Créé le: 12.09.2021
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Le Stubeulendzeflu

Psychologie

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© 2021-2024 Mael Strom

Le néologisme Stubeulendzeflu n’a rien de néo mais tout de rétro. Vieux comme le monde, le Stubeulendzeflu vit en chaque personne et s’y épanouit un jour ou l’autre. Loin d’une fatalité, il suffit de lui faire face pour l’accepter...
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Cher être tapi sous mon lit,

 

 

En mon sein se ressasse une sérénité égarée. Voilà que l’innommable machine l’a assommée. Oui, c’est bien à toi que  je  m’adresse : le Stubeulendzeflu.

 

Flambant neuve, là où les idées jouent du coude, chacun de tes rouages se berce de son huile. Ainsi, en un tour de main, ton morne moteur se mobilise.

Déjà inarrêtable. Le jour, quand mes joules m’ont été plus que suffisants, roule ton saoul restant dans la nuit tombante. L’inertie fait alors ruminer l’âme jusqu’à ce qu’elle tombe, les armes à la main ; la voilà rouillée. Il faut donc s’affaiblir la journée pour t’affaiblir le soir, à défaut d’essuyer des dommages. Et c’est là tout le vice, le mental doit affronter le moindre excès de chômage, le moindre manque de courage. S’il faillit,  les câlins de Morphée se dispersent au loin. La cause ? Tes rafales de questions qui piqueront ce chien du sommeil pour l’éloigner de sa niche « Veille ».

 

Ces questions, semblables aux roses, poussent sur la tige de la pensée et se nourrissent des minéraux inutilisés de la journée. De leurs multitudes, elles alourdissent l’esprit d’un vil sentiment. « Qu’y avait-il à perdre à faire tes devoirs ce soir ? » « Pourquoi as-tu sélectionné le jeu vidéo et rejeté la lecture ? » « Quelle est la raison qui t’a fait préférer t’allonger deux heures durant, au lieu d’écrire cette lettre alarmante ?  ».

Deux camps s’opposent. L’un, plein de court-circuits, pensera au bonheur immédiat, tandis que l’autre pensera à celui de l’avenir. L’apparition de ces interrogations signe la victoire de la bataille de la Journée par le premier camp. Comment leur échapper ? S’harnacher et trotter, le fusil accoudé à l’autre épaule !

 

Á chaque seconde d’immobilité, la rose, la machine, que dis-je ! Toi,  le Stubeulendzeflu, sort de ta tanière. Pour ne pas regretter la perte de grains du sablier, il y a bien des moyens, mais le mental marine.

Oh mon dieu ! Tant de réflexions pour te mettre à bout, toi, l’immortel, l’insondable, l’intouchable, l’incassable, l’imperturbable, l’innommable, l’immanquable, l’inratable.

Peut-être devrais-je prendre le problème à la source ? Calculer, optimiser, le meilleur rendement pour mon emploi du temps. Ainsi, je ne me ferais plus de soucis : le monstre devrait rester terré.

Il faudrait encore que la marée de facteurs étrangers à ma personne disparaisse ! Contrôler cours, professeurs, et disponibilités serait prophétique, et surtout magique.

Qu’y-a-t-il d’autres ? Trouver un casse-tête pour ne plus occuper la bête. La liste de ceux-ci tiendrait sur un pense-bête ; les échecs, les sudokus, mots fléchés et croisés.

Je tiens seulement là une bribe de solutions. En effet, seul, je pourrais échapper à la nature, mais, entouré, l’influence serait trop pesante. Toutes ces discussions futiles et inutiles, comment pourrais-je les esquiver sans froisser ? Cela m’est impossible, mais cela est peut-être possible. Je crois effectivement avoir compris… Il faut que je m’intéresse à la psychologie !

Mais un autre hic se pose encore ici ; aurais-je la capacité de l’appliquer ? Ne serait-ce que de la comprendre ?  Et si ce n’est pas le cas, il faudrait que j’optimise mon temps pour m’améliorer. Mais c’est là tout le but de l’opération ! Tel l’ouroboros, je me mordrais la queue…

 

Oh ! Et si mes limites d’apprentissage sont une barrière de bois, ma barrière instinctive en serait une de pierre.

Elle est mon mal principal. Apprendre à clore les paroles ne me pose pas problème. Seulement, dès lors qu’un contact avec un autre de mon espèce s’initie, une métamorphose s’opère. Je deviens un moi taillé pour l’interlocuteur. Un moi où certaines de mes facettes sont étirées et d’autres rétractées. Tout cela n’est pas naturel, mais tire sa genèse d’un désir d’acceptation cruel. Ayant disparu en même temps que ma jeunesse, ce désir n’a laissé que cette habitude qui, auprès des autres, me rabaisse.

 

Enfin, je diverge… Mais c’est toujours ça ! Tu es toujours là, à me culpabiliser, à me métamorphoser, mais surtout à occuper la Place de mes pensées. Ô grand jamais, tu ne me laisseras m’échapper !

Oh, et, tu crois me tromper avec mes instincts primaires. Cependant, à peine la fourchette retombée, les lèvres quittées, la discussion terminée, tu reviens au grand galop. Faut-il que je courre sans jamais m’arrêter pour qu’uniquement tu me talonnes ? Cela signifierait, qu’à mes pulsions, je m’abandonne. Malheureusement, je ne veux pas d’une vie de drogué.

 

En outre, si la drogue était un doute, je serais alors le nouveau Pablo Escobar. Tu m’en fournis, comme je l’expliquais précédemment, sur moi, mais, plus fourbe encore, sur mon entourage. Quand l’entité visée par ton vice me fait face, tu te caches. Dès que son souvenir se refroidit, te voilà sorti. Tu m’as encore mis à bout tout à l’heure !

Cela ne fait qu’une journée que l’aura de ma chérie n’a pas frôlé la mienne, et voilà que tu poses le doute sur notre amour commun. Pourquoi veux-tu altérer une vérité ancrée ? Elle est simplement occupée ! Cesse de te (et donc me) chercher des combines !

 

Ces derniers temps d’ailleurs, tu mises tes deniers sur un pan novateur. Tu gagnes en intelligence : tu as appris à utiliser la mienne comme d’un moyen de plus d’atteinte à tes fins. J’ai maintenant une encore plus lourde pression.

Après mes analyses et mes détections de biais cognitifs, s’invitent aujourd’hui le dégoût, qui cogne et rie. En effet, au fond de ma tête, là où le jugement n’était que sous-jacent, il me putréfie de l’intérieur et me donne une quasi-peur de l’autre, dès lors qu’il est un peu trop abruti. Il faut dire que transformer l’homme au consommateur étourdi se démocratise à tous les dépends. Tu me donnes alors l’envie de leur offrir modèles et charisme, leçons et réflexions, lunettes et découvertes. Mais quel est l’intérêt de les faire adhérer à mon idée de manière éphémère ? Aussitôt dit, aussitôt oublié. Cette logique ne prendrait son sens qu’envers mon cercle.

 

Honnêtement, je fais face à une impasse. Ce plafond de verre, ces barrières de pierre, de mes mains, je ne peux les briser. Face à toi, le Stubeulendzeflu, véritable contremaître à l’affût de la procrastination, maître de l’adaptation à l’humain, de la remise en doute et des intérêts pervertis, les solutions me manquent et je suis las : Je ne peux que t’implorer de m’épargner.

Malencontreusement… Puisque toi c’est moi, m’épargner moi-même m’est impossible.

Commentaires (1)

Thomas Poussard
14.09.2021

J'aime le concept du Stubeul...machin-truc. Un autre regard sur la procrastination. Ça fait écho en moi.

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