Texte rédigé lors de l'atelier d'écriture de Geoffroy et Sabine de Clavière, à la Société des Arts - 2019 Tous ont un lien avec l'eau... ou presque
Reprendre la lecture

Le rêve de l’eau

 

L’eau sortait de la roche comme une invitation. Elle semblait caresser une gamme de sensations inconnues. Puis, l’atmosphère se transforma en musique sourde. Ma perception s’aiguisa au-delà du normal. Mon corps se dilua comme un nuage, naturellement, pour s’élever et se confondre avec les bulles éclaboussées. J’avais enfin atteint ce point de vibration où la mer me confond… Encore… avant de remonter effectuer les paliers de décompression.

 

Disparaître

 

Il était fier d’appartenir à l’élite. De son corps émanait la beauté et la puissance d’un dieu. Physiquement, il se sentait intensément immense. Le pouvoir généré par le groupe le renait invincible. Les hommes l’enviaient, les femmes l’admiraient presque autant que lui-même.

 

Et puis il y eut l’incident. Une peccadille de rien du tout. Il n’y prêta pas attention. Dans les jours qui suivirent, les regards se détournèrent, mais il lui semblait que tout l’univers prêtait attention à lui, comme si on avait retourné le sablier. Il entendait les ricanements chuinter comme les grains de sable qui s’écoulent. Sa démarche devint si pesante que son corps semble immobile et soudain il se mit à rétrécir misérablement, comme une éponge qu’une main divine essore.

 

Le lendemain, il restait quelques gouttes dans l’évier et une poussière de sable immobile dans l’air.

 

L’état d’amour

Inspiré d’un tableau au Palais de l’Athénée

 

Est-il bien raisonnable de malmener à ce point le cœur, cet  organe vital?

Pour une raison qui m’échappe encore, il devient douloureux à force de rétrécir. Le mot exacte serait fuir. Lorsque la raison qui m’échappe se présente devant moi, mon cœur fuit au galop, mon cerveau se fige, mon corps se liquéfie… C’est dangereusement délicieux.

Tableau Gaetano, architecte d’ornement

 

Vous m’avez bien eue Gaetano, avec votre allure d’artiste. Tout le contraire de mon mari et pourtant vous exercez le même métier. Vous possédez l’ornement en plus, alors que mon époux ne dépasse pas la rigidité d’une colonne. Il était tentant de m’imaginer en arabesque autour de vous. J’aspirais à devenir votre Muse.

 

Emportée par mon désir, qui a tout inventé, j’ai été jusqu’à croire que vous me regardiez d’un œil plein de promesses. Le visage légèrement tourné de côté comme pour changer de destinée, votre regard lointain semblait fouiller mon âme. Quel délice de se sentir nue !

 

Ce regard coquin porté par deux ailes de rapaces qui m’emprisonnaient tendrement malgré le vent orageux. Tout dans votre visage m’apaisait et m’effrayait à la fois. J’aurais dû me douter que votre sourire carnassier n’était pas une invitation bucolique. Que vos lèvres charnues prendraient sans jamais donner.

 

Je me suis noyée dans mes illusions avec délice avant de réaliser que vous deveniez mon mari.

 

Le film The Yellow Submarine

La rue s’étalait devant moi, étrangère et asiatique. Je retins mon souffle pour empêcher la chaleur de rentrer. Une foule dense et grouillante m’attira comme un aimant. Le mouvement de tous ces gens qui ondulait autour de moi, me donna la sensation d’être embrassée par l’eau qui me remet en place. La peur me quitta. Nous allions tous au cinéma, au marché, au travail… Nous allions tous au même endroit : La vie.

 

Après la lumière, la nuit d’une salle de cinéma et l’impression étrange de regarder un film des Beatles, ici, à Bangkok. J’étais adolescente et fus frappée par un personnage du film qui parcourait la mer de trous, The Sea of Holes. Disparaître ici et réapparaître ailleurs, dans un autre espace-temps. Encore un bercement temporel. L’impression d’être ici et là-bas à la fois. Puis une chanson : quand j’aurais 64 ans, je ferais ceci, je ferais cela…

 

When I’m, sixty-four... j’y suis.

 

Je me souviens

 

Je me souviens de la montée d’adrénaline en jouant aux cowboys et aux indiens. Malingre et nerveux, mon petit frère est un guerrier redoutable. Quand nous jouons aux cowboys et aux indiens, il se prend tellement au sérieux qu’il impressionne beaucoup les cousins. Il est convaincu qu’il faut des règles, des accessoires qui permettent d’identifier les clans. Et surtout, ça le rend dingue si nous ne respectons pas les consignes. Ma cousine et moi, on n’en a rien à fiche. Notre objectif est de voler par tous les moyens le maximum de trésor, ce dernier étant constitué de pives. Le camp qui aura amassé le plus de pives aura gagné.

 

Nous, les filles, on triche. A la guerre comme à la guerre, non ? Nous rions de nos ruses et de notre courage face à l’ennemi. Les garçons nous poursuivent avec des flèches en bois fait maison et pointues. Je riposte avec mon fusil en plastique reçu à Noël. De vraies fausses balles font mouche. A notre grande surprise, mon frère sort aussi un fusil, mais il a six coups contrairement au mien qui n’en a que deux.

 

A partir de ce jour, je suis devins féministe.

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

J’ai comprisEn savoir plus