Un florilège pour rendre hommage à une tradition vieille de 700 ans.
Reprendre la lecture

Sept troubadours fondèrent à Toulouse en 1323 le Consistoire du Gai Savoir, inaugurant la longue histoire des Jeux Floraux, un concours littéraire dont le prix était à l’origine une violette recouverte d’or fin. Depuis lors, d’autres fleurs vinrent augmenter les récompenses : l’églantine, le souci, l’oeillet, etc. Victor Hugo fut deux fois lauréat de l’amarante. Parmi les maîtres ès jeux, on peut compter d’éminentes personnalités comme Ronsard, Voltaire, Chateaubriand, Mistral, le Cardinal de la Rapière. En 2026, voici les pièces que ce dernier reçut.

 

Vive la colonisation !

 

Il y a 480 millions d’années (je sais, vous n’avez aucune idée du temps que ça représente ; moi non plus, d’ailleurs ; la moindre conférence d’un chercheur en pédagogie me semble durer une éternité), Gondwana s’ennuyait, s’ennuyait, non pas comme un rat mort (les animaux terrestres n’existaient pas), mais comme un continent désespérément minéral. De la pierre, du sable, des lacs, des rivières… et c’est tout ! Pas un seul cocotier ! Oubliez le projet d’y implanter un Club Méd ! Oh, bien sûr, Gondwana connaissait quelques petits plaisirs pervers. Le Ciel lui pissait dessus et un royal anneau de rocs (observez Saturne !) le bombardait de météorites, ce qui lui donnait l’occasion d’assouvir des penchants masochistes. Ses orgasmes étaient spectaculaires : éruptions volcaniques, son et lumière du plus bel effet. Un bon jet de lave chaque week-end : nécessité hygiénique ! Pas mal, mais ça manquait de vie !

L’Océan, lui, était beaucoup plus animé. Les algues avaient déjà un caractère envahissant. La fièvre du samedi soir les poussait à sortir de l’eau. Fée Chance modifia l’ADN de ces intrépides. Ainsi naquirent les ancêtres des mousses (dites « bryophytes » si vous avez envie de passer pour un cuistre !). Ces pionnières n’avaient pas de racines, ce qui favorise le nomadisme. À cette époque, il n’y avait pas l’ombre d’une végétation sur Gondwana, donc aucune plante de souche ne pouvait crier « Stop à l’immigration massive ! ». Petit à petit (comptez en millions d’années), les mousses colonisèrent les sols. Comme elles sécrétaient des acides, elles érodèrent la croûte rocheuse de Gondwana, élargissant la gamme de ses voluptés masochistes.

Une mousse piège les débris, les poussières, l’humidité. Quand elle défuncte, la bouillie qui résulte des feuilles décomposées, de la flotte et des minéraux donne… donne… voyons, je suis sûr que vous le savez… – l’humus, bravo !

À l’ordovicien (consultez internet, j’ai mieux à faire que d’enseigner la géologie à des ignares !), il restait un sacré bout de chemin pour que l’humus accouchât (oui, l’imparfait du subjonctif, ô lecteurs décérébrés !) d’une créature étymologiquement incestueuse : l’humain. Diable ! que ces bipèdes aillent se faire foutre avec leur obsession de fourrer leur nombril partout ! La nature avait alors d’autres chats à fouetter… euh, non… il n’y avait pas un chat !

L’humus préparait le terrain à l’invention des fougères (recyclage d’une idée prospère : la spirale) et des tardigrades, ces morbacs de Gondwana. Dans un tel environnement, la rose n’était encore qu’une improbable possibilité de pure contradiction (une pensée pour Rilke, mort en 1926).

Si les mousses furent le nid de la vie continentale, gageons qu’elles en seront le cimetière ! Leur résistance force l’admiration, humilie Émilie et ses moussaillons. Une mousse peut survivre à plusieurs décennies de sécheresse, à une congélation de 1500 ans, à une température de -195°C, à des radiations de 500 Gray, à une atmosphère composée à 95% de dioxyde de carbone et même aux blagues suisses. Ses spores peuvent germer après avoir été exposées neuf mois au vide spatial.

L’amour de la pierre et de la mousse a roulé sa bosse durant un demi-milliard d’années. De quoi ridiculiser ce que l’homo sapiens, apparu voici seulement 300 millénaires et pourtant bouffi de suffisance, appelle « noces d’orchidée ».

 

Au nom de la rose

 

« Non Lucien tu n’auras pas ma rose ! » Quel manque de savoir-vivre ! Une personne bien éduquée aime tant faire plaisir qu’offrir une rose est pour elle une évidence. Pourquoi ce pauvre Lucien se voit-il refuser une rose ? « Le curé a défendu la chose. » Que la peste bubonique emporte les curés ! La religion ? Fleuve de haine contre les merveilles du monde. Certes, il est des prêtres qui prisent fort la feuille de rose ; mais la fleur, pas question ! Jean Calvin, dont la folie n’avait rien à envier aux délires d’un Torquemada ou d’un taliban, réprima les fêtes, les danses, les jeux, le luxe ostentatoire. Je mets ma main au feu que ce pisse-vinaigre détestait la rose. Trop belle pour toi !

Une amie a eu la bonté de m’enseigner comment rendre hommage à une rose. « Tu effleures ses pétales avec ta lèvre supérieure », me dit-elle. Depuis, on me regarde bizarrement au cimetière…

 

Haïkus botaniques

 

Larmes de glycine

Amoureux de la beauté

Je saigne des yeux

 

Épine de rose

Le sabre du samouraï

tombe devant toi

 

J’ai le tronc du hêtre

Le coeur de l’if, l’oeil du charme

Et la main du tremble

 

Quand je prends ta main

Je prends racine en ton âme

Alors prends mes fruits

 

Tout végétarien aura la raison tranchée

 

La loi, qui se mielle de tout, qui saisit dans ses paumes n’importe quelle graine de sujet pour en faire pousser un arbre de règlements, a son mot à dire sur les fruits.

Ainsi, la question de savoir si la tomate est un fruit ou un légume a été portée devant la cour suprême des USA en 1893. La cour reconnut à l’unanimité que la tomate, bien que fruit d’un point de vue botanique, doit être considérée comme un légume et taxée comme tel.

Pour sa part, la commission européenne, qui triche dans le sens inverse, nous impose de regarder comme des fruits, quand ils entrent dans la composition d’une confiture, ces légumes que sont la carotte ou la patate douce.

En France de même, la cause de la confiture mène à la déconfiture de la raison. Un décret de 1985 incorpore citrouilles et concombres dans le régiment des fruits, pour peu qu’un régime de tartines soit à l’ordre du jour. La rhubarbe pose un gros problème. Assimilée à un fruit dans les confitures, elle tient son rang de grosse légume dans les tartes.

Quant au fruit défendu, la religion pèse encore sur la loi.

Bref, le fruit est une pomme de discorde qui n’a pas fini d’empoisonner Blanche-Neige.

La loi traite les hommes comme des nains, elle leur dit : « J’ai décidé que ceci est un fruit, j’ai décidé que ceci est un légume, soumets-toi à mon autorité, pauvre cornichon ! » Euh, le cornichon, c’est un fruit ou un légume ? Et le nichon ?

 

Miam !

 

À la boucherie végétarienne, on peut acheter des coeurs-de-pigeon, des pieds-de-mouton, des dents-de-lion, des langues-d’agneau, des oreilles de Judas, des têtes d’artichauts, des queues de radis, des côtes de bettes.

 

C’est le bouquet !

 

Depuis qu’elle a lu les immortelles pensées de La Bruyère, Véronique, surnommée « Sésame, ouvre-toi ! », tantôt belle-de-jour, tantôt belle-de-nuit, est devenue moins sensitive. Elle a perdu nombre de ses soucis : elle ne se fait plus de mouron quand un Narcisse à crête de coq lui demande des amabilités digitales ; elle n’hésite plus à mettre ses gants de Notre-Dame pour appliquer, avec infiniment de patience, des coups de férule sur les doigts roses d’un disciple de Masoch ; elle n’a plus honte de laisser frétiller sa langue de femme (organe virtuose baptisé « dompte-venin » par les clients et « attrape-mouche » par les clientes) le long d’une verge d’or ou au creux d’un nombril de Vénus ; elle n’a plus peur de réclamer du trèfle au malabar à gueule de loup ; elle ne se retient plus d’engloutir un mille-feuille et des œufs mimosa entre deux services ; elle ne se prive plus du plaisir de lancer une boule de neige sur la pervenche (ou naguère l’aubergine) qui astique les boutons d’or de sa veste.

Impatiente de dire « Coucou, me voici ! », de savourer chaque instant de la vie ‒ fût-elle douce-amère ‒, chaque rayon de soleil et chaque goutte de pluie, elle est prête à devenir la Marguerite de Faust, la capucine du prêtre torturé par la chair, l’Églantine de la jeunesse de Martin Milan, la bonne de Jean Genet, la Marjolaine de la chanson, l’égérie du professeur Tournesol, la complice d’Arsène Lupin, la Lou de Gui, l’Adeline de Fanfan La Tulipe ou la Violette de Bidouille.

Ses iris pétillent de joie. Marquée du sceau de Salomon, elle éclaire la rue qu’elle arpente. Benoîte ‒ et même angélique ‒, elle est la reine des prés. Que les bourgeoises aux coliques hépatiques et les baronnes aux lésions pulmonaires ne viennent pas marcher sur ses plates-bandes ! Il y a cinquante-trois fleurs dans son jardin secret.

 

Combinaisons avec répétitions

 

Soit E = {minéral ; végétal ; animal} l’ensemble des 3 règnes.

 

Les 10 combinaisons, avec répétitions, de 3 éléments pris dans les 3 de l’ensemble E sont les sacs suivants :

 

{{minéral ; minéral ; minéral}}

{{végétal ; végétal ; végétal}}

{{animal ; animal ; animal}}

{{minéral ; minéral ; végétal}}

{{minéral ; minéral ; animal}}

{{végétal ; végétal ; minéral}}

{{végétal ; végétal ; animal}}

{{animal ; animal ; minéral}}

{{animal ; animal ; végétal}}

{{minéral ; végétal ; animal}}

 

Dans le texte ci-dessous, chacune de ces combinaisons est présente dans une seule phrase et toute phrase en contient une seule. Au lieu de prendre les mots « minéral », « végétal » et « animal », j’ai choisi des mots appartenant à ces règnes. Par exemple, « argent » est un représentant du règne minéral, « violette » un représentant du règne végétal, « vache » un représentant du règne animal.

 

La parole est d’argent, le silence est d’or et le reste se paie en silex. Le loup achète la biche avec une émeraude. Contre un saphir, la vache veut bien céder sa fleur. Dans une boule de cristal, je vois danser les perles des oies. Violette, Marguerite, Églantine : vous êtes toutes les mêmes ! Vous n’avez rien dans le chou, vous ne pensez qu’à l’oseille, pauvres dindes ! Un bouc vous donne du blé, vous devenez chiennes ! À la messe : colombes ; au travail : vipères ; au lit : chattes. Pierres le matin, belladones l’après-midi, dionées la nuit. Belles plantes, météorites creuses, vous me laissez de marbre !

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire