En une journée, passer à travers plusieurs dimensions, se relaxer en étant pressé, faire des rencontres improbables… et découvrir une terrain vague dans l’espace-temps.
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Un jour aux Bains

C’était une bonne idée au départ. Après deux malencontreuses chutes accidents bêtes, sans gravité, enfin si, la gravité y était pour quelque chose, je réservais illico deux jours aux bains thermaux pour prendre du recul, ou plutôt de la hauteur. Tout deux étant risqués.

Autoroute faisant, la météo devient toujours plus mouillée, humide, rivièresque. Tant pis,  j’arriverai dans la piscine des bains, à température confortable, tout ça n’a pas d’importance. En découvrant la longue file d’attente pour les bains, je comprends pourquoi je ne trouvais pas de place pour ma voiture. Je gare juste devant l’hôtel pour m’annoncer. Très fonctionnel le personnel, on dirait Easy Jet. Ma chambre n’est pas prête avant 15h, il est 11h.

Pas de chambre, pas de place de parking, je reprends la direction du village.

Je n’ai jamais visité l’abbaye. Le trésor n’est pas visitable le dimanche mais l’église oui. Quel calme! Je respire, je me sens bien, pas un chat. Une pièce dans l’obscurité m’attire. J’entends un délicieux bruit d’eau. C’est ce que je suis venue entendre, le doux clapotis de l’eau. Je pénètre sans hésitation dans cette le noir et la lumière s’allume. A centre d’une petite pièce carrée, se trouve une fontaine sculptée. Un vrai paradis en l’honneur du péché originel ou original, c’est selon.

Il est temps de déjeuner et pour bien commencer ce séjour relaxant, un plat du jour saucisse aux choux et verre de Gamaret m’attendent au bistro du coin. C’est un peu subversif de manger ce repas pour un week-end détox, mais au bout de l’interdiction, des bonnes résolutions, il y a toujours le “Wouah”. Un peu Yin, un peu Yang pour mieux se souvenir de nos faiblesses.

 

Dans ce bistro typiquement valaisan et chaleureux, le journal m’apprend que des robots chats font fureur. Ils ne sont pas ressemblant aux vrais chats, mais tellement plus propres te obéissants. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne souffrent pas d’enfermement.

En parlant d’enfermement, sur l’écran PMU du bistro, il y a une course de chevaux qui se prépare. Et soudain, un imbécile lève ses bras devant un cheval qui se cabre et éjecte son joker. Puis le cheval prend la fuite. Il court, il court tout seul autour du circuit et les gens ne savent pas comment l’arrêter. Qu’il a raison de fuir ce magnifique cheval nommé Orage Dansant! Cette scène m’attriste énormément. Entre le chat robot et le cheval affolé, il y a le même cri, la même absurdité. Ce sont les hommes qui sont sourds. Les autres chevaux montés sont dirigés dans les boxes de préparation de la course (il doit y avoir un nom savant pour ces cages à départ). Je les regarde, la plupart n’ont pas du tout envie d’y rentrer.

Seconde tentative d’arrivée aux bains. Cette fois, je trouve une place de parc. Ma chambre n’est toujours pas prête. Le robot de la réception me demande :

– Vous souhaitez dîner à 19h ou 19h30?

– Pourquoi? Il faut décider maintenant?

– Oui, c’est mieux car il y a beaucoup de monde me dit-elle avec un regard de pitié.

Elle ne se rend même pas compte de l’absurdité de sa question. 19h ou 19h30, qu’est-ce que ça change? Mais elle n’a pas l’air de plaisanter. C’est sûr que la chaîne d’hôtels qui détient l’établissement doit dépenser une fortune en management techniques, formation à l’accueil, gestion de crises, etc.

– 19h30

Je pose ma valise à la bagagerie de la réception et décide d’aller directement faire un soin, n’importe lequel en attendant. Le seul soin disponible: massage relaxant du dos. Je ne vois pas ce qui est relaxant dans ce massage speedé. Je m’attendais à un massage LENT et doux. Mais la tendance est au speed. Speed dating, click divorce, fast-food, quick sieste, et vite remplir le formulaire Smily. Où sont passés les humains?

Je ne dis rien, elle va encore se vexer et retenir sa frustration sans rien comprendre. Si la dame n’est pas heureuse dans ce boulot, je conseille quick-changer-de-travail.

Du côté de la piscine, toujours pas de dégagement. On dirait la file d’attente devant la sécurité à l’aéroport. Eglises vides, piscines pleines. Faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Un peu de patience, d’écriture sur Webstory pour me détendre et après je passe aux soin suivant, un truc japonais au nom imprononçable. Ca doit être super tendance. J’y vais les yeux fermés comme dans la petite chapelle de l’abbaye de Saint-Maurice en espérant y trouver un peu de paradis…

Je repense à Orage Dansant, ce cheval de course qui fuit la folie dans laquelle on l’a enfermé.

Et nous… dans quelle direction fuir?

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