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© 2026 a Nick Tamer

Chapitre 1rien que du bon engrais

- T'es sûr de vouloir faire ce concours ? - Ouais, pourquoi ? - Parce que t'écris que des horreurs et des cochonneries, et que le thème est "Aventure botanique". "Nique", je comprendrais, mais "bota"… - C'qui m'a motivé, c'est la suite " Suspens, passion, mystère ou crime…à vous de choisir..."
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Il fait plutôt frais, ce matin. Météo Suisse nous promet un bon vingt degrés mais cette satanée bise qui nous caresse depuis trois jours, glace mes os crédules, qui pensaient qu’un simple T-shirt serait bien suffisant pour une journée de juillet.

Je me hâte vers mon bureau au premier étage du bâtiment principal, avec vue sur le lac et tout le jardin botanique dont je suis le sous-directeur. Une place en or que j’ai obtenue en magouillant à coup de baratin et de faux certificats invérifiables. J’avais pas mal potassé tout ce qui tournait autour du Jardin: l’historique, statuts (très utiles pour donner l’impression d’aller dans le sens de la politique de l’institution), quelques noms de plantes rares et l’organigramme du personnel. Je suis même allé jusqu’à faire ami-ami avec le directeur au hasard pas du tout hasardeux d’une conférence.

L’annonce de ce poste avait retenu mon attention pour plusieurs raisons. Une place presque étatique, de bonnes conditions sociales, une retraite confortable assurée (quoique je ne sois pas vraiment concerné, vous comprendrez plus tard), mais surtout une certaine notoriété, (dont le « certaine » sera oublié quand je serai calife à la place du calife) et un terrain immense pour régler certaines petites affaires.

L’entretien s’était déroulé comme un rouleau de papier de toilette, usant de mon charme naturel, des irrésistibles sourires dont j’ai le secret et de mon bagout que personne ne sait légendaire.

Deux ans que j’occupe cette place. Je me suis assez facilement intégré, le personnel m’apprécie (je crois) et je m’entends bien avec le grand manitou.

 

Lundi matin. Briefing. Le manitou en question va nous présenter sa nouvelle secrétaire, la précédente n’ayant brusquement plus donné signe de vie (et pour cause ! vous comprendrez aussi plus loin…).

Les six responsables présents s’en fichent un peu, mais lorsqu’elle entre, ils ne s’en fichent plus du tout. Elle est sublime. Un modèle sorti tout droit de la couverture du Vogue ou plutôt du Lui. Un mètre septante-cinq, tignasse abondante blond bouclé, regard noisette, bouche à choper des enfants dans la tête, cintrée dans un tailleur rose pâle, large décolleté sur deux Himalaya qu’il eut été criminel de cacher, taille fine, jambes interminables, tout de même terminées pas des Louboutins hors de prix. Le stéréotype de la femme fatale, désirable irrésistible et inatteignable, du genre à pousser un pape à l’apostat. Le directeur qui s’attendait quelque peu à la réaction de ses employés intervient avant que la bave ne coule des bouches ouvertes.

–Allons, allons, messieurs, on se reprend!

Un petit sourire en coin nous suffit pour nous assurer que ce ne doit pas être la première fois qu’elle produit cet effet. Elle se présente rapidement. Elle s’appelle Claire, est mariée (déception…) a deux enfants (pire déception…) et se réjouit d’intégrer notre équipe.

La séance commence, elle prend sagement des notes, mais on ne peut pas dire que la concentration soit à son maximum.

On s’est bien habitué à sa présence. Elle est décontractée, a toujours la bonne réplique pour alléger avec tact les quelques lourdeurs de certains, on lui fiche la paix, même s’il est difficile de ne pas suivre du regard le balancement de ses hanches, lorsqu’elle déambule dans les couloirs.

Un soir, n’ayant rien de mieux à faire, je continue de régler quelques obligations administratives jusque vers vingt heures. Alors que je m’extirpe de mon bureau, je remarque de la lumière dans celui du patron. Curieux, je jette un œil et me trouve nez à nez avec la belle Claire qui sortait au même instant.

–Vous travaillez toujours aussi tard?

–J’aime bien, je ne suis pas dérangée.

J’ose :

–Ça vous dit de boire un verre?

–À cette heure on pourrait plutôt aller manger?

Parfait, c’est elle qui a proposé, je n’ai pas besoin de négocier.

–Vous avez une préférence?

–J’habite dans le quartier des Grottes, je m’y ferais bien un petit Libanais.

–Vendu!

Elle enfourche son vélo électrique et moi mon scooter. Nous nous retrouvons devant le Nomade. Le restaurant est bondé. Nous avons de la chance un couple sort nous laissant sa place. Apéro, blabla anodin. Cette femme me plaît. Depuis le temps que je suis célibataire, j’ai acquis une certaine expérience, et j’arrive (presque) toujours à mes fins.

J’attaque:

–Quel dommage que vous soyez mariée…

Elle me gratifie d’un sourire étrange.

–Moi ! Mariée ! Qui vous a raconté ça?

Je tombe des nues (comme elle bientôt, j’espère)

–Vous, lorsque vous vous êtes présentée.

Re-sourire étrange.

–Si on se tutoyais? On se connait assez, je crois.

Sans attendre ma réponse, elle continue :

–A vrai dire… j’ai dit ça pour qu’on me fiche la paix ! Je suis libre comme l’air et tu me plais!

La surprise est à la taille de mon étonnement. Même pas besoin de ruser, ou d’imaginer de compliqués stratagèmes.

–Si je te dis que tu ne m’intéresse pas, j’espère que tu ne vas pas me croire!

Torride! Deux étages avec placage contre le mur pour un baiser brûlant toutes les deux marches, ça fait beaucoup de baisers. Lorsque la clé tourne, nous sommes déjà à moitié déshabillés. Comme je l’ai dit : torride  Un corps de déesse, mouvant, ondulant…nous n’avons pas besoin de longtemps pour l’explosion du Stromboli. Tokyo a dû observer une secousse de onze sur l’échelle de Richter!

Elle s’endort immédiatement, au milieu d’un baiser.

La lampe de chevet projette une lumière dorée aux ombres subtiles sur son corps comme s’il s’était échappé d’une toile de Rembrandt.

Je promène mon regard sur les fabuleuses formes de Claire. Elle est d’une beauté à la fois simple et sophistiquée, presque irréelle, elle n’est qu’harmonie, comme un nu dont le peintre aurait réfléchi chaque coup de pinceau, chaque nuance de couleur, chaque détail de la peau ou des cheveux puis, insatisfait, aurait retouché chaque trait, chaque courbe, chaque ombre, inlassablement, jusqu’à atteindre une perfection humainement inégalée, ne s’arrêtant que lorsqu’il était persuadé d’avoir touché au divin.

Renonçant à de probables prolongations, je m’éclipse en catimini.

Elle me fait la tête. Elle n’a pas vraiment apprécié ma lâche fuite. Du coup, j’ai une idée. Je l’invite à me suivre pour lui montrer les ruches dans un coin du jardin. Ce qu’elle ne sait pas (que personne ne sait, en fait), c’est que l’endroit est propice à cacher ma culture de petits champignons noirs qui rendent joyeux. Elle a déjà entendu parler des psilocybes mais n’a jamais essayé. Nous revenons au bâtiment administratif hilares, incapables de se retenir de pouffer pour un rien. Moi, je m’enferme dans mon bureau. Je ne sais pas comment elle va gérer…

La nuit commence à grignoter le bleu du ciel. L’effet des champignons a passé et je suis pardonné.

–Ce soir, on ne traine pas, j’ai des trucs à te faire en retard, ordonne-t-elle.

–Viens, on va gagner du temps!

Je l’entraine vers la maison des jardiniers. Je la pousse dans les toilettes. Elle n’a pas besoin d’explication. En deux secondes et demi, nous sommes nus. Elle se hisse sur le lavabo. La suite n’est que routine, en plus fort. Je la retourne. J’adore cette position, face au miroir j’ai la vue recto-verso, le regard entre les yeux dans les yeux, et ses seins qui dansent en rythme. Le Stromboli est de retour, à moins que ce se soit la soufrière.

–C’est quoi cette odeur, me demande-t-elle essoufflée.

Sans répondre, je lui colle le mouchoir imbibé de chloroforme sur le nez et la bouche. Elle s’effondre mollement.

Je dois la boire vivante mais je ne veux pas qu’elle souffre.

Ah oui, j’ai oublié de le dire, je suis un peu vampire et très cannibale, à moins que ce soit le contraire. J’ai été « initié » le jour de mes trente ans, il y a environ deux cents ans. Je revenais de la fête en mon honneur, passablement imbibé, lorsque j’ai brutalement été attiré sous un porche. J’ai ressenti une vive brûlure à la gorge et je me suis réveillé allongé à côté d’un beau jeune homme inconscient, saoul comme un Polonais. J’avais déjà entendu parler des vampires, je n’y croyais pas vraiment, mais là…

Il ne pouvait pas savoir que j’avais plus de rouge que de globules de la même couleur dans mon sang. Il dormait à poings fermés. Soudain, j’ai ressenti une furieuse soif. Je ne saurais l’expliquer mais j’ai su que ce qu’il me fallait, c’était du sang. Le débit de boisson était allongé à côté de moi. En fin de compte ce n’était qu’un prêté pour un rendu ! N’ayant pas les dents officielles de la situation, je mordis son cou dans la région de la carotide, arrachant un morceau de chair… que je trouvais fort à mon goût… Ce que je ne savais pas encore, boire le sang d’un vampire, fait de vous un vampire. Désaltéré, je n’attendis pas son réveil pour déguerpir.

Mon changement fut brutal. Mon ouïe et mon acuité visuelle se multiplièrent par cent, carrément désagréable, j’entendais un brouhaha constant j’aurais pu dire le sexe des oiseaux à plusieurs centaines de mètres au-dessus de moi…

On raconte plein de trucs sur les vampires, il y a pas mal de légendes : d’abord, le soleil ne me réduit pas en petit tas de cendre. Un boxpring de deux mètres sur deux est beaucoup plus confortable qu’un cercueil. Les dents ne sortent que lorsqu’une proie est à proximité, un peu comme on salive devant un bon steak. Ce qu’on ne dit pas, c’est que ça fait super mal quand elles poussent et se rétractent.

Mon généreux donateur m’a retrouvé, quelques jours plus tard, dans un troquet et m’a expliqué quelques règles « d’éthique » et de survie :

En principe, on ne se nourrit que de malfrats, de bandits, de mafiosi, de tout ce qui ne sert à rien à la société (à nous de juger). Il faut occire les victimes. Elles ne survivraient de toute façon pas mais souffriraient le martyr. Savoir se faire discret et profiter de s’améliorer au cours des centaines d’années qui nous attendent.

Claire avait été un des meilleur « coup » de ma longue vie, mais je ne restais jamais plus que deux nuits avec une femme, de peur de tomber amoureux. J’avais été marié et avais trop souffert de la voir vieillir, puis décrépir, rongée par un cancer fulgurant. J’aurais pu la guérir, mais elle n’avait pas voulu de ma vie éternelle.

Personne n’avait remarqué la petite armoire blanche avec une croix rouge que j’avais fixée au mur. Entre les trucs de premiers soins, j’avais ajouté un transfuseur de sang miniature. Une fois dessoiffé, je vidais ma victime dans des sachets de réserve, m’évitant ainsi de tuer trop souvent. J’avais découvert avec ma première bouchée de cou de vampire que la viande humaine me ravissait. En esthète accompli, je voulais que ma nourriture soit aussi belle que mes amours, d’où Claire et les quelques dizaines de femmes enterrées ci et là sous les plates-bandes. Ce n’est pas pour rien que notre jardin botanique peut s’enorgueillir des plus belles fleurs de la planète.

Claire soupire, un sourire béat aux lèvres. Dommage… Je passe une main sous sa nuque, l’autre sur son front et d’un mouvement sec, lui brise les cervicales. Je lui espère un paradis douillet.

La suite n’est que routine.

En deux ans, j’ai eu le temps de m’organiser. Dans la chambre froide, j’ai fait installer un congélateur dont j’ai seul la clé, soi-disant pour les semences rares et précieuses, ma caisse à outils est cachée tout au fond d’un rayon du bas, dans laquelle je range ma mini scie à chaine, un sécateur électrique et quelques couteaux japonais du siècle dernier.

Avec l’habitude, il ne me faut que deux heures pour garnir le congélo de trois mois de réserve carnée. Peu de gens connaissent la saveur de la chair humaine. Dommage, c’est délicieux.

Il ne reste pas grand-chose de la belle Claire. Un tas d’os soigneusement nettoyés et quelques viscères. Alors que je raffole du foie et de la cervelle en persillade, je n’aime pas particulièrement le cœur…

Le Jardin Botanique a largement communiqué au sujet de l’Amorphophallus qui va fleurir après seulement 4 ans, alors qu’on sait qu’il lui en faut normalement plutôt sept!

Anecdote amusante, cette plante dégage une odeur fétide, elle pue le cadavre!

Merci Claire.

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