Créé le: 06.09.2021
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Lettre de Maxime Serrano

Aphorismes, Psychologie

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© 2021 Gabriel Guth

Chaque jour, nous vivons avec notre moi. Il nous parle, il est notre voix intérieure, nos peurs, nos souffrances, nos espoirs et nos joies.
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Je ne dormais plus. Derrière moi, Milord, aboyait constamment, il devait trouver ma position très étrange. Je l’ai trouvé errant près des falaises de Bonne nuit Bay. Mon jardin, que j’ai laissé à l’abandon, regorgeait de ronces, de mauvaises herbes et autres plantes grimpantes qui m’empêchaient presque de sortir de chez moi. J’ai un magnifique piano et je suppose que je n’ai pas de famille car elle serait venue me chercher si elle existait mais hélas, personne n’est jamais venu.

 

Milord glapissait à mon chevet, il avait faim. Ses gémissements m’étaient insupportables. Dans l’état où j’étais, le silence était le seul bruit que je pouvais entendre. Je me suis levé pour lui servir ses croquettes et suis retourné somnoler sur le canapé.

 

Un peu plus tard, une frappe répétitive venait perturber le paisible décor dans lequel je me trouvais, ça grondait. J’avais les yeux grands ouverts. Quelqu’un frappait à ma porte, le chien qui dormait n’avait rien entendu. Il faisait jour, il devait être dix heures du matin. J’avais encore cette drôle de sensation de m’être réveillé. Je me suis dirigé vers la porte et j’ai ouvert. Un homme vêtu d’un manteau noir portant des bottes se tenait devant moi. Il m’a dit bonjour, je n’ai rien répondu. La lumière du soleil était si forte que je ne pouvais distinguer son visage. Je le regardais abasourdi sans savoir quoi dire.

 

Milord dormait toujours. Je me suis écarté de la porte, il est entré, a posé son manteau sur le canapé puis m’a demandé si j’étais bien Maxime Serrano. J’ai acquiescé discrètement. Je tombais des nues, j’étais ébahi, je ne savais que dire, je ne trouvais pas un mot.

 

– Qui êtes-vous ? Demandai-je.

– Vous savez bien qui je suis.

 

Il se dirige vers le vieux piano qu’il se mit à caresser sans se soucier de toute la poussière.

 

– J’ai bien peur que…

– Vous me l’avez volé M. Serrano, vous vous êtes introduit chez moi et vous l’avez amené jusqu’ici !

 

J’ouvrais et refermais les yeux toujours pour m’assurer que tout était bien réel. Il était toujours là.

 

– Vous devriez dormir la nuit M. Serrano, vous n’avez pas l’air en forme.

– Que voulez-vous ? demandai-je confus.

 

Il retira ce sourire malveillant et se mit à me parler plus sérieusement en approchant son visage du mien. C’est à ce moment que j’ai pu clairement le distinguer.

 

– Sortez de chez moi ! Criai-je.

 

Il s’éloigne, enfile son manteau et m’avertit qu’il repassera le chercher demain quand je serai plus calme. J’ai brutalement refermé la porte. Milord qui s’était réveillé est venu pour me réconforter. Je suis allé chercher le téléphone pour alerter la police. Ceux-ci sont arrivés quelques minutes plus tard. Lorsqu’ils ont frappé à la porte, le chien s’est mis à aboyer.

 

– Tais-toi Milord !

– Bonsoir, c’est la police.

– Oui c’est bien moi, entrez.

 

Je leur avais expliqué ce qui m’était arrivé. Un des deux hommes sortit de la maison pour s’assurer que personne ne rôdait autour. Pendant ce temps l’autre policier me demandait des précisions sur la personne en question. J’ai commencé à le décrire avec beaucoup d’aisance. Le premier agent revint de sa balade quelques minutes plus tard nous assurant qu’il n’y avait personne. Le commissaire me conseilla de ne plus m’inquiéter et d’essayer de dormir un peu. Ils sont repartis et je suis allé boire un verre d’eau dans la cuisine quand j’entendis cette voix grave parler dans le salon : Je suis Serge Collin !

 

C’était lui. Le verre glissa de mes mains et se brisa par terre. Je courus vers le téléphone mais cette fois-ci, la ligne avait été coupé. J’hurlais mon chien mais il ne répondait pas. Le psychopathe s’approchant à nouveau vers moi me dit :

 

– Le piano, M. Serrano, le piano.

 

Terrifié, je n’osais même pas répondre.

 

– Vous me l’avez volé !

 

J’appelais le chien mais il ne répondait toujours pas.

 

– Ça ne sert à rien, j’en ai fini avec lui, affirme-t-il.

 

Mon chien n’était nulle part où il avait l’habitude d’être. Je le cherchais partout puis une fois dans le jardin, je me suis écroulé momentanément.

 

Milord avait été pendu à l’arbre. La petite bête était attachée par une longue corde reliée à l’une des branches. Il était paisible. Je me suis mis à pleurer toutes les larmes de mon corps, je restais à genoux à le regarder. La petite brise le faisait tourner sur lui-même. Après la tristesse, me vint la colère. Je suis allé chercher le revolver dans le tiroir de la cuisine. Je l’attendais fermement. Il commençait à faire nuit. Je n’osais pas sortir pour décrocher l’animal de l’arbre.

 

Je suis allé somnoler sur le canapé comme à mon habitude quand tout à coup j’ai senti un bras faire le tour de mon cou. Il était en train de m’étrangler. Je me débattais de toutes mes forces mais il me serrait si fort que je n’arrivais même plus à respirer. J’ai senti que j’allais mourir. Il avait réussi à me désarmer en extirpant le pistolet de ma poche. Puis, il m’a trainé au sol jusqu’à la pièce où se trouvait le piano et a commencé à frapper violemment ma tête sur le clavier. Il m’a ensuite jeté par terre et s’en est allé sans dire mot. J’avais le visage ensanglanté, mon piano en était également recouvert.

 

Je suis sorti précipitamment de chez moi pour trouver de l’aide. Cet homme voulait ma mort et j’avais très peur. Je courais le plus vite possible en direction du sud. Trente minutes plus tard je suis arrivé à Sion, un petit village de quelques maisons éparpillées. Arrivé à une station essence, un homme faisait le plein. Je me suis approché pour lui demander de l’aide. Il s’est effrayé en me voyant.

 

On m’a transporté au General Hospital de Jersey où j’ai immédiatement été pris en charge. Une infirmière soignait mes blessures indifférente à ma mésaventure. En sortant, je suis allé au commissariat de police. Malgré mes bandages et pansements, l’agent m’a tout de suite reconnu. Il a déclaré qu’à partir de maintenant, une patrouille spéciale roderait jour et nuit autour de ma maison pour me surveiller.

 

– Au début j’ai eu un peu de mal à vous croire M. Serrano, je vous demande pardon. Nous allons faire tout notre possible pour arrêter ce malade, je vous en fais le serrement !

– Merci, Monsieur ?

– David Frank, appelez-moi David, dit-il en me serrant la main.

– Il s’appelle Serge Collin !

– Comment le savez-vous ?

– Il me l’a dit.

 

Il me raccompagna à Saint-John. Ma maison était dans le même état dans lequel je l’avais laissé. La porte d’entrée était grande ouverte. Le commissaire a dit que je pouvais rentrer tranquillement chez moi car désormais j’étais en sécurité. Le cadavre de Milord était toujours suspendu à l’arbre de mon jardin. Je passai près de lui dans y prêter attention. Serge Collin m’attendait assis sous le porche de ma maison. Il se leva quand il me vit. Nous étions face l’un à l’autre.

 

– Vous devez surement être fier de vous. Demandai-je.

– C’est à toi qu’il faut poser cette question !

 

Soudain le commissaire arriva, Serge Collin lui sauta dessus, sortit une lame et lui trancha sauvagement la gorge. Le pauvre homme s’écroula. Il était mort. Nous étions à nouveau face à face.

 

– Vous l’avez tué, dis-je sous le choc.

 

A ce moment, je me retrouvai seul dans mon jardin avec une lame ensanglantée dans les mains. Ensuite, j’entendis à nouveau cette voix me murmurer les mots suivants : Tu as tué ton chien et maintenant tu viens de tuer un agent de police, quel sera ta prochaine victime ?

 

A genoux, sur le corps inerte du commissaire, l’observant longuement, je me suis demandé s’il avait des enfants, une vie. Je suis allé chercher une pelle afin de creuser un trou suffisamment grand pour y enterrer également le cadavre de Milord, cette pauvre bête. J’étais heureux car j’avais enfin compris comment me débarrasser de Serge Collin, il ne fera plus de mal à personne. Quant à moi, je pourrai enfin trouver la paix.

Commentaires (2)

Thomas Poussard
14.09.2021

Ça joue des tours, la schizophrénie ! Je me suis laissé prendre par la lecture.

Gabriel Guth
18.09.2021

Merci Thomas P. A bientôt !

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