“Que quelque chose puisse ne pas provenir de l’extérieur mais soit pourtant réel, voilà une vérité qui a à peine commencé à percer dans l’humanité contemporaine.” C.G.Jung
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Le rêve de Violetta Chapitre 15 Telesphore

Violette est restée plusieurs jours à l’hôpital dans un état inspirant de vives inquiétudes à son père. Aujourd’hui elle est hors de danger bien qu’elle soit encore très faible. Elle se réjouit de rentrer chez elle et de reprendre ses activités même si elle sait qu’elle devra encore attendre quelques semaines avant de pouvoir passer ses examens. La réponse qu’elle espère positive pour le rôle de Rosine n’est pas arrivée mais elle s’est résignée car elle ne pense pas avoir l’énergie de l’interpréter. Elle est fermement décidée à se représenter au prochain concours, lorsqu’elle sera vraiment guérie. De plus, elle a vu son père si inquiet et si attentif à ses moindres besoins qu’elle ne se sent plus capable de l’informer qu’elle renonce à devenir médecin. Cela peut attendre.

L’infirmière entre un soir dans sa chambre avec un large sourire:

– Je vous annonce une excellente nouvelle, Violette. Vous pouvez rentrer demain à la maison. Votre père viendra vous chercher et il vous conduira chez lui pour votre convalescence. Il voulait vous le dire lui-même mais il a été appelé pour un accident et il risque d’être retenu très tard. Il m’a demandé de vous prévenir.

Violette ne saute pas de joie à cette perspective. Elle veut se retrouver chez elle et nulle part ailleurs. Cela a été si difficile de quitter la maison qu’elle ne veut absolument pas y retourner, surtout que Géraldine s’y est installée. Les visites de politesse qu’elle a faites à la fille de son compagnon n’ont été agréables ni pour l’une, ni pour l’autre, chacune s’efforçant de faire plaisir à Jules qui désire tant les voir sympathiser. Mais comment pouvez-vous sourire à une égoïste ayant pour seul intérêt le tombé de son châle en cachemire et le choix du restaurant où elle veut aller célébrer son anniversaire ?

Violette n’a perçu aucun intérêt pour sa maladie de la part de celle qui pense, qu’à son âge, la jeune fille ne devrait pas avoir si souvent son père à ses côtés. Le temps qu’il passe avec elle est considéré comme volé par cette pauvre femme sans enfant qui ne sait rester seule sans se croire trompée. Violette pense que les raisons de cette attitude infantile ne la regardent pas et elle ne désire pas les connaître. Mais elle est certaine d’une chose : elle rentrera chez elle « à la maison » et ne retournera pas « chez eux ».

Elle prévient aussitôt l’infirmière de sa décision en espérant que le message sera transmis à son père. Sinon elle le lui annoncera elle-même. Elle trouvera le courage que lui n’a pas eu.

Cette nuit elle s’endort un peu inquiète à l’idée d’avoir à prendre soin d’elle-même car elle est si vite fatiguée.

Et un rêve survient dont elle se souvient très clairement au réveil.

« Celui-là, pense-t-elle, je n’ai pas besoin de le noter car je ne l’oublierai pas. Je n’ai aucune idée de ce qu’il signifie mais je suis persuadée qu’il est important. Je dois en parler à Jeanne. » Elle s’imagine déjà en train de le lui raconter.

“Je marche sur une route à la campagne. Je suis perdue. Je ne sais pas où je vais. Une voiture passe à côté de moi et s’arrête. Le conducteur me demande si je veux monter mais il y a une femme à côté de lui et il n’y a pas de place à l’arrière. Je refuse et il continue sa route. Je pense que j’aurais dû accepter car il n’y a aucune maison en vue. Je suis très découragée. A ce moment surgit un jeune garçon qui sort de la forêt. Il a une lanterne à la main et un capuchon pointu. Il ne dit pas un mot mais je le suis

et il me conduit jusqu’à une auberge où je trouve une chambre et un repas. Je veux le remercier mais il a disparu. Je sors pour le rattraper et je vois dans le ciel des ballons bleus qui s’élèvent. C’est très beau. »

Ce rêve remplit Violette d’une énergie nouvelle et elle ne comprend pas pourquoi elle est si heureuse de l’avoir fait.

Alors qu’elle est en train de se préparer pour quitter l’hôpital, quelqu’un frappe à sa porte. C’est Jeanne qui « souciait » de sa rêveuse qui avait enfin laissé un message très angoissé sur son répondeur, lui annonçant son hospitalisation. Violette est très heureuse de la voir et ne peut attendre de parler de l’image de cet inconnu qui lui donne du courage. Elle a tant de questions à poser de toute urgence:

– Qui est donc ce petit garçon ? Que vient-il faire dans mon rêve ? N’ai-je pas dépassé l’âge des contes de fées ?

Elle est presque vexée d’avoir des visions nocturnes aussi infantiles et pourtant l’énergie que lui apporte cet enfant habillé d’un ample manteau à capuchon pointu ne la quitte pas.

Dans l’Antiquité, répond Jeanne, ce vêtement était celui des convalescents. Les Grecs avaient un dieu particulier qui veillait sur cette période de retour à la santé après une grave maladie. Ce dieu était le fils d’Esculape, fondateur de la médecine et il est très souvent représenté sur des statues aux côtés de son père sous les traits d’un jeune garçon. Parfois ses sœurs, Hygie, qui enseigne la vie saine et a donné naissance au mot hygiène et Panacée, la guérison universelle sont aussi présentes.

– Esculape le père, Hygie et Panacée les filles mais le fils, quel est son nom ? demande Violette. –

Son nom est Télesphore, répond Jeanne. Ce qui est très intéressant pour vous, c’est qu’il est toujours représenté sous les traits d’un petit garçon ou d’un nain vêtu d’une pèlerine à capuchon pointu.

Dans l’antiquité, cette figure du petit garçon divin apparaissait dans des rêves célèbres racontés aux prêtres dans les temples de la guérison.

La jeune fille qui n’a jamais entendu parler de ce personnage reste muette de stupéfaction.

– Comment se peut-il que ce petit être vienne m’annoncer ma guérison alors que j’ignore son histoire, D’où émerge-t-il ? Comment mon inconscient est-il au courant de choses que je n’ai aucune raison de connaître ?

Cette question est au centre de la découverte que fit Jung dans sa propre psyché et dans celle de ses patients : il existe en chaque être humain des ressources insoupçonnées de connaissances. Le rêve libère des notions jusque là inconnues qui parviennent d’elles-mêmes à la conscience et ont leur vie propre. Nous pouvons ainsi percevoir des choses que nous n’avons jamais sues, ni pensées et qui sont néanmoins réelles.

Lors des moments importants de l’existence, que ce soit à l’occasion de graves conflits ou de grandes joies, le rêve va rechercher des images archaïques qui ne proviennent pas de notre savoir mais qui apparaissent spontanément et nous relient à toute l’humanité. Ces images qui émergent de notre nature véritable nous mettent en contact avec des forces d’équilibre et nous relient à toutes les générations qui nous ont précédées. Quelle que soit l’époque, les situations émotionnelles se répètent de manière identique dans la vie des êtres humains : rencontre amoureuse, puberté, maladie, deuil,

retraite etc… Lorsque nous traversons ces moments de changement, des thèmes communs à toute l’humanité peuvent apparaître dans nos rêves tels que le dragon et les démons, Le Vieux Sage, l’arbre de vie la fontaine ou le cercle magique, la roue appelée aussi mandala. Le mandala a de tout temps été utilisé comme source de guérison dans les situations chaotiques car il exprime la totalité de la personnalité. Ces images protectrices et salutaires nous permettent de pressentir le divin, sans en faire l’expérience immédiate.

C’est cette notion d’inconscient collectif qui attira à Jung de très nombreuses critiques de la part de ceux qui ne voulaient admettre qu’il y ait en nous une intelligence intuitive capable d’énoncer des choses que nous ne savons pas.

Violette est émerveillée par ce Télesphore qui vient lui annoncer la fin de sa maladie. Elle découvre aujourd’hui le nom et le rôle de cet enfant qui a suscité en elle une joie profonde.

Le soleil brille lorsqu’elle se retrouve au bras de Jeanne qui l’accompagne jusqu’au taxi. Violette a l’âge d’Isabelle, la fille aînée de Jeanne et souvent elle a secrètement envié les enfants qui l’avaient pour mère. Elle était si jeune lorsque la sienne est morte, fauchée par une voiture alors qu’elle courrait pour attraper son train. Violette n’oubliera jamais le visage ruisselant de larmes de son père venu lui annoncer le malheur qui la rendait orpheline. Il avait enfoui sa tête contre la poitrine de sa petite fille et avait longuement sangloté. Violette avait ainsi été précipitée à tout jamais dans le monde des adultes car elle avait immédiatement compris que cet homme impressionnant avait besoin d’elle et qu’elle devenait responsable de lui, de ses malades, de toutes les personnes dont il

était le chef. Elle perdit l’insouciance de son âge et fit l’admiration des adultes qui la trouvèrent si réfléchie. Heureusement, sa grand-mère maternelle l’avait beaucoup entourée jusqu’à son décès, deux ans auparavant et elle pense très souvent à elle. La petite orpheline devint Violette pour répondre au désir de son père qui n’avait jamais aimé la consonance italienne de son prénom. Il n’avait su résister à Chantal qui l’avait exigé car elle avait tant d’amour pour Violetta de la Traviata.

Bien qu’elle soit très heureuse de retrouver “sa maison” le seul lieu où elle se sente libre et légère, la main de Violette tremble un peu au moment de tourner la clé dans la serrure Elle doit réapprendre à s’occuper d’elle-même après un séjour dans une chambre d’hôpital où tout le monde s’efforçait de soigner au mieux la « fille du patron. »

Tout est en ordre dans son appartement, le ménage a été fait, un bouquet de roses jaunes égaye la pièce et le frigo est rempli de ses mets préférés. Il y a même un mot de bienvenue sur sa table de nuit. « Un père comme le mien, pense-t-elle, il n’y en a pas beaucoup. Il ne m’en veut pas de refuser son invitation et s’efforce de rendre mon retour agréable. » Elle se sent envahie par un profond sentiment de reconnaissance envers lui tout en pensant que les chances de trouver un autre homme qui l’aime autant semblent assez minces. Elle verra bien. Elle a le temps. Rien ne presse.

Sur la table de la cuisine est posé le courrier qui ne lui a pas été transmis pendant sa maladie. Des factures, bien sûr et encore des factures, la revue musicale à laquelle elle est abonnée, des informations de l’université au sujet des examens et quelques cartes postales d’amis étudiants qui passent une année Erasmus dans des capitales étrangères. La jeune fille a vite fait le tour de la pile mais son attention est subitement attirée par une lettre dont l’adresse est écrite à la main et dont elle ne reconnaît pas l’écriture. Elle l’ouvre et en sort une feuille de papier de couleur violette, inhabituelle. Elle pense qu’il s’agit d’une publicité sans intérêt mais découvre avec joie que c’est une invitation à un concert privé chez le directeur du conservatoire qui organise une soirée en l’honneur de l’artiste lyrique Giovanni Pavese, ancien élève, devenu célèbre aux Etats-Unis. De passage dans la ville où il a fait ses études, le chanteur offrira à ses amis un récital et Violette se réjouit beaucoup d’y participer. Elle est très heureuse d’avoir été choisie parmi les invités. Tout-à-coup la perspective de cette soirée fait monter en elle une énergie inconnue. Le concert aura lieu le vendredi 22 avril, dans trois jours C’est comme si plus rien d’autre n’avait d’importance. Et lorsqu’elle s’endort ce soir-là elle sourit.Elle ne se souvient pas d’avoir fait un rêve lorsqu’elle se réveille après une nuit tranquille. Il ne lui reste qu’une image, celle d’un caillou blanc tout rond qui diffuse une lumière dorée. Elle le voit, elle ressent cette lumière sur son corps mais elle n’a pas d’autre souvenir de ce rêve qui ne lui paraît pas important. Elle sait cependant qu’elle ne va pas oublier ce caillou rond qui lui fait chaud au coeur. Lors d’une prochaine promenade au bord du lac, elle s’efforcera de le trouver.

 

A suivre: Chapitre 16 Le pull violet

Commentaires (1)

Starben CASE
24.12.2016

J'ai écrit mes rêves sur Webstory et vous invite à les lire. Pour rêver:  La petite île, si petite 

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