Le rêve n’existe pas. Il n’y a que des récits de rêve. 
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«Le rêve n’existe pas. Il n’y a que des récits de rêve.» Freud

Le rêve fournit des informations sur la nature profonde de celui qui le fait. S’il trouve une oreille attentive, mère, époux, sœur, ami…. le rêveur bénéficie d’une aide efficace pour découvrir le sens des images qui l’intriguent. Dans le dialogue qui se déroule, les mots utilisés sont d’une très grande importance car ils sont révélateurs de la personnalité de celui qui les prononce. En effet, le rêve ne peut être projeté sur un écran, il ne peut que faire l’objet d’un récit subjectif. Il arrive que la description soit si détaillée qu’elle entraîne celui qui l’entend dans le monde de l’inconscient, avec ses dimensions, ses caractéristiques, sa fantaisie et son inépuisable créativité. Ce privilège inouï provoque alors un émerveillement semblable à celui de l’explorateur qui se trouve tout-à-coup face à des paysages totalement nouveaux. Parfois, au contraire, il peut être très difficile de se faire une représentation fidèle des images décrites. Il est alors utile de le concrétiser par le dessin, par le modelage, par la danse, ou par le chant. Jeanne a donc installé contre l’une des parois de son bureau un tableau qui n’est pas noir mais blanc sur lequel on peut dessiner avec des feutres de couleur.Une jeune femme lui avait un jour déclaré :«J’ai rêvé d’un poisson énorme , immense, un très gros poisson.Invitée à représenter son poisson, la rêveuse avait aussitôt pris le feutre et d’une main assurée, elle avait très rapidement tracé quelques lignes. Elle s’était ensuite reculée pour contempler son œuvre.Sur la surface blanche qui recouvrait la moitié de la paroi, on pouvait voir un minuscule petit poisson qui mesurait moins de cinq centimètres. L’image était si peu conforme à sa description

que l’on avait de la peine à garder son sérieux. «Eh bien oui, c’est tout-à-fait moi ! s’était exclamée en riant la jeune femme. Tout ce qui me concerne, j’ai tendance à le minimiser, à ne pas le prendre au sérieux. Même ou surtout lorsque c’est important.» Il est faux de penser que de tels propos permettent de résoudre le problème et de l’éliminer. Très souvent, la prise de conscience ne se fait que sur le plan intellectuel. Et rien ne change. Mais lorsque ce tout petit poisson se met à nager devant vos yeux, dans toute sa démesure, il se grave dans les cellules et réapparaît au moment où se reproduit le comportement inadéquat.Plongée dans ses réflexions, Jeanne n’a pas entendu le coup de sonnette. Ce n’est qu’au deuxième appel qu’elle sursaute et bondit sur ses pieds pour accueillir Sofia. D’une élégance parfaite et impeccablement maquillée, Sofia attire tous les regards et semble uniquement préoccupée par son apparence. Cette attitude superficielle cache une très forte angoisse de vivre. Depuis plusieurs années, elle fait le même cauchemar qui lui fait de plus en plus peur. Lorsque l’énorme escargot bleu est apparu pour la première fois, elle l’a trouvé curieux, étrange mais n’a ressenti aucune frayeur. Comme la plupart des personnes gravement traumatisées, Sofia souffrait d’une paralysie des sentiments qui ne lui permettait pas d’entrer en contact avec ses émotions.Cette image la laissait complètement indifférente. Puis le monstre est revenu plusieurs fois et elle s’est mise à le craindre jusqu’à en être terrorisée. Elle a donc pris rendez-vous pour en comprendre le message et être ainsi libérée de sa peur. Sofia est une personne très active qui a l’habitude de résoudre les problèmes de manière expéditive. Elle raconte immédiatement son rêve.

«Comme d’habitude, je me promène sur une plage de sable blanc, le long de l’océan. Il y a de grosses vagues et j’ai un peu peur d’être mouillée. Tout-à-coup surgit un énorme mollusque bleu mais je ne sais pas si c’est une méduse ou un escargot. Un inconnu surgit et veut me protéger. Je me réveille en hurlant car le monstre va me dévorer.» Après l’avoir invitée à faire quelques respirations profondes, Jeanne propose à la rêveuse de dessiner le monstre. Sofia s’empare du feutre bleu. Elle trace une ligne imprécise d’une main tremblante. Mais son trait devient plus sûr et le tableau est bientôt envahi par une forme arrondie, bosselée, munie de tentacules géants. Tout autour d’elle les vagues menaçantes de l’océan déchaîné. Elle repose le stylo et s’éloigne un peu du tableau comme si son dessin l’effrayait.«Vous dîtes que vous faîtes souvent ce cauchemar. Aujourd’hui vous décidez de lui consacrer du temps. Y a-t-il un élément nouveau par rapport aux fois précédentes ?» demande Jeanne.  Sofia réfléchit quelques instants puis se souvient que c’est la première fois qu’il y a un homme avec elle. C’est un inconnu qui essaie de la protéger mais ne parvient pas à calmer sa terreur. Elle trace alors une silhouette masculine dans le bas du tableau, à gauche, à peine visible. «Pouvez-vous pour quelques instants, prendre l’identité de cet homme et décrire le rêve de son point de vue ? Qui est-il et quelle différence y a-t-il entre vous et lui ?»«C’est quelqu’un de courageux qui veut venir à mon secours et qui n’a pas peur, contrairement à moi. Ni les vagues, ni le monstre ne l’effraient. Seulement je ne le laisse pas agir car je ne fais confiance à personne. Je suis si seule.»«Qu’est-ce qui vous plaît dans ce personnage et qu’est-ce qui vous déplaît en lui ?»

 

Violetta: Chap. 2 L’escargot bleu

 

«J’aime son côté protecteur mais je me rends compte qu’il est tout petit et que je ne lui prête aucune attention. Cela lui déplaît de ne pas être pris en considération et il a peur de disparaître.»Alors Jeanne parle de ce côté masculin de la rêveuse qui veut lui apporter de l’aide, qui est présent en elle et sur lequel elle peut compter pour affronter cet énorme monstre. C’est la première fois qu’il se manifeste et ceci constitue un progrès immense. Sofia a contacté le côté sauveur de sa personnalité et elle en retire une grande énergie.La couleur bleue, lorsqu’elle est associée au blanc, peut révéler une souffrance, celle de la rupture par rapport à la mère. La rêveuse  n’est pas encore prête à parler de son enfance mais les rêves suivants lui ouvriront peut-être une voie. «Avant de vous endormir, recommande encore Jeanne à Sofia, lorsque vous redoutez que ce cauchemar ne revienne car vous avez vécu pendant la journée une situation de stress, faîtes appel à cet homme et demandez-lui d’être là lorsque vous devrez affronter le mollusque. Cela vous donnera du courage et nous pourrons alors tenter de découvrir qui est le monstre.» Ce conseil permet souvent aux rêveurs d’adopter une attitude de confrontation face à l’image qui les terrifie au lieu de fuir.Il faut du temps, beaucoup de temps pour laisser venir à la conscience les traumatismes longtemps refoulés.Le rêve angoissant ouvre le chemin au souvenir oublié qui surgira lorsqu’il pourra être reçu. Une fois de plus, Jeanne est impressionnée par le changement qui s’opère chez le rêveur lorsque l’angoisse de l’inconnu cède la place à une orientation nouvelle surgie de lui-même. Elle repense à Violette qui se sent maintenant responsable de son destin. Et prête à se présenter aux examens.

 

A suivre: Chapitre 3 L’examen de Violette

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