Créé le: 12.08.2026
14
0
0
L’enfant et le jardin
Fantastique, Nature Environnement, Nouvelle — Aventure botanique 2026
Pascalet ne part jamais en vacances. Mais une nuit de pleine lune, le Jardin botanique s'ouvre sur un voyage extraordinaire. Guidé par une libellule complice, il apprendra que les plus beaux horizons se cachent parfois tout près de chez soi.
Reprendre la lecture
Pascalet est triste. Pourtant il s’agit du premier jour des vacances d’été. Il devrait se réjouir. Mais comme chaque année, c’est le seul de sa classe qui ne partira pas. Ses parents n’ont pas les moyens de l’emmener à l’océan ou même à la montagne, pourtant toute proche. Ils ont du mal à boucler les fins de mois. Pascalet habite le chemin des fleurettes, il trouve que ça sonne joli. Et même que sa rue sent bon. Il a aussi la grande chance d’habiter à une dizaine de minutes à pied du Jardin Botanique. Au fil des années, ce jardin est devenu son refuge, sa cabane aux trésors. C’était son papy, maintenant au ciel, qui l’y avait emmené la première fois lorsque Pascalet fêta ses 2 ans. À 10 ans, ses parents le laissèrent si rendre toute seul, comme un grand. Depuis lors, Pascalet aime explorer les moindres recoins du jardin, c’est devenu son royaume. Il connait maintenant par cœur les différents espaces du jardin, ainsi que les noms des plantes, des fleurs et des arbres. Tous ces mots le font rêver ! Il s’est minutieusement appliqué à en apprendre l’orthographe exacte car c’est sa façon à lui d’exprimer son amour qu’il porte à la géographie et à la nature. Il s’émerveille un peu plus chaque jour de la beauté du jardin. Aucun nouveau détail ne lui échappe. Il aime par-dessus tout observer l’éclosion des fleurs, caresser les plumeaux roses de l’arbre à soie, sentir cette texture soyeuse aux creux de ses paumes et contempler les jeux aquatiques des grenouilles. Son rêve plus tard serait de devenir géographe explorateur. Pascalet aime donner des prénoms aux animaux sauvages, comme pour leur marquer sa tendresse et son affection. Les carpes s’appellent Eugénie, les lézards Maxence, les libellules Henriette, les grenouilles Gertrude. Les animaux l’écoutent avec patience, sans l’interrompre ni se moquer. À ses yeux, ils sont devenus ses meilleurs amis. Il console son amertume du jour en leur racontant sa tristesse. En ce samedi matin, Pascalet écoute la radio. Une voix féminine annonce que mercredi soir, la nuit du 29 Juillet, ce sera la pleine lune du cerf. Soudain, une idée surgit dans son esprit. Il ira dormir à la belle étoile dans le jardin cette nuit-là et observera cette sublime pleine lune au nom tellement poétique ! Il se cachera sous le sapin difforme (il le surnomme le sapin Dali) non loin de l’entrée Albert-Thomas pour braver la fermeture du jardin et mettra une stratégie en place pour éviter les rondes nocturnes du gardien. Il dira à ses parents que, ce soir-là, il ira dormir chez un copain. Pascalet est tout excité à l’idée de cette aventure botanique nocturne ! Il se met en route pour le jardin afin de faire un premier repérage des lieux en ayant en tête son escapade. Il voit maintenant le jardin sous un œil différent. C’est devenu comme une nouvelle terre à explorer ! Il faut qu’il prévoie de quoi se tenir chaud la nuit, une lampe torche, et bien sûr sa veste camouflage. Il ne parle à personne de son aventure. Il a décidé de cartographier 3 cachettes différentes pour avoir l’occasion de circuler à travers le jardin pendant la nuit : la principale sous le sapin Dali, une autre sous les pins proches des massifs horticoles et la troisième à l’intérieur du tronc mort tout près du jardin des senteurs. En fin d’après-midi le 29 juillet, le soleil est de plomb. Vers 18h, Pascalet prend son sac à dos et claque la porte d’entrée. Son cœur palpite fort et son estomac est noué comme la veille d’un examen. Pourvu que tout se passe comme prévu ! Pas un nuage à l’horizon, la soirée est parfaite pour observer la pleine lune du cerf et dormir sous la voûte céleste. En entrant dans le jardin, il aperçoit au loin le gardien qui s’affaire au pied du chêne tricentenaire. Il faut absolument ne pas éveiller ses soupçons. Il marche discrètement en direction du sapin Dali. Il se tapit au sol, comme s’il était à l’affût, et attend. Les grilles seront verrouillées à 19h. Ensuite, le gardien ne reviendra pas avant minuit. Pascalet sera donc libre de se déplacer où bon lui semble à travers le jardin pour admirer l’astre nacré. Lorsque Pascalet sort de sa cachette, il se rend à la gouille aux grenouilles dans les rocailles alpines. Il a très envie de les observer et de s’émerveiller des reflets scintillants de la lune sur la surface de l’eau. Soudain, il entend un bruit : « Psst…Psst… » Pascalet se retourne mais ne voit rien. Mais d’où peut bien venir ce bruissement ? Soudain il remarque un point vermillon sur son épaule. Il ne rêve pas, c’est bien la libellule rouge qui essaye, tant bien que mal, d’attirer son attention. Il l’avait admirée l’autre jour, voletant au-dessus des nénuphars blancs. Quelle beauté ! Elle se met à lui raconter le secret de la pleine lune du cerf. Pascalet est totalement abasourdi de pouvoir non seulement l’entendre mais aussi de comprendre ce qu’elle dit ! Henriette lui révèle que durant la nuit de la pleine lune du cerf, des portails magiques apparaissent à certains endroits du jardin. Ces portails, une fois franchis, permettent de se rendre en une fraction de seconde aux endroits respectifs où ils se situent dans le jardin. Pascalet n’en croit toujours pas ses yeux. Se pourrait-il qu’il ait enfin l’occasion de voyager ? Et ce, dans plusieurs pays différents durant une seule et même nuit ? Il marche promptement vers les serres. Et comme par magie, un portail lumineux apparait juste à l’entrée de la serre volcanique, son endroit préféré. Il clignote plusieurs fois des yeux pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un mirage. Henriette est toujours sur son épaule. Pascalet se sent à la fois vaillant et apeuré. La libellule purpurine l’encourage : « Il suffit d’ouvrir le portail et tu te retrouveras dans le désert au Mexique. » Un bruit sourd se fait entendre derrière lui. Est-ce le gardien qui vient déjà faire sa ronde ? Pascalet n’hésite plus, il ouvre et enjambe le portail. Une lumière blanche puissante surgit, et il se retrouve au beau milieu du désert mexicain de Sonora. La chaleur y est écrasante, les cactus, comme des statues, se tiennent fiers et droits. Il aperçoit aussi les magnifiques yuccas et agaves qu’il affectionne tant. Pascalet s’écrie : « Quel spectacle merveilleux ! Et là-bas au loin, je vois quelques habitations, allons voir ! » Henriette lui rappelle que les portails ne se matérialisent que durant la nuit de la pleine lune du cerf et qu’au lever du jour, il faudra impérativement que Pascalet soit de retour au jardin sinon il sera bloqué au Mexique. Que diront alors ses parents ? Pour s’assurer de retrouver l’endroit exact du portail, il ramasse quelques pierres et les place de sorte à former une étoile sur le sol aride. Il sort de son sac un réveil qu’il a pris soin d’emmener pour se réveiller à l’heure demain matin. Il l’enclenche pour une durée de deux heures. Ensuite, lui et Henriette se mettent en route pour découvrir le village. Un chien mexicain les accueille de ses aboiements joyeux, il les guide à travers les ruelles. C’est soir de fête ! Soudain, une jeune fille remarque leur présence. Il faut dire que la tenue vestimentaire de Pascalet dénote par rapport à celles des villageois mexicains. Elle sourit et lui dit : « ¡Bienvenido a Altar, me llamo Alejandra !» Elle invite Pascalet à venir dans le jardin familial pour y déguster quelques tacos et boire un jus. Un petit groupe de musiciens joue, Pascalet se laisse porter, et s’émerveille du décor qui l’entoure. Les gens se mettent à danser. Alejandra prend sa main et l’emmène sur la piste de danse. Pascalet n’a jamais dansé et se sent très maladroit. Alejandra le guide avec une telle habileté qu’il a l’impression de voler. Elle lui chuchote à l’oreille : « Siente el ritmo de la música en tu corazón. » Pascalet ferme les yeux, et ressent les pulsations de la musique dans tout son corps. Des émotions toutes neuves surgissent, comme des feux d’artifice dans son cœur. Tout à coup, il sent comme une petite morsure dans la nuque…Aïe, c’est Henriette qui, en vain, essaye de l’avertir. Il ne reste plus qu’une dizaine de minutes avant la fermeture du portail ! Caramba, il a complètement oublié de vérifier le réveil dans son sac et avec la musique, impossible de l’entendre. Et d’ailleurs où est-il ? comment peut-il être si distrait pour les choses importantes ? C’est Alejandra, et ses mouvements incroyables de danseuse qui l’ont étourdi. Heureusement Henriette le guide jusque dans le salon où son sac a été posé. Elle accourt derrière lui et dit : « Mais où vas-tu maintenant ? d’où viens-tu ? » Pascalet, essoufflé, s’exclame : « Je dois retourner au jardin botanique de Genève le plus vite possible ! » Trop angoissé pour se rendre compte de l’absurdité de ses propos, Pascalet pose un doux baiser sur la joue d’Alejandra et lui chuchote : « Muchas graçias. » À cet instant, elle glisse une jolie plume de géocoucou, brune et iridescente, dans la poche de Pascalet et dit: « Ce petit souvenir est pour toi. » Il lui sourit. Henriette le mord une fois de plus, cette fois-ci à l’oreille. Le temps file, plus une minute à perdre ! Henriette vole de toutes ses forces et guide Pascalet à travers le désert jusqu’à l’étoile de pierre. Il ne reste que cinq minutes, arriveront-ils à temps ? Alejandra les suit à quelques mètres de là et lui crie : « Mais Genève, c’est en Suisse. Nous sommes au Mexique ! Comment vas-tu rentrer chez toi ? C’est le désert par là-bas ! » Pascalet n’a plus le temps de répondre. Que va-t-il faire s’il se retrouve coincé dans le désert de Sonora ? Pensif, Pascalet ne voit pas le crotale menaçant qui se dresse soudain devant lui. Henriette s’est réfugiée au creux de sa nuque. L’étoile en pierre se trouve juste derrière le serpent, à quelques mètres seulement. Le cœur de Pascalet bat très fort, que faire devant un serpent aussi dangereux ? Il entend les pas d’Alejandra derrière lui. Peut-être pourra-t-elle les sortir de ce pétrin ? Habituée à ce genre de rencontres fortuites du désert, elle saisit une grande branche et demande à Pascalet des allumettes. Par chance, il en a emporté dans son sac. Elle met le feu à l’extrémité du bâton et s’approche du serpent. Leurs yeux se croisent, elle ne cille pas. Pascalet observe toute la fureur dans le regard du reptile. Alejandra tient bon et le crotale finit par capituler, il s’enfuit précipitamment. Plus qu’une minute et le portail disparaitra. Pascalet l’ouvre, il lui semble entendre la voix d’Alejandra au loin. Une lumière très blanche l’éblouit et il se retrouve étendu sur le sol du jardin botanique. Ouf, il a réussi à rentrer ! Il en est tout déboussolé. Henriette, à bout de forces, se trouve elle aussi au sol, immobile. Pascalet la prend délicatement dans ses mains. Il l’emmène près de la gouille aux grenouilles et l’humidifie légèrement. Henriette reprend ses esprits et déclare : « Le climat du désert de Sonora est bien trop sec pour mes ailes si fragiles ! Je préfère celui du jardin ! » Pascalet l’embrasse tendrement, et elle prend son envol. L’aube commence à poindre, il est temps pour Pascalet de rentrer. Il passe récupérer les quelques affaires qu’il a laissées dans ses cachettes. Le jardin est somptueux à l’aurore ! La roseraie étincelle de la rosée du matin, il hume le parfum envoûtant des tilleuls, il repasse une dernière fois devant la serre volcanique. Un large sourire s’inscrit sur son visage. C’est à ce moment-là que ses doigts tâtent quelque chose de doux dans sa poche. La plume de géocoucou, le cadeau d’Alejandra. Non, il n’a pas rêvé, son voyage dans le désert mexicain était bien réel ! En ce lundi matin de la rentrée des classes, Pascalet s’assoit au premier rang. Il n’a que faire des histoires de vacances clinquantes de ses camarades. Il sait que personne ne croira à son histoire de vacances à lui mais qu’importe, car les émotions qui le traversent aujourd’hui le rendent invincible et heureux, il aura vécu les plus merveilleuses et les plus inoubliables vacances de sa vie, au jardin botanique de Genève.
Commentaires (0)
Cette histoire ne comporte aucun commentaire.
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire