Quel bon week end j'ai passé. Jamais je n'aurais imaginé avoir ma place dans un atelier d'écriture. Une révélation, et voici ma nouvelle qui découle de l'atelier de Sabine Dormond.
Reprendre la lecture

Ce matin, je m’éveille, et ma première pensée est pour ma voisine qui m’exaspère, qui surveille mes allées et venues, qui cancane auprès des voisins, sort de chez elle quand je vais à la boîte aux lettres, cela ne peut plus durer ! Elle va voir de quel bois je me chauffe. M’en vais lui flanquer une bonne leçon !

D’abord, je téléphone à Claude, mon copain aux allures de boxeur, puis Robert le déménageur ainsi que Simon, employé des postes, et sans oublier Malika, ma complice de toujours.

Je les prie de s’habiller en treillis militaires et d’apporter du rechange pour repartir. Leur instruction est, qu’une fois arrivés devant l’immeuble, ils leurs faudra sonner chez la voisine, prétextant une erreur pour entrer chez moi.

Ce petit monde réuni, je procèderai à l’élaboration de mon plan.

Tel un félin caché dans les hautes herbes, prêt à bondir, je savoure déjà ma vengeance sur cette souris qui pourrit mon existence. J’en fais tout un fromage. J’m’en vais quand même lui montrer les griffes et la bouffer toute crue ! La vengeance est un plat qui se mange froid, après tout.

Demain au courrier du matin, Simon, en tenue de postier, viendra livrer des sacs postaux remplis de PQ, suivi par Claude et Robert qui m’apporteront du matériel lourd de chantier : perceuse, foreuse, marteau piqueur, casques et lampes frontales. Bien sûr, ces va-et-vient vont susciter l’intérêt de la fouine et éveiller de la suspicion.

Le lendemain, quand je la croise, elle pose sur moi un regard inquiet, intrigué, et cela me ravi !

Décidément tout me sourit, c’est parfait, du grand art ! Toutefois, dans son attitude je perçois un je ne-sais-quoi de méfiance. Aurait-elle un sixième sens ? Prudence ! Pourtant, mon plan est parfait. Prévenir et anticiper sont mes devises et rien n’arrêtera mon châtiment.

Cependant j’étais loin d’imaginer que l’esprit tordu de cette bécasse viendrait glisser un grain de sable dans ma subtile machination.

Dans la quiétude de mon petit chez moi, je me plonge dans la lecture, ravi, extasié par la finesse du retour de bâton que je vais infliger à cette « Manon des sources » qui pollue mon parfait quotidien.

Soudain l’interphone résonne. J’actionne l’ouverture et m’attends à la visite d’un proche. Peu après on sonne à ma porte, j’ouvre. Deux gendarmes me font face !

–     Bonjour, appointé Pointu et agent Friction, pouvons-nous entrer ?

Je m’écarte et les invite à me suivre au salon. L’appointé Pointu prend la parole.

–     Voilà, nous avons reçu un appel anonyme et selon ces dires, il semblerait que des va-et-vient louches se passent chez vous ces derniers temps. Que manigancez-vous ?

–     Moi ? Mais rien du tout, vous plaisantez ?

L’appointé me fixe.

–     Vous pensez qu’on se déplace pour faire rigoler la galerie ? Il est stipulé dans notre rapport que du matériel lourd et suspect a été introduit dans votre appartement.

Je m’interroge, avec ironie. Matériel suspect !? Pff !

Je me félicite d’avoir planqué le matos dans le local technique de l’immeuble dont j’ai une clé, en accord avec le concierge. J’y possède une armoire où je range mes affaires de ski.

Après quelques vérifications et inspection de mon appartement et de la cave restées infructueuses, l’appointé Pointu et l’agent Friction prennent congé, en me priant de les excuser pour le dérangement.

Peu après leur départ, je décide de descendre au bas de mon immeuble où se trouve l’épicerie du quartier. J’y achète des yaourts et des jus de fruits et j’en profite pour saluer mon amie Malika, gérante de cette surface. De retour chez moi, j’appelle Robert, Claude et Simon pour les mettre au parfum de la suite du déroulement des évènements.

Soudain je suis agressé par une musique à coin ! C’est parti, j’en ai pour deux heures de son chanteur préféré ! Ce qui est galère c’est qu’en plus, elle accompagne ce dernier avec un instrument qu’elle a sûrement inventé pour nuire à mon bien être. Ledit instrument, FRACCADUGROIN, émet un son entre la scie musicale, le didgeridoo, et un soupçon de cornemuse. Je mets mes boules quies et me replonge dans ma lecture. Tout autre loisir ne m’étant plus accessible.

Son cérémonial quotidien terminé, c’est dans le calme que je laisse vagabonder mes pensées.

Elles me ramènent à l’enfance :  J’ai dix ans, je suis en classe et devant moi sont assises Agnès et Isabelle. J’écris un mot, le plie en quatre et le tend à Agnès. Elle le déplie et peut y lire ceci :

« Pourrais -tu demander à Isabelle si elle veut sortir avec moi ? »

…Rien, pas de réaction. Merde, je vais passer pour un blaireau ! Mais quand sonne la récré, Agnès se lève et se tourne vers moi. Je deviens écarlate. Elle me tend un billet que je glisse en tremblant dans ma poche. Arrivé dans la cour, je m’isole. Non seulement elle n’a pas remis mon important message, mais elle me propose d’être ma petite amie. Zut ! Que faire ? Je regarde à tour de rôle Isabelle et Agnès. Dilemme ! Après une longue réflexion j’approche Agnès :

–     Ben oui, si t’es toujours d’accord je veux bien sortir avec toi.

J’avais ainsi perdu Isabelle à tout jamais !

Je suis tiré de mes pensées lorsque ma sonnette retentit. J’ouvre. Ma voisine se tient devant moi

–     Ouais, que voulez-vous ? Je lui demande.

–     Eh bien, je vous trouve étrange ces derniers temps. Auriez-vous des problèmes avec moi ?

–     Ben non, aucun problème avec qui que ce soit et je vais bien. Bonne journée, Madame !

Et je referme ma porte.

Vendredi, jour J-1.

Je contacte Malika et la préviens qu’il y aura du raffut derrière la porte de secours du magasin et qu’elle se doit de rassurer le personnel présent, que ces bruits sont dû à des travaux ultérieurement annoncés !

Samedi, le grand jour. Je suis anxieux.

18h30, l’épicerie ferme et dans quelques minutes Claude et Robert vont mettre leurs machines en marche. Tic… tac… tic… tac.

Soudain, un brouhaha monte du sous-sol. C’est le moment. Je me précipite chez ma voisine, frappe à sa porte, elle m’ouvre, inquiète.

–     Vite, vite ! Un braquage est en cours ! Lui crié-je.

Des gangsters vont dérober la recette de l’épicerie. Cela fait plusieurs jours qu’ils me menacent, ils ne plaisantent pas et ont des mines patibulaires, je crains qu’ils n’envisagent de se planquer dans mon appartement. Descendons nous réfugier à la cave !

–     Pas question ! Je ne bouge pas d’ici ! Me dit-elle, en me claquant la porte au nez !

Merde, merde ! C’est cuit ! Le coup du super-héros qui déjoue un hold-up devant sa belle, tombe tragiquement à l’eau.

Le temps presse et je dois descendre au sous-sol prévenir mes amis. J’ouvre la porte du parking et aperçoit Simon qui transporte les sacs PTT, de même que Claude et Robert qui chargent leurs matériels dans le bus. Remarquant l’absence de ma voisine, ils restent dubitatifs. Je hausse les épaules et tente de leur expliquer quand soudain, un fourgon de gendarmerie, gyrophare allumé, entre dans le parking. Arme au poing, l’appointé Pointu sort du véhicule et nous enjoint de nous rendre. Un appel anonyme l’a en effet renseigné sur l’acte criminel en cours. Tout ceci se transforme en cauchemar ! Nous voilà embarqués au poste, mis en cellule, pris pour un gang !

Des plombes plus tard, l’appointé décide de procéder à mon audition.

–     Monsieur, veuillez m’expliquer la présence des sacs postaux, remplis de rouleaux de papier toilette ainsi que tout ce foutra d’outils et d’habits dans le bus perquisitionné ?

Je m’efforce alors de lui expliquer en détails les raisons de cette mise en scène, qui n’avait que pour seul but, d’épater ma voisine, et que j’étais loin d’imaginer que j’allais me retrouver dans ses locaux face à lui.

–     Monsieur, comme je vous le dis, nous n’avons rien volé. Les tickets sont chez moi. Tentai-je de conclure.

Son rapport terminé, l’appointé Pointu me libère en m’informant que j’écoperai certainement d’une belle amende mais que mes amis seront mis hors de cause. Après remontrance de sa part, je le remercie et le salue. Il me sourit en hochant la tête de gauche à droite (quel imbécile) se dit-il !

Arrivé devant chez moi, j’entre de manière discrète et me réfugie dans mon appartement.

Je prends une feuille et me décide d’écrire une lettre à ma voisine.

« Chère Isabelle,

Depuis ton arrivée dans mon immeuble, j’ai tout de suite reconnu la camarade de classe de nos dix ans. Ne sachant comment t’aborder je me suis comporté de manière irrationnelle.

Bien que 30 ans se sont écoulés, je reste face à toi, désemparé. Mes sentiments, eux, n’ont cessés de grandir. Alors, j’ai imaginé un scénario farfelu pour te séduire et me mettre en lumière à tes yeux. Je me rends compte de ma stupidité et il eût mieux valu que je t’exprime mes sentiments. J’aurais certes peut-être pris un râteau, mais cela aurait été préférable que d’embarquer mes amis dans cette aventure pour finir au poste.

J’espère avoir attiré ton attention et non pas m’être éloigné de toi, car je me verrai alors dans l’obligation de résilier mon bail afin de disparaitre à l’autre bout du pays !

Affectueusement, ton voisin. »

Commentaires (1)

Starben CASE
27.06.2022

Plein d'humour et touchant. Ca ressemble à un film. Je t'encourage à continuer d'écrire :-)

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