“Certaines rencontres font partie de celles qui changent une vie et d’autres sont à éviter absolument.” N’ayant pu se tenir à l’écart des plus néfastes, Julius en sortira-t-il vivant ?
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Mauvaise rencontre

Affolé, Julius n’a qu’une idée en tête : s’échapper au plus vite pour sauver sa peau. Il fait donc un pas de côté. Ce faisant, il marche sur la dalle gravée de motifs mystérieux. Cela n’échappe pas aux deux monstres. Leurs voix macabres résonnent sinistrement dans la pièce, tandis qu’ils hurlent en choeur :

“C’est justice divine ! Elle te condamne maintenant à mille ans supplémentaires de souffrance, car tu as osé profaner la dalle sacrée, celle qui cache le royaume du malin aux yeux des hommes. Des milliers d’enfants y ont fait le sacrifice de leur vie, pour expier les fautes de leurs parents coupables d’avoir commis le péché de chair avant d’être mariés par notre Sainte Mère l’Église. Malheur à eux et malheur à toi aussi, qui as violé la loi immuable. Tu vas les rejoindre à l’instant !”

 

Le reste de la diatribe se perd dans le souffle rauque de la bête monstrueuse qui frappe du pied sur la dalle, qui s’ouvre tout à coup. dévoilant un abîme sans fond. Julius recule, sans parvenir à tourner la tête, tellement le danger l’hypnotise. Avec un cri d’outre-tombe, d’un coup imparable de leurs pattes crochues, les deux monstres le poussent dans le trou noir et puant d’humidité.Julius n’a rien où se raccrocher, son corps glisse sans fin, en se cognant à des parois glissantes. Il hurle son impuissance, s’attendant à finir la nuque brisée et les os fracassés sur une rangée de piques ou piégé dans une oubliette d’où il ne sortira jamais. Sa lampe a disparu, le laissant dans le noir complet. Tandis qu’il dévale à toute vitesse la pente de plus en plus inclinée, il appelle appelle au secours. Mais seule sa voix se répercute sur les parois gluantes du sinistre boyau :

“Au secours ! Sauvez-moi !”

 

Le bout du tunnel ?

Contre toute attente, sa chute finit par ralentir. Petit à petit, elle se change en glissade et Julius se retrouve dans de la terre meuble. Un peu d’air frais et de lumière lui parviennent de l’autre côté de ce qui ressemble à une lourde porte de métal. Petit à petit, Julius retrouve le souffle et la tension qui l’a dominé jusque là se relâche d’un cran. La sensation de délirer le quitte graduellement. Il reste néanmoins sur ses gardes et pense :

“Encore heureux que l’affreuse bestiole à l’haleine immonde ne m’ait pas suivi dans ce trou. Ce doit être un genre de gardien du trésor avec pour mission d’éloigner ceux qui ont le malheur de s’en approcher. Bon, maintenant, voyons cette porte. Si j’arrive à l’ouvrir, la liberté ne devrait pas être loin.”

Julius essaie tout ce que son instinct de bricoleur lui dicte. Mais il reste malgré tous ses efforts prisonnier derrière la porte. Avec les quelques forces qui lui restent, il frappe contre le métal à coups de pied tout en criant :

“Au secours, quelqu’un, sortez-moi de là.”

Les sentiments d’espoir et de découragement alternent, tandis qu’il cogne cette porte qui ne bouge pas d’un centimètre. Après un long moment, dans un bref instant de répit, il croit entendre une voix :

“ Hé, y’a quelqu’un là-dedans ? qu’est-ce que vous foutez ?”

Julius hésite, puis finit par répondre à la voix qui insiste de l’autre côté de la porte :

– Je suis enfermé, ouvrez-moi très vite, je suis poursuivi.

– Tenez bon, j’arrive.”

 

Délivrance

Pendant un moment Julius n’entend plus rien. Il s’efforce de calmer sa respiration, tout en se préparant à un nouvel affrontement. L’instant d’après, sans qu’il l’ait senti venir ses jambes ploient sous lui. Il glisse le long de la paroi. La dernière sensation qui lui parvient, c’est l’humidité des pierres dans son dos. Puis, c’est le silence, une quasi impossibilité de respirer et le trou noir.

Petit à petit, de la lumière, des présences s’agitent autour de lui. Il sursaute, toujours sur la défensive. Une voix féminine, qui n’est pas celle de la comtesse, lui parvient étrangement déformée :

“Monsieur, monsieur, est-ce que vous m’entendez ?”

Julius ne parvient pas à articuler quoi que ce soit, aucun son ne franchit ses lèvres. Il voudrait ouvrir les yeux, mais ses paupières refusent de lui obéir. Sa conscience fait des va-et-vient entre le trou noir et cette voix pressante : “Monsieur, monsieur, ne vous en allez pas, restez avec nous, faites un effort.

– Je…que…olala…

– C’est très bien, essayez de me dire votre nom

– Ju…us, non.”

Épuisé par ses vaines tentatives, il renonce. A nouveau, la vision des deux monstres dégoulinant de bave lui revient, à peine a-t-il refermé ses yeux.

Une main froide lui plaque un objet sur le visage. Julius essaie de s’en débarrasser, mais ses mains sont comme des poupées de chiffon au bout de ses bras. La voix de la femme lui demande de respirer à fond. Il essaie du mieux qu’il peut, mais la brûlure intense de ses poumons le freine.

“Allez, c’est bien, encore, respirez. On va pouvoir vous sortir de cette chaufferie.”

 

Les raisons à tout ça

Des bras le déposent sur un objet rembourré, juste avant que le trou noir ne l’aspire à nouveau. Quand il émerge, il ne voit qu’une clarté jaunâtre réfléchie par une surface métallique. Cette faible lueur l’éblouit néanmoins et l’oblige à refermer les yeux. Trou noir, replongée dans une vision d’horreur et toujours ce son répétitif qui s’en va et revient. Il finit par saisir qu’il est couché dans un véhicule qui roule vite. Le son lui vrille les oreilles et de temps à autre, la vitesse le pousse sur un côté ou un autre. Bien que solidement attaché, chaque virage lui arrache un gémissement. L’envie de vomir grandit de plus en plus. La main froide le délivre un instant du masque dans lequel il respire :

“Est-ce que ça va ?

– On est où là ?

– Vous êtes dans une ambulance, on vous conduit à l’hôpital.”

Il n’a pas le loisir de commenter, le masque lui recouvre à nouveau la bouche et le nez.

L’intoxication au monoxyde de carbone peut être mortelle. Heureusement Julius a eu les bons réflexes, ce qui lui a permis d’échapper aux conséquences les plus graves. Il reste cependant très sceptique sur le diagnostic, un peu par une méfiance naturelle, mais surtout par une sorte de fierté qui lui fait refuser catégoriquement l’idée qu’il ait pu se laisser piéger, lui un homme du métier. Il connaît sur le bout des doigts les précautions indispensables et il est certain de ne pas avoir failli. Par conséquent, il en déduit qu’au moment où il l’a remis en marche après sa réparation, le système de chauffage a laissé échapper un peu de gaz dangereux.

 

Un petit répit pour la route

C’est en réalité ce qui le perturbe le plus, car le local dans lequel il a travaillé est équipé d’un compteur de monoxyde, qui plus est, couplé avec un système d’alarme. Celui-ci aurait donc, en tout état de cause, signaler le problème. Comme son outillage de travail contient un compteur portable, il est quasiment certain de s’en être servi, ne serait-ce que pour vérifier que l’équipement fixe donnait la même mesure. Les quelques heures qu’il a passées à l’hôpital ne lui ont pas permis de résoudre cette question, pas plus que le sens à donner à tout ce qui s’est passé dans les entrailles du château.

 

“Vous nous avez fait une belle frayeur, mais tout est bien qui finit bien, conclut le médecin, en lui tendant sa fiche de sortie.” Soulagé, Julius retrouve son épouse qui est allée récupérer la voiture et ses affaires. Il sait qu’il ne tardera pas à devoir s’expliquer auprès de son employeur, voire répondre à une enquête des assureurs. Se retrouver enfin avec toute sa famille lui fait du bien et, malgré sa faiblesse, il essaie de leur résumer son aventure, tout en veillant à ne pas effrayer ses enfants. Tandis qu’il raconte, un terme lui revient sans cesse à l’esprit : Chevalier des pauvres. Il ne sait pas très précisément où le ranger dans ce qu’il a vécu, mais il se promet d’y revenir, quand tout sera complètement apaisé. En fait, il n’en a pas le temps, car la découverte qu’il fait en changeant de vêtement lui offre la réponse la plus inattendue qui soit.  A suivre

 

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