers de jours que j’attends celui-là, et il s’annonce affreux, épouvantable, nul

– Attends, arrête, tu vois tout en noir, on va trouver un moyen de t’organiser une super fête. J’ai une proposition, tu vas la faire chez moi. Je suis sûre que Kim et Swan seront d’accord.

– …

– Tu vois, on pourrait faire un grand barbecue dans le jardin, avec champagne et ballons rouges

– Bleus

– Bleus si tu veux, la couleur que tu veux, Nam, tu choisis

– Oui, mais il y a aussi la question d’argent

– Mais une fête à la maison ne coûte pas tant que cela. On va te faire une super fête.

Je m’en occupe, j’invite Julia et Flor et Nour, si tu veux bien, de ton côté, tu dois me donner la liste des filles que tu veux que j’invite.

– Je ne sais pas

– Comment, tes copines, donne-moi les noms

– Je n’ai pas de copines, tu es mon amour, mon amie, ma copine

– Bon je vais inviter ta classe alors. Tu peux me donner les noms?

– Oui, je te fais suivre la liste.

Nam sanglotait encore un peu, mais Jo sentait qu’elle s’était calmée. En fait, ce qui terrorisait Nam était qu’elle devait donner une réponse à Jo pour leur vie commune. Son avenir s’ouvrait, béant comme une plaie, un trou dans lequel elle devait sauter, elle n’avait pas le choix. 20 ans, et cette promesse idiote, non pas une promesse, un choix, un choix qui ferait qu’elle perdrait dans les deux cas. Soit Nam acceptait de vivre avec Jo sans se marier, et elle vivrait à l’encontre de ses valeurs dont la plus fondamentale était le respect des lois, du droit, de la tradition, des coutumes, soit elle décidait de ne pas vivre avec Jo, et elle mourrait de tristesse et de chagrin. Nam ne pouvait pas imaginer une vie sans Jo, depuis toujours, Jo était son but, sa raison de se lever le matin, la personne à qui elle racontait ses journées, sa confidente, son amie. Nam recommença à pleurer.

– Tu ne m’écoutes pas, Nam,

– Non, excuse-moi, tu disais quoi?

– Je te faisais un descriptif de ta super fête. Il y aura des ballons partout, on mettra de la musique, on dansera. J’invite Luce?

– Oui bien sûr, c’est ma sœur quand même

– Ok, et elle, elle a des copines que tu voudrais qu’on fasse venir?

– Oui, non, je ne sais pas, je vais lui demander

– Maintenant, il y a la question de la date, on fête le jour même? Le samedi qui suit? Le samedi qui précède?

– Le samedi qui précède n’est pas possible, il faut fêter après, alors le samedi qui suit

– Super, cela me donne plus de temps pour organiser. Je vais appeler taman

– Oh non, tu dois vraiment?

– Evidemment, elle doit être informée, tu es sa fille, c’est elle qui t’a mise au monde il y a vingt ans. Et je n’invite pas sa femme, d’accord?

– Oui, non, je n’en sais rien

– Bon, alors je l’appelle…

Nam hochait de la tête, les yeux dans le brouillard. Voilà ce qu’elle aimait chez Jo, Jo décidait, elle avançait, elle prenait un chemin, ne se lamentant pas sur celui qu’elle ne pouvait pas prendre. « Choisir c’est être libre », disait-elle. Et pour être libre, il faut créer le choix, s’il n’existe pas. Provoquer l’obligation de choisir, et on est libre. Comment pouvait-elle faire? Nam redoutait de se tromper, d’emprunter le mauvais chemin, de prendre la mauvaise décision. Alors elle se laissait guider par Jo, Jo décidait toujours le meilleur pour elle.

– Je te remercie de t’occuper de mon anniversaire, Jo. Que ferais-je sans toi?

– Tu te débrouillerais très bien, arrête. Et cette fête est doublement importante.

Le moment que craignait Nam arrivait, elle le sentait, elle ne pouvait lus bouger, plus respirer.

– Oui, continua Jo, d’abord c’est ton anniversaire, et ensuite, j’aurais ma réponse. Une nouvelle étape de notre vie commence, je me réjouis tant !

– De vivre avec moi? Nam était sur le point de fondre en larmes.

– Oui, bien sûr, et surtout d’avoir un bébé. A vingt ans, on peut avoir un bébé, et c’est le but de ma vie, avoir un bébé- Pourquoi c’est ton but?- Pour transmettre, grandir, vivre, apprendre, donner… pour exister en faitNam s’enfonçait dans sa tourmente. Jo ne voulait qu’un bébé, elle ne voulait pas d’elle en fait, mais vivre avec elle pour avoir le droit de faire son bébé. En fait Nam était l’outil, le moyen, la chose. Nam était horrifiée, et dans la même seconde, elle se rappela la confession de Jo au sujet de la coquine, non, Jo faisait tout pour l’aider, elle, Nam. Jo l’aimait, plus que tout. Nam était torturée par ce dilemme quand Jo lui dit qu’elle allait interrompre la communication pour lancer les invitations. Nam acquiesça de la tête, sourit vaguement dans son visage ravagé et l’image de Jo disparut. Nam se jeta sur son lit et vida son corps de tout le chagrin qui la noyait.

 

Suite 2100 ZONE AMA: Chapitre 4: Mystère

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