Créé le: 13.09.2020
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Un jour hors du temps

Fantastique, Nouvelle, Philosophie

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© 2020-2024 Plume Lunaire

Si vous prenez le temps de plonger au fond de votre être et d'accepter le présent de cette rencontre, ce sera le début d'un voyage sans fin peuplé de merveilleux mystères. Où mène-t-il? Que recèle-t-il? Il suffit de commencer. Un conseil: laissez-vous emporter...
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Je me réveillai. Les yeux grands ouverts, je me redressai aussitôt sur mon lit, tandis que ma main se dirigeait machinalement vers mon réveil. Quelle heure était-il ? Paniquée, j’essayais de me souvenir du jour, lorsque cela me revint d’un coup. Avec un soupir de soulagement, je réalisai que c’était le premier jour des vacances. Je permis à mon corps de s’allonger encore quelques instants, afin de récupérer du mini-stress que je venais de lui causer. Les vacances… j’ai toujours eu une relation particulière avec elles. D’un côté, je me réjouissais de leur approche, imaginant déjà la liberté que j’aurais et les beaux souvenirs que j’allais créer ; mais à peine les cours terminés que mon sentiment d’euphorie était aussitôt submergé par une vague d’angoisse. Qu’allais-je bien pouvoir faire durant deux semaines ? Je voulais en profiter, mais en même temps, j’avais peur de perdre mon temps, de le laisser filer… J’ai toujours passé mes vacances seule dans ma maison en pleine campagne. Le quotidien ne variait pas pour mes parents, car leur travail ne leur permettait pas de prendre congé. Les vacances n’apportaient donc aucun changement au sein de ma famille, excepté pour moi qui me transformais, à chacun de leur retour, en souveraine du foyer, et surtout, en souveraine de mes journées.

 

Je me réveillai en sursaut. Cette fois-ci, la nuit était bien loin. Ma chambre était éclairée par cette douce lumière de fin février.

Là, au milieu de ma table de chevet, où trônait généralement mon réveil, ne se trouvait maintenant qu’un espace vide.

Étrange, j’étais pourtant sûre de l’avoir pris dans mes mains quand je m’étais réveillée un peu plus tôt. Peut-être l’avais-je fait tomber pendant la nuit. Mais non, il n’était ni par terre ni sous mon lit. Tant pis, je finirais bien par le retrouver. Je me levai. De toute façon, je n’avais pas prévu de rester plus longtemps dans mon lit.

 

Je descendis dans la cuisine. Comme d’habitude, il régnait dans la maison un silence absolu. Le matin, mes parents se levaient tôt afin de se rendre au travail, et ne laissaient aucune trace de leur petit-déjeuner. Tout était impeccablement lavé et rangé donnant l’impression que personne n’était passé par là.

Je jetai un regard circulaire à la pièce. Accroché sur la porte du frigo je reconnus sur un billet l’écriture de mes parents : « Chérie, ne nous attends pas ce soir; nous irons dîner avec des amis au resto. Fais ce qui te plaît et profite du temps que tu as aujourd’hui ! Belle journée ! Papa et Maman »

Je me figeai. Tout était comme d’ordinaire, et pourtant quelque chose n’allait pas. Les chaises poussées, les assiettes nettoyées, l’horloge à sa place. Je fus saisie d’un doute ; se pourrait-il que mes parents… Non, ce n’était pas possible, ils n’auraient tout de même pas osé ! Je vérifiai. La haute horloge à pendule du salon, le coucou mural près de la fenêtre de la cuisine… sans oublier mon réveil ! Même mon téléphone ou mon ordinateur ne m’étaient d’aucun secours. Soit bien cachés soit refusant de s’allumer, tout ce qui servait à indiquer l’heure avait disparu de la maison.

« Super », grommelai-je, « merci beaucoup. » Si mes parents avaient voulu que je passe une journée calme et tranquille, ils n’auraient pas pu mieux faire. Cette journée sans compagnie s’annonçait longue et ennuyeuse.

Au loin, le soleil déployait ses rayons, l’air était bon, l’herbe humide, les premiers pissenlits éclos dans le jardin annonçaient déjà l’arrivée du printemps ; les collines, les prés, les forêts et même les toits de la maison et de notre petit hangar prenaient vie. Mes yeux s’agrandirent et un sourire se dessina sur mon visage. J’avais trouvé comment j’allais m’occuper.

 

J’avais l’impression de voler. J’étais légère, j’étais libre, j’étais puissante et incontrôlable. Rien ne pouvait m’arrêter ! Je pédalais de plus en plus vite, zigzaguais à droite et à gauche, roulais par dessus branches et brindilles, monticules, racines et cailloux. Mes pensées, mes réflexions et chaque rouage de mon cerveau s’étaient mis en veille laissant les commandes à mes sens. Le vent fouettait mon visage, jouait dans mes cheveux. Sa musique était tout ce que j’entendais. Quelle euphorie ! Comment avais-je pu oublier à quel point rouler à vélo pouvait me faire sentir si vivante ?

Complètement décoiffée et vibrante d’énergie, je m’assis au bord de la Mare des Fées. C’est ainsi que j’appelais ce petit étang parfaitement ovale quand j’étais petite. C’était mon coin préféré, mon refuge secret. J’aimais y passer des heures seule à rêver, jouer et inventer des histoires fantastiques, mais surtout, ce qui me procurait le plus de joie était d’emporter ma flûte à bec avec moi et d’improviser des mélodies magiques qui me transportaient dans d’autres mondes. Je chérissais ces moments qui me permettaient d’ouvrir ma créativité pour basculer dans mon imaginaire, là où tout était possible.

Autour de moi, les oiseaux se réveillaient. Je ne les voyais pas, mais je les entendais gazouiller. Ils discutaient dans un langage que je ne comprenais pas, mais qui m’avait toujours fascinée. Isolée, ayant pour seule compagnie les merles rieurs, l’eau dansante et la mousse affectueuse, je me laissais emporter par le charme de ces lieux enchanteurs. Comme je n’étais pas habituée à entendre le son de ma propre voix, je commençai d’abord par entonner un petit air en fredonnant, puis en chantonnant. Au fur et à mesure qu’augmentait mon assurance, ma voix voguait dans les airs et s’élevait de plus en plus haut au gré de mon inspiration. Souriante, j’ouvris les yeux et me pétrifiai.

 

Il se tenait là devant moi. Je dis « il »  comme si je le connaissais, mais en réalité, j’étais sûre de ne l’avoir jamais rencontré. Il avait à peu près la même taille que moi et ne semblait pas plus âgé. Plus je le regardais, plus je me sentais troublée. Il émanait de lui quelque chose de particulier que je ne saurais définir, et sa simple vue suscitait en moi un tourbillon d’émotions. Un mélange de sentiments que je n’arrivais ni à démêler ni à identifier, me donnant le tournis. Je le fixai, immobile. Je ne parvenais pas à détourner mon regard de son visage.

Jeune et lisse tel celui d’un enfant, il semblait intact comme si le temps était incapable de l’altérer. Ses traits étaient nets et délicats ; son teint frais et éclatant faisait ressortir ses joues rosées. Mais ce qui capta mon attention étaient ses yeux : profonds et pénétrants, ils brillaient d’une sagesse ancestrale qui contrastait singulièrement avec le reste de son apparence. Ils me donnaient l’impression de pouvoir lire en moi comme dans un livre ouvert.

Mon corps se mit à trembler. Soudain je me sentis toute faible et chancelante ; une simple brise aurait suffi à me faire tomber.

Lorsqu’il s’approcha de moi, j’eus un mouvement de recul, guidé par une peur inexplicable, mais mes membres refusèrent de bouger, tandis que tout mon être était mystérieusement attiré par sa présence. Des émotions contradictoires s’agitaient en moi ; une méfiance de l’inconnu accompagnée d’une envie de le comprendre. Alors, il fit une chose tout à fait inattendue : il me sourit. Un sourire si large, si sincère, si innocent et empli de joie qu’il balaya d’un coup tous mes doutes, mes réticences et mes inquiétudes. Je ne pus m’empêcher de lui rendre son sourire malgré mon malaise.

-Je sais ce que tu ressens. Ne me regarde pas ainsi, je ne dis pas ça pour te tromper ni même pour te rassurer. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ressens réellement ce qui se passe en toi, et je peux t’assurer qu’en ce moment, ce n’est pas une sensation très agréable, dit-il doucement. Viens, suis-moi. Il y un joli coin non loin d’ici où nous pourrons nous installer confortablement pour discuter.

 

Je ne savais pas depuis combien de temps nous marchions, puisque je n’avais évidemment pas de montre, mais je sentais mes jambes protester ; l’expression « non loin d’ici » n’était pas très bien choisie selon elles. Mon mystérieux guide marchait quelques pas devant moi, toujours à la même allure et sans jamais s’arrêter, il ne ressentait aucune fatigue. Au début, il avait esquissé un geste, comme s’il avait voulu me tenir la main, mais il l’avait aussitôt réprimé, sûrement pour éviter de m’effrayer d’avantage, ce qui soit dit en passant était une bonne idée, car je ne savais pas si j’aurais supporté son contact. Dès lors, il se contentait de se retourner de temps en temps pour s’assurer que je le suivais.

-Voilà, nous y sommes !

Je levai les yeux. À quelques mètres de moi se dressait un magnifique épicéa, si haut que je n’en apercevais pas le sommet. Seul au milieu d’une large étendue d’herbe, il se démarquait des autres arbres par son houppier intemporel. Sa présence me surprit, moi qui jusqu’à présent étais persuadée que cette forêt n’était constituée que de feuillus.

Comme s’il avait lu dans mes pensées, mon compagnon me dit :

-Plus tu t’enfonces au cœur de la forêt, plus il y a de variétés différentes, mais c’est vrai que celui-ci est un des seuls ici.

Et c’était ce qui faisait son charme, pensais-je en regardant les autres espèces qui commençaient petit à petit à sortir de leur repos hivernal, laissant apparaître ça et là de petits bourgeons vert clair. Robuste et verdoyant, l’épicéa les dominait tous. Il était majestueux. Tout en imposant le respect, sa forme conique ainsi que ses extrémités recourbées lui donnaient un petit aspect espiègle et sympathique, tel un jeune lutin.

Ce n’est qu’en apercevant l’immense nappe abondante de mets étendue sous ses longs rameaux que je réalisai combien j’avais faim.

 

-Ainsi, si j’ai bien compris, tu es un peu comme une part de moi, c’est ça ?

Je n’arrivais toujours pas à croire ses explications. Au fond de moi, je pense que je savais qu’il me disait la vérité, mais je refusais tout simplement de me l’avouer.

-Exactement ! Tu ne peux évidemment pas le voir, mais chaque individu possède en lui un être semblable. Nous avons toujours existé sans nous révéler. En fait, la plupart nous connaissent sous le nom d’ « esprit », de « conscience », ou mieux encore, d’ « âme », mais je préfère plutôt me considérer comme un « meilleur ami ».

-Mais alors tu n’es pas humain ?

Ce qui expliquerait pourquoi j’avais eu tant de mal à définir son sexe et surtout son âge…

-Je ne suis pas un être humain, ni un quelconque animal. Je suis un être, sans forme, mais bien vivant, m’expliqua-t-il, et ce n’est qu’en revêtant cette enveloppe corporelle que je peux me montrer à toi.

 

La forêt semblait beaucoup plus grande que dans mon souvenir. Jamais je n’avais imaginé qu’elle pouvait regorger de telles merveilles ! Mon ami avait disparu. « Explore, m’avait-il exhorté, découvre par toi-même ce que se fondre dans le présent signifie ! » et c’était ce que j’avais fait. J’avais suivi son conseil et m’étais aventurée en suivant le bruit de l’eau agitée jusqu’à me retrouver face à une magnifique petite cascade. Détendue, je nageais au pied de la chute.

Tout d’un coup, mes entrailles se serrèrent, mon ventre se noua. Mes membres se tendirent comme si un danger rôdait autour de moi. Je regardai autour de moi, mais non, rien n’avait changé. J’étais seule, et pourtant, les martèlements de mon cœur s’accélérèrent. L’eau glacée s’emparait de moi, pénétrait dans mes os. Subitement,elle perdit son pouvoir, sa magie s’éteignit. Source de bien-être transformée subitement en source d’angoisse. Mais qu’est-ce qui m’avait pris ? Qu’étais-je en train de faire exactement ? Et surtout, pourquoi perdais-je mon temps de cette manière ? Toute cette journée n’avait aucun sens. Je ne devrais pas être ici. Ma tête était lourde, mon corps crispé. Depuis combien de temps étais-je dehors ? Une fois que la culpabilité se faufile à travers nos pores, elle se répand et domine chacune de nos cellules, nous rongeant petit à petit de l’intérieur sans que nous puissions l’en empêcher.

Je devais m’éloigner, partir loin, très loin de cet endroit. Je courus sans m’arrêter, droit devant moi, me faufilant sous les branches. La pensée de quitter ce lieu était tout ce qui me poussait à avancer. C’était tout ce qui me poussait à aller de l’avant.

 

-À ton avis, pourquoi le calendrier existe-il ? me demanda mon ami, après que je me fus séchée du mieux que je pouvais. Il m’avait retrouvée, épuisée, le pied coincé dans un trou, et m’avait aidée. Main dans la main, il m’avait conduite vers notre épicéa. Blottie dans la nappe, le petit feu de bois me réchauffait de l’intérieur.

-Je ne parle pas de l’horloge naturelle qui régit les planètes, les astres, et l’univers, mais bien du calendrier fait de jours, de semaines et de mois, celui constitué de dates tel que nous le connaissons.

-Je… je n’y ai jamais pensé, répondis-je en hésitant. Je suppose qu’il a toujours existé. Je suis si habituée à ce système que je ne m’imagine pas vivre sans lui.

Je réfléchis un instant.

-Bien sûr, je ne pense pas qu’il était déjà utilisé à l’origine, lorsque la Vie est apparue, mais j’imagine qu’il n’a pas vraiment de raison d’être, puisqu’il est basé sur la nature et les cycles qui la composent, comme la rotation de la Terre et du Soleil.

Il fronça les sourcils, cherchant ses mots.

-Au départ, personne ne s’en souciait. Les individus vivaient en symbiose avec la nature et chacun suivait son propre rythme. Mais la sédentarisation, la socialisation, la civilisation… un long processus de développement se produisit ayant pour conséquence la séparation, l’éloignement, puis l’oubli de notre essence profonde, de ce qui nous rattache à l’Univers. L’être humain, se sentant menacé par ce qu’il était lui-même en train de créer, développa une soif de pouvoir toujours grandissante.

Il secoua la tête.

-L’être humain veut tout posséder. Les objets, les personnes, et maintenant même le temps. Son besoin de tout contrôler finit par devenir un but qu’il essaie d’atteindre de toutes ses forces. L’ironie, c’est que c’est précisément cette obsession qui a fini par le contrôler. Mais il y a des choses qui ne peuvent pas être prévues, comme une naissance ou une mort. Ou comme le temps. Et cela, l’être humain est en train de l’apprendre à ses dépens. La nature ne suit pas de règles ; elle bouge librement et grandit chaque jour tout en gardant sa liberté.

 

J’inspirai profondément. Le soir, l’air avait une saveur tout à fait différente ; fraîche sans être mordante, chaleureuse mais pas étouffante. À quand remontait la dernière fois que je m’étais couchée pour regarder le ciel ? Cela devait être il y a bien trop longtemps si je ne m’en souvenais plus. Allongés sur l’herbe, l’un à côté de l’autre, nous contemplions le ciel noir. Je me tournai vers mon ami et lui pris la main. « Merci », pensais-je, « merci, merci, merci », répétais-je en y mettant toute l’énergie positive que je ressentais. Je n’arrivais pas à croire tout ce que je lui devais. Grâce à lui, mon cœur débordait d’amour. De l’amour envers lui, et donc surtout envers moi. De l’amour pour la nature, et le plus important, un amour profond pour la vie.

Il me rendit mon sourire. Pas besoin de mots pour se comprendre, un simple regard suffisait.

J’étais en paix, et sombrant petit à petit dans cet état de sérénité, je laissais mon esprit vagabonder. Soudain, je vis une étoile cligner d’un œil, puis de l’autre, tandis que je l’entendis murmurer :

-Qu’est-ce que le temps ? Que représente-t-il au cours d’une vie ? D’abord trop lent, et ensuite trop rapide ; qu’est-ce que cela signifie ? Comment peut-on mesurer sa vitesse ?

Elle marqua une légère pause, comme pour laisser à ses paroles le temps de pénétrer en moi, puis reprit :

-J’ai assisté à ta naissance, et je serai là à ta mort… entre les deux, ce qui reste, ce ne sont que des moments.

Elle parla tout doucement, mais ses mots résonnèrent en moi. Habituellement, les étoiles ne clignent pas des yeux, mais j’étais reconnaissante envers celle-ci qui m’avait montré comment être en harmonie avec le temps.

 

Je me réveillai. Avant même que j’ouvre les yeux, ma bouche dessina naturellement un grand sourire, comme si je savais déjà au fond de moi que la journée à venir serait belle. Poussant un profond soupir de contentement, je profitais de ce sentiment de tranquillité ; je me sentais étonnamment légère. Je ne pris pas le temps de regarder l’heure. De toute façon, mon réveil était loin maintenant ; il ne se trouvait plus sur ma table de chevet. Qu’importe ! Si le soleil envoyait déjà ses doux rayons à travers ma fenêtre, c’était que la journée avait déjà commencé et si mon cerveau n’était pas embrumé et que mes yeux s’ouvraient facilement, c’était le signe que je m’étais assez reposée.

 

Je me saisis du journal de la veille, soigneusement plié et posé par mon père sur la table basse du salon. Le gros titre de la une attira mon attention : « 29 février : un jour hors du temps ! ». J’avais complètement oublié que c’était hier ! Encore une invention farfelue de l’être humain, penserait mon ami.

Je me souvenais maintenant avoir lu quelque part que cette année était une année bissextile, mais je n’y avais accordé aucune importance. D’ailleurs, qu’est-ce que cela changeait ? Le fait que l’on soit le 28, le 29 février ou même le premier mars n’influençait nullement le déroulement de la journée. Cela ne signifiait rien selon moi, sauf peut-être pour les personnes nées ce jour-là, et encore, uniquement en ce qui concerne les affaires officielles.

Je lus les première lignes de l’article puis feuilletai le reste du journal. Il ne faisait mention que de cela : entre les explications scientifiques et historiques, les témoignages et les histoires exceptionnelles, jusqu’à la page présentant les célébrités nées le 29 février : il y en avait pour tous les goûts ! Bon, d’accord, j’admettais que ce n’était pas une date qui passait inaperçue. Sa particularité la rendait intrigante pour la plupart.

Le journal me glissa des mains. J’avais changé, je le sentais. Je me sentais différente, comme si je percevais le monde qui m’entourait pour la première fois. Je réalisai avec un choc à quel point j’avais étouffé mon horloge interne au fil des années. Je l’avais couverte d’un nuage de croyances, de jugements, d’idées infondées… et je n’étais plus capable d’entendre son «tic-tac» authentique. Mais je n’étais pas la seule. Comment quelque chose d’aussi arbitraire que notre notion du temps pouvait-elle avoir autant de poids ? La vie n’est pas dirigée par le temps ; les deux sont une seule et même vague que l’on ne peut ni perdre ni gagner ; uniquement ressentir. L’être humain a essayé de commander cette onde à ses dépens. Déboussolé, errant au milieu des flots de secondes, minutes, heures, jours, semaines, mois, années… il a perdu le rivage et est devenu entièrement dépendant du système qu’il avait lui-même créé !

La nature est libre, et il suffisait de cette révélation pour que j’apprenne à faire confiance à son énergie. La réalité m’apparut soudain avec clarté et balaya le nuage qui voilait mes sens. Je n’étais plus la même fille apeurée par la grandeur de l’inconnu. Au contraire, je l’embrassai. Je m’étais libérée. J’avais trouvé le silence en moi.

Dorénavant, le 29 février serait une date spéciale, une date symbolique. Elle marquerait toujours pour moi une journée de réalisations porteuse de changements et c’est pour cela, uniquement pour cela, que je m’en rappellerai.

Je relevai la tête et souris. Pleine d’espoir, j’accueillais cette nouvelle journée, ce nouveau moi, que dis-je, j’accueillais le présent qui s’offrait à moi.

Commentaires (1)

AB

Alexandre Babich
18.08.2023

Un texte très plaisant à lire, bravos !

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