Créé le: 16.08.2013
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Passage à vide, mais sans raison…

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© 2013-2021 Serge Bach

Une nouvelle en forme de monologue. Je vous souhaite une très bonne lecture ! Serge
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Passage à vide, mais sans raison – Page 1

J’aurais dû faire marche arrière… Marche arrière ?

Pourtant, je savais que j’allais manifestement au devant de nouveaux ennuis.

Ma vie d’ailleurs n’est, à ce jour, qu’une longue suite de fuites, de fuites en avant…

Elle ne m’avait conduit inéluctablement que vers des voies sans issue.

Faire marche arrière, mais est-ce que je le pouvais encore ?

Reculer pour mieux sauter, se jeter une fois encore dans le vide.

Sentir ma tête basculer dans le néant, mon corps sombrer dans le trou béant du désespoir…

Reculer, reculer encore devant la peur, la peur de découvrir l’absurde vérité.

Et si j’esquivais le destin, si j’allais pour une fois de côté,

Hop, un petit pas de côté, au hasard…

Du côté de l’indifférence, par exemple.

Ne plus penser.

Simplement, banalement penser à tout sauf au désagréable.

Je pourrais respirer mentalement, retrouver un second souffle de vie…

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 2

Non, non, esquiver, je ne sais pas le faire.

Je préfère foncer en plein dans cette porte ouverte.

Foncer tête baissée dans le tumulte de l’existence pour ressortir blessé, comme à l’habitude…

Blessé, blessé d’un amour propre à nouveau perdu.

Un amour propre, celui-là, il m’a abandonné comme on jette un vieux papier au coin d’une rue.

Blessure, amour perdu, amour jeté, amour que l’on achève à coup de tranchoir.

Reculer, esquiver, s’enfuir, s’échapper dans le vague, se cacher au creux d’une ville frénétique.

Choisir les autres comme bouclier, s’armer de haine, crier la mort sur tous les toits,

Mais uniquement celui de l’autre, garder à l’abri la mienne déraison.

Riche idée, les autres, un bouclier.

Ils n’en sauront rien, ils sont indifférenciés, stupides, interchangeables.

Ils croient à leur supériorité, ce qui est la preuve plutôt navrante de leur infériorité.

Un bouclier, une armure de l’autre, des autres, de tout un chacun…

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 3

Je sens déjà la force inhérente à cette pensée, elle me redonne courage, vigueur, volonté.

Faire machine arrière, non, machine en avant toute.

Les autres sont la parade à la déchéance de ma vie qui s’étrique par trop souvent.

Une parade digne d’un génie infaillible.

Si quelque chose se met à mal tourner, si quelque chose arrive en travers du chemin,

Si on me barre la route, la raison en sera toujours les autres.

Toi, toi et puis toi, vous êtes tous coupables.

Coupables de cette vie exiguë qu’il me faut vivre !

Ma vie, elle me repousse, m’écarte de son passage, elle n’en veut plus de moi…

Ma vie, un obstacle de plus à l’assouvissement de ma conscience.

Mais conscience en porte à faux, basculante, tel un gouffre au fond du nihil.

Ce rien qui vous entraîne dans l’obscénité vive des souffrances de l’âme.

Cette âme qui se meurt d’elle-même, fleur que personne ne remarque.

Fleur que personne n’arrose, privée de lumière.

Fleur d’oubli…

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 4

Dans l’obscurité, sans eau de vie, sans même un regard dédaigneux,

Mon âme, je l’ai “oubliée” au détour de l’existence…

Je l’ai recouverte d’un voile noir en croyant avancer, espérant ne pas reculer,

En pensant aller au devant d’elle, je me suis retrouvé seul.

Un vieil astre éteint dans l’immensité d’une galaxie…

Alors, aller au devant, par devant, prendre ce chemin de traverse, emprunter ce fameux raccourci

Ou bien est-ce un détour ?

Faire marche arrière sans retrouver mon chemin faisant, s’arrêter net, rester figé,

Un amas de craintes pétrifié…

Je ne sais que faire si ce n’est divaguer le long d’un précipice, abrupt pour toujours et à jamais…

J’aurais dû faire marche arrière…

Et si ce pas à l’envers, à l’envers de l’avant, ce mouvement de recul n’était qu’illusion.

Si tourner en rond n’était que le résultat de tout nouveau mouvement, même le plus infime…

En vérité… Est-ce là la vérité ?

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 5

Vous allez de l’avant pour ouvrir une voie, elle semble nouvelle.

Vous dessinez un mouvement hardi, aventureux.

Vous fixez solidement vos points cardinaux, vous tracez distinctement la direction à prendre.

J’irai ici. Je me rends là, vers ce point. Le désir de l’inconnu vous pousse.

Une voie nouvelle, non pas une tangente, ni une bissectrice, encore moins une médiane.

Vous choisissez une ligne toute droite, le plus cours chemin d’un point à un autre.

Vous êtes confiant, vous allez avancer.

Avancer ?

Vous ne faites que circuler, une spirale décroissante…

Elle se réduit, s’amenuise à chaque révolution…

Vous êtes là, vous croyez aller de l’avant.

Vous ne comprenez pas, vous ne comprenez rien, vous revenez sur vos pas infailliblement.

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 6

La ligne droite, le plus court chemin d’un point à ce même point.

Cette ligne intensément droite n’est qu’un retour éternel à un unique point,

Celui d’où vous êtes parti…

Vous partez toujours de là où vous êtes revenu…

Vous dirigez vos pas de vous-même vers l’autre, le croyez-vous ?

Vous ne faites qu’essayer de vous rencontrer.

Sans jamais rien savoir, rien comprendre, rien entrevoir…

Vous ne rencontrez rien si ce n’est vous ! Uniquement vous !

Vous circulez en cercles parallèles, minuscules ovales elliptiques.

Vous avez la certitude d’atteindre un point crucial, vous ne quittez jamais le point final.

Un point, c’est tout et cela résume tout.

Vous marchez, marchez…

Vous tournez le dos à vous-même,

Pour heurter de plein fouet vos propres réticences,

Votre questionnement hésitant, votre douleur peureuse.

Vous croyez que les choses avancent, qu’elles bougent…

Mouvement d’illusion !

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 7

Le mouvement n’est que temps qui passe, temps passé.

Passé à revenir toujours à ce point même.

Toujours ce point ridicule.

Un point de départ, mais un arrêt perpétuel.

Un mouvement toujours allant, mais un surplace.

Seul le temps s’écoule goutte à goutte.

Votre énergie s’épuise, votre force se dilue, votre âme se perd, elle se noie.

Votre âme s’est égarée, perdue dans le non-mouvement.

Elle croît créer, inventer, exprimer une pensée, naître à la lumière…

Elle se veut source, elle n’aperçoit pas ce cercle sans l’ombre de la moindre vertu.

Cet enfermement, pesanteur d’hier, d’aujourd’hui,

Cette prison qui mure toujours en jamais, perpétuellement…

Sans aucune fin, sans aucun début…

Un retour au point néant, à jamais continué…

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 8

Non, je ne peux regarder ce néant…

Il me jette à la face l’abîme d’un irrationnel.

Il ne peut en être ainsi.

Ainsi soit-il ? Non !

L’autre, c’est l’autre… là-bas, lui, le différent…

Il est la cause de cet océan noir qui cerne mes yeux.

C’est lui ! Lui…

La cause de ce vide pesant, intense, sombre…

Ce néant de vie me recouvre, coule à flot dans mes veines,

Bat cruellement mon coeur à chaque saccade, solidifie mes artères fébriles,

Empierre ma respiration apeurée, disloque mon esprit en copeaux de glace, isole mon âme…

Lumière, ce souffle libre m’a abandonné…

C’est lui ! L’autre, les autres… Vous, vous tous !

 

Passage à vide, mais sans raison – Page 9

Mon bouclier, ma pensée en idée fixe, ma bonne conscience tranquille…

Les autres seront les coupables.

Moi, je ne peux être qu’une victime.

Mon âme m’a laissé pour compte.

Ma solitude, éternité glaciale…

J’aurais dû faire marche arrière…

Marcher en arrière, comment fait-on ?

Je ne suis qu’un déboussolé, errant à grands pas dans l’immobilité,

Une vie, je l’ai perdue, elle m’a perdu…

Aller de nouveau à sa rencontre, impossible…

Plus aucun mouvement, même le plus petit, ne hante ma demeure…

Déraison…

Serge Bach

Copyright © 2013

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