Créé le: 13.07.2026
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L’épouvantail en observation
Echauffement (pas réchauffement)
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Bouleau – épouvantail – tournesol – soucis – cadavre – coccinelle – bouquet... Le défi que je me lance: placer tous ces mots dans une histoire champêtre dans le carde de l'atelier d'écriture d'Eloiz du 12 juillet 2026. Un joli moment de partage et de rire avec le groupe d'écriture.
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Dans mon jardin j’ai planté
Dans mon jardin, j’ai planté un peu de choucroute pour avoir des saucisses en hiver. Puis, des buissons de graines de moutarde que j’arrose régulièrement de vin blanc. Etant gourmande, j’ai planté de la rhubarbe pour les desserts. Mais voilà, il a fallu arroser tout ça et cueillir l’oseille pour ma tirelire.
Cela n’a pas suffi pour récolter avec succès ma première choucroute d’été. Mon jardin s’est transformé en terrain vague.
Je me suis planté…
L'épouvantail en observation
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Planté au milieu de ce champ depuis trois ans, j’assiste au bal des saisons, sans jamais m’ennuyer. Je me suis en quelque sorte confondu avec le champ et plus aucun oiseau n’a peur de moi. Tellement que j’ai passé un accord avec le groupe de corneilles pour qu’elles fassent semblant d’être effrayées lorsque Jacquot se pointe. Lui, c’est le paysan de ce paysage.
Chaque année apporte son lot de couleur, avec une prédominante de jaune. Tournesol, colza et maïs, chacun occupe le champ en jachère à tour de rôle. J’ai été fabriqué avec amour. Un beau chapeau de paille orné d’un tournesol (en plastique), une redingote de pianiste disparu et un pantalon de corsaire rayé. Ma tête. Ah ma tête. Superbe. On dirait le jumeau d’un bonhomme de neige d’été. Paille, carotte et pipe avec deux noix pour les yeux, tout y est. Jacquot a parlé de m’ajouter des lunettes de soleil et ça me plairait bien. Ca fait cool. Et par cette chaleur, ce n’est pas de refus. Pour que mes bras feignent du mouvement, Jacquot m’a ajouté des ronds brillants. Des DVD qu’il a dit.
J’aurais voulu être plus près du bouleau. Il était dans le champ bien avant moi et son ombre m’aurait fait du bien. On aurait fait la paire. Une belle amitié. Mais avec la distance qui nous sépare, nous n’avons pas beaucoup d’échanges. Je le soupçonne de ramper vers moi par les racines. Ce serait génial de le sentir chatouiller le piquet qui me sert de tuteur. Ils font ça les arbres, ils communiquent par les racines.
Mais dernièrement, j’ai assisté à des choses inhabituelles. Surtout la nuit. Je ne dors pas bien sûr et j’ai vu passer des silhouettes, entendu des bruits. Faut pas croire que je suis sourd et aveugle ! Je suis seulement muet. Ah ça vous ne saviez pas hein ? Avec les corneilles, c’est différent, on se comprend.
Passons. Je dois rester discret et effrayant si je veux garder ma place.
D’ailleurs depuis ma place, je vois tant de choses. Par exemple, le couple de corneilles a fabriqué son nid dans le bouleau et depuis leur perchoir, elles me rapportent les nouvelles de la région. Tiens l’autre jour, il paraît que le Jacquot a récolté non pas le colza avec son tracteur mais des fleurs de prairie dans le champ des vaches avec son coeur. Une belle composition de bluets, de marguerites et de boutons d’or. Justin, l’éleveur de vaches, n’aurait pas été content du tout. Ensuite, les corneilles ont vu Jacquot sortir endimanché avec son bouquet, ce qui est contraire à ses habitudes. Où pouvait-il se rendre ? La réponse est venue de mes chères voisines qui l’ont suivi. Oui, tant que le nid est vide, elles profitent de le déserter. Elles ont vu Jacquot se présenter à la ferme des Grammont. La porte s’est ouverte et il a enlevé son chapeau avant d’entrer. Le mystère demeure.
Ca fait déjà deux mystères.
Le temps est en train de changer et la fenaison est terminée. Je sent un vent plus impatient tourbillonner autour de moi. Il a emporté mon chapeau et la pluie m’a fait pleurer. Ma tête a doublé de volume avec toute cette eau. C’est dommage que Jacquot n’a rien remarqué, car je tiens à garder une certaine prestance, à défaut d’une présence. Cette nuit, j’ai entendu à nouveau des bruits du côté du bouleau. La pleine lune a éclairé une ombre furtive prolongée d’une forme que je n’arrivais pas à distinguer. Ca me fait souci.
J’ai vu la fine silhouette de la fermière des Grammont arriver par le chemin. Elle a frappé à la porte de Jacquot qui l’a inviter à entrer. Ils ont parlé un peu longuement d’un sujet que les corneilles n’ont pas pu rapporter. Une visite inhabituelle. Est-ce que le bouquet y est pour quelque chose ? J’ai des raisons de m’inquiéter car Justin est le mari de la fermière, dont le nom m’est toujours inconnu. Il faudra que je me renseigne.
Justin, je le connais bien. Il fait partie du patrimoine d’ici, comme la ferme des Grammont. C’est d’ailleurs lui qui m’a fabriqué, pas pour que je fasse peur aux mouches de ses vaches, mais pour faire fuir les oiseaux du champ de son voisin Jacquot avec qui il est en bons termes. Ils s’entraident régulièrement pour les travaux des champs ou ceux de la ferme. Je me demande si Justin sait que Jacquot a apporté un bouquet à sa femme…
Aujourd’hui Justin a fait les cent pas dans le champ plusieurs fois. Il a longé la route avec son tracteur pour aller nulle part et il est revenu puis reparti. Quel étrange manège. Je soupçonne une idylle d’éclore dans les parages, mais une relation qui va amener son lot de problèmes comme le vent instable. Les fleurs des champs, elles, ne se compliquent pas la vie. Elles sèment.
La prairie a eu vent de ce qui se trame, mais ce n’est pas ce que je pensais. J’ai réussi, à force de patience et d’immobilisme, a reconstituer l’histoire. Tout ça, c’est à cause de Jacquot. C’est lui qui a écrasé Coccinelle il y a une semaine et qui l’a enterré sous le bouleau. Il n’a pas fait exprès d’écraser le chat de la fermière et elle adorait son chat. D’où le bouquet pour s’excuser peut-être…
C’est ainsi que j’ai appris le nom de la fermière. Elle s’appelle Violette.
Commentaires (1)
Chantal Girard
13.07.2026
Quel sympathique Epouvantail! Je me réjouis d'aller à sa rencontre, dans les champs du côté de chez Violette et Justin, je suis sûre qu'il aura bien d'autres histoires à me raconter. J'aime tellement découvrir les textes de Starben, tous ont un côté imprévu, drôle, inventif et surtout inattendu. "L'Epouvantail en observation" et son "Echauffement" (climatique?!) ne font pas exception!
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