Créé le: 09.01.2022
578 5
Mon pire ennemi (1)

Fiction, Histoire de famille, Roman

a a a

© 2022 Pauline Z

1

1

Cette histoire d'inceste fictif dénonce le comportement criminel d'un père. Elle donne à voir son point de vue qui alterne avec celui de la victime. Dans les années 85, tout commence par des allusions, des approches qui peuvent paraître anodines mais qui briseront l'adolescence de Marianne.
Reprendre la lecture

Notre environnement silencieux frissonnait seulement du chant des oiseaux, du cri du héron cendré en plein vol, du gazouillement du Bruant des roseaux. Il occasionnait un vague à l’âme, que la pensée du caractère enjoué d’Annie venait dissiper. J’avais rencontré Annie au club d’échecs et elle était devenue ma maîtresse. Sous mon impulsion, son jeu s’enflammait d’un feu nouveau, ardent et volontaire. Le danger que représentaient son mari et, dans une moindre proportion, ma femme Aida, attisait mon désir pour elle. Le caractère impromptu de nos rencontres démultipliait mon plaisir. Pour la première fois, je n’avais plus besoin d’aller voir à droite et à gauche : Annie me comblait. La former me stimulait intellectuellement. La voir progresser me rendait fier et sûr de moi. Le président du club d’échecs qui avait très vite reconnu mes talents et vanté mes mérites de champion m’invitait à manger chez lui tous les jeudis. Sans Aida. Il n’était pas question que ma femme démolisse mes soirées à coups de scènes de jalousie, de paroles déplacées et de mauvaise humeur.

 

Quant à Marianne, seules les trois injections de neuroleptiques quotidiennes parvenaient à la calmer. Notre fille gardait la chambre où elle passait le plus clair de son temps à lire et à regarder la télévision. Je la surprenais parfois, qui rêvassait, contemplait à travers la fenêtre le saule pleureur, parapluie de verdure dont les branches volumineuses ployaient en caressant le sol. Au début, les piqûres eurent tant de puissance que nous fûmes obligés de la soutenir par les aisselles et de la traîner jusqu’à son bol de chocolat. Elle dormait devant le petit-déjeuner, peinait à ouvrir les yeux, proférait des paroles insensées au cours de la journée. Un jour, elle me tint, à l’écart de sa mère, des propos ouvertement sexuels, des invitations, qui me laissèrent songeur et auxquelles je ne répondis pas.

 

Pourtant l’extrême agitation de Marianne cessa. Elle finit par ne plus parler, juste par fixer le flot ininterrompu des images télévisées. Aida manifesta la volonté de reprendre le chemin du travail sous prétexte de ne pas supporter l’enfermement avec notre adolescente mutique. Les infirmières qui avaient la clé se relayaient. Marianne restait seule à lire Le Rouge et Le Noir, après avoir dévoré Les yeux d’Elsa. Comme elle s’acharnait avec David Copperfield et Crimes et Châtiment, je lui demandai ce qu’elle pouvait bien comprendre à ces romans, ajoutant que pour ma part, je lisais toujours en m’interrogeant sur l’objectif de l’écrivain. Son silence borné vint confirmer mes propos. La lecture n’était qu’une fuite en avant, une noyade à travers les mots et les histoires qu’elle avalait sans les digérer.

 

Au bout d’un mois de ce traitement qui avait ôté toute parole à notre fille, nous convînmes de déménager. L’appui de mon patron me permit d’obtenir un poste à Gênes. Gérer la livraison des containers par voie maritime n’avait rien de très passionnant, se séparer d’Annie me coûtait, mais il fallait éloigner Marianne de ses fréquentations, si bien que nous nous installâmes dans le port de plaisance de Gênes. Du salon, on apercevait La Méditerranée, les bateaux de luxe venus de tous les horizons, la montagne qui encerclait le port et donnait l’impression de s’échouer dans l’eau. Ce paysage formait un tableau réjouissant, baignant dans une lumière éblouissante qui nous obligeait à nous protéger les yeux. Marianne passait de longs moments assise à l’autre bout du canapé, près de la baie. Ses déambulations le long du port en plein après-midi alternaient avec les longues heures de lecture. Elle venait d’avoir quatorze ans. Le jour de son anniversaire, elle accueillit ses cadeaux avec réticence, mais lorsque sa mère lui tendit un coffret comprenant du fard à paupières et du rouge à lèvres, un sourire franc égaya son visage. Alors qu’elle s’empressait de rejoindre sa chambre afin de se maquiller, je remarquai combien elle avait changé. Ses formes qui soulignaient délicatement ses hanches et ses fesses, son soutien-gorge qui mettait en valeur ses seins ronds comme des fruits défendus faisaient d’elle une adolescente attrayante.

 

Parfois, elle venait me rejoindre devant la télévision qui diffusait un western. Elle s’asseyait au bout du canapé, les jambes croisées et le regard hypnotisé, rivé à Robert Mitchum. Je la regardais du coin de l’œil, contemplais son joli minois, sa bouche rehaussée d’un rouge carmin et ses paupières violettes. Sa mère n’avait jamais été aussi resplendissante, même dans ses jeunes années, même avant que je l’épouse. La beauté insolente de ma fille s’affermissait au fil des semaines, accrue par son attitude impassible et énigmatique, qui ajoutait à son aura, me fascinait d’autant plus qu’elle ne semblait pas se rendre compte de l’attraction qu’elle exerçait sur moi. Ses cheveux détachés, dont les boucles noires se répandaient en cascade sur sa poitrine et dans son dos, m’arrachaient des frissons. Son mutisme jurait avec les scènes affreuses auxquelles se livrait Aida devant elle et forçait mon respect. Il aiguisait ma curiosité, exacerbait mon envie de l’entendre prononcer un mot, rien que pour moi. Un matin où je lui proposai d’aller marcher le long des quais, je tentai le tout pour le tout en prenant soin de lui parler sur le ton de la plaisanterie :

— Tu te souviens, Marianne, de tes propos du mois dernier ? Avais-tu envie de Papa ?

Elle se figea face à la mer, devant un yacht qui accostait. Elle regardait avec un visage de plâtre le jeune mousse qui attachait les amarres. Le garçon qui dût se sentir épié, leva la tête et contempla de la même façon que moi, lorsqu’elle était assise devant la télévision.

 

Aida n’eut pas de mal à retrouver un travail. Elle conduisait Marianne chez le psychiatre tous les vendredis matin puis s’en retournait à son agence s’étourdir de bilans comptables. Notre pauvre fille travaillait ses cours par correspondance et devait, de plus, se former à l’italien. Aida, en lui attribuant le mercredi comme jour de repos, lui avait aussi autorisé la fréquentation de la chambre parentale. Marianne la faisait sienne en s’allongeant en travers du grand lit. Ce fut dans notre couche que je la trouvai, par un bel après-midi lumineux, dardant ses rayons chauds à travers la fenêtre entrouverte. Ses épaules à la peau mordorée reluisaient par-dessus le drap satiné, son visage au naturel était détendu, apaisé, frais, éclatant. Je ne pus m’empêcher de sourire à cette vision et m’approchai de la place vacante, laissée dans le lit. Je ne la quittais pas du regard, tandis que ses yeux braqués sur la télévision m’ignoraient royalement. J’étais en bras de chemise. L’envie de la provoquer me tenaillait et je m’allongeai sur le lit, la tête tournée vers elle, pour qu’elle me regarde enfin. Lorsqu’elle pivota vers moi, je m’aperçus qu’elle était nue sous le drap, qui épousait ses formes et ses petites jambes fines. Le premier mouvement de surprise passée, ce petit choc à l’abdomen ressenti, je tirai brusquement sur le drap pour voir ma fille. Ses seins fermes et charnus dont les tétons étaient dilatés par la chaleur, son ventre plat et lisse, ses hanches à peine saillantes, cette minuscule toison pubienne, ce corps d’amour et de perfection était incroyable, et pourtant il s’agissait du mien, de ma créature, de ma progéniture. Alors, je la pris par la taille, la fis venir à moi, sur moi, et la serrais de toutes mes forces. Ses seins pressés contre ma chemise, ses fesses dans mes mains, son visage contre le mien, tout me transportait et m’émouvait au point que je ne pus m’empêcher de sangloter. Je ne saurais dire si mes plaintes teintées d’attendrissement la firent fuir. Elle se débattit violemment et je desserrai l’étreinte en la regardant courir avec maladresse, comme un oisillon blessé prendrait son envol.

 

 

Sa mère aussi l’avait vue nue, au sortir d’une douche, et s’était empressée de venir me confier : « Comme elle est belle et bien roulée ! Elle va faire des ravages. » Le soir nous réunissait plus rarement devant la télévision. Elle s’éloignait, passait tout son temps dans sa chambre à lire aussi bien du Guy des Cars que du Zola, refusait la bise du matin, s’écartait ostensiblement de moi dont elle semblait attendre le départ avec impatience. Qu’elle vécût mes absences comme un soulagement, mes rapprochements avec frayeur, ne m’empêchait pas de penser à elle, en particulier lorsqu’Aida me tenait lieu de compagne rigide et dégoûtée. Un soir pourtant, Marianne avait pris place dans le canapé de cuir noir, tandis que sa mère s’affairait en cuisine. Elle était habillée tout de blanc, portait avec grâce un petit corset dont les lanières se nouaient dans le dos. Ses mains étaient posées sur sa jupe à volants légèrement relevée au-dessus du genou. La télévision diffusait un clip de Serge Gainsbourg dans lequel l’artiste chantait avec sa fille Charlotte :

 

Inceste de citron

Lemon incest

Je t’aime t’aime, je t’aime plus que tout

Papapappa

L’amour que nous n’ f’rons jamais ensemble

Est le plus beau le rare le plus troublant

Le plus pur, le plus enivrant…

 

Comment ne pas laisser paraître mon trouble ? C’était de nous dont la chanson parlait et j’osai à peine la regarder, tant mes yeux brillaient de bonheur. Je lui souris timidement avant de lancer de manière désinvolte : « il fallait oser et il l’a fait. Sa fille aussi est jolie, n’est-ce pas Marianne ? »

 

Je préfère encore la grimace de dégoût qu’elle esquissa, la main qu’elle porta à sa poitrine, comme sous l’effet d’un coup violent, au visage de marbre qu’elle recouvrit, quand sa mère fit irruption dans le salon. Marianna se leva d’un bond en se cachant la figure dans les mains, fit craquer une par une les marches de bois qui menaient à la mezzanine. Elle me laissait à mes idées douces-amères, au rythme lancinant de la chanson, à la voix fluette et sauvage de l’exquise enfant qui faisait battre le cœur d’un père.

 

La suite de cette histoire en cours d’écriture se trouve par ici : 

https://www.atramenta.net/authors/rakel/114609

Commentaires (2)

Cr

Croustamiss
09.01.2022

Une voix d'écrivain, sans conteste. Qui semble faire ses armes, certes, mais qui témoigne déjà d'un talent certain...

PZ

Pauline Z
10.01.2022

Merci beaucoup pour vos encouragements ! Je ne me considère pas comme un écrivain. Je n'ai pas cette envergure.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

J’ai comprisEn savoir plus