Créé le: 23.03.2026
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Mémoires de plages 9

A suivre..., Voyage

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© 2026 a Béatrice Anselmo

Chapitre 1

1

Sur une plage de Venise, un vieil homme observe un jeune inconnu dont la beauté et la grâce le fascinent. Entre fantasme, souvenir du film "Mort à Venise" et angoisse du temps qui passe, leurs voix se croisent et se brouillent.
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Plage du Lido, Venise.

 

LE VIEUX. Tu marchais avec grâce. Un pas de danse au ralenti. J’ai vu tout de suite que tu n’étais pas d’ici. Je t’ai suivi des yeux jusqu’à ton entrée dans la mer.

 

LE JEUNE HOMME. Hier j’ai regardé Mort à Venise de Visconti.

 

LE VIEUX. Léger déhanché. Tu avances sans que la mer ait le moindre impact sur ton corps. Comme s’il n’y avait pas d’eau. Tu progresses tranquillement. J’épouse ta silhouette, je suis le mouvement de tes longues jambes fines, l’élévation de ton bras gauche lentement sur le côté, pouce et index en contact.

 

LE JEUNE HOMME. L’homme saigne de la tête en regardant Tadzio.

 

LE VIEUX. Regard d’un vieux affalé sur son transat. Tu t’offres en spectacle mais tu ne le sais pas.

 

LE JEUNE HOMME. Du chien dans le regard.

J’ai retrouvé sur internet le nom de l’acteur.

Bjorn Andresen, un Suédois.

 

LE VIEUX. La mer est lisse, argentée, basse.

 

LE JEUNE HOMME. Il a 66 ans sur une photo.

 

LE VIEUX. Tu marches un long moment jusqu’à ce que l’eau t’arrive à la taille. Ta chevelure blonde flotte sur tes épaules. De dos, tu pourrais être une jeune fille.

J’ai transpiré, mes mains ont tremblé, j’ai pensé à une insolation malgré mon chapeau.

 

LE JEUNE HOMME. Barbe blanche assez longue.

En regard du beau gosse dans le film.

 

LE VIEUX. J’ai senti mon sexe frémir, à peine une petite vibration, puis j’ai entendu la symphonie de Mahler s’inviter progressivement dans mes oreilles et prendre la place du fond sonore aigu de mes acouphènes.

 

LE JEUNE HOMME. De l’éphèbe à l’homme qui a vieilli trop vite.

Le temps d’une vie gâchée par l’alcool et la drogue.

 

LE VIEUX. Tu glisses lentement dans l’eau jusqu’à te laisser porter par la mer. Je te perds de vue. La surface argentée dans le soleil couchant et la blondeur de tes cheveux se confondent. J’ai peur que tu disparaisses.

 

LE JEUNE HOMME. J’ai lu qu’il ne regrette pas ce film qui a détruit sa vie.

 

LE VIEUX. Je scrute la surface de la mer parce que je ne te vois plus. Les battements de mon cœur s’accélèrent. J’imagine ta noyade. Je serai le seul témoin de ta mort et je ne dirai rien. Je m’imagine le lendemain feuilleter le journal local à la page des faits divers.

 

LE JEUNE HOMME. Un destin tout tracé…

 

Les voix se brouillent.

 

LE VIEUX. Je m’assoupis de fatigue, de cette tension qui m’assomme parfois d’un coup…

 

LE JEUNE HOMME. … qui s’effondre

 

LE VIEUX. … ange sublime…

 

LE JEUNE HOMME. … lamentablement.

 

LE VIEUX. … qui annonce ma fin prochaine.

 

 

 

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