L’idée de ce billet est de d'explorer la possibilité de passer la crise sanitaire que nous vivons sans forcément céder ni au phantasme du complot ni à la tentation totalitaire. Il est né d'une inquiétude que j'ai de voir de plus en plus de personnes autour de moi perdre contact avec la réalité.
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Les cinq étapes du modèle Kübler-Ross dans une phase terminale de vie sont les suivantes: Déni – Colère – Marchandage – Dépression – Acceptation.

Ce modèle peut-il nous accompagner dans notre expérience de vécu de la crise sanitaire que nous traversons? Voici une tentative de réponse.

 

Déni : au début de l’épidémie, je n’ai pas envie d’y croire, ça se passe loin de moi, c’est en Chine, et puis la Chine, ce n’est pas une démocratie, ils fabriquent la vérité qui les arrange, alors tout cette histoire, hein, il y a la grippe? Eh ben, mais chaque année il y a la grippe, ce n’est pas la première fois, pourquoi m’en préoccuper?

 

Colère : ensuite, le virus arrive chez nous et oui, c’est bien un virus, ce n’est pas une invention; on ne le connaît pas bien, il est nouveau, mais il est bien là, je ne peux pas le nier: les hôpitaux italiens sont bondés, des personnes décèdent et même si le virus n’est souvent qu’un déclencheur parmi d’autres pathologies, il fait bien partie des causes du décès. Alors je me mets en colère: contre le gouvernement qui ne sait pas gérer la crise (ils n’ont même pas de masques..!), qui m’oblige à me confiner, qui a massivement désinvesti dans la santé et qui me le fait payer aujourd’hui ; contre l’industrie pharmaceutique qui ment et fait interdire des médicaments simples et peu onéreux au profit d’autres remèdes peu fiables et très coûteux, ceci grâce aux relations malsaines qu’elle entretient avec le monde politique, lui-même empêtré dans d’importants conflits d’intérêts (conflits qui soit dit en passant ne sont pas nouveaux, mais qui jusqu’ici ne me dérangeaient pas car je pouvais passer mes vacances à l’autre bout de la planète sans état d’âme, alors que là, je ne peux plus circuler au-delà de 100 km de mon domicile…). Colère contre les pouvoirs publics, qui prennent des mesures contradictoires; colère enfin contre des on de toutes sortes: on veut me nuire, on veut me vacciner sans mon consentement. Mais qui, on? Eh ben, mais eux! Mais qui, eux ? Et ben, mais les autres, (c’est toujours les autres): la Banque, la Finance, Big Pharma, autant d’entités sur lesquelles il n’est pas possible de mettre ni un nom, ni un visage, ce qui me permet ainsi d’imaginer le meilleur comme (et c’est le plus souvent le cas) le pire. Et je vais même donner à un seul homme -ou à une poignée d’entre eux, si possible milliardaires- le pouvoir de manipuler les organisations internationales gouvernementales, oubliant au passage que le pouvoir que prennent sur moi ces milliardaires n’est autre que celui que je leur donne de mon plein gré.

 

Marchandage: vient ensuite le marchandage: bon, OK, je ne suis pas d’accord avec ça, mais je vais devoir faire avec. Après tout, si je ne vais plus faire mes courses, si je ne vais plus au restaurant, cela met les commerçants en danger. Et même si j’ai l’impression de subir un chantage (si vous n’êtes pas solidaires, ce sont les autres qui en pâtiront), je vais tout de même porter le masque pour leur rendre service, quitte à mentionner sur le dit masque que je ne suis pas d’accord avec cette méthode liberticide qu’a l’Etat de me traiter.

 

Dépression: après tous ces efforts, cette colère, ce marchandage, vient la dépression: après tout, ça ne sert à rien, je suis trop faible, trop petit, ils vont de toute manière gagner; je n’ai qu’à me résigner, c’est triste, mais c’est comme ça. Et de toute façons, nous allons tous mourir et peu importe la cause; la mort fait partie de la vie.

 

Acceptation : c’est la dernière phase. (Personnellement, je préfère parler d’intégration ou de sublimation plutôt que d’acceptation, ce dernier mot portant en lui une connotation de résignation).
Je finis par intégrer ce qui se passe: oui, il y a un virus, non, ce n’est pas la première fois que l’humanité vit une épidémie; oui, le gouvernement ne gère pas bien la crise mais ils font ce qu’ils peuvent, il n’y a pas que des criminels à la botte d’organisations occultes qui cherchent à nous lobotomiser à tout prix; oui, il y a des conflits d’intérêts et de la corruption, mais il y en a toujours eu et il y a aussi toujours eu des personnes qui n’y adhéraient pas et qui savent vivre une situation exceptionnelle comme celle que nous vivons en demeurant attentifs et adultes, en sachant raison garder. Aussi, comment travailler sur moi pour faire face à cette situation à laquelle je ne me suis jamais préparé?

 

Cette dernière phase n’est pas toujours vécue car il y a un risque: celui de rester dans le ressentiment: le ressentiment vis-à-vis de nos gouvernants, de nos médecins, des politiciens de tous bords, et de rêver à l’homme providentiel qui va venir nous en délivrer. Il est stupéfiant de voir qu’actuellement, bon nombre de personnes pensent que Donald Trump pourrait incarner cet homme. Passons sur son comportement, son niveau de corruption, de népotisme, de manipulation, de son art de faire du mensonge une vérité ou de ses sympathies pour les milieux racistes et suprémacistes blancs. Je m’en tiens au dernier fait: pourquoi cet homme est-il le seul président de toute l’histoire des Etats-Unis à avoir refusé de communiquer sur sa déclaration d’impôts? Peut-être parce que, comme vient de le révéler le New-York Times, ce charitable Donald, -soit dit en passant, un autre multi milliardaire- n’a payé en 2016 que 750 dollars d’impôts?

 

Il y a eu, dans les années trente du siècle dernier, un autre homme providentiel, qui a fait au peuple allemand la promesse d’établir un troisième Reich pour rendre à l’Allemagne sa grandeur passée ; tout comme Trump, qui s’est fait élire en proclamant let’s make America great again et America first. Aujourd’hui, Trump serait la victime d’un état profond, ce qui est une manière douce de parler de complot sans avoir à le nommer. Adolph Hitler avait lui aussi un complot à disposition pour mener à bien ses projets criminels, le complot judéo-maçonnique. C’est toujours la même histoire et elle nous sera resservie tant que nous ne serons pas prêts à prendre notre destin en main plutôt que de le laisser dans celles des dictateurs dont les promesses ne rendent heureux que les imbéciles et les poltrons qui les écoutent (et qui peut-être, après tout, les méritent bien).

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