Chapitre 1

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Je suis directrice d’un Parc naturel régional en France, j’ai retrouvé, en faisant un grand ménage de printemps un journal intime que j’ai tenu un moment quand j’étais petite fille. J’y ai retrouvé le témoignage d’une expérience fondatrice dans la forêt des Maures, vécue lorsque j’avais 9 ans.
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Cher journal,

Je m’appelle Stella et j’ai 9 ans. Je suis trop contente que tata m’ait offert un carnet. Enfin, elle dit que ça s’appelle un journal intime parce qu’il a un cadenas et que je peux écrire des secrets dedans que personne ne pourra lire. Je crois que tata est trop naïve parce que j’ai déjà trouvé comment ouvrir le cadenas avec une épingle parce que tout à l’heure j’avais perdu la clé. De toutes façons à la maison personne ne va venir lire dans mon journal intime, à part peut-être ma grande sœur mais je vais bien le cacher pour pas qu’elle le trouve. Maman dit toujours que le bazar dans ma chambre la décourage et qu’elle ne veut pas y mettre un pied. Donc plus il y a de bazar, plus je suis tranquille.

J’habite dans un appartement, dans une grande ville, pas trop loin de la mer Méditerranée. Enfin, maman dit que c’est pas trop loin mais je ne la vois pas de ma fenêtre et il faut prendre une voiture pour y aller. Mais c’est vrai que c’est pas tout le monde qui peut prendre sa voiture et y aller tous les dimanches comme dirait maman. Mais c’est pas de ça dont je veux parler.

A l’école, avec la maîtresse, on travaille sur la forêt et sur le Japon et on va bientôt faire une sortie dans la forêt des Maures. Je sais que la forêt et le Japon c’est pas le même sujet, mais là on va aller travailler sur la mytollogie mythollogie japonaise et les esprits de la forêt. La maîtresse nous a dit qu’il y aurait un monsieur qui travaille dans la forêt qui serait là pour nous expliquer son travail. Ça doit être trop cool de travailler toute la journée dans la forêt, c’est comme une très longue récréation. Je vais en parler à ma sœur parce que la dernière fois elle cherchait ce qu’elle pourrait faire quand elle serait grande : elle voudrait faire un métier où on ne travaille pas beaucoup mais on gagne beaucoup d’argent. Peut-être qu’un travail où on est en récréation tout le temps, à l’ombre, et qu’on est payé ça pourrait lui plaire. Mais elle veut aussi des longs ongles, alors je sais pas si c’est très pratique pour travailler dans la forêt. Mais c’est pas de ça dont je veux parler. Apparemment le monsieur de la forêt qui s’appelle Maxime, il vient demain en classe pour nous parler de son travail et pour qu’on prépare notre visite. Je suis trop contente.

On est demain, le monsieur de la forêt est venu en classe aujourd’hui. Il est plutôt gentil même s’il est pas très grand et qu’il a beaucoup de poils. Il était en short et il avait plein de poils sur les jambes, des grands cheveux qu’il remettait toujours en l’air sur sa tête avec sa main comme s’il se décoiffait exprès, je sais pas pourquoi. Et il avait aussi une barbe, qui remontait haut sur son visage comme s’il y avait un chemin de poils entre son menton et les cheveux sur sa tête. Nela dit que ça s’appelle des favoris mais Nela elle fait toujours son intéressante, mais peut-être que cette fois c’est vrai parce que Miranda, qu’est ma meilleure amie elle a dit que c’était vrai et d’habitude elles sont jamais d’accord, mais c’est pas de ça dont je veux parler.

Alors Maxime, il nous expliqué qu’il fallait prendre soin de la forêt pour ne pas qu’elle s’abîme : il ne faut pas laisser des déchets dedans, comme nos affaires de pique-nique par exemple et il ne faut pas faire de feu, parce que le bois des arbres, il prend très vite feu et qu’après c’est toute la forêt qui brûle. Ça me fait peur ce qu’il a raconté sur le feu, il a dit que c’était déjà arrivé et qu’on irait voir un endroit qui avait brûlé quand on ferait la visite. Ce qui me fait le plus peur là où j’habite c’est que des fois il y a des incendies dans les caves de l’immeuble et comme nous on est au 6e étage, papa dit que si les pompiers viennent, ils nous feraient glisser dans un tube ou ils nous emmèneraient par la fenêtre si on ne peut plus passer au rez-de-chaussée. Maman a préparé un petit tas d’habits exprès si nous devions partir vite pendant la nuit. J’ai très peur parce que même si je prends mon lapin très fort dans mes bras, je crois qu’il va avoir peur et que je n’arriverai pas à le tenir et qu’il va sauter. Et ça veut dire aussi que je n’aurai pas assez de bras et que je devrai laisser mes peluches dans mon lit, que je devrai les abandonner…Mais c’est pas de ça dont je veux parler, en plus ça me donne envie de pleurer.

Pour que ce soit plus simple à suivre je vais mettre les dates de quand j’écris dans mon journal.

Jeudi 10 juin

Aujourd’hui en classe, on a parlé des esprits de la forêt dans la mythollogie japonaise (je n’arrive pas à écrire ce mot, il est trop difficile). On a regardé des extraits d’un dessin animé qui s’appelle princesse Mononoké. Dedans il y a des petits personnages blancs qui s’appellent les Kodama. La maîtresse nous a expliqué que chaque esprit était lié à un arbre et que si l’arbre mourrait, le kodama qui lui correspondait mourrait aussi. Elle nous a aussi dit que ces petits personnages blancs c’est le monsieur qui a inventé le dessin animé qui les avait représentés comme ça mais qu’il y avait des dessins plus anciens où ils n’étaient pas forcément comme ça. Moi je les aime bien comme ça, ils sont mignons, j’aimerais bien en voir un en vrai. Après elle a demandé si on connaissait d’autres personnages magiques ou imaginaires de la forêt. Ce que j’ai préféré c’est quand Dimitri a parlé d’un conte qui parlait du liéchi. C’est un monsieur de la forêt, il a des grands cheveux verts et il prend soin de la forêt. Il peut être gentil ou méchant avec les humains ça dépend comment ils se comportent avec la forêt et après, ça a sonné la récréation et on a fait des mathématiques. Mardi prochain, c’est le jour de la visite avec Maxime. J’ai hâte d’être mardi.

Mardi 15 juin

Aujourd’hui c’était la visite avec Maxime et il nous est arrivé une aventure incroyable avec Nela, Miranda et Dimitri. Maxime nous a amené dans la forêt des Maures en nous disant que ça n’avait rien à voir avec les têtes de mort. C’est un mot provençal qui veut dire brun foncé. C’est parce que la forêt était foncée qu’ils l’ont appelée les Maures. Il nous a donné cinq photos parce qu’on était cinq groupes d’un endroit de la forêt autour de nous, il nous a demandé de retrouver l’endroit en nous disant que c’était pas loin. On devait l’appeler fort quand on l’aurait trouvé. Sur notre photo, il y avait quelques troncs noirs sur le côté et les autres étaient verts avec des feuilles dessus. On a marché un peu autour et Dimitri a trouvé des troncs noirs, alors on s’est dit qu’on y était presque. Mais pendant qu’on cherchait d’un coup Nela, Miranda et moi, on s’est aperçu qu’on n’entendait plus rien : on ne voyait plus les copains, ni la maîtresse, ni Maxime et on n’entendait vraiment plus rien. Les oiseaux ne chantaient plus, rien du tout. Et en regardant au loin, on a vu qu’il y avait vraiment beaucoup, beaucoup de troncs tout noirs, sans feuille dessus. On a bien pensé que c’était le feu qui avait fait ça. Et ça plus tout le silence, ça nous a rendus tristes. Avec Miranda, on chuchotait parce qu’on voulait pas perturber le silence, qui nous faisait quand même un peu peur. On s’est dit que beaucoup de Kodamas avaient dû mourir avec tous ces arbres morts. On avait envie de pleurer, alors on a entouré un arbre noir avec nos bras pour lui faire un câlin et le consoler. Dimitri et Nela ont fait pareil sur un autre arbre. Et alors qu’on enlassait le plus d’arbres qu’on pouvait, chacun leur tour (on aurait voulu que tous les arbres soient consolés mais il y en avait trop, on n’était pas assez nombreux), Dimitri nous a dit en chuchotant-criant : « Regardez là-bas ! » Chuchoter-crier c’est quand la voix reste un souffle mais qu’on la pousse au maximum, avant qu’elle ne devienne une voix. Il a montré avec son doigt quelque chose qui bougeait au pied d’un arbre. Au début, on a eu du mal à voir mais au pied d’un des arbres qu’on avait consolés, il y avait un petit lapin blanc qui se promenait, il sentait la mousse un peu grise qui repoussait sur les racines de l’arbre avec son petit nez qui n’arrêtait pas de bouger, il tournait autour, un peu comme s’il revenait chez lui mais qu’il ne reconnaissait pas vraiment sa maison. Nela a marché sur une branche sèche, le lapin blanc a redressé ses oreilles, s’est mis debout sur ses pattes arrière et il est parti. On était dégoûtés que Nela ait fait du bruit mais on s’est dit que quand même ça faisait un petit moment qu’on était tous seuls et que ce serait bien qu’on retrouve le groupe mais on ne les voyait pas et on ne savait plus trop dans quelle direction aller. On s’est un peu coller les uns aux autres sans vraiment s’en rendre compte et je crois qu’on ne se l’est pas dit mais qu’on avait tous les quatre un peu peur, ou beaucoup. Mais tout à coup, Maxime est apparu d’un coup, sans qu’on ait bien vu d’où il venait. « Alors les loulous, on vous cherche partout depuis une heure, pourquoi vous vous autant éloignés ? » Dimitri et Miranda, ils ont dit qu’on s’était pas beaucoup éloignés c’est le reste du groupe qui était parti. Et puis on lui a raconté, la forêt toute noire, les câlins, le lapin blanc. Comme on parlait tous en même temps je ne sais pas s’il a tout compris à notre histoire parce qu’il l’a pas du tout trouvée bizarre. Il nous a dit que c’était toujours comme ça dans la forêt : la plupart du temps elle vit quand les humains sont loin mais de temps en temps, elle se laisse regarder, comme si elle nous faisait un cadeau. « Peut-être pour vous remercier de vos câlins ? » il a dit. Et je crois qu’il m’a fait un clin d’œil quand il a dit ça.  On n’en a plus trop parlé en rentrant avec Nela et Miranda. Dimitri, il est retourné avec ses copains et moi Nela, c’est pas ma meilleure amie.

Elle avait raison tata, c’est bien de pouvoir raconter ses secrets dans un journal intime parce que moi je pense que Maxime, c’est le liéchi. Il a voulu nous faire une farce en nous perdant dans la forêt mais quand il a vu qu’on s’en occupait bien, il a dû décider de venir nous chercher. Demain, je parlerai de cette idée à Miranda parce que c’est ma meilleure amie et elle aussi, elle sait garder les secrets.

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