Créé le: 25.07.2018
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Retour à la “véritable” nature

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© 2018-2023 Ariane Francey-Spicher

La conscience animale s’éveille: l’égocentrique suprématie humaine, source d’esclavage et de maltraitances, doit prendre fin. Chacun doit retrouver sa vraie nature. Il n’y a qu’un moyen : se débarrasser des tyrans.
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Retour à la “véritable” nature

Zaroag fut réveillé en sursaut. Des vibrations de plus en plus fortes ébranlaient le sol.

Sûrement un de ces mauvais rêves perturbant parfois sa petite vie tranquille de chien.

Mais cette fois-ci, il était bien éveillé. Les trépidations souterraines s’amplifièrent, éventrèrent la pelouse vomissant des myriades d’insectes bourdonnants. En bancs serrés, ils rejoignirent des essaims issus d’autres jardins. Le ciel se remplit de ces sombres nuées bientôt mêlées d’innombrables oiseaux. Tous se dirigeaient vers un même lieu.

Le vrombissement des insectes et le cri des oiseaux déclenchèrent un appel venu du fond des gênes de Zaroag. Il réalisa soudain qu’il était prisonnier d’une existence non-conforme à son être profond, enchaîné à une vie programmée d’attente perpétuelle selon le bon vouloir d’un maître et non selon les codes de son espèce.

Déterminé d’en finir avec cette vie de journées et de nuits longues et monotones qui ne lui correspondait pas, il sauta la barrière du jardin pour un lieu inconsciemment connu depuis toujours.

Granate mâchonnait machinalement son herbe quand elle se rendit compte combien sa vie de vache était misérable. Elle n’avait plus d’espoir. Les membres de sa famille, ses enfants, ses amis de la ferme, partis il y a longtemps dans un camion de la mort, ne reviendraient jamais. Longtemps elle n’y avait pas cru, voulant rester pour être là à leur retour. Mais elle savait maintenant. Il n’y aurait pas de retrouvailles.

 

Comme tous ses compagnons d’esclavage, elle ressentit le signal alors que des hordes d’insectes et d’oiseaux surgissaient de partout. Le moment de fuir le mépris humain était arrivé.

Les loquets des prisons furent soulevés. Partout, tous les animaux, prévenus par le signal mystérieux programmé depuis l’existence du monde, prirent la clé des champs rejoignant les animaux sauvages. Ils se retrouvèrent en un lieu inconnu des hommes, impatients de savoir comment la liberté retrouvée allait pouvoir être une liberté permanente.

De toute cette foule émergea un animal à allure humaine éveillant quelques craintes. C’était un chimpanzé avec un air de grande intelligence et de savoir-faire. Il monta sur un monticule pour s’adresser à tous.

− Mes amis ! Quel grand jour ! Nous voici au début d’une grande aventure: être enfin nous-mêmes ! La nature nous a façonnés. Mais elle a aussi créé un être qui se dit évolué. Celui-ci s’est pris à croire que le contraire s’était produit: qu’il avait créé la nature et que tout lui appartenait. Même nous. Surtout nous ! Et on s’en est persuadé. Notre vraie nature enfouie au fond de nous, nous ne pouvions imaginer qu’avant l’arrivée de l’homme nous étions autrement. A cette époque, la vie était difficile, féroce. Mais il y avait un équilibre. Avec l’homme, celui-ci n’est plus. Les animaux, domestiques ou sauvages, ont perdu leur dignité. L’homme nous méprise. Il a besoin de nous, mais nous, nous n’avons pas besoin de lui. Il faut retrouver cette dignité, en reconquérant notre vraie nature. Pour cela, nous devons nous affranchir de lui ! L’homme doit être rayé de la terre !

Choqués par ces propos, quelques animaux domestiques, à l’aspect très soigné, s’indignèrent :

− Tous les hommes ne sont pas les mêmes ! Nos maîtres sont très gentils avec nous. Ils nous aiment. Nous ne voulons pas qu’ils disparaissent.

− Vous « croyez » qu’ils vous aiment, avança avec conviction le chimpanzé. Mais ils ne vous aiment pas pour vous mais pour eux ! Pour leur petit plaisir. Ils vous tiennent par l’assurance d’avoir à manger, de trouver du confort. Tant que vous êtes comme ils désirent que vous soyez, tout va bien. Mais montrez-vous avec votre vrai visage sauvage, avec des comportements propres à votre nature et les voilà qui vous rappellent à l’ordre. Agir tel que l’on est, c’est ça qui vous apportera satisfaction !

− Peut-être ! Mais nous ne voulons pas faire de mal à nos maîtres !

Si certains approuvèrent, tous les animaux étaient d’accord que la situation devait changer avec la fin du règne des hommes. Restait à trouver comment.

− L’homme nous élève ou nous chasse pour nous manger, pour se servir de notre peau, des parties de notre corps et même de notre intelligence, sans aucun respect envers nous, commença le chimpanzé. Il est vrai, nous nous entre-dévorons. Mais chacun a sa chance. Il est rare de l’avoir avec les humains.

Granate pensa alors à ses amis qui ne reviendraient jamais et à son propre sort si la porte de la prison ne s’était pas ouverte.

L’interlocuteur continua:

− Je propose que l’on rende l’humain inoffensif en le forçant à renoncer à se servir de nous. En premier lieu, pour se nourrir. Plus aucune substance animale dans son assiette ! Ni dans son quotidien!

On échangea des regards car l’idée avait de quoi surprendre. Surtout pour les carnivores. Les animaux, persécutés pour des raisons diverses, voulurent des assurances que les humains renonceraient vraiment à tout ce qui venait des animaux. On les rassura. Les plantes seraient leurs uniques ressources. On les réunirait tous pour les rééduquer dans ce sens.

D’un commun accord, des plans furent mis en place pour leur capture car jamais ils ne viendraient de leur plein gré. Des groupes importants d’animaux pourchassèrent les humains vers des fossés-pièges où ils tombaient sans heurts sur des sols préparés à cet effet.

Les hommes n’en menaient pas large. Ils ne comprenaient pas ce qu’il leur arrivait. Certains criaient, vociféraient contre les animaux comme s’ils étaient toujours les maîtres, d’autres restaient prostrés, attendant le dénouement de ces incroyables évènements.

Zaroag espérait et à la fois redoutait de voir son maître dans une des fosses. Son sentiment de honte se rassurait en sachant qu’aucun mal ne serait fait aux captifs, car on voulait se montrer au-dessus de la cruauté humaine. Et puis lorsque les humains auraient renoncé aux animaux, leur santé serait meilleure et la terre, moins polluée. Ainsi, tout le monde y gagnerait pour autant que  les hommes soient coopératifs.

Quant à Granate, d’un caractère pourtant pacifique, elle devait contrer un sentiment malsain de vengeance. Elle se prenait à souhaiter le pire aux humains. Mais elle se ressaisissait en se disant que ce mal ne ramènerait pas ses chers disparus. Mieux valait œuvrer pour une harmonie entre tous. Cela dépendait des hommes. Sauraient-ils ravaler leur orgueil et agir dans le bon sens ?

Au début, la plupart des prisonniers se montrèrent agressifs et lançaient par-dessus le bord des fosses la nourriture qu’on leur avait préparée. Mais peu à peu, la faim aidant, ils abandonnèrent leur attitude rebelle. Parmi eux, un petit groupe, déjà gagné aux principes des animaux, se mit à raisonner les autres. Ravis d’être enfin écoutés, ils se montraient en exemple, preuve qu’on peut très bien vivre heureux sans avoir recours aux animaux pour se sustenter.

Les jours passant, les humains avaient même l’air de se délecter de leur nouvelle diète. Chacun était intéressé à apprendre à apprécier leur nourriture de la manière la plus agréable et originale qui soit.

L’objectif fixé par la première assemblée étant atteint, les animaux se réunirent à nouveau. Qu’allait-on faire de ces « nouveaux » humains ?

Deux clans s’opposèrent autour de la question de la remise en liberté des captifs. Beaucoup pensaient que leur manière de voir les animaux avait changé, qu’on ne les importunerait plus. À quoi certains répliquaient:

− Ces humains-ci ont promis de nous respecter mais qui nous dit qu’ils tiendront parole. Ils nous ont déjà tellement trahis !

Et un grand nombre approuva. Mais à nouveau les animaux domestiques choyés plaidèrent avec pitié pour leur maître:

− Ils ne nous trahiront pas. Ils ont vu leurs erreurs et ont compris que l’on peut vivre autrement. Laissons-les partir !

Mais des voix s’élevèrent:

− Peut-être tiendront-ils parole. Mais les années passeront. Des générations nouvelles arriveront et avec elles l’oubli de ces changements. On reprendra peu à peu les vieilles habitudes. L’homme voudra à nouveau être le seul supérieur. Nous ne pouvons prendre ce risque.

Alors, restait à savoir que faire de ces humains bien encombrants. Un silence se fit. On n’osait imaginer le pire. Certains étaient prêts à venger des milliers d’années de brimades, d’esclavage, de mépris. Les animaux choyés, sous cette tension, se mirent à se lamenter:

− Ne faites pas mourir nos maîtres ! Beaucoup d’humains ont été bons pour nous, ils ont pris notre défense, se sont occupés des malheureux condamnés. Montrons-nous moins cruels que ceux qui l’étaient. Réfléchissons encore !

À l’unanimité on se mit d’accord pour un ultimatum, la solution sanguinaire rebutant la majorité. Chacun pouvait y penser et à la prochaine réunion soumettre son idée.

Les humains attendirent avec une certaine angoisse le verdict à venir.

À la réunion suivante, une chose était certaine: les humains ne pourraient partir pour retrouver leur vie d’avant. Pour le reste, le grand poids d’une décision finale pesait sur l’assemblée. Tous se sentaient accablés jusqu’à ce que le chimpanzé s’exprime d’un ton malicieux et important :

− Je pense que tout le monde est d’accord pour que l’humanité soit éradiquée.

D’un geste il imposa le silence à ceux qui eurent un haut le corps plaintif à ses propos.

− Ils doivent disparaître de la Terre, continua-t-il. Les animaux retrouveront ainsi leur équilibre, celui perdu au moment de l’apparition humaine. Dans ce sens, je vous propose une solution qui satisfera les humains eux-mêmes car après avoir exploré, pris possession, exploité notre planète, ceux-ci ont soif d’autres aventures. Leur jouet terrestre, bien abîmé ne leur plaît plus. Ils en veulent un autre, tout neuf.

− Comment sais-tu tout cela ? demanda un lion.

− Je me suis trouvé au cœur d’un de leurs rêves les plus ambitieux : conquérir de nouvelles planètes. Pour connaître la solvabilité de ce projet, les hommes avaient besoin d’un éclaireur. Ils se sont alors souvenus de la parenté avec mes semblables, et, donc, avec moi-même. J’ai ainsi appris beaucoup de choses. Je sais piloter un engin spatial des plus simples, y vivre pendant des jours. Vu mon intelligence et mon utilité, je faisais partie de l’équipe des techniciens et ai donc pris connaissance de leurs plans.

− Alors, pourquoi trahis-tu maintenant si ton sort était des meilleurs ? s’interrogea un cheval.

− À cause du mépris. Je restais un animal, un inférieur. On pouvait donc se servir de moi à volonté. Si je mourrais pendant ce voyage, on aurait seulement été désolé que la technique n’était pas encore au point, que la réalisation d’un rêve devait être repoussée. Autre preuve que les humains ne nous aiment pas et n’aiment qu’eux-mêmes, qu’ils ont besoin de nous, mais nous, nous n’avons pas besoin d’eux.

− Que proposes-tu dans ce cas ? s’enquit Granate.

Le chimpanzé leva les bras vers le ciel et s’écria:

− Utilisons leurs rêves pour réaliser les nôtres ! Nous allons faire monter tous les humains à bord des engins spatiaux prêts à partir pour une nouvelle planète. Voilà la solution pour l’ancienne : la Terre seulement à ses véritables premiers habitants : nous !

Cette idée incroyable mit un certain temps à être compromise de tous. Beaucoup se méfiaient de cette technique humaine dont on ferait usage. Mais chacun y trouva son compte: ceux voulant que les hommes disparaissent et ceux qui le voulaient aussi mais sans leur faire de mal. On leur ferait même plaisir en prenant pour eux une grande décision difficile à prendre.

Cependant les animaux choyés intervinrent pour une ultime requête pour les humains:

− Ce serait un peu moins difficile pour eux s’ils pouvaient emmener des objets ou des souvenirs auxquels ils tiennent beaucoup.

Le chimpanzé grimaça en secouant la tête:

− Oui, je sais ! Ils ont besoin de tout un bric-à-brac pour la moindre de leurs actions ! Qu’ils emportent ce qu’il leur est « important ». Mais sous bonnes escortes. Personne ne doit rester !

En disant ces mots, le chimpanzé montra bien son rejet pour ces êtres ne sachant plus vivre avec l’essentiel. Il pensa qu’ils auraient aussi besoin de retrouver la « vraie » liberté, leur « vraie » nature, étouffés par ce sentiment d’intelligence supérieure, les perdant dans des dédales allant jusqu’à menacer leur propre race. Les labyrinthes de la richesse, du pouvoir, de la puissance ne menaient qu’à des gouffres. Cela lui était bien égal que l’homme s’anéantisse lui-même. Mais il ne pouvait supporter que tous les autres êtres soient impliqués malgré eux dans ces courses-poursuites insensées.

Peut-être que les humains comprendraient la leçon. Mais il les méprisait trop pour croire qu’ils pouvaient utiliser leur intelligence à meilleur escient. De toute façon, dès qu’ils auraient quitté la Terre, leur sort ne lui importait vraiment plus. Ils pouvaient détruire leur nouvelle planète, toutes les planètes de l’univers, se détruire entre eux, du moment qu’on ne les reverrait plus. Cela n’avait aucune importance !

On fit des groupes d’animaux pour accompagner les humains chez eux, ne faisant pas confiance à leurs assurances de revenir  après avoir pris leurs affaires. Il fallait éviter à tout prix que certains se cachent, s’organisent et redeviennent peu à peu de puissants tyrans.

Malgré leur accablement, beaucoup d’humains avaient de la gratitude pour les animaux choyés  ayant permis qu’ils puissent emmener des témoignages de leur vie sur la planète Terre tels photos, documents précieux, bijoux de famille, tableaux, objets souvenir, œuvres d’art.  Ils auraient bien voulu emmener aussi leurs animaux préférés. Ceux-ci étaient profondément tiraillés mais le mot d’ordre devait prévaloir: « Penser à eux seuls. Redevenir ce qu’ils étaient vraiment. »

Peu à peu, les hommes, chargés de valises et paquets, se retrouvèrent à l’immense centre spatial où se dressaient les fusées.

Les concepteurs du grand projet de partir coloniser une autre planète, idée arrivée plus vite qu’envisagée, acceptèrent rapidement d’aider le chimpanzé à organiser techniquement le départ des humains.

On leur avait fait promettre de ne pas chercher à revenir. Les animaux s’étaient montrés cléments mais seraient impitoyables si les hommes, devenus indésirables, revenaient. La menace était claire. La perspective de tout recommencer ailleurs était dès lors plus agréable à envisager.

Le jour du départ, un grand silence régna sur la foule. Toutes sortes de pensées traversaient les différents esprits allant, du côté animal,  du contentement d’une vengeance assouvie à celle d’une grande tristesse face à la séparation,  du remords à l’excitation d’un départ vers de grandes découvertes, du côté humain.

Un à un, les hommes montèrent dans les fusées. Les émotions étaient contenues de part et d’autre. Quand la dernière porte se referma, aucun animal ne bougea. Ils étaient tous statufiés, assistant à un fait incroyable. Après des millions d’années, l’humain quittait la Terre. Leur but était atteint !

Avec un immense fracas, les fusées décolèrent s’élançant vers le ciel azuré. Les animaux les observèrent  jusqu’à ce qu’elles soient de petits points au loin, se demandant comment leurs passagers, minuscules maintenant, avaient pu être aussi envahissants. Comment avaient-ils pu façonner la Terre selon leur seul bien être, en devenir les maîtres absolus décidant du sort des autres ?

Pour une dernière fois, le chimpanzé prit la parole:

− Mes amis ! Un jour nouveau est arrivé pour nous. L’équilibre naturel va à nouveau prévaloir. Ce sera chacun pour soi, avec chacun sa bonne fortune. Nous redevenons de vrais animaux obéissant à nos seuls instincts et à la loi de la nature. Bonne chance à tous dans cette nouvelle liberté : celle d’être nous-mêmes !

Ainsi, chacun partit dans sa direction, seul ou en groupes, selon sa manière de vivre. Le chimpanzé eut un dernier regard vers le ciel. Le côté humain  développé en lui, lui faisait regretter de ne pas avoir accompagné les hommes et de connaître cet inconnu dans lequel on avait envisagé de l’envoyer en éclaireur. Mais le côté animal lui rappela qu’il serait resté un esclave, une marionnette destinée à être oubliée au fond d’une cage après emploi. Alors d’un cœur joyeux, il s’élança vers la forêt.

Zaroag retrouva des amis de promenade de son quartier. Un peu dérouté au départ, ils se mirent ensemble avec joie pour vivre une vraie vie de meute. Il en oublia son maître et sa vie ennuyeuse de peluche vivante. En jappant, il partit dans la campagne avec ses frères de sang.

Granate, timide, se retrouva isolée. Elle repensa à la sécurité de son étable. Mais elle se rendit vite compte que ce n’était pas vraiment une sécurité de vivre sur le qui-vive. Sa nouvelle vie  ne serait pas non plus sûre, mais il y aurait plus de chances de lutter, de se cacher pour fuir les prédateurs. Et elle vivra avec ses semblables au gré de l’herbe tendre. Toute ragaillardie par ces nouvelles perspectives, elle rechercha du regard d’autres vaches. Elles étaient là, à l’attendre, s’étant rendu compte de son désarroi passager. On meugla de joie à qui mieux mieux et d’un pas lent, gagna les prés verdoyants ouverts à tous. Les singes, habiles de leurs mains, avaient avant de partir vers les forêts, arraché toutes les barrières, fils barbelés et toutes entraves mises par les hommes, si experts dans l’art d’emprisonner les êtres vivants, y compris eux-mêmes.

Les animaux choyés furent les seuls à rester, ne pouvant concevoir être seuls, sans leurs maîtres. Redevenir sauvages leur semblait impossible. C’est pourquoi, à la nuit tombée, ils regagnèrent leur maison ou plutôt celle de leurs anciens maîtres. Ils s’installèrent dans leur panier, sur les lits ou leur tapis préféré. Tenaillés par la faim, ils éventrèrent les sacs d’aliments fabriqués par les hommes.

Pendant des jours, ils errèrent à travers les pièces vides, à écouter le seul bruit familier resté dans la maison : celui des horloges, qui ne tarda d’ailleurs pas à se taire, faute d’énergie.

Le grand changement arriva pour eux avec le manque de nourriture. La solitude était aussi lourde à porter. Alors, ils ne luttèrent plus pour garder ce carcan d’animal domestique et le laissa tomber en retrouvant leurs instincts respectifs.

Ils se rendirent compte que tout ce qui faisait leur nature avait été réprimé au fond d’eux-mêmes par une existence façonnée selon les normes de leurs maîtres. Ceux-ci avaient eu peur ou avaient été dégoûtés par les manières sauvages de leurs soi-disant compagnons. Vivre avec eux, avait exigé de respecter un grand nombre d’interdits. Trop d’interdits ! Mais voilà, c’était fini. Ils étaient libres ! Ils s’en rendaient compte maintenant. La chenille ne peut imaginer vivre un jour comme un papillon, le papillon ne peut comprendre comment il avait pu n’être qu’une chenille ! Persuadés qu’ils ne pouvaient vivre autrement, il était incroyable de retrouver ces vieux gestes transmis de générations en générations n’attendant que de remonter à la surface.

On arracha les colliers, derniers verrous de leur attachement. On quitta définitivement les maisons. La vie sauvage serait ardue mais bien plus passionnante.

Ce qui fut le plus étrange pour tous, ce fut de ne plus entendre que le son du vent, de l’eau, de la terre, des animaux redevenus libres.

Et l’on pensa que c’étaient les plus merveilleux sons jamais entendus.

 

FIN

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