Créé le: 20.08.2026
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Un vieil homme comprit que l’amour ne s’efface jamais.
Entre champs de blé et mer lointaine, un vieil homme solitaire découvrit que l’amour ne disparaît jamais vraiment.
Reprendre la lecture
Une maison au milieu de la nature entourée de champs de blé où fleurissaient également des coquelicots.
Sur le devant, un auvent habillé d’un banc sur lequel était posé un chapeau de paille, entouré de deux fauteuils et quelques bacs à fleurs. Une table sur laquelle trônait une théière fumante, quelques tasses, une pile de livres, un calepin et des crayons de couleur.
Le ciel était bleu, seuls quelques nuages passaient sous l’effet d’une légère brise qui faisait danser les épis jaunes. Des oiseaux virevoltaient. Certains étaient posés sur les fauteuils et la table, comme s’ils étaient chez eux.
La porte de la maison s’ouvrit. Doucement, un vieil homme sortit, d’un petit pas il rejoignit le banc, déposa sur la table un sachet contenant quelques viennoiseries et s’assit. D’une main un peu tremblante, il se servit une tasse de thé. Sa tasse dans les mains, il regarda la mer au loin. Il était seul, sa fille et ses petits-enfants étaient sans doute à la plage. Les mésanges étaient déjà là, fidèles au poste, qui tenaient compagnie au vieux pendant qu’il prenait son petit-déjeuner. Elles savaient qu’elles auraient droit à quelques petits morceaux de pain.
Tout en buvant et mangeant, le vieil homme prit un livre, commença la lecture à haute voix. Pour les mésanges, pourrait-on penser ? Non, bien sûr, il était vieux, mais pas encore gâteux, il lisait à haute voix car ainsi il rompait le silence. Un silence un peu pesant, parfois quand les autres étaient sortis.
Le livre se prêtait d’ailleurs très bien à la lecture à voix haute. Dans ce recueil, on trouvait aussi bien des poèmes que des textes courts ou des pensées poétiques.
Pensée sur la nature
La nature ne demande rien aux hommes, si ce n’est du respect. Le reste, elle le reçoit du soleil, de la pluie, du vent et même du froid.
Par contre, si l’homme sait écouter, la nature donne sa beauté, son utilité, enfin tout ce dont l’homme a besoin pour vivre. Tuer la nature et l’homme mourra.
La balade au bord de la mer
Alors que j’étais installée sur un banc de la promenade face à la mer, je vis passer Simone, la mère et Juliette sa fille.
Elles me saluèrent d’un geste de la main. Je les regardai marcher. Elles étaient là, côte à côte en paix.
Simone était peut-être instable sur ses jambes, depuis un certain temps c’était plus difficile, Juliette la soutenait fermement par le bras. Je savais que ce geste avait également une autre signification, une tendresse qui disait qu’elle serait toujours là pour elle.
Elles avaient l’air de partager un moment fort. Parfois elles se parlaient, je n’entendais pas leurs paroles, cela ne m’importait pas, ce que je remarquais était la complicité qu’elles dégageaient.
Ce que je retenais était l’affection qu’elles portaient l’une envers l’autre. Le moment partagé, car, un jour viendrait où tout cela ne serait plus possible, où tout cela serait un beau souvenir pour Juliette.
Plumes
Deux plumes blanches sur l’eau verte d’une rivière.
Dans le silence d’un sous-bois.
Rien ne bouge, un souffle s’endort.
Tandis que la lumière se perd entre les feuillages
Les roses
Les roses parlent d’amour, silencieusement
Dans un langage que seul le coeur comprend
Et leurs pétales murmurent des promesses
Que le temps ne peut reprendre.
Il reprit un peu de thé, l’émotion ça assèche la gorge, oui, car ce recueil avait été écrit par sa femme, malheureusement aujourd’hui disparue.
Comme de temps à autre il avait des pertes de mémoire, cela ne le dérangeait pas de relire ces écrits, comme si c’était la première fois. En lisant une sensation étrange le titillait. Pourquoi pensait-il autant à sa femme depuis quelques temps?
Au bout d’un bon moment, il commença à avoir trop chaud pour rester dehors, il décida de rentrer, prit le recueil, son calepin et ses crayons de couleur.
Arrivé au salon, il chercha une place où s’asseoir. Sur chaque divan et fauteuil les ados y avaient laissé leurs affaires. Après un peu de rangement, il s’installa dans un fauteuil bien confortable et somnola.
Un bruit le réveilla. Quelqu’un serait-il rentré ? Un parfum floral flottait dans l’air, le même qu’utilisait sa femme. Il se leva, personne dans le salon. Avant d’inspecter les autres pièces, il alla contrôler la porte. Elle était bien fermée.
Il se dirigea d’abord à la cuisine, il était presque l’heure de préparer quelque chose à manger.
Il fut étonné de voir un plat recouvert d’une toile blanche. Délicatement, il souleva un bord du tissu. Un parfum envoûtant se dégagea du récipient. La surprise d’y voir des petits légumes farcis. Il prit d’abord une tomate. Sa peau fine gorgée d’une saveur tendre et délicatement sucrée. Il goûta ensuite une courgette, tendre et confite, puis un tout petit poivron, un pur délice, le goût de d’ail de thym et de basilic légèrement caramélisé lui rappelait les fêtes de famille, lorsqu’ils étaient tous réunis.
Sa femme les préparait divinement bien. Sa fille l’aidait parfois quand ils recevaient beaucoup de monde.
Le goût était parfait et, parfaitement intriguant. Intriguant, oui, intriguant, car ce plat n’était pas là le matin quand il s’était levé.
Deux possibilités s’offraient à lui, l’une, la plus logique, était qu’il était dans un songe, donc ces délices n’existaient que dans son rêve. La moins plausible, sa fille les avait fait la veille, les avait mis au frais, était revenue dans la matinée les déposer pendant qu’il dormait dans le salon. Si elle était venue, il l’aurait entendue. Elle ne serait pas repartie sans lui parler.
Sorti de la cuisine, il alla inspecter les autres pièces. Quelqu’un s’était peut-être introduit dans la maison et s’y trouvait encore. Pourtant, il ne trouva personne : il était bien seul.
De retour dans la cuisine, lorsqu’il ouvrit doucement la porte, le plat n’était plus sur la table. Il avait bien rêvé.
Le vieux, déçu de n’avoir pu manger ces légumes farcis, se décida à explorer le frigo. Au moment de l’ouvrir, le même bruit entendu une heure auparavant le fit se retourner.
La porte de la cuisine étant restée ouverte, il vit une passer une ombre. Il resta interdit, réfléchit un court instant. La situation ne lui plaisait pas.
Il sortit, bien décidé à en découdre, pour savoir à qui appartenait cette ombre qui apparaissait et disparaissait. Qui jouait avec lui? Qui essayait de lui faire peur et pour quelle raison ? De quoi le faire devenir fou.
Ne voyant personne à nouveau, il retourna dans la cuisine. L’atmosphère qui y était étrange, paisible, il y régnait comme un silence de cathédrale. Pour couronner le tout, sur la table, le plat était de nouveau réapparu, découvert, dans lequel il ne manquait que les légumes qu’il avait mangés auparavant.
Près de l’évier, une femme de dos versait de l’eau dans la théière, celle-là même qu’il avait laissée sur la table sous l’auvent.
Terrorisé, il sentit la sueur couler le long de son cou, il voulut lui parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. La femme d’une blancheur diaphane se retourna, lui sourit. Le vieux la regarda la bouche ouverte, intrigué.
Plein de questions se bousculaient dans son cerveau. Mais qui était cette femme? Comment était-elle rentrée? Pas par la porte d’entrée, il avait contrôlé, elle était fermée à clé. Personne ne l’avait prévenu que quelqu’un allait passer.
En ce qui concerne le plat qui apparaissait et disparaissait, l’avait-elle apporté elle-même?
La femme déposa un plateau avec la théière et un mug sans une explication.
Elle lui sourit, il lui rendit son sourire, sans articuler le moindre mot, la muette et le vieux restèrent ainsi de longues minutes.
Le vieux arriva enfin à articuler quelques mots, ne serait-ce que pour lui dire merci et lui demander son nom.
La femme lui sourit et lui dit qu’elle s’appelait Agata. Qu’elle le connaissait bien. Il lui demanda de s’asseoir, car il avait des explications à lui demander. Elle comprit tout de suite ce qu’il voulait savoir.
En baissant la tête, elle s’excusa de lui avoir créé des tracas, elle comprit assez rapidement qu’il n’avait rien su de sa venue. Ça faisait longtemps qu’elle devait venir le trouver car sa femme s’inquiétait pour lui. Mais cette fois-ci, alors qu’elle était déjà sur une autre affaire, on lui avait intimement demandé de passer le voir.
Le vieux la regarda, elle dégageait une aura bienfaisante mais malgré cela il se sentait complètement perdu par les quelques explications qu’elle venait de lui fournir, ne lui laissant pas le temps de poser des questions. Etait-ce une amie de sa femme? Sa mémoire lui faisait vraiment défaut car il ne se souvenait pas de son visage, ni que son épouse avait une amie du nom d’Agata. Comment pouvait t’elle la connaître? Pourquoi sa femme s’inquiéterait pour lui, vu qu’elle n’était plus de ce monde?
Alors que la femme tentait de continuer à parler, il l’interrompit en posant sa main sur son bras, il sentit des frissons l’envahir. Le contact fut étrange. Sa peau n’avait rien de normal.
Il oublia les questions qu’il avait prévu de lui poser, il se rendit compte qu’elle n’y aurait pas répondu.
Il but une gorgée du thé qu’elle avait préparé. Il était presque froid, avait un goût plutôt sucré, meilleur. Il eut l’impressioqu’il avait des propriétés apaisantes, car il se sentit soudain moins perdu. Qu’avait-elle mis dans sa tasse ?
Les deux se regardèrent sans parler, il vida son mug, quelque chose d’étrange était en train de se passer. Le vieux ressentit une petite fatigue, s’excusa auprès d’Agata, se leva et se dirigea vers le salon.
Une fois bien installé dans son fauteuil, il repensa aux événements de la journée. Elle avait pourtant bien commencé par la lecture du livre de sa femme dans une atmosphère paisible et calme. Puis des visions, des apparitions et disparitions, des souvenirs revenus à la surface, cette femme qui avait débarqué, pour une raison inconnue et inexpliquée. Enfin, toutes ces choses construites comme un collier de perles l’avaient épuisé.
Alors qu’il était sur le point de piquer un somme, il ressentit ce même parfum floral lui parvenir jusqu’aux narines. Il entendit la femme lui murmurer d’une voix douce qu’elle avait terminé le travail qui lui avait été demandé et qu’elle s’en allait.
Un fois à nouveau seul, le silence revint, il sentit le contact d’une main sur sa tête. Agata serait-elle revenue? Par réflexe, il la recouvrit avec la sienne. Ce fut un flash, il reconnut la main de sa femme. Il se sentit apaisé et sombra dans un sommeil calme et profond.
Parfois, la vie nous envoie des signes des anges qui nous permettent de nous apaiser.
En fin d’après-midi, lorsque tout le reste de la famille rentra, elle trouva le vieux assis dans son fauteuil, le livre de sa femme dans les mains, un beau sourire aux lèvres, comme s’il était content de retrouver quelqu’un qu’il attendait depuis longtemps.
Naturellement, personne ne sut comment il avait passé la journée. La cuisine était propre et rangée, il n’y avait rien sur la table, ni petit farcis ni théière. Celle-ci, d’ailleurs, était restée posée sur la table à l’extérieur..
Le vieux était parti heureux et paisible.
Entre champs de blé et mer lointaine, un vieil homme solitaire découvrit que l’amour ne disparaît jamais vraiment.
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