Créé le: 19.09.2019
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Un peu ou très or ?

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© 2019-2021 Domelle

Quand une précieuse amitié enfantine, par un rendez-vous particulier, offre au passé l’espace de ressurgir mystérieusement.
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Un peu ou très or ?

Neil arriva au hameau de Gueltac à l’aube, on devinait alors à peine les maisons dans la pénombre.

Il avait quitté la capitale lorsque le soleil déclinait, avant de laisser place à l’obscurité. Il apprécia ce clin d’oeil lumineux.

Le récit palpitant d’un homme rencontré dans l’avion avait excité sa curiosité. Un curieux objet revenu d’un passé lointain aurait été découvert, dans un menu village de montagne. Le réalisateur Neil Mines, friand de ce genre de légende, avait devant lui quelques jours avant de rejoindre son équipe sur le lieu du tournage.

Enthousiasmé par ce qui lui apparaissait comme un conte fantastique, un détour dans ce lieu s’était imposé à lui.

Il avait levé le pouce, la chance lui avait souri. Trois conducteurs successifs l’avaient mené jusqu’aux portes de Gueltac.

Chacun l’avait abreuvé de détails sur cette fameuse affaire.

Le dernier de ses bienfaiteurs l’avait déposé sur la place avec, pour seule compagnie, son imagination incrédule.

En attendant l’ouverture du café, il s’était assis sur la terrasse pour profiter du calme de ce lieu endormi, et le voir naître ainsi au jour nouveau, sous la variation de l’intensité solaire.

Ce temps offert lui avait permis de s’en imprégner tout en vagabondant dans ses pensées.

 

Paula venait de brancher la machine à café lorsqu’elle vit un homme, un inconnu, installé à une table face à la fontaine.

C’était la première fois qu’un client était attablé à son arrivée. L’étranger ne semblait pas impatient. Elle nota une détermination émanant de sa silhouette. Paula n’aurait pas pu dire d’où lui venait cette sensation. Etait-ce l’annonce d’un jour particulier ? Cette perspective la réjouit.

En guise de bienvenue, elle lui apporta une carafe d’eau et une pâtisserie au maïs dont elle détenait le secret.

Le café était encore vide à cette heure et Paula, ravie à l’idée d’accueillir un visiteur, était revenue s’assoir à ses côtés.

C’est sur un ton guilleret que la conversation s’engagea entre eux. Comme bien souvent dans ces échanges inattendus, l’unique et précieux enjeu fut le partage de l’instant présent. Ils discoururent ainsi joyeusement jusqu’à l’arrivée des habitués.

Plus tard, elle lui apporta une photo jaunie sur laquelle on devinait deux petits enfants tenant entre leurs quatre mains, un objet difficile à identifier. Le coeur de Neil s’était emballé. La véracité des faits entendus cette nuit se confirmerait-elle ? Dans son ciel de recueilleur d’histoires, un ardent soleil balaya les nuages des doutes élaborés par son esprit cartésien.

 

Paula lui avait alors suggéré d’attendre un peu. Elle connaissait quelqu’un d’intarissable sur ce sujet.

Dans la matinée, Dante – son grand-père – viendrait, il lui plairait de rencontrer quelqu’un portant un intérêt à ses vieux souvenirs. Une oreille ouverte et avide le comblerait. Mais pour sûr, à l’instant, le vieil homme dormait à poings fermés.

Il arriva quand le soleil disparaissait derrière le clocher de l’église.

Après que Paula eût renseigné son grand-père à propos de l’intérêt de ce voyageur, les deux hommes partagèrent un café.

Neil tenta de dissimuler son impatience. Dante joua le jeu et fit mine de parler d’autre chose puis, s’absenta quelques instants.

Neil le regarda traverser la place d’un pas ralenti par les années.

Il y avait, cependant, dans sa démarche cette assurance, qui bien souvent révèle une profonde humilité.

Neil se souvint à cet instant d’une maxime italienne qui avait bercé son enfance : “ Chi va piano, va sano e va lontano. ”

A son retour le vieillard déposa religieusement un manuscrit dans les mains du réalisateur en lui glissant à l’oreille : “ Lisez ceci et après, … seulement après, nous en parlerons. ”

 

Le visiteur traversa la place fébrilement et s’installa sur le banc devant l’échoppe des mots promis. Il prit une grande inspiration, comme celui qui s’apprête à s’immerger dans des eaux tumultueuses, et se laissa emporter dans l’ouvrage que cet homme lui avait confié les yeux brillants.

 

Sur la première page trônait ce titre énigmatique:

Un peu ou très or ?

Il tourna la page avec une extrême délicatesse, puis fut aspiré par le récit du vieil homme, écrit voilà bien des années.

 

De mémoire d’homme, le marché de Tekipa, la petite capitale de la région montagneuse, s’était toujours déroulé ce jour-là.

Cet événement hebdomadaire attirait du monde à des lieues à la ronde.

Le mardi était ainsi la note qui rythmait également la partition de Gueltac.

Pour répondre aux besoins variés et divers de chacun, marchands et clients s’en allaient jusqu’au soir.

Qui en cariole, qui en voiture, en tracteur, à pied autant pour vendre ou échanger des bêtes, des récoltes, des productions, qu’acheter le nécessaire, l’agréable ou le superflu. Certains en profitaient même, pour déguster des nouveautés culinaires venues de pays lointains sur le stand du monde. D’autres se plaisaient à chiner les dernières tendances venues de la capitale ou d’ailleurs.

 

Ainsi, le mardi, un calme particulier régnait, le village se rétrécissait.

Les enfants de Gueltac jouissaient d’une autonomie particulière.

En fin d’après-midi, ils quittaient la bâtimournée à la conquête des alentours.

Oui, vous avez bien lu, la bâtimournée !

Je suis encore aujourd’hui très fier de mon invention.

Je devais approcher de l’âge de six ans, lorsque pour la première fois, ce mot sortit de ma bouche, il chatouilla les oreilles de Katalyna, ma tante. L’étonnement éveilla sa curiosité.

“ Que nommes-tu ainsi, mon cher neveu ?

– L’école, avais-je déclaré d’une voix colorée d’évidence, car c’est dans ce bâtiment que je passe bon nombre de mes journées ”.

Dès lors, l’adoption villageoise du mot; bâtimournée, fut consignée dans le grand livre par le maire de l’époque en personne.

 

Mon attachement aux lettres est ma parure, ma seconde peau. Depuis toujours, et probablement à tout jamais, les mots sont mes compagnons de jeu, de route, d’existence.

Aujourd’hui mon atelier est niché derrière l’enseigne sur laquelle le curieux peut déchiffrer:

“ Raconte-moi, je dénicherai tes mots ”.

Il arriva un jour un touriste pragmatique et bienveillant. Il s’enquit, probablement dépourvu de sensibilité poétique, de la raison pour laquelle je n’avais pas plutôt gravé “ écrivain public ”.

Je n’avais point daigné chercher de réponse. Lorsque les mots n’ont pas lieu d’être, un amoureux des lettres choisit le silence. Peut-on expliquer le gonflement du coeur, le lien au merveilleux? Ecrivain public est plus commun, plus pratique, plus court? Doit-on oublier l’âme des mots choisis afin de satisfaire des usages courants?

Les habitants de Gueltac et des villages avoisinants franchissent quotidiennement ce porche pour autant de raisons qu’il en existe de déposer sur un papier, des idées, des messages, des sentences. Une lettre administrative, une invitation, une annonce, une déclaration d’amour et tant d’autres besoins, malheurs, joies, désirs jalonnent les routes de l’existence humaine.

 

Ottilia, ma petite soeur, et son ami Gaby profitaient de cet espace de liberté pour élargir leur horizon, parcourir la vraie vie et découvrir le monde. Ils ne le pensaient pas ainsi, ils le vivaient comme les enfants savent si bien le faire. D’ailleurs, le promeneur qui les croisait ou les apercevait de loin le sentait. D’eux se dégageait comme un souffle de légèreté profonde, celui de la quête de sens innocente et cristalline.

Gaby, perché sur les hauteurs vertigineuses de ses dix ans, marchait devant. Avec les fils de l’étoffe de sa grandeur et de son amitié, il tissait dans l’espace un filet de protection pour ma soeur, sa protégée. Elle humait le privilège de la sécurité avec l’aplomb de ceux à qui rien ne peut arriver. Elle affectionnait de le suivre, cependant elle le dépassait parfois en riant.

Ottilia venait de fêter ses huit ans. Elle avait aimé arriver à cet âge. “Huit – avait-elle déclaré, après avoir soufflé ses bougies – c’est comme deux boules de glace posées l’une sur l’autre. C’est beau, c’est bon, c’est un cadeau tout rond.”

Tandis que les dix années de Gabriel, c’était tout autre chose. Imaginez un peu, son vieil ami, son frère de coeur avait maintenant besoin de deux chiffres pour décliner son âge.

Ottilia sentait avec la certitude candide de la première jeunesse, que celui dont l’existence se racontait par un nombre à deux chiffres, avait pour mission de protéger ceux et celles qui grandissaient dans un espace numérique encore situé entre zéro et neuf.

Et pourtant Gabriel, affublé de cette frêle dizaine, était le benjamin d’une fratrie de six enfants.

Ses parents dans une ardeur intacte du désir de la famille sacrée, attendaient que le ciel leur permette de partager leur amour avec un septième enfant, la voie du nombre parfait.

 

Ottilia et Gabriel se connaissaient depuis la nuit des temps disaient les anciens.

Laissez-moi vous conter la source de cette croyance.

Une nuit de lune noire, Maya, ma mère, mit au monde, après quatre garçons, sa première fille; Ottilia.

L’obscurité était profonde. Les étoiles installées dans un lointain galactique brillaient et diffusaient une lueur curieusement orangée.

Gabriel dormait à poings fermés dans les bras de ses deux fraîches années. Néanmoins, lorsque Ottilia, à quelques fermes de là, ouvrit les yeux sur le monde, ceux de Gabriel s’allumèrent dans la nuit. Un rire empli d’une joie pétillante résonna dans la ferme et alentours. Réveillés par ces ondes de vie, tous les membres de la famille de Gaby se réunirent auprès de lui. Et chacun, ensuite, ayant pu constater que tout allait bien, s’en retourna à ses rêves. Ce réveil nocturne offrit à tous comme un bain de jouvence. Le lendemain, Gaby et Ottilia furent officiellement présentés l’un à l’autre.

Ceci malgré l’évidence que les Dieux s’en étaient déjà mêlés.

 

Dès qu’Ottilia commença à trotter, elle se mit à suivre Gaby partout et tout le temps. Ils étaient inséparables, on les entendait discourir de loin.

Notre mère demanda un jour à Ottilia comment ils occupaient leur temps ensemble. Ma soeur, avec sa grammaire encore en construction, avait chantonné: “Gaby dit qu’on va à la chasse aux trésors, moi je dis que si on en trouve déjà un peu c’est bien. ”

Avec le temps, Gaby et elle avaient gardé cette pétillante erreur de langage enfantin et en avaient fait leur devise : un peu ou très or ?

 

Ils avaient ainsi, pris l’habitude de parcourir les environs du village, à la recherche de ce que la nature offre aux appétits d’enfants curieux.

Dotés d’une exquise gourmandise, ils se régalaient d’un rien, d’un tout, d’un coup. De fruits, petits, gros, juteux, à chair ferme, d’herbes aromatiques, de fleurs, de feuilles, de branches. Jamais ils ne se lassaient de nouveautés.

Ils découvraient des saveurs, sucrées, âcres, amères, discrètes, puissantes. Ils étaient friands d’explorations, un peu, beaucoup, passionnément.

Sans le réaliser, ils avaient élaboré au fil du temps – bien qu’ils ne connaissaient ce mot ni l’un ni l’autre – un rituel. Rituel composé de diverses étapes organisées.

Ils s’installaient avec leur trésor du jour, n’importe où, mais toujours en prenant soin de leur confort.

Ils scrutaient, palpaient, humaient, racontaient, détaillaient leur trouvaille, selon une procédure digne de botanistes éclairés.

Ils partageaient leurs hypothèses sur le goût, la texture, le plaisir, le dégoût, ou toute autre surprise, qu’ils imaginaient bientôt rencontrer.

Pour un spectateur extérieur, ils auraient été perçus comme de parfaits scientifiques en herbe, futurs cuisiniers, herboristes ou même druides.

Le moment de la dégustation approchait alors.

Ils mettaient le trésor en bouche, alors l’air se chargeait d’une solennité peu commune, quelque chose s’arrêtait. Peut-être, le temps se suspendait-il ?

Leur concentration ressemblait à celle de deux oenologues plongés dans une dégustation sacrée.

 

Un grand silence toujours suivait, ponctué de bruits de salivation exagérée. Puis inexorablement l’explosion de rire, de joie ou de dégoût, suivait.

Parfois, ils se régalaient avec avidité. D’autres jours ils en restaient à l’observation du cadeau du jour. La dégustation n’était pas nécessairement le plus important.

 

L’étape préférée de la cadette dans leurs aventures hebdomadaires lui revenait d’office. Elle faisait de petits bruits avec sa bouche, regardait son compagnon et, d’une voix décidée le questionnait.

“ Combien tu aimes ? Un peu ou très or ? ”

Afin de graver un souvenir dans leurs mémoires, ils inventaient un mot attribué au butin du jour. Gaby l’inscrivait alors dans leur carnet de trésors.

 

Sans aucun doute l’histoire que je vais vous conter, celle de ces deux enfants se déroula un mardi.

C’était la saison froide, les deux jeunes s’étaient aventurés au-delà des rochers de granit.

Ils s’étaient dirigés derrière la grange de Baptiste en empruntant le chemin des mulets.

Ils savaient qu’il importait de fouiner les coins un peu à l’abri du gel.

Ce fut le regard d’Ottilia, à moins que, ce ne fut celui de Gaby – il serait bien ardu de le déterminer – qui glissa sur ce buisson parsemé de petites fleurs violacées.

Ils n’étaient pas très vieux, mais suffisamment pour comprendre que cette découverte serait leur trésor du jour. Ils le goûteraient. Il aurait une saveur particulière. Sans présager le moins du monde de la puissance et la magnificence qui allait en découler.

 

Après s’être délectés de ces clochettes aigres douces, ils réalisèrent qu’ils avaient la langue noire et un peu lourde comme leurs paupières.

Quelque chose d’inattendu survint, mais ils ne s’en rendirent pas compte.

Pour que l’étrange surprenne il faut avoir en tête un monde dont les contours sont définis. Ce qui était bien loin d’être leur cas.

Ainsi ils vécurent cet instant et les suivants avec l’entrain et le plaisir de l’authenticité.

Il est effectivement dans l’existence des moments où quand l’impossible surgit, il passe inaperçu et devient réel.

 

Un homme curieusement vêtu se dessina devant eux.

Avait-il des pieds ? D’où venait-il ? Comment diantre était-il apparu ici ?

Ils ne se posèrent pas ces questions.

Seule la fascination illuminait leurs visages.

“ Allongeons-nous, leur dit-il, je viens de loin. Mon corps est fourbu, il a besoin de se reposer. ”

Leurs coeurs battaient dans le merveilleux.

Ottilia planta ses yeux dans les siens et lui déclara les seules paroles pertinentes à ses sens:

“ Gaby et moi avons découvert aujourd’hui notre trésor :

Ce sont de petites fleurs

Dont la saveur ressemble au bonheur

Qui ont l’odeur d’une étrange erreur

Elles sont blanches et violettes

En forme de clochettes

Leur goût est un chant

Délicieusement piquant

Voici leur nom : … Belloreur ”

Je ne peux m’empêcher de vous confier ma fierté fraternelle.

Car clairement, Ottilia, ma petite soeur de huit ans, maniait déjà la langue avec une certaine subtilité, emplie de candeur poétique.

L’homme venu d’ailleurs se régala de cette fraîcheur éclatante.

Ses contours flous se firent plus nets, il déposa sa besace entre les enfants et lui.

Oh bien sûr, il savait qu’ils seraient curieux de connaître son contenu.

N’était-ce pas pour cette raison que, finalement, il avait fait son apparition.

“ On dirait que tu es très vieux, qu’as-tu dans ton baluchon ? ”

Un sourire se dessina sous sa moustache. Son regard se fit tendre.

“ Tu as raison fillette. Je suis si vieux que je n’ai plus d’âge.

Je vais vous montrer quelque chose, laissez-moi ouvrir mon sac. ”

 

Il sortit un collier de cordelettes, certaines étaient de couleur blanche ou crème unie, d’autres bicolores, grisâtres, ou peut-être bleutées.

Toutes avaient des noeuds façonnés de-ci de-là, des petits, des gros, des longs.

Ottilia pensa que c’était un bijou qui venait d’un autre temps, un curieux bijou. Puis elle pensa au phénix aperçu dans un livre.

On aurait dit une queue d’oiseau géant.

Un phénix sans tête duquel se dégageait une intrigue.

L’homme le prit entre ses doigts, ses mains commencèrent un ballet de noeud en noeud, de cordelette en cordelette. Il énonça plusieurs nombres. Il venait de loin, de très loin. Son discours était bizarre, composé de mots inconnus, de chiffres, de phrases entrecoupées.

Il avait inventé ce système pour compter, nommer et se souvenir, disait-il.

Longtemps, il leur parla.

Ses mots dansaient dans la nuit naissante.

Ses paroles brillaient au milieu de mille nombres. Un véritable feu d’artifice.

Il parla de notation, de calcul, de faciliter les comptes, de précieux outil.

Ils entendirent les siècles passer en couleur, les noeuds pirouetter dans le temps.

Ils dégustèrent ces pépites de lumière qui dansaient autour d’eux.

 

“Ce sont ces fleurs découvertes et avalées par vous qui m’ont guidées sur votre chemin.

Vos belloreurs détiennent un pouvoir magique; celui de défier le temps et sa rigueur.

Le simple fait de les mettre en bouche et de les laisser envahir les papilles permet au temps de se dilater, de se transformer et d’emmener le monde sur un chemin prodigieusement fantastique.

Cet objet est un khipu.”

Au village la nuit était tombée.

Avec beaucoup d’inquiétude, nous partîmes à la recherche de ma soeur et de son compagnon d’escapade.

D’ordinaire, ils étaient toujours de retour avant le crépuscule.

 

Je partis dans la direction des hêtres, au-delà de la grange de Baptiste. C’est là que je les trouvai, allongés côte à côte. Je m’approchai, puis les appelai.

Ottilia et Gaby ouvrirent les yeux.

Un air de surprise se dessina dans leurs regards. Leurs paumes étaient posées sur une étrange couverture.

J’avais un jour vu une gravure d’un objet de ce genre dans un cours d’histoire.

Il était question d’un système numérique, plutôt complexe.

Puis je vis le buisson fleuri à côté d’eux.

Me revint en mémoire la légende de ces clochettes violettes.

Voilà bien des siècles, lorsqu’un problème de taille surgissait dans une communauté, qu’aucune solution ne semblait pouvoir le résoudre, le dernier recours était de consulter les esprits de la terre.

Alors les druides partaient à la récolte de ces plantes qui leur permettaient d’entrer en communication avec les anciens.

Cependant à cet instant, le coeur souriant du soulagement d’avoir trouvé ma chère Ottilia et son ami, une envie irrépressible de raconter ce que j’avais le privilège d’observer m’emporta.

 

Je déclamai dans la nuit étoilée :

 

“ Voilà la preuve que la quatrième dimension n’a pas de limite définie

Le khipu peut voyager dans le temps.

N’en déplaise aux cartésiens, les siècles naviguent entre les noeuds.

Il plaira aux poètes de le savoir ; l’homme traversa les siècles pour nous apporter son outil de comptabilité.

Toi objet du passé

Tu as défié le temps

La nature t’a porté ici

Par la puissance des herbes

Tu as fait ce périple

Que d’ordinaire seuls les esprits sages font

Tu as traversé les âges

en promenant tes noeuds curieux

qui s’entremêlent dans tes cordelettes

Où donc t’es-tu réfugié pendant que tes bords s’élimaient ?

 

Que de mystère

Que de magie

Que de génie

Merci ”

 

Dante Lijero Décembre 1955

 

Neil posa l’ouvrage sur le banc. Envahi d’une émotion rare et intense, celle d’être vivant dans une galaxie incommensurable et stupéfiante, il se mit à pleurer.

Depuis la terrasse de chez Paula, Dante l’observait.

Dans un sillon creusé par le temps, une larme d’un infini bonheur glissa sur sa joue.

Il espérait depuis bien longtemps le réveil cette magistrale aventure.

Il pensa; ce soir j’ai un invité et nous allons passer une soirée mémorable.

Et pourtant, la graine semée ce jour là germa bien au-delà de l’imaginable.

 

Deux ans plus tard dans la salle communale de Gueltac eut lieu un événement insolite pour un village si menu.

Un film fut présenté en avant-première mondiale.

Au premier rang étaient assis Ottilia, Gabriel et Dante.

Ottilia avait les épaules recouvertes d’un châle légendaire : le khipu.

En préambule, le réalisateur Neil Mines, déclara:

“Quand le hasard te guide aux portes du merveilleux, il n’existe qu’une issue, l’offrir au monde entier.”

 

Et commença alors la projection:

 

“Le long voyage d’un très or ”.

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