Créé le: 21.08.2020
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Le programme

Fantastique, Fiction, Notre société

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© 2020-2024 Caroline Bench

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Se retrouver contraint de suivre un essai clinique afin d'éradiquer ses petits maux intérieurs (ou plus exactement le monstre qui sommeille en lui), voilà à quoi en est réduit Kevin lorsque commence cette histoire.
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LE PROGRAMME

Seul dans ce parc, il hésite entre deux bancs.

Le premier, au revêtement vert bouteille qui s’écaille, caché derrière une barrière de haies désordonnées, semble attendre, presque languide, le promeneur distrait qui se serait égaré. L’autre, moins discret, fait face à un toboggan au métal rouge enflé par endroit. Finalement l’homme choisit de rester debout.

Il ne lâche pas le bouquet de fleurs bigarrées qu’il tient d’une main gauche, -sans doute une variété de marguerites artificiellement colorées-, acheté à la hâte et qui tranche avec sa tenue communion ; non qu’il soit en âge de recevoir le sacrement de l’eucharistie -il n’est à vrai dire pas très spirituel et cela fait bien longtemps qu’il ne croit ni en Dieu, ni au Père Noël- mais parce qu’à 34 ans, il n’a jamais su s’habiller.

La mode ne l’intéresse guère et par sens pratique a opté pour style classique intemporel. Et sans fantaisie.

Autour de lui les arbres frissonnent, grisés par une jolie brise qui ne lui fait ni chaud ni froid. Il n’a pas la tête à ça, à la contemplation. Pas maintenant en tout cas. À cet instant l’esprit est ailleurs, absorbé par un long monologue intérieur sur le fonctionnement du centre nerveux qui gère ses émotions. Ce matin, à la radio, on en parlait justement.

Le sympathique -puisque c’est ainsi qu’on le nomme- aura ma peau, pense-t-il.

Une évidence.

Puis la femme arrive. Elle le voit, esquisse un sourire qui se transforme en quelque chose de magnifique. Et tout à coup il se sent inondé de bonheur.

Voilà comment leur histoire a commencé.

 

J-56

Il appuie sur l’un des six boutons de l’interphone. Le nom LABEX est inscrit sur la sonnette. L’homme maintenant, d’une nonchalance empoisonnée, grimpe les escaliers de cet immeuble situé à la périphérie de la ville. Il ne croise personne pour une fois et c’est tant mieux ainsi il s’épargnera d’hypocrites civilités.

Sur le mur, un tableau attire son attention, il n’était pas là la semaine dernière. Enfin, il a l’impression qu’il n’était pas là. Il s’en serait souvenu sinon, c’est certain parce que ce paysage lui rappelle vaguement quelque chose. Des vacances à Juan-les-Pins peut-être ? En quelle année déjà ? Pourquoi Juan-les-Pins au fait ?

C’est embêtant à la fin de n’avoir pour mémoire que celle des souvenirs brouillés.

Troisième étage, il est inquiet,  il ne sait pas encore s’il va frapper

À la porte

Ou sonner.

On sonne lorsqu’on ne connaît pas. On frappe par habitude. C’est comme ça. Là cependant une sorte de querelle de pensée l’empêche de choisir.

Ce flou dans son esprit, un effet de la thérapie peut-être ?

Il continue son ascension sans réfléchir finalement.

Arrivé au sixième, sans frapper ni sonner que déjà la porte s’ouvre.

Bonjour Kevin, vous êtes ponctuel, c’est bien. Votre cathéter est prêt, installez-vous.

7 heures plus tard, salle de débriefing, conclusion 

Perturbation des connexions neuronales du patient K. Sa dose a été modifiée comme convenu. L’IRM ne présente aucun changement. Dérèglement du taux de 5-HT à préciser.

Petite parenthèse (réussite du projet impérative avant la fin du mois prochain, doubler les doses si nécessaire), fermer la parenthèse.

 

J-40

Kevin peste, sa sieste est fichue, une migraine tenace l’oblige à se lever, cependant que le tic-tac du réveil, posé près de son lit, le torture. Il prend l’objet du délit et le jette loin sur la moquette. Puis se dirige vers la salle de bains à tâtons et nu. Que ce soit pour un quart d’heure ou pour une nuit, été comme hiver il a toujours dormi nu.

Il heurte la table basse et grommelle un merde quelque chose. L’armoire à pharmacie recèle quelques drogues aux effets attendus : il l’ouvre. Un cachet effervescent, plus un autre, il exagère sans doute mais on n’est jamais trop prudent. Dans un gobelet, la mousse chuchote tandis que lui, se vide de ses humeurs. Après, il enfile un caleçon, un rouge, qui traînait par terre avant d’avaler son médicament.

Et d’un coup la douleur cesse.

 

J-35

Chez Labex, on lui a assuré que tout allait revenir très progressivement, que sa perception des choses serait positivement modifiée, non altérée et c’est important ; toutes ses mauvaises pensées, tous ses mauvais penchants disparaîtront. Qu’il s’agit-là d’un traitement expérimental révolutionnaire etc. etc. Alors oui, à la rigueur, on pourrait observer quelques effets secondaires mais le bénéfice supplantera largement ces petits désagréments.

Mais on lui a déjà expliqué tout ça n’est-ce pas Kevin ? Cela fait trois semaines, enfin presque, qu’on vous l’explique !

Décidément, Kevin oublie tout.

7 heures plus tard, salle de débriefing, conclusion 

Le patient K réagit positivement au nouveau traitement. Le taux de 5-HT en légère augmentation. Insomnie primaire comme attendu. Phase 3 en voie d’achèvement.

Note à supprimer : réagit positivement mais pas suffisamment.

 

J-34

Chez Labex, encore. Il y a urgence ce matin. Le rendez-vous n’était pas programmé donc aucune donnée ne peut être enregistrée, l’équipe médico-soignante qui vous suit n’est pas disponible aujourd’hui, revenez plus tard !

Revenir ? Non ce n’est pas possible ! C’est vrai quoi merde ! Regardez-moi enfin ! Vous voyez comme je suis ? Là, tout de suite, Kevin bout. La colère s’accroche aux tempes avant de gagner le reste du corps, les mains sont moites. Une colère sourde, dégoulinante, le gosier serré, la déglutition qui s’étrangle dans des raclements de gorge intempestifs. Ce n’est plus possible, il répète ! Redonnez-moi du sommeil !

On l’invite alors gentiment à se calmer – ce serait dommage de flancher si près du but -, à respirer profondément. Oui, comme ça. C’est très bien Kevin. Inspirez, expirez…

Il est soulagé, maintenant il a presque envie de dormir. Il s’excuse même de les avoir dérangés.

L’infirmière chargée de l’accueil inscrit alors sur un papier : K s’excuse.

En repartant, dans l’escalier le tableau de la veille a disparu, remplacé par un cadre en métal doré de dimension standard, 18X24 pas davantage, avec cette inscription : Sous ce que tu sais, il y a ce que tu ne sais pas. 

2 heures plus tard, salle de débriefing, conclusion

Réaction du patient K à J+1 conforme à nos espérances.

 

J-30

Il se demande s’il rêve ou si ce qu’il éprouve est réel. Comme c’est étrange dans sa tête ce matin. Perdu dans le tourment d’images confuses, distillées goutte à goutte, il lui semble retrouver l’homme qu’il a été.

Il revoit sa maison du bonheur, aux rires partagés, gravée dans sa chair elle brûle son âme.

Il entend les volets qui claquent, battus par un vent dont le nom lui échappe.

Ce même vent qui, au-delà de la Lande, au gré des marées, exhorte l’Océan à clamer sa toute puissance.

Houle dans les arbres aussi, dont les premiers pollens virevoltent dans l’espace, poussés par un souffle où toute la douceur du monde s’est réfugiée.

Près des hortensias à la floraison imminente, dans un coin du jardin, un petit garçon se cache, qui est-il ? Il aimerait deviner ce qui se tait dans son regard mais on n’ose l’aborder, comme pris, soudain, d’une pudeur invisible.

En témoin privilégié de sa propre existence, il se rapproche de lui-même.

Pas à pas.

Dans le ciel, les oiseaux dansent en volutes, silencieux.

 

J-23

Le souvenir des moments passés remplit ses journées.

Il a été heureux, il en a conscience désormais. Chez Labex, on lui a dit que c’était un merveilleux progrès, qu’il devait se faire confiance, qu’il finirait par retrouver l’essentiel.

Que cependant de petits détails désagréables risquent de resurgir. Qu’il s’en accommode au mieux, qu’on en parlerait plus tard.

 

J-22

Elle et lui se sont mis en couple très vite. Un long temps de vie à deux sans enfants, sans ennuis.

Des moments magnifiques auxquels il songe aujourd’hui.

Mais il ne voit pas son visage, c’est frustrant à la fin. À quoi ressemble-t-elle déjà ?

 

J-10

Lorsqu’il parvient à s’endormir, enfin pourrait-on dire, le répit est de courte durée. Sa nuit est agitée, ponctuée de cauchemars, tout comme le fut la précédente, et la précédente encore. Des yeux qui le supplient dans le noir. Un bruit sourd, périodique qu’il entend seulement le soir. Pompe, machine ou bruit du sang ?

Les ruelles sombres de son esprit sont peuplées de fantômes. Il était si bien jusqu’à présent, bon Dieu, pourquoi ce changement ? Il va leur dire à ces charlatans, ces bourreaux de l’esprit, ce qu’il en pense de leurs essais. Ouais, ils vont l’entendre demain ! Il va leur montrer de quel bois il se chauffe !

J-9 

Il est allongé dans un tunnel, la machine fait un bruit de tambour. Ne bougez surtout pas Kevin, lui ordonne une voix par microphone. Il reste immobile pourtant il a envie de les tuer, tous. Cette petite pensée loin d’être anodine active alors une zone très particulière de son cerveau. Les médecins, chercheurs, observateurs, placés dans la pièce adjacente, derrière une vitre, se réjouissent de la tournure que prend cette IRM. C’est formidable quand même ce que les perfectionnements technologiques permettent de visualiser et de comprendre chez les individus présentant une pathologie psychiatrique aigüe.

Formidable oui.

6 heures plus tard, salle de débriefing, conclusion

La stimulation par ultrasons non-invasive confirme le rôle du cortex cingulaire en perturbant la pensée contrefactuelle de l’individu K. La prochaine étape sera décisive.

Note numéro 1 : le ministère nous met la pression.

Note numéro 2 : penser à annuler la note numéro 1.

 

J-5

Il ne comprend pas. Jusqu’à présent sa vie était plutôt tranquille. Il a tué quelqu’un d’accord, sa compagne et alors ? Il souffre d’un désordre de l’attachement, de l’avis des psychiatres sollicités lors du procès. Ce n’est pas possible, c’est une plaisanterie…

Ne jamais se fier aux spécialistes, voilà ce que s’est dit Kevin au moment où ils ont rendu leurs conclusions.

Ils ne peuvent pas savoir à quel point il était attaché à la femme de son cœur, il l’est encore d’ailleurs. Même morte, oui, c’est tout à fait possible, qu’est-ce que vous croyez ? Ils ont connu un si long temps de vie à deux qu’il n’y a aucune raison que cela s’arrête.

Désordre, non !  C’est insensé.

Le problème est ailleurs, c’est certain. Par exemple, il est né gaucher et contrarié. Dyslexique en plus. On l’a diagnostiqué, ensuite débrouille-toi. Toujours débrouille-toi. Après évidemment, il a tout fait à l’envers. Enfin l’envers pour les autres parce que pour lui, cela a fini par devenir son endroit, sa norme en somme. Il aurait pu naître autrement. On ne choisit pas cette enfance-là. Même si l’enfance n’est qu’un détail n’est-ce pas ?

 

J-4

Le phénomène s’intensifie, il ne se plaint pas, il n’a pas le droit. En plus, il le savait lorsqu’il a signé.

Kevin ne se demande pas s’il a fait le bon choix. Il a intégré le programme sur les conseils de son avocat, il s’est trompé. Voilà.

À moins qu’on l’ait volontairement trompé, ils sont capables de tout. Il se pose la question parfois.

S’il y réfléchit bien, sa vie actuelle se résume à trois misérables chapitres :  souffrance, colère, peur et tout cela à cause d’une toute petite minute d’égarement.

Ses actes n’auront jamais été que des coups de dés dans la nuit noire du hasard, il suffit de peu de choses lorsqu’on y pense. Et lui, en ce moment ne cesse d’y penser ; à ce qu’elle lui a fait la salope !

Il ne distingue pas toujours très bien son visage, c’est dommage, franchement c’est dommage, les contours restent flous mais il sait que c’est à cause d’elle qu’il en est là. À cause d’elle oui. Et cette vieille histoire qu’il croyait effacée, pénètre son corps, revient par bribes aujourd’hui.

Deux heures du matin, Kevin se lève, l’insomnie a eu raison de son sommeil, il lève la tête, regarde le ciel, la voie lactée est belle ce soir, on dirait un feu d’artifice à l’arrêt.

 

J-3

La répétition des jours l’angoisse. Il ne mange plus, ne se lave plus, ne s’habille plus. Qu’un vieux pyjama troué sur la peau.

Comment guérir son âme ? Quelqu’un aurait la réponse ?

Les injections ont cessé depuis 6 jours et allongé sur le divan tout lui revient d’un coup, comme si cela sortait du ventre de la mer. Un océan de mots, d’images. Et comme au cinéma, sa vie qui défile.

Il est amoureux. Avec le recul, on se dit qu’il aurait fallu en rester aux préambules, à la phase des premiers émois. Ne pas la demander en mariage. Il est trop tard, tant pis. C’est toujours comme ça en amour, soit trop tôt, soit trop tard, bref ce n’est jamais le bon moment.

 

J-2

Une vie qui ressemble au bonheur. Qui ressemble seulement, car ce sont 200 milliards de connexions neuronales le cerveau, qui s’amusent de Kevin, lui font croire qu’il est aimé jusqu’à ce matin-là où elle lui annonce qu’elle le quitte. Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas possible ! Qu’est-ce qu’il va faire sans elle ? Comment vivre sans elle ?

Elle n’écoute pas, referme sa valise. Lui, il pense que c’est une plaisanterie, tu plaisantes n’est-ce pas ?  Non, elle ne plaisante pas, elle le regarde, le toise même.

C’est ce regard-là qui ne passe pas, trop dur à avaler ; et il est important de le préciser car cela a été rapporté au procès.

 

J-1 avant la fin du mois

Labex, cellule de crise

Premier constat :  Les fonctions cognitives du patient K ne réagissent pas comme prévu. La connexion entre l’amygdale et le cortex frontal est aléatoire. La phase 4 de l’essai clinique est compromise. Les subventions accordées par l’État également s’il ne réagit pas comme espéré.

Second constat (non officiel) : c’est la merde !

Rectification : Rien n’est perdu, il nous reste un jour, le jour en plus d’une année non ordinaire.

 

Jour J, 29 février

C’est un fait, Kevin ne dort plus depuis 76 heures et 35 minutes, nous vous ferons grâce des secondes.  Ce bruit l’obsède, un acouphène permanent qui le ronge, dévore son âme, va le tuer si cela continue.

Il relit le protocole. Oui, il y est bien stipulé, en rouge et souligné, qu’après la fin de ses injections, il serait pris entre le désir de ce qu’il ressent et le désir de ne pas le ressentir. Que cela ne devrait pas durer. Qu’il serait ensuite libéré de toutes ses pulsions criminelles.

Il serait comme neuf à l’intérieur.

Guérir plutôt que punir.

Son rendez-vous chez Labex est fixé à 14 heures, il lui reste deux heures. Il a vraiment envie de vomir, il faut que les mauvaises choses sortent parfois.

Des vomissures partout, elles sortent trop maintenant, si seulement cela pouvait s’arrêter, il passe son temps aux toilettes mais que lui a-t-on fait, merde ?

Il est recroquevillé par terre sur le carrelage de la cuisine, une douleur épouvantable l’empêche de se redresser. En même temps les images se bousculent, le malmènent.

L’enfer.

Kevin revoit le film de sa vie en négatif, tout ce qu’il a fait subir, à sa femme, sa belle, sa bien aimée. Les petites humiliations. Ses réflexions débiles, juste pour le plaisir de faire mal. Aujourd’hui il met ça sur le compte de la fatigue. Il travaillait trop à l’époque, DRH dans une grande entreprise ce n’est pas rien puis passer son temps à se débarrasser des gens, c’est juste usant, ça s’imprègne dans la peau, ça peut donner des idées, non ?  Par ailleurs,  lorsqu’on est fatigué, on n’est plus ce qu’on est vraiment. On réagit, comment dire. De façon excessive. Oui c’est ça. Excessive.

Il est recroquevillé par terre sur le carrelage de la cuisine, on disait, avec dans la tête les images du jour maudit.

Ce n’est pas possible, c’est une blague ! Elle ne va pas partir pour…. Après tout ce qu’il a sacrifié pour elle ! La vraie vie c’est… nous,  il a ajouté.

En fait, elle ne le quittait pas pour quelqu’un, elle partait juste parce qu’elle ne supportait plus ses colères, sa jalousie, c’est la terreur de l’abandon la jalousie, sa fatigue, sa violence.

Il l’a suppliée à genoux – c’est humiliant quand même – de ne pas le quitter. Je t’en supplie, on vit de belles choses toi et moi !

La garce, elle ne l’a pas écouté, elle aurait dû, alors il est parti en vrille. On peut le dire maintenant, l’image est correcte parce que ses mains sur la gorge de sa femme, se sont mises à tourner comme une vrille. Asphyxie lente,  puissante. Ensuite, il ne s’explique pas pourquoi, pour cacher les marques de ses doigts sur sa peau peut-être, il lui noue autour du cou un foulard très cher, en soie de luxe roulotté main avec des motifs Paysley rose pâle. Celui qu’il lui avait offert pour son anniversaire.

Une mort élégante sans aucun doute.

C’est dingue comme il a pu l’aimer lorsqu’on y songe.

Voilà ce qu’il revoit Kevin, ce qu’il revit aujourd’hui 29 février, avant de se mettre hurler, un cri de bête, avant de demander pardon. Regardez-le comme il est beau, plein de contrition, là, en train d’expier son crime. Regardez ces larmes pénitentes, comme elles sont belles ! Vous comprenez maintenant à quel point, il le regrette son geste ? Qu’il regrette aussi d’avoir été arrogant au procès, d’avoir osé sourire à l’énonciation du verdict, les remords qu’il n’a pas eu, la culpabilité qui lui a fait défaut.

Tout. Vraiment. C’est promis, c’est juré.

Des monstres comme lui ne devraient pas exister. Des monstres comme moi ne devraient pas exister, il le crie à tue-tête, inlassablement, depuis la fenêtre de son petit appartement, qu’il vient d’ouvrir à l’instant, à tous ces gens qui accourent 7 étages plus bas, parce qu’il faut qu’on apprenne qu’il n’est pas un homme comme les autres.

Qu’il n’est qu’un assassin.

Ensuite, il pleure. La première fois depuis…

et le silence se fait. Le silence gagnera toujours de toute façon. C’est ce qu’il se dit en embrassant le ciel. Et soudain, il tire sa révérence, s’élance pour un dernier grand saut et tue la marionnette qui était en lui.

14 heures, LABEX, salon de réception, conclusion

Labex a sorti le grand jeu, les petits fours sont délicieux, le ministre est enchanté. Les résultats de cette expérience offrent des perspectives enthousiasmantes dans la gestion des criminels. Lorsque l’on songe à tous ces non repentis, inflexibles, insupportables dont on ne sait plus quoi faire, qui moisissent dans leurs cellules et nous coûtent une fortune.

Conditionner ces personnes à réguler leur pensée, en les poussant à faire l’aveu de leur culpabilité jusqu’au suicide quelle jolie façon de désengorger les prisons !

100 % de réussite. Bravo, vraiment. Grâce à vous Labex, nous allons révolutionner la peine capitale, la rendre plus humaine. Quel soulagement de ne  plus se sentir responsable de la mort d’autrui ! Voilà ce qu’il nous fallait, un peu de légèreté en ces temps difficiles, le peuple appréciera.

Et dire qu’à un jour près, nous passions à côté.

 

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