Créé le: 14.03.2023
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Rencontre mémorable

Nature Environnement, Voyage

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© 2023-2024 Cardinal de La Rapière

Dieu qu’elle était belle, toute nue, au bord de la rivière ! (...) Je l’aurais volontiers emmenée chez moi, mais elle devait bien peser cent kilos...
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Dieu qu’elle était belle, toute nue, au bord de la rivière ! Violeur né, je ne résistai pas au désir de lui caresser la poitrine. Une texture ô combien agréable au toucher ! Et quelle splendeur ! Des formes et des coloris dont rêvent les meilleurs peintres. Je lui dis : « Tu m’excites, ma belle! » Je l’aurais volontiers emmenée chez moi, mais elle devait bien peser cent kilos…

C’est ainsi que je devins géologue. Cette créature polie était une serpentinite, c’est-à-dire une roche qui résulte de la mue d’une péridotite, la pierre du manteau et de la couche inférieure de la croûte océanique, en dessous des sédiments, des basaltes et des gabbros. Mais je ne me trouvais pas au fond de l’océan, je me baladais dans le canton de Vaud… Alors comment cette serpentinite était-elle arrivée ici ? La science naît de la curiosité. Menons l’enquête !

La dernière glaciation, celle du Würm, connut son apogée il y a environ 25’000 ans. Le glacier du Rhône atteignait alors la région de Lyon. Quand il fondit, le monstre déposa des moraines dans tout le bassin lémanique. Ma serpentinite est une roche que le glacier avait arrachée aux Alpes valaisannes, probablement du côté de Zermatt. Par quelle diablerie peut se trouver en pleine montagne une pierre qui naît sous l’océan, à la frontière du manteau et de la croûte ?

Il faut changer d’échelle, remonter le temps en prenant comme unité le million d’années. Au Jurassique, voici 150 millions d’années, le Valais était un bras de l’océan Thétys. Durant plusieurs dizaines de millions d’années, ce bras plongea sous la plaque apulienne. La subduction racla la lithosphère océanique, créant un prisme d’accrétion. La collision, puis l’érosion firent le reste. Et voilà pourquoi des serpentinites et d’autres ophiolites affleurent près du Cervin, lequel est d’ailleurs formé de gneiss africains (pour réparer de vieux torts, un député Vert valaisan propose un beau geste : restituer le Cervin à l’Afrique).

Toutes ces forces titanesques qui transforment très lentement notre planète me fascinent. Je me passe en accéléré dans la tête un film des événements et je suis ébloui par un spectacle aussi fabuleux. Étudier les sciences de la nature, c’est découvrir que le réel est à peine croyable, que notre planète abonde en merveilles à couper le souffle.

Quand vous vous promenez au bord d’une rivière vaudoise ou genevoise, regardez les galets ! Apprenez à repérer les serpentinites. Tantôt d’apparence noire, avec comme une poudre de couleur olive ; le plus souvent vertes, traversées de multiples nuances : vert-bouteille, vert-olive, bleu-vert, vert foncé, vert clair, ocre ; elles peuvent arborer des fibres chatoyantes et tout un réseau de lignes blanches fines. Prenez-les en main, leur contact est sensuel ! Mouillez-les pour les faire apparaître dans tout leur éclat ! Mais ne les brisez pas, car ces élégantes renferment en général du chrysotile, une variété d’amiante !

Le charme de la serpentinite opéra sur nos ancêtres du Néolithique. Ils en firent des bijoux et des armes. L’amour et la guerre, voici les cadeaux qu’un serpent de pierre, transporté par un serpent de glace, offrit aux hommes de l’Éden lémanique.

Commentaires (3)

Starben CASE
15.03.2024

Ton coquillage est un rocher et ton océan une rivière… la beauté voyage partout, même à travers le Temps.

Starben CASE
16.03.2023

Tu nous invites à dériver entre poésie et science. J'apprends que "Lorsque la péridotite est complètement serpentinisée, on appelle la roche une serpentinite". Un rocher séduisant, une peau de reptile, une cousine nommée serpentine, une roche métamorphique qu'on désigne par espèce minérale... Ton voyage entre rêve et réalité est un bonheur. Merci Cardinal!

Cardinal de La Rapière
16.03.2023

"Je me suis comporté comme un enfant jouant sur le bord de la mer et qui s’est amusé à chercher de temps en temps un galet plus lisse que les autres et un coquillage plus joli qu’à l’ordinaire tandis que le grand océan de vérité s’exposait à moi entièrement inconnu." Isaac Newton

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