Les mères disent: ce n’est pas  notre faute si nous pleurons. C’est la faute de la nature qui nous a faites d’abord pleines, puis vides” Edna O’Brien
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Le reve de Violetta chap 17 l’appel de Christelle

Cette nuit, Jeanne a très peu dormi. Elle a reçu à une heure du matin un message qui disait: viens s’il-te-plaît, sans autre commentaire qu’une adresse inconnue en Italie. D’habitude sa fille ajoute toujours un petit mot tendre : bisou, coucou, je t’aime. La concision de ce message est pour la destinataire un motif grave d’inquiétude. Pourquoi Christelle n’a-t-elle pas écrit : à bientôt, je me réjouis de te revoir, bonne route ? Jeanne s’est précipitée sur l’ordinateur pour y découvrir que sa fille se trouve dans une banlieue de Bologne et dans sa tête se bousculent des images qui ne sont pas faites pour la rassurer. Il faut qu’elle se mette en route au plus tôt mais elle attend quand même les premières lueurs de l’aube pour partir. Angelo qui dort encore ouvre un œil pour lui souhaiter bonne route. Informé de la situation, il ne peut être du voyage car il fait un exposé à des étudiants sur la technique qu’il a développée dans le domaine de la céramique. Il est un peu inquiet de la laisser partir seule mais il sait qu’aucune force ne serait capable de la retenir une heure de plus et que c’est une conductrice prudente. La distance à parcourir est de plus de six cents kilomètres, Jeanne sera donc absente pendant deux jours, elle ne pourra être de retour avant samedi soir ou dimanche.

Au volant de sa voiture, Jeanne se sent très seule. Elle est la mère responsable qui va récupérer sa fille en détresse mais elle est surtout une enfant très petite qui a tellement besoin de sa maman pour se sentir protégée. La peur qui l’empêche de respirer ne repose sur aucun fait concret. Sa fille est vivante et elle va revenir à la maison. Elle pourra compter sur le soutien de ceux qui l’aiment plus que tout et elle pourra être reconnue telle qu’elle est, avec ses faiblesses, ses manques, ses incertitudes et ses blessures. Tout ce qui fait de nous des êtres imparfaits mais uniques. Une relation plus authentique

 

é entre les deux femmes permettra à la plus jeune de rejoindre la plus expérimentée dans un monde moins fragmenté où l’équilibre ne risque plus, à tout instant, d’être rompu.Cette perspective soulage Jeanne et elle trouve enfin le courage d’ouvrir la portière et de respirer l’air automnal sur une aire de service. L’appétit est revenu et elle va choisir un sandwich au pain frais garni de jambon cru et de cornichons craquant sous la dent. Alors qu’elle est à la caisse en train de passer sa commande une voix familière retentit derrière elle. C’est une voix de femme.Elle se retourne et reste muette. « Mais que fais-tu là ? » demande alors sa belle-sœur. Car c’est bien elle qui est là en train de boire un ristretto. Jeanne la regarde comme si elle se trouvait face à une vision surnaturelle. « Et toi ? » parvient-elle à articuler. Julia, sa belle-sœur est la femme du frère d’Angelo. D’origine italienne, elle vit depuis sa plus tendre enfance en Suisse et n’a gardé que des contacts lointains avec sa famille restée au pays. Elle ne retourne pas souvent dans son village et surtout, elle n’y va jamais seule. Son mari, Giancarlo l’accompagne toujours. Que fait-elle donc ce matin sur l’autoroute ? Les deux femmes s’assoient à une table près de la fenêtre et après un moment de silence, elles prennent la parole au même instant. « Je vais chercher Christelle… » « Ma cousine m’a invitée à la foire des textiles à Milan… » Puis elles se taisent et se regardent, comme si elles se voyaient pour la première fois. Cela fait plus de trente ans qu’elles portent le même nom et qu’elles se croisent régulièrement lors de fêtes de famille et d’anniversaires. Elles ont vécu ensemble des moments heureux et d’autres plus difficiles et elles se portent une affection réciproque bien que leurs rencontres soient rares, chacune étant accaparée par ses occupations professionnelles et privées. Les deux belle sœurs ont cependant beaucoup parlé de leurs filles ces derniers temps : Jeanne exprimait son inquiétude de ne pas avoir de nouvelles de sa cadette et Julia était attristée par le comportement de son aînée qui avait décidé de se séparer de son mari. Leurs préoccupations de mère les ont ainsi rapprochées mais se retrouver à la même heure, au même endroit, à quelques centaines de kilomètres de la maison ne faisait pas partie de leur complicité actuelle.« Et comment comptes-tu la retrouver ? demande Julia à Jeanne. C’est grand Bologne, tu sais. »

« Oui, mais j’ai une adresse et je peux la joindre sur son téléphone portable. »

En donnant cette réponse, Jeanne n’est pas tout-à-fait honnête car depuis son départ, elle a plusieurs fois tenté en vain d’appeler Christelle. Mais elle ne veut pas faire état de son inquiétude. « La foire n’a lieu que demain, si tu veux je t’accompagne jusqu’à ce que tu soies rassurée. En roulant bien nous pouvons y être dans l’après-midi et je repartirai très tôt demain matin. C’est comme si le ciel s’était entr’ouvert et qu’un ange soit descendu pour répondre à l’invocation de la mère abandonnée. Elle n’aurait jamais pensé que la présence de quelqu’un que l’on connaît depuis si longtemps puisse rendre si heureux. Elle contemple son interlocutrice avec les yeux de la survie. La main qui lui est tendue la sort d’un gouffre profond où elle se sentait totalement écrasée.

Les deux femmes se donnent rendez-vous à Bologne, devant la fontaine de Neptune, ce qui permettra à la première arrivée de visiter la Grande Place et ses édifices magnifiques. Elles se fixent une heure approximative et se souhaitent bonne route.Le panneau de l’autoroute indique Bologne à quinze kilomètres et Jeanne se réjouit de se trouver bientôt sur la Grande Place. Il est trois heures de l’après-midi et la fatigue se fait un peu sentir, même si la rencontre avec Julia a calmé son anxiété. Ce soir la mère, la fille et la tante mangeront ensemble dans un bon restaurant et le dragon de l’amour fusionnel restera dehors. Il a été transpercé par la lance de l’absence et plus jamais il ne pourra resurgir avec autant de violence. Jeanne cherche à s’en persuader mais elle sent bien, que tout au fond d’elle-même, il se débat encore.L’air est frais et le soleil fait flamboyer les façades de terre cuite.

« Je n’avais aucune raison de me promener dans ce lieu étonnant aujourd’hui, pense-t-elle. Je devrais être en train de me pencher sur les richesses de l’inconscient dévoilées par un rêveur ou une rêveuse et je suis ici émerveillée par la splendeur de ces monuments. » Il n’y a pas beaucoup de monde autour de la fontaine monumentale et elle aperçoit immédiatement la silhouette de sa belle-sœur qui lui propose de se rendre sans tarder à l’adresse indiquée dans le mystérieux message.

 

A suivre: Chapitre 18 La colère de Jeanne

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