Créé le: 05.08.2026
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RHIZOME

Auto(biographie)Aventure botanique 2026

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© 2026 a Arashi

© 2026 Arashi

RHIZOME

Texte issu d’un atelier d’écriture aux BMU sous la direction d’Anne Pitteloud, inspirée par le concept du rhizome, ou mycélium.
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R

Relation intime, milieu fertile que j’habite. Je choisis, je m’installe, je me nourris, je m’épanouis, je m’épate, je me détends, je m’étends, je m’élargis, je me laisse tomber, je me laisse flâner, tremper, rêver, je m’épanche, je m’étanche, je m’enracine, je m’envole, je m’incorpore, je m’extrais, et je me multiplie, je m’attarde, je me hâte, je flotte, je gambade, je batifole, je nage, toi ma plage, j’entre, je reste, je m’éternise, je me dépense, je danse, je m’élance, je reste sur mes gardes, j’éveille aucun soupçon, j’enrage, m’engage, je sommeille, je matelasse, je transperce, je me déverse, je me sublime, je me rends, je me trahis, je m’évanouis, je me sauve, je crois, je traverse, me transvase, je persiste, persécute, je me pomponne, je ronronne, je m’enchaîne, et m’enlise, j’existe, je respire, j’encercle, et je menace, je m’étire, je mens jamais, je me millefeuille, je me déforeste, j’altère et me désaltère, je pousse et je porte, je sors et je reviens, je suis libre en toi

 

H

Home sweet home. Enfin l’endroit idéal pour m’installer. Milles piscines que j’ai dû attendre, mille pieds et mille douches, mille carrelages, frottages, essorages, rinçages – et me voilà dans mon safe space chez toi, ma nouvelle demeure aux mille parfums enivrants et aux nutriments si succulents, terre bénite, vivante, palpitante, rose et tendre et fraîche, chaude, irriguée de chaleurs régulières, rêve de mille et une nuits, mon rêve accompli, mon voyage enfin abouti, la perfection enfin atteinte! Notre union sera fructueuse et purulente, aucune chambre stérile en vue, je me blottis dans tes draps, dans ce petit espace cozy entre tes orteils que je ronge affectueusement, miam, miam, miam! J’espère que l’on pourra rester ensemble pour toujours, que ceci sera notre petit bout d’éternité rien qu’à nous, et nos enfants, bien entendu. Je me perds en toi sans jamais me perdre, je ne te perds jamais de vue, je sommeille en toi à jamais, je brûle nos souvenirs sous ta peau, je te dévore et préserve l’union sacrée entre macro- et microcosme

 

 

I

Intensif

Qui avait cru qu’il fallait intégrer les soins intensifs à cause d’un champignon? En voilà infesté de spores mon tout petit bébé, comme une maison abandonnée, ils en ont fait leur foyer. Ils bouffent son énergie, déjà si faible, pour proliférer à ses dépens. Mon pauvre petit chou! Partout, les médecins ont essayé de nous rassurer: il n’y avait aucune autre solution, rien d’autre à faire, et non: je ne l’ai pas négligé, je ne suis pas une mauvaise mère. Ou peut-être que si? Ils doivent certainement dire ça à tout le monde, c’est le protocole, et dans votre dos, ils appellent l’inspection hygiène, et tout de suite, tu sais que t’en en train de te faire une réputation, que plus jamais tu pourras te rendre à la piscine, peut-être qu’ils vont même te refuser l’accès, te bannir.

Une banale visite de piscine, un cours de natation, et partout, j’ai toujours fait à attention à tout! Que le maillot soit lavé à chaque fois, la couche étanche, je l’ai même frotté derrière les oreilles, préparé un bon goûter bien équilibré pour après, parce que constamment on vous regarde, on vous juge. Fait attention à ce qu’il ne glisse pas, à ce qu’il ait des lunettes à sa taille, à ce que les brassards étaient toujours gonflés, à ce qu’il ne glisse pas, qu’il se fasse des amis, qu’il ne se fasse pas bousculer, ni pousser, faire de la conversation aux autres mamans, haha, oui…oh mon Dieu…

 

 

Z

Zoobiose, suj. fém, étm. grec «zoion» = animal + «bio» = vie, symbiose, interaction étroite d’une espèce avec l’autre, coexistence de deux espèces dans le même espace, partageant le milieu, les nutriments, les conditions, tout en créant ce milieu vivant, en co-création avec l’autre créature, exemple: → parasite et son hôte, → champignons en forêt, en coexistence avec les arbres, les mousses et autres réseaux, ainsi que la faune; DERMATOLOGIE: infections aux champignons, c.f. → microbiologie → diagnostic médical → culture d’urines → hygiène publique → fongicides → salle stérile → traitement en isolation → immunosuppression aussi: psychologique c.f. →  détresse personnelle →stress → dépression → anxiété → phobie de contact → manie de propreté, BÂTIMENT: aspergillus niger, infestation aux…

 

 

 

O

Omniprésent, les microbes sont partout. Les gérer, c’est mon métier. Certes, la microbiologie ne nourrit pas une famille, mais aucune société ne pourra survivre si elle ne trouve pas de moyen de domestiquer l’infiniment petit, à le dompter.

Toutes ces années d’études, et pourtant t’es toujours pas médecin?!

Cela reste difficile à expliquer à mes parents.

Mais comment?! Tu laisses les gens pisser dans un tube, et après, tu le chauffes?!

Même avec les potes, ce n’est pas facile.

Le public le plus gracieux sont encore et toujours les enfants: Ouèche dégeu!, ils s’exclament à chaque fois que j’explique mon travail. L’école ne songe même pas à m’inviter à leur série «Les métiers de nos parents, expliqués par eux-mêmes», vous pensez bien.

Des années passées à enseigner à la progéniture à ne pas toucher tout ce pipi caca, c’est sale, et tout, et blablabla, et voilà le papa de Justine qui débarque et qui leur raconte que c’est exactement ce qu’il faut faire. Regarder, toucher, humer, incuber, le garder au chaud, le mettre sous le microscope, décrire les flocons qui y poussent, compter les croix de Malte qui s’y allument, ces substances qui nous dominent et que l’on aimerait tellement rejeter comme les enfants, à un moment donné dans leur évolution, rejettent leurs parents.

 

 

M

Maintes fois que je t’ai déjà dit, touche pas à ça, c’est sale!

–       Mais ça a l’air tout propre !

–       C’est parce que la saleté est microscopique, tu ne peux pas la voir.

–       Mais alors, si je ne peux pas la voir, elle n’existe pas.

–       Encore cette discussion ! Et Dieu dans tout cela ?! Tu le vois ou bien ?! Et le père Noël, tant que l’on y est ! Les atomes, ça se voit ? Pourquoi l’être humain, dès son plus tendre âge se borne-t-il à ne croire que ce qu’il ne peut voir ? Les limites de mes yeux sont les limites de mon être. Tiens, un slogan pour un opticien…Je devrais y songer, dès fois que ça paie, des phrases à la patate comme ça… MAIS QU’EST-CE QUE T’AS MIS DANS TA BOUCHE ???

–       Maman, t’es pas sérieuse, tu réalises ? Il y a une minute à peine que tu me dis que c’est invisible, et là, tu prétends avoir vu comme je le mettais dans ma bouche…

 

 

E

Enfin, les enzymes. Faudra penser à les prendre régulièrement. Les antibiotiques ne suffiront pas. Certes, cet onguent ne sent pas bon, mais vous vous êtes certainement déjà rendu compte qu’il n’était pas facile de venir à bout d’une telle infection. Ces germes développent de plus en plus de résistances.

Non, ne vous inquiétez pas.

Je sais bien, passer deux semaines en salle stérile dans une isolation totale, avec votre médecin qui vous asperge de monologues rassurants à travers l’interphone, ça peut user les âmes les plus fortes, bien sûr, je comprends.

En revanche, nous ne comprenons pas encore très bien comment fonctionnent ces organismes, donc notre mot d’ordre doit être la patience.

 

 

 

 

 

RHIZOME

 

Et s’il faudrait penser l’immensément grand en termes de l’infiniment petit?

Quand vous pensez au plus grand être vivant sur terre, songez-vous plutôt à la baleine bleue ou aux séquoias géants de l’Amérique du Nord?

La véritable grandeur défie non seulement notre regard, mais également les catégories de notre pensée. C’est au champignon armillaria solidipes que revient le titre du plus grand organisme sur terre. Sa taille est estimée à 9,6 kilomètres carrés et son âge à 2500 ans. Mais attention, nous sommes encore loin du record absolu: en utilisant des rhizomes, posodonia australis, a réussi de recouvrir 189 kilomètres carrés dans les eaux du Sud de l’Australie…à partir d’une seule graine! Tout cela discrètement, en silence, à l’abri de nos regards, ou presque.

Jusqu’à récemment, c’était le world wide web qui dominait les interactions humaines. Depuis peu, nous commençons tout juste à connaître le wood wide web, «la toile du vivant». Ce terme désigne le réseau mycorhizien, ces innombrables associations symbiotiques entre les champignons et les racines des plantes qui les entourent. Une collaboration tacite, harmonieuse et nécessaire, elles échangent non seulement des nutriments, mais également des informations. Dans son livre «Drifter», Ulrike Sterblich utilise cette métaphore d’interconnexion pour décrire les relations entre les différents habitants d’un immeuble qui réalisent peu à peu qu’ils forment, eux aussi un réseau rhizomique qui profite de maintes collaborations plus ou moins visibles et mutuellement bénéfiques.

En plus de ce livre, c’est le syndrome de l’homme-arbre (épidermodysplasia verruciformes) qui a inspiré ce récit. Souffrant moi-même d’une affection cutanée chronique, je ne cesse de penser au potentiel végétal qui sommeille en chacun de nous. Et si nous étions tous de l’humus fertile, foyer d’une jungle qui attend patiemment son éclosion de cette carcasse bipède?

Concrètement, ce texte est issu d’un atelier d’écriture aux BMU sous la direction d’Anne Pitteloud. Inspirée par le concept du réseau mycorhizien, l’idée était de rédiger un texte sous une forme où chaque paragraphe est à la fois indépendant des autres, tout en poursuivant dans sa forme unique une narration commune. Comme base, l’acrostiche « RHIZOME» a donné sa première lettre à chacun des sept paragraphes qui parlent tous de ces rhizomes autour de (et dans) nous, mais à chaque fois sous un autre angle: monologue et monologue intérieur, dialogue complet, amputé ou des sourds, article encyclopédique, diagnostic médical…Ces multiples perspectives nourrissent le regard sur les racines communes que nous partageons avec toute forme de vie sur terre.

Pour forcer le changement de perspective et éviter des paragraphes trop longs, tout en assurant un certain équilibre entre eux, le temps de rédaction était limité à 8 minutes pour chaque partie, sans préparation préalable. Je recommande l’exercice sans modération!

«Mon âme est la forêt dont les sombres ramures» écrivit Victor Hugo, «S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés!»

 

Bienvenue dans le rhizome.

 

Bienvenue chez vous.

 

 

 

 

 

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