Chapitre 1

1

Harry est un élève en CM2, très solitaire, qui n'a que ça grand-mère muette pour amie. Un beau jour, il commence à halluciner, car sa grand-mère lui parle de plus en plus d'Izabel, la fille de la voisine ! Celle-ci est si bizarre... Ou alors est-ce lui ? Tout devient flou, tout se mélange...
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By LucileBlueberry

Si elle avait raison ?

Si j’avais …

TORT ?

Pour Ellie Gill

Il y a quatre ans, ma mère et mon père m’ont emmené chez ma grand-mère car personne ne pouvait me garder. Ça faisait longtemps que je n’étais pas allé chez elle, car mes parents n’aimaient pas ma grand-mère. Je ne comprends pas pourquoi, même si j’ai une petite idée : ma grand-mère est muette.

La voiture s’était garée devant le portail en fer forgé, et j’avais contemplé la petite maison de Grand-Mère Joëlle. C’était minuscule. Il y avait un chemin qui menait à la porte d’entrée mais on ne le voyait presque plus car il y avait des plantes partout. Mes parents avaient franchi le portail, ma mère me tenait la main fermement de peur que je ne m’enfuisse, ce que je ne fis et ni n’envisageai, et ils avaient ouvert la porte d’entrée. Ma mère m’avait amené dans le salon excentrique et avait laissé un mot à ma grand-mère pour lui expliquer à quelle heure ils viendraient me chercher ou je ne sais quoi. Puis ils étaient partis à toute vitesse.

Grand-Mère Joëlle était assez tassée par les années qu’elle avait endurées. Elle m’avait regardé en souriant, alors je lui avais souri. D’un tiroir d’une commode elle avait pris un cahier aux pages encore vierges et un stylo. Et elle avait écrit quelque chose, qu’elle m’avait fait lire. Je venais à peine de savoir lire, alors j’avais pris un peu de temps à déchiffrer ses mots.

Bonjour Harry. C’est ainsi que nous allons communiquer.

Cette idée m’avait plu. Depuis, je vais le plus souvent chez elle, et nous nous parlons pendant des heures sur des cahiers que nous remplissons avec nos mots.

Ma grand-mère je l’adore. Elle est parfaite, avec ses défauts. Je ne la connaissais pas beaucoup avant ce jour, mais depuis, je la connais plus que sa propre fille, Claude, ma mère.

La plupart du temps, Grand-Mère Joëlle me raconte sa vie.

Elle a toujours été muette et n’a jamais voulu apprendre la langue des signes. Elle n’a jamais travaillé, sauf à l’école jusqu’à ses dix-huit ans. Elle a rencontré Robert, mon grand-père, que je n’ai jamais connu. Ils se sont mariés jeunes et un an plus tard, Claude, ma mère, est née. Grand-Mère Joëlle était mère au foyer. Robert était journaliste. Il est mort à cinquante-neuf ans dans un accident de voiture. Claude avait déjà quitté la maison et rencontré Brandon, mon père. Ma grand-mère n’a jamais aimé son gendre, et sa relation avec sa fille a toujours été très compliquée.

Souvent aussi, elle m’écrit des histoires magnifiques, des résumés de son livre préféré : Légendes des Enfants Perdus. Mon histoire préférée est la même que celle de Grand-Mère : c’est Rosalie l’Arbre. Cette histoire a inspiré Grand-Mère dans ses choix. Par exemple, le choix de ne pas se rapprocher plus de sa fille. L’histoire de Rosalie l’Arbre, c’est l’histoire d’une fille qui est pauvre, si pauvre que ses parents l’ont oubliée. Alors elle passe ses journées seule dans la forêt au bord du village et un jour elle grimpe à un arbre et y reste pour l’éternité. Elle est encore consciente pourtant. Mais Rosalie s’en fiche de rester coincée là car de toute façon, personne n’était proche d’elle et elle aimait la solitude qui l’avait élevée. Grand-Mère Joëlle est seule, c’est pourquoi elle aime cette histoire.

Quelquefois, ma grand-mère dort. Du coup je fais le tour de sa maison. Tous les meubles sont datés, usés, mais c’est chaleureux. Il y a des choses partout. Des piles de livres, des coussins, des photos, des bijoux, des pendules, une maquette miniature du Titanic, des rangements à tiroirs, un vaisselier, des tableaux d’animaux et de paysages, un globe… J’aime bien ce bazar.

Le moment que j’aime le moins, c’est quand Claude vient me chercher sans jeter un seul coup d’œil à Grand-Mère Joëlle. C’est un moment froid et dur, qui me rend triste.

Un jour, Grand-Mère m’a écrit sur le cahier :

Quand tu rentreras, tu iras dans ton grenier. Tu fouilleras et tu trouveras une malle marron. Tu l’ouvriras et tu verras…

Le soir-même j’ai fait comme elle m’a demandé. J’ai trouvé des lettres, beaucoup, beaucoup, de lettres, toutes pour Robert et signées Joëlle. Qu’est-ce que ça faisait chez moi ? Je ne l’ai jamais su car Grand-Mère refuse de me révéler quoi que ce soit de plus sur ce sujet. Ces lettres, je ne les ai jamais lues. Je ne sais pas pourquoi, je me le défendais et aujourd’hui encore.

Le temps passe. Tous les mercredis et les week-ends, je vais chez la femme que j’aime le plus au monde. Et avec elle, aucun son ne sort de ma bouche. Quand nous sommes ensemble, nous sommes muets. Le silence nous commande.

J’ai onze ans depuis deux mois aujourd’hui. Depuis ce jour il y a quatre ans, je ne parle que par nécessité. Je suis renfermé et timide. J’ai toujours été timide, mais jamais peureux. Ça, les gens ne le comprennent pas. Je ne cherche pas à avoir d’ami, certains disent que c’est triste mais étant donné que je n’ai jamais eu d’ami, je ne peux pas choisir ce que je préfère entre être seul ou avec des copains.

Je continue d’aller chez Grand-Mère Joëlle, et souvent maintenant elle m’écrit sur une fille qui est là depuis deux ans, et qui lui rappelle elle à son âge. Cette fille est sa voisine, et elle a une mère qui vient voir ma grand-mère parfois, pour voir si tout va bien. Cette famille s’appelle Arthakovick, elle est composée d’un homme et d’une femme et leurs deux filles, Izabel et Arvalena. Je les connais très peu, néanmoins, elles sont dans mon école : Izabel dans ma classe de cm2 et Arvalena en ce1. Je ne sais pas de quelle origine elles sont et je m’en fiche. Moi, je pense tout le temps à Grand-Mère Joëlle, à sa vie et à ses récits. Je m’évade dans mes pensées et ça gêne mes parents.

Aujourd’hui nous sommes mardi et je m’impatiente à l’idée d’être demain et de retrouver ma grand-mère. Je rentre de l’école à pieds, et je prends un cookie avant de monter dans ma chambre et de relire ma leçon de maths sur les divisions. Je le fais rapidement car je n’aime pas les maths, je n’aime pas les devoirs, je n’aime pas l’école. C’est nul ! Je m’y ennuie profondément.

Je vais à mon bureau et je me demande ce que je vais faire quand une idée me traverse l’esprit. Je prends une feuille et des feutres et je m’applique. Je dessine Grand-Mère Joëlle et moi en train de papoter sur notre cahier. Je prends du gris pour ses cheveux et du marron pour les miens, du bleu pour ses yeux et les miens, du violet pour sa robe et du rouge pour mon T-shirt. Je suis content de moi à la fin parce que je nous reconnais bien. Je lui donnerai demain, en rentrant de l’école le midi.

« A TABLE ! me crie Claude. »

Je n’appelle jamais ma mère « Maman » et mon père « Papa » car quand ils sont nés on ne les a pas appelés « Maman » et « Papa ». Ils ont été baptisés « Claude » et « Brandon » alors je les appellerai par leur prénom.

« Oui, j’arrive ! »

Je cours dans la salle de bain me laver les mains et descends les escaliers à toute vitesse.

Malgré tous ses défauts, Claude a une qualité : elle sait cuisiner les bases et avec les bases on peut tout cuisiner. Ce soir, nous mangeons une quiche au saumon et aux épinards. Ça sent bon. J’aime bien manger chaud et la part sort tout juste du four. Je me régale. En dessert, nous avons le droit à la fin de la salade de fruit d’hier.

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