Le couvent est un espace clos, de lenteur, de silence... En apparence, tout y semble figé et les jours s'empilent, semblables, monotones. Pourtant, sous les voûtes oppressantes, dans les couloirs et les cellules austères, un mystère plane...
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Acte 1

 

 

Frère Federico, toujours disponible et vigoureux, rendait de nombreux services aux soeurs de la communauté.

En plus d’être attentif aux autres et généreux dans son engagement, il était aussi apprécié de toutes pour ses talents de chanteur.

A l’occasion, il pratiquait volontiers une forme subtile d’autodérision en déclamant pompeusement, avec un grand sourire des poèmes vieillots.

Sa vigueur, il l’exprimait peut-être aussi dans un autre registre que celui du travail. C’est du moins ce que sous-entendaient certaines rumeurs et les sourires en coin qui accompagnaient quelquefois son passage.

 

 

Dernière nouvelle : le corps disloqué de frère Federico a été découvert au bas du grand escalier du couvent de San Marco, des ciseaux fichés entre ses omoplates…

Difficile de croire à un accident !

Des questions submergeaient déjà les membres de la communauté, des soupçons s’immisçaient … Et l’on attendait, tel un sauveur, le commissaire Zanoli.

 

 

Celui-ci rentrait tout juste d’un séjour bien être et thalasso. Deux semaines de soins intensifs durant lesquelles il avait perdu trois kilos, s’était fait blanchir les dents et poser des implants capillaires sur le haut du crâne.

Là, il envisageait sérieusement de s’acheter une gondole… décapotable.

 

Zanoli terminait son capuccino à la terrasse d’un bistrot sur la piazza San Giovanni quand on vint le prévenir.

Pour se rendre au couvent tout proche, il enchaîna quelques ruelles, traversa une petite place. Le vent de la lagune faisait onduler ses implants capillaires.

Devant la bijouterie Paradiso, il croisa sa fille qui déposa un bref baiser sur sa joue, l’assura qu’elle l’aimait et lui taxa cent euros.

 

 

Arrivé au couvent, la semelle fumante, Zanoli mesura aussitôt l’ampleur du traumatisme.

L’atmosphère était lourde et silencieuse…

Une voix s’était éteinte, voix pénétrante et chaude qui montait vers les arcs audacieux. Accablée, toute la communauté était consciente d’avoir perdu un membre essentiel, capable de porter haut et loin leurs louanges de vie.

 

Les analyses confirmèrent ce que le commissaire avait pressenti : aucune empreinte sur les ciseaux ! La main sacrificielle était donc divine ou plus vraisemblablement gantée.

L’examen du corps ne révéla, lui non plus, rien de particulier, si ce n’est des traces de frottements assez nettes autour d’une bedaine naissante. Mystérieux sillage d’une chaîne ou d’une cordelette ?

 

 

Zanoli se replia… Evidemment, pour mieux sauter !

Il relut le Da Vinci Code, mangea du poisson et entreprit de pénibles investigations… dans sa chevelure hésitante.

Ligne de conduite élaborée, il retourna au couvent et prit virilement possession du confessionnal.

L’affaire se dénouerait sur les lieux du forfait !

 

 

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