Créé le: 23.08.2026
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Tempêtes
Les rafales secouaient la ville, mais la vraie tempête était celle que Lara affrontait seule. Un témoignage court, pour dire ce qui ne devrait plus arriver.
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Août, Genève. Un orage d’été secouait la ville. Les bourrasques déracinaient les arbres centenaires du Parc Bertrand, la force du vent balayait les échafaudages et les toits, les voitures étaient stoppées par l’eau qui montait des bouches d’égout sur la route de Frontenex, la grêle détruisait le vignoble de Bardonnex. Les sapeurs-pompiers étaient sur le pied de guerre et pompaient l’eau dans les caves, à Chêne-Bourg, Onex ou Veyrier. Les sauveteurs rattrapaient des embarcations à la dérive sur le lac, tandis que la brigade de la police de la navigation sauvait les passagers d’une Mouette, perdus loin de la rade. Mais cette tempête n’était pas aussi violente que l’angoisse qui étreignait encore Lara.
Dans les bras protecteurs de Mathieu, elle retrouva son souffle, les battements de son cœur ralentirent et, tandis qu’elle laissait couler ses larmes, elle lui raconta. D’abord le regard du vieillard fou et avide sur elle pendant tout le trajet en tram d’Uni Mail aux Palettes, son envie de le filmer pour témoigner du harcèlement sexuel qu’elle subissait, comme tant d’autres. Mais ses mains tremblantes l’en avaient empêchée. Le jeune homme ensuite qui l’avait abordée lorsqu’elle était sortie du tram. Non, elle ne voulait pas discuter. Non, elle ne lui donnerait pas son numéro. Elle devait rejoindre son ami. Elle sentait à peine la pluie frapper le sol et la tremper, le vent violent plier les branches des arbres et la gifler. Elle n’arrivait pas à crier mais elle trouva la force de s’éloigner lorsqu’il la toucha. Elle courut, elle pleurait, elle se retourna. Il la suivait. Elle sentit ses pas derrière elle vibrer dans son dos comme un coup prêt à tomber. Elle gravit les marches. Il jura. Elle tambourina à la porte. Il se cacha dans le chemin. Mathieu ouvrit. Elle était à l’abri.
Et tandis que Lara se calmait, la rage enflait. Qu’est-ce qu’ils voulaient ? La ville était aussi à elles. Les rafales devraient plutôt balayer l’insécurité que les femmes ressentaient dans l’espace public, les trombes d’eau noyer les agressions verbales et physiques qu’elles enduraient, afin qu’elles puissent se sentir enfin libres ! Parce qu’être une femme dehors ne devrait jamais être un acte de bravoure. Parce qu’il était temps de déraciner la peur.
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