Créé le: 29.09.2019
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Quelle surprise !

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© 2019-2021 Eden

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Quelle sera la réaction d'Hélène face à la découverte de cet objet de valeur ? Que font André et Sophie pendant ce lapse de temps ?
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Quelle surprise !??

 

Hélène devine un regard persistant dans son dos et entend des pas qui se rapprochent. En face d’elle, son cousin ne lui prête aucune attention, accaparé par cette mystérieuse présence. Intriguée, elle cesse de parler et se retourne. André est la, tout près d’elle. Ils se dévisagent avec intérêt. Il lui sourit. Elle se sent rougir et lui adresse un faible sourire. Ce bref échange est électrique.

Chacun se pose la même question, comment est-ce possible? Se revoir après tant d’années!

Le cousin, spectateur de cette étrange scène, comprend qu’une forte alchimie existe entre eux. Est-il le témoin de la naissance d’un coup de foudre ou est-ce le souvenir d’une idylle interrompue sans raison valable ?

Une minute à leur côté et il a déjà la réponse à ses interrogations. Le moment est mal venu pour bavarder tous les trois. La rupture de ces amants a dû être brutale pour qu’ils dégagent l’un comme l’autre une telle intensité dans leur regard. Il se lève de sa chaise, regarde sa montre et prétend devoir

partir. Hélène et André se redressent et le saluent. Il les quitte sans regret pour reprendre son poste de travail. Cette spacieuse salle est en mouvements permanents entre les départs et arrivées des hommes d’affaires. Quelques rares familles ou personnes seules composent aussi la clientèle. André part chercher du rosé. Pendant ce temps-là, Hélène songe à leur ancienne relation avec nostalgie. A son retour, il lui tend son verre et relate:

– Je suis heureux que nos chemins se croisent ce soir. Tu n’as pas changé, tu es resplendissante.

 

Pour toute réponse, Hélène lui offre son plus beau sourire, un sourire de conquérante. André boit une gorgée pour cacher son trouble. Il est surpris de l’effet qu’elle provoque en lui. Quelques souvenirs érotiques lui traversent l’esprit. La plupart de leurs parties de jambes en l’air avaient eu lieu dans des endroits insolites et à n’importe quelle heure. Ses pupilles pétillent à ses pensées coquines. Hélène le devine, ravie du pouvoir qu’elle exerce encore sur son ancien amant. Lui s’incite à éloigner ces images et l’interroge:

– Quel vol prends-tu ?

– Je pars pour Punta-Cana dans la soirée.

Au même instant, le haut-parleur annonce “Tous les passagers à destination de Punta-Cana sont priés de se présenter aux guichets n°25à 28. A commencer par les rangées 1 à 15, les passagers suivants sont

attendus dès 19h00. Soyez assurés que nous trouverons une solution, en vue de vous satisfaire au mieux. “

 

Hélène connaît son numéro de siège et reste immobile, à savourer son verre de vin.

– Tu ne sembles pas perturbée par cette information.

– Tant que je n’en sais pas plus, il n’y a pas de raison. Il s’agit de vacances, mon avenir professionnel n’est pas en jeu.

– Bel état d’esprit!

 

Deux couples aux traits inquiets quittent leurs sièges, passent devant leur table et se dirigent vers la sortie du “lounge”.

– Je suis sûr que ces touristes sont tendus à l’idée que leur vol soit annulé.

– En effet, ils avaient l’air angoissé.

– Et toi quelle est ta destination ?

– Les Seychelles, mon vol part bientôt.

– Quoi? En solitaire ?

– Ce n’est pas le cas, je rejoins Sophie.

– Et vous ne voyagez pas ensemble !?

– Notre mariage est prévu pour la semaine prochaine et elle tenait à vérifier l’organisation de A à Z.

-Pourquoi ne suis-je pas surprise ? Elle a été patiente pour que tu te décides enfin à lui passer la bague au doigt.

– Dix ans, dont la moitié à vouloir que l’on officialise notre relation.

– Avec moi, le mariage n’aurait pas été nécessaire.

 

André ne relève pas son commentaire et ajoute:

– Sinon, je prenais le risque de la perdre. Peu à l’aise, il demande:

 

– Veux-tu que je t’accompagne au guichet pour connaître la situation de ton vol ?

– Ce n’est pas la peine, nous avons même le temps de boire autre chose.

A ces mots, André, soulagé d’interrompre leur échange, se lève, quitte leur table et va chercher deux verres de rosé au fond de la salle. Seule, Hélène se dit ” pourvu que mon vol soit annulé. En couchant une dernière fois avec lui, je compte lui faire regretter son mauvais choix. Ce sera ma revanche sur la trahison de Sophie. Elle a osé me voler mon mec, en pensant recevoir mon approbation. Cette garce n’avait pas voulu croire en mes sentiments envers lui. J’ai essayé d’accepter leur couple et les garder comme amis plutôt que de les perdre. C’était au-dessus de mes forces. Fière, j’ai prétendu que travailler une seconde saison au même endroit comme monitrice de tennis ne me convenait plus. Moi qui adorais cette île ! J’étais mieux loin d’eux, puis j’ai fini par me consoler dans d’autres bras. “

 

André se sait vulnérable. Les derniers mois avec Sophie ont été mouvementés. Leurs rares disputes sont devenues coutumières. Leur vie intime en a pris un coup. Depuis le début de la semaine, il sent la pression monter…

Hélène examine ses mains quand André revient à leur table. Elle lève la tête. Ils se regardent en silence, songeurs.

Ont-ils le même désir ? Celle d’une ultime nuit ?

Ils boivent une gorgée. Leurs regards sont en communion, remplaçant des paroles non prononcées.

Une fois son verre vide, Hélène se lève, réajuste la longueur de sa jupe anthracite.

– Tu m’accompagnes au guichet ?

– Volontiers.

 

Hélène s’éloigne. André l’observe, finit son verre, le pose sur la table et la suit. Alors qu’ils descendent l’étage sans échanger le moindre propos,  André fantasme. Quant à Hélène, elle pense à la tournure de cette soirée, si inattendue. Elle s’approche du guichet, épie la  tête des voyageurs qu’elle croise. Les passagers paraissent soucieux. Elle ne se fait plus d’illusion sur ce qu’elle est sur le point d’apprendre. André s’arrête derrière elle au comptoir de la compagnie, sa main entoure sa taille, comme s’il la protégeait des informations à venir. Il tend l’oreille, écoute l’agent au sol déclarer:

 

– Nous regrettons l’annulation de votre vol. Voulez-vous que je vous réserve une place sur le prochain départ ? Ce sera demain à la même heure.

 

Sans lui prêter un seul regard, Hélène répond sûre d’elle:

– Oui, volontiers.

– Pour les clients n’habitant pas la région, nous leur offrons la nuit à l’hôtel Hilton. Etes-vous intéressée  à passer la nuit là-bas ?

Alors qu’elle réfléchit, André s’entend dire oui. Un “oui” imposant, sans la moindre hésitation.

– Oui, affirme-t-elle à son tour. Impatiente de se retrouver dans les bras de son ancien amant.

 

L’hôtesse qui s’imagine avoir affaire à un couple, demande:

– Voulez-vous récupérer votre valise dans la soirée ?

– Non merci, ce n’est pas nécessaire.

– Présentez ce bon à la réception de l’hôtel. La navette vous y conduira. La compagnie et moi-même sommes désolés de ce désagrément et vous souhaitons une agréable soirée ainsi qu’un bon vol demain soir madame.

– Je vous remercie. Au revoir.

– Bonsoir madame, monsieur.

 

Hélène se retourne, l’air interrogateur. André garde sa main sur sa taille fine et les déplace en silence à la navette située à quelques minutes à pied. Elle se dépêche de peur qu’il ne revienne sur sa proposition. Le haut-parleur annonce au même instant : “monsieur Huet est prié de se présenter au plus vite à la porte  n°55. L’embarquement est sur le point de se terminer. “

Les battements de cœur d’Hélène s’accélèrent. Elle suppose qu’il la regardera une dernière fois et partira en courant. A sa grande surprise, c’est comme si l’appel n’avait jamais été émis. André n’a aucune réaction. Au contraire, il marche avec assurance. Ils avancent sans se consulter, perdus dans

leurs semblables pensées. Celles de se retrouver le temps d’une unique nuit. La navette s’arrête devant eux. Ils entrent à l’intérieur, restent debout et observent les publicités, sans communiquer. A la fin du trajet, il lui tend la main, elle la saisit et ils se rapprochent de la réception de l’hôtel. Le personnel est occupé. Hélène murmure:

– C’est curieux, je n’ai pas faim. Et toi ?

– Non, moi non plus. Mon désir me nourrit.

Ils se regardent et ricanent. Une nouvelle employée interrompt cet instant de complicité en se présentant à la réception. Hélène s’éloigne pour donner le voucher reçu par la compagnie. La carte magnétique dans la main, elle se dirige vers l’ascenseur où l’attend André. Ils patientent puis reculent pour laisser sortir une femme âgée. A l’intérieur de la cabine, Hélène appuie sur le bouton. André pose un doigt sur ses lèvres en signe de “chut, ne brise pas nos retrouvailles par des mots inutiles.”

Amusée, elle feint de se vexer et lui tourne le dos. Il se rapproche d’elle, dépose ses mains sur ses hanches et lui susurre qu’elle est irrésistible. Au sixième étage, ils sortent et rient comme deux gamins sur le point de commettre une bêtise. La carte saisie de ses mains, il lui donne une petite fessée avant de se précipiter dans la chambre. Joueuse, elle reste à l’écart et prend tout son temps. Pour l’encourager à venir le retrouver au plus vite, André se débarrasse de sa veste en la suspendant à l’entrée puis  déboutonne les premiers boutons de sa chemise, sous le regard intéressé d’Hélène. Gourmande, elle ne se fait pas prier davantage et le rejoint. La lumière du corridor est feutrée. Hélène ferme la porte derrière elle, ôte son chemisier gris clair qu’elle laisse tomber au sol et s’avance vers André.

Emerveillé par sa féminité, il l’admire avant de se pencher sur ses seins et y déposer de nombreux baisers. Son soutien-gorge enlevé, il s’empare aussitôt de sa généreuse poitrine. Excité comme un fou, il se baisse, lèche un mamelon après l’autre avec un rythme pressé puis plus lent. Hélène lui soulève son menton poivre et sel mal rasé. Ils s’embrassent avec fougue pendant de longues minutes puis il découvre son regard coquin qui l’encourage à enlever son pantalon. Il comprend son allusion silencieuse et enlève son jean. Nu à présent, il la pousse contre la porte fermée de la salle d’eau et se plaque contre elle, lui mord le lobe de l’oreille. D’une voix sûre, elle ordonne:

– Va sur le lit, j’arrive !

 

Sans tenir compte de ses plaintes, elle s’enferme dans la salle de bains, fière de l’avoir allumé avec succès et est déterminée à rester loin de lui. A force de l’attendre, elle s’imagine qu’il finira par s’endormir.

Pendant ce temps-là, Sophie qui s’apprête à se coucher, a une impression étrange. Elle sort de sa somptueuse chambre d’hôtel et cherche son portable dans le séjour de sa suite nuptiale. En l’allumant, elle murmure “c’est curieux qu’André ne m’ait pas encore appelé ce soir et il ne m’a pas laissé de message. J’ai dû exagérer avec mes simagrées. Sans doute est-il sorti avec ses amis. J’espère qu’il s’assagira en devenant père !” Dans l’espoir de se calmer, Sophie regarde l’océan depuis sa terrasse. Ce moment paisible ne lui apporte pas le réconfort voulu et elle retourne contrariée dans sa chambre.

Le silence de la pièce comme l’absence de son futur mari l’agaçent. Elle n’a qu’un seul désir, celui de l’épouser au plus vite. Elle lui téléphone, mais elle ne parvient pas à le joindre. Une angoisse l’étreint.

Hélène interrompt l’eau de la douche, se sèche, se met de la crème puis quitte la salle de bains pour trouver André endormi. Elle le dévisage avec haine et se félicite d’avoir renoncé à coucher avec lui.  Enfin, l’heure de sa revanche a sonné. Elle rit, un rire mauvais. D’une voix méconnaissable, elle peste ” c’est de TA faute après tout. Une fois encore, je ne représente rien d’autre que de beaux seins à sucer. Sophie, il serait temps que tu ouvres les yeux sur ton fiancé, s’il est infidèle aujourd’hui, ce sera encore le cas une fois mariée, puis enceinte !”

 

Lorsqu’elle ramasse ses vêtements, un papier brillant attire son attention. Intriguée, elle s’empare de la veste d’André et retire de la poche extérieure un emballage cadeau, ainsi qu’une petite carte. Elle devine qu’il s’agit d’un présent pour la future mariée et ouvre l’enveloppe. En lisant ses mots doux, elle sent une colère se répandre dans chaque cellule de son corps, nu. André explique qu’il a fait reproduire la copie exacte du collier nommé “rayon de soleil” pour elle, son UNIQUE amour pour la vie. A l’occasion de leur union, il a hâte de la voir le porter à son si joli cou. Bien sûr,  Sophie, professeure d’histoire renommée reconnaîtra aussitôt l’objet de valeur et lui contera la vie de sa propriétaire. Comme autrefois Hélène prend conscience de la force de ses sentiments destinés à une autre femme, mais pas n’importe laquelle, son ancienne meilleure amie et ce détail n’a rien d’un détail. Au contraire, cela change tout dans son esprit.  Tandis que son cœur bat la chamade lorsqu’elle ouvre l’écrin, une larme puis une seconde coulent  sur les branches dorées.

Pas de doute, vu l’éclat et le poids, il a mis le prix pour la gâter, constate-t-elle anéantie.

Pourquoi ne lui est-il pas destiné ?

Elle a l’impression de revivre cette douloureuse période où la souffrance était sa fidèle compagne. Elle fixe le collier à son cou, met son string Aubade  et s’approche d’André sur la pointe des pieds. Il dort paisiblement. Elle se couche à côté de lui, se prend en photo avec la carte ouverte, posée sur son nombril. Son tatouage, une étoile, placée à un centimètre de sa taille est visible. A coup sûr, Sophie ne saura plus où regarder entre les mots doux écrits par son homme, la découverte de l’étincelant collier, le corps endormi d’André et sa présence.

Après un instant d’hésitation entre tenter de casser l’objet ou le lui voler, elle le pose au sol. Peut-être marchera-t-il dessus, espère-t-elle.

Avant de fermer la porte, elle prie pour que son mariage soit annulé et lui jette un ultime regard, un regard noir.

Assise à l’abri, il pleut. Hélène attend le taxi commandé à la réception, les jambes en coton. Elle se remémore l’ensemble de sa soirée, du premier regard échangé quelques heures plus tôt à leur rire dans le corridor avant qu’il ne lui caresse ses seins. Impatiente de s’éloigner de l’hôtel, elle adresse un signe au chauffeur. Il s’arrête. Elle s’installe à l’arrière et donne le nom d’une boîte de nuit, fréquentée par les stars de la musique. Comme elle est dans un état extrême d’irritabilité, son remède sera de danser les yeux fermés pour se vider la tête. Dès que le trajet commence, Hélène sort son portable de son sac à main et envoie la photo prise dans la chambre d’hôtel.

Sophie entend le bip de son téléphone, soulagée d’avoir des nouvelles d’André. A la place, elle découvre avec stupeur la photo d’un collier. Ce collier n’a rien de magnifique en cet instant. Des sueurs froides la parcourent de la tête aux pieds.

 

A peine une minute plus tard, Hélène reçoit l’appel de Sophie, dont elle n’a jamais éliminé le numéro. De nombreuses sonneries retentissent. Le chauffeur se retourne sur sa cliente au visage défait et l’air absent. Elle garde la tête baissée, les yeux fixés sur son écran. Un silence palpable s’installe.

 

A des milliers de kilomètres, le monde de Sophie s’écroule. En état de choc, elle hurle puis jette son appareil sur le mur. Au même moment, Hélène balance son portable par la fenêtre, accompagné d’un fou rire nerveux. André, somnolent, pose un pied au sol.

Le bruit des branches cassées le sort de sa torpeur.

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