Créé le: 04.09.2021
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Dualité

Journal personnel, Psychologie

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© 2021-2024 Bapsy

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Introspection au plus profond de mon être et dialogue avec cet Autre qui me tiraille et me tourmente. Dois-je y faire face et l’accepter?
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Mon Autre,

 

Tu es là. Je le sens. Je me suis tellement habituée à ta présence que j’ai l’impression que tu as toujours existé.

Mais qui es-tu ?

 

Toi qui ne cesses de te jouer de moi. Même si ta forme et tes contours changent et évoluent je te reconnais, tu es toujours là. À la moindre faiblesse, au moindre instant de doute, tu t’insinues dans mes pensées, tu les écartes, tu les écrases, tu les domines et les soumets. Alors soudain en moi tout s’écroule, chaque petite conviction, chaque infime once d’espoir lentement assimilée est en un tour balayée. Plus rien n’existe alors, plus rien n’est sûr, plus rien n’est réel : il n’y a que toi. Tu prends toute la place, tu distilles ton venin, tu prends les rênes et mènes la danse. Alors mon esprit s’emballe, mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine, les pensées s’entrechoquent. Ma gorge se resserre, je résiste mais cela ne te rend que plus forte. Les émotions me transpercent. Je ne suis plus qu’un corps.

 

Je te connais. Même quand tu te caches, même quand tu te tais, je te devine. Par ton absence ou ta présence tu m’opprimes, quand je ne te vois pas je te cherche, je te traque, je t’attends, je te guette, amère illusion, distorsion de la réalité.

 

Je suffoque – est-ce que c’est toi ? Ou bien mon esprit qui s’emballe. Tu es ancrée en moi, pourquoi ne me quittes-tu jamais ? Pourquoi est-ce que tu colles à ma peau ? Je me sens comme prisonnière de moi-même et tout à la fois la liberté me fait peur. Et si tu n’étais plus là ? Je perds le contrôle tout à coup, comment fait-on pour y arriver toute seule ? Est-ce que j’ai les armes ?

 

Non, reviens, ne me laisse pas, j’ai peur d’être seule. Je te connais si bien. Regarde, je fais semblant que tu es là, je te provoque, je t’imite. J’arrive à rejouer inlassablement ce morceau, même sans toi. Je suis ton instrument désaccordé qui joue aveuglément, sans partition ni musique.

 

J’essaie de me souvenir depuis quand je t’ai rencontrée. Depuis que je suis toute petite tu me fais voir la vie à travers ce prisme, tu déformes ma réalité. Tu me fais croire que tout est hostile. Le monde est si dangereux. Et je suis si fragile. Tu dis que j’ai besoin de toi. Alors je prends ta main pour que tu me protèges. Non, ne la lâche pas. Je t’en supplie. Je suis si triste.

 

Tu es mon double, tu es mon ombre, tu es mon plus fidèle partenaire, mon sombre destructeur, mon angoisse et ma boussole, mon tourment, mon désespoir, mon meilleur ennemi. Ma peur.

 

A l’école déjà, c’est toi qui étais là quand je me suis retrouvée toute seule. Toute seule dans ce tourbillon, je n’étais pas prête pour ça.

Pourquoi on me laisse là ?

 

Alors j’ai trouvé cette graine, j’ai semé la crainte en moi, ce besoin pour qu’il ne me quitte plus. Et je t’ai retrouvée le soir, quand dans mon lit je m’affole et me lamente, quand les bruits, les cris m’agressent et m’oppressent, je me noie.

Pourquoi tout est si dur, pourquoi je ressens tout si fort ? Pourquoi mes contours sont flous, perméables et poreux ? Pourquoi suis-je pleine de larmes ? Pourquoi suis-je si différente des autres ? Peut-on être trop sensible?

 

Il n’y a que toi qui me connaisse et me comprenne. Je te connais si bien. Et même si c’est dur, et même si je souffre, au moins je sais qui tu es. Au moins je sais à quoi m’attendre, je m’y suis habituée. C’est ma triste ritournelle, c’est mon manège désenchanté, la sempiternelle litanie, la descente aux abîmes.

 

D’où viens-tu ? Es-tu le fruit de mon esprit ?

Tu es si puissante, tu te nourris de mes tourments et tu grandis, tu te décuples, tu te ramifies et t’étends comme une tache d’huile et bientôt tu envahis mes pensées encore un peu plus, tu prends le contrôle, tu es victorieuse de toutes les conquêtes de mes territoires. Éternelle et douloureuse bataille.

 

A certains moments de ma vie tu m’as laissé de l’espace, tu m’as laissé respirer. Et puis à chaque faiblesse, à chaque difficulté, tu es revenue, inéluctable emprise.

À l’adolescence tu as redoublé de puissance et d’endurance, tu t’agrippais à moi avec tant d’insistance – intense souffrance. Je t’ai retrouvée chaque matin, blottie en moi, cachée dans ma gorge et serrant mon cœur si fort.

Est-ce que ça va aller aujourd’hui ? Est-ce que je vais être bien ? Tu es sûr ? Qui peut me rassurer ? Et puis tu t’estompais et puis tu revenais chaque après-midi me réveiller, me secouer, me hurler que tu étais là, crier à m’en donner le vertige, à me donner la nausée. Le malaise était si fort. Et chaque jour recommencer. Je te le demande à présent, que voulais-tu me dire ?

 

Qui es-tu au juste ? Parle, réponds-moi ! Montre-toi, pourquoi est-ce que tu te déguises ?

 

Un jour souffrance, tourment, peur bleue, un autre angoisse, phobie, anxiété, dépression… Tu changes de visage mais tu es toujours la même, toujours avec toi tu m’entraînes. Et quand chaque jour je me relève, je t’entends me murmurer que je vais retomber, car je ne suis qu’une petite chose fragile à tes côtés. Je t’entends me susurrer mes peines, chasser mes joies et insuffler la haine. Alors je suis petite, toute petite, isolée, repliée, recroquevillée, et j’ai peur de tout, j’ai peur du monde, j’ai peur du vide, j’ai peur de demain, j’ai peur de toi. Et puis de moi aussi.

 

Ma chère Peur, tu sais je te déteste et me déteste tout à la fois, comment savoir car de toi à moi, de moi à toi il n’y a qu’un pas. Si tu existes, c’est que je te laisse être là. Tu fais partie de moi. Peut-être que finalement tu ne veux pas vraiment me faire ça ? Peut-être que c’est moi qui t’encourage et m’emprisonne, qui te façonne, te redessine à chaque fois. Quand un sourire, une joie, une nouvelle se profile c’est moi qui te cherche et qui t’enlace. Ce bonheur je ne peux y faire face.

 

Je t’écris car je suis venue te dire que je suis forte. Je sais ce que tu penses mais tu dois te leurrer. Je suis forte d’endurer depuis tant d’années, d’inlassablement plier et toujours me relever ; de sombrer, de pleurer, et de pouvoir encore rêver.

Je suis forte car je peux aimer. Oui si tu savais combien je peux aimer, et combien je peux t’aimer.

 

Ton Autre.

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