Le voisin de Tim n'est pas très sympathique, pourtant il est beaucoup plus proche de lui qu'il n'y paraît.
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Mon nouveau voisin, il est bizarre. A chaque fois que je croise ses yeux par-dessus la haie, il a le regard mouillé et il disparaît très vite. C’est un monsieur adulte pourtant. Il a même une barbe blanche comme le Père Noël. Mais c’est pas lui parce que le Père Noël, au moins, il dit bonjour.

Si ça continue, je vais finir par croire que je lui fais peur !

Mais ça m’étonnerait parce que  je suis un petit garçon comme les autres : une tête, deux bras, deux jambes… et un sourire qui tue !!! Enfin, façon de parler parce que j’ai jamais tué quelqu’un avec mon sourire… Maman elle dit que le voisin, il est infirme du cœur. Et papa il ajoute : Fais pas attention à lui, Tim. Pas la peine  d’abîmer ton sourire pour ce vieux grincheux !

Mes parents ont souvent raison. N’empêche. J’aimerais bien causer avec le grincheux. Je sais pas pourquoi, il y a un truc chez lui qui me fait croire qu’il est pas aussi méchant que ça. Mais je ne sais pas encore ce que c’est.

Il faudra que je demande à Zoé ce qu’elle en pense.

Zoé, c’est ma meilleure amie. On est dans la même classe, elle et moi. Qu’est-ce qu’on peut rigoler ! Un peu trop au goût de la maîtresse qui ne se gêne pas pour nous gronder. Tim et Zoé, vous allez arrêter ce chahut ! On est en classe, pas en cour de récréation !

On s’entend tellement bien, qu’il y en a même qui sont jaloux de moi à ce qu’il paraît ! C’est pour ça qu’à la récré, parfois ça chauffe. Heureusement, je sais me défendre ! Faut dire qu’en plus elle est jolie Zoé. On partage plein de choses tous les deux. Elle m’aime comme un frère. Et moi comme une sœur. Mais si elle m’a aimé tout de suite, ses parents, eux, ils en ont mis du temps. Au début, ils me disaient même pas bonjour et à l’école, ils ont même demandé à ce qu’on soient séparés. Heureusement, la maîtresse a tenu bon. Elle leur a répondu que ma bonne humeur était contagieuse ! Les parents de Zoé sont repartis, la tête basse. Fallait voir ! Depuis, ils me regardent d’une autre manière. De façon normale, je veux dire. Et mine de rien, ça me fait plaisir. Parce que les regards tordus, les regards qui chuchotent, les regards de pitié. J’en ai marre !

Plus d’une fois, j’ai failli pleurer à cause d’un regard comme ça.

Enfin tout de suite, pas le temps de m’apitoyer. Je dois rejoindre mes copains sur la place du village pour une partie de foot méga importante.

La partie commence fort. On rit comme des fous et faut croire que ça plait pas à tout le monde. Sur un banc, à côté de nous, des gens nous regardent en chuchotant. Ils ont jamais vu des enfants qui s’amusent, ou quoi ? Je me demande. Bref, à un moment, la balle tombe sur eux. Bon, j’avoue, c’est ma faute. J’ai jamais été super comme goal. Mais je vais vite m’excuser. Enfin je vais du plus vite que je peux. Pardon, Madame, pardon Monsieur, je ne l’ai pas fait exprès. Vous pouvez me rendre la balle, s’il vous plaît ? D’abord, ils sont gênés, après ils bafouillent un truc du genre oh la la ça doit être compliqué pour quelqu’un comme toi de jouer au foot, non ?  Je me retourne car je veux pas qu’ils voient mes yeux trembler. Puis quand j’ai enfin le courage de leur répondre, ils sont partis… avec ma balle. Mes copains tentent de me consoler mais la colère recouvre tout. Je n’écoute rien. Ni personne. Et je rentre chez moi.

Je me retiens tout le chemin pour ne pas pleurer. Je m’oblige même à penser Je suis fort, je suis très fort. Mais une fois à la maison, un torrent de larmes inonde mon cœur. Je m’enfuis dans le jardin. Je n’aime pas qu’on me voit triste. A cet instant, je sais que mon sourire est bel et bien mort. Papa me rejoint. Il me dit qu’au rythme où je pleure, il n’aura plus besoin d’arroser. Ça m’a fait rire. Un peu.

Papa trouve toujours les mots qu’il faut.

Ensuite, il me prend dans ses bras. C’est là que j’entends la force de son amour. Tu sais, ce n’est pas grave pour la balle. On en rachètera une !

Pourquoi les gens sont méchants ? Je lui demande.

D’abord, ils ne sont pas tous méchants.  Ensuite, ils sont parfois plus bêtes que méchants. Et pour finir ils n’ont pas la chance d’avoir un petit garçon aussi extraordinaire que toi.

Là, je me remets à pleurer. De bonheur, cette fois.

Je suis toujours en train de pleurer dans le jardin quand je reçois un ballon sur la tête. Un ballon magnifique avec écrit dessus POUR TIM, en lettres capitales. Papa a l’air surpris mais moi, je comprends tout de suite que c’est le grincheux qui me l’a envoyé ! Et je lui crie Merci monsieur ! 

Le lendemain,  le voisin fait tailler sa haie. Il n’a plus envie de se cacher, je crois. Petit à petit, je le vois apparaître. C’est marrant, il est assis, avec un large sourire, dans un fauteuil roulant. Ça me fait un choc. Mais quand il me fait coucou, je lui réponds d’un signe de la main.

Alors il hausse les épaules mais moi, je vois bien qu’il est content.

En plus, je sais qu’on va bien s’entendre tous les deux. Parce que, moi aussi… je suis dans un fauteuil.  Mais quelle importance en fait ?

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