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Chapitre 1

1

Et puis, aujourd’hui, elle s’était dit qu’elle allait lui écrire. Non pas par volonté de faire changer les choses, car elles ne dépendaient que trop peu d’elle ; plus par besoin de poser des mots, de coucher sur papier ce sentiment.
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« Mon très cher ennemi,

 

Car enfin, si vous acceptez une trêve de cette courtoisie que nous savons tous deux feinte, vous me permettrez de vous nommer comme je vous ressens réellement. Je disais donc : mon très cher ennemi, je vous dédie un peu de mon temps en écriture aujourd’hui, non pas pour le simple plaisir de vous accorder une seule de mes secondes, car je n’en ai pas, mais au contraire car je me dois de me décharger d’un poids que je sens un peu plus insupportable chaque jour qui passe. Voyez-vous, je n’ai point la conscience en paix : je n’ai de cesse, le jour comme la nuit, de défendre, de revendiquer, de justifier le moindre de mes actes, la moindre des décisions que je prenne auprès de vous, comme si vous fussiez présent à toute heure, à me juger et à me mépriser. Cela, une fois encore sans m’y méprendre, je sais pertinemment que vous le faites déjà ; seulement, le fait est que ça ne m’avait jamais affecté outre mesure, pour la simple et bonne raison que je faisais de même, à ne trouver pour vous que des paroles bien peu aimables. Non, voyez-vous, aujourd’hui il y a comme une masse qui pèse sur mes épaules, que je ne m’autorise tout simplement pas à laisser choir, que je me dois de maintenir à bout de bras, et ce sans faillir ; il y a comme un nuage au-dessus de ma tête, mais non pas un de ces cyclones qui emportent tout sur leur passage, non pas un de ces épais nuages de tempête déchargeant pluie, neige, grêlons ou que ne sais-je encore, accompagnés d’un vent fort pour une apparence de fin du monde ; non, le nuage qui obscurcit mon ciel, ce nuage qui n’est en fait autre que vous, n’est pas assez épais pour déverser quoi que ce soit, ni même pour assombrir le ciel au point qu’on croie la nuit tombée, mais trop en revanche pour laisser passer ne serait-ce qu’un infime rayon de soleil. Et le comble, c’est cette absence de vent. Il n’y a que cette masse grise au regard dur, qui se refuse de me laisser savourer, même l’espace d’un instant, une victoire jugée insignifiante ; à peine a-t-elle frappé à ma porte que le nuage l’aspire : jamais un rayon de soleil ne paraît être assez lumineux pour déchirer ce voile gris.

J’ai longtemps cherché une réponse, une cause à cette attitude méprisable : pourquoi ne pouvez-vous me laisser en paix ? Suis-je la seule à être torturée ainsi, sans que personne ne semble y prêter attention ? Et pourquoi maintenant, en cette période de ma vie où j’aurais au contraire besoin d’un ami, d’une épaule sur laquelle me reposer, d’une confiance à accorder : me sentir confortée dans mes agissements, serait-ce donc trop demander ? Et puis on m’a dit ne pas vous écouter, de vous laisser dans cette ombre dont vous semblez venir ; mais même cela, j’en suis incapable.

A chaque décision que j’ai à prendre, je sens comme votre ombre au-dessus de ma tête, attendant de connaître mon choix, et lorsqu’enfin, après des heures de combat acharné au plus profond de moi, luttant de toutes mes forces sans que personne ne soit en mesure de le voir, de comprendre ou même d’alléger ma conscience, ma décision est prise, je crois entendre votre rire moqueur, votre regard dédaigneux qui est sûr que je n’y arriverai pas. Alors à ce moment je me sens forte, je me relève de ce sol qui m’a vu m’écrouler, la provocation me fait pousser des ailes en ne cessant de me répéter que je n’aurai qu’à vous prouver. Oui, le temps de quelques instants, j’ai cette folle impression que j’en serai capable, que cette fois ne sera pas la même, que cette fois je pourrai en sortir triomphante. Mais le nuage a besoin d’une épée de lumière pour être transpercée ; vous n’acceptez de trêve que lors de ces succès triomphants qui m’apparaissent si durs d’atteinte.

Voyez-vous, le moment le plus difficile est, je crois, celui où l’on comprend enfin que la seule fierté que l’on a de nous-même, est pour la personne que l’on pourrait être, et non pas pour celle que l’on est. On se réveille un beau matin, et l’on se rend enfin compte qu’il y a une raison pour laquelle on fuit le reflet du miroir. Je ne pensais que vous pourriez avoir un jour une pareille influence sur ma vie, mes choix, mes actes. Je ne pensais pas avoir cette faiblesse de vous laisser avoir du pouvoir sur moi. Ma foi, ça n’en fera qu’une de plus, me direz-vous.

Mais pourtant je sais, j’en ai la certitude, qu’un jour arrivera, où vous vous retirerez dans votre antre glaciale, et où, enfin, vous libèrerez cette estime et cette fierté que vous tenez si durement éloignées de moi.

Oh oui, je crois pouvoir le dire maintenant, je vous déteste, vous, mon pire ennemi, qui ne pourrez jamais disparaître, vous qui pourtant me connaissez mieux que personne, vous qui en fait … êtes moi.

 

Amélia Lonia »

« Mon bon vieil ennemi,

Cela ne peut plus durer. Il fallait que je vous en parle, à un moment ou à un autre. Voyez-vous, vos méthodes ne me vont pas. Le monde a décidé que ce soit vous aux commandes ; soit, j’ai respecté cette décision. Cela fait maintenant plus de 16 ans que nous travaillons côte à côte, et, ne nous étant jamais bien entendus, je crois qu’il est temps d’opérer quelques changements.

Commençons par ce rapport que nous avons aux autres : alors qu’en toute logique des choses, ce serait à moi de décider de la conduite à tenir, vous êtes toujours là pour . Que je me dirige vers un ami, une bonne connaissance qui passerait par là et vous me dites de ne pas le déranger, que ce n’est certainement pas inconscient s’il ne m’a pas vue, et alors je pars, à nouveau seule. Que

 

Chère Raison, nous serons amenés à collaborer encore pour de longues années ; mais pour le bien de cette chère humaine, je vous demanderai de me laisser les commandes plus souvent à l’avenir. Car enfin, c’est tout de même moi qui la fait vivre.

, vous faites partie de moi, et je vous en sieds gré, mais je vous demanderai de croire en moi.

Signé : le coeur

 

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