Créé le: 01.10.2022
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Le Jura

Histoire, patrimoine, Horreur, Humour

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© 2022-2023 Peter Pumpkin

© 2022-2023 Peter Pumpkin

Voici un texte qui ne plaira certes pas aux habitants de la Vallée de Joux, ni à ceux, innombrables, qui adorent le Jura... mais il contient une explication possible de l'angoisse indicible que les Vaudois tentent toujours de dissimuler... Lovecraft serait-il allé dans le Jura ?
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L’une des occupations favorites des habitants du Pays de Vaud, dont apparemment ils ne se lassent jamais, est de regarder le Lac Léman. Ce lac figure dans leurs tableaux et dans leurs poèmes ; la caractéristique la plus recherchée d’un logement, dans ce pays,  est celle de posséder une « vue sur le lac » ; et quand ils ont des loisirs, les habitants de la ville et ceux de l’arrière-pays se réunissent sur les berges. Il est vrai que quelques intellectuels – mais ils sont rares – tentent d’exprimer dans leur œuvre à quel point l’on est mal au bord du Lac Léman ; mais on voit immédiatement que le lac, de ce fait même,  reste au cœur de leurs préoccupations.

 

A la vérité, ce lac est fort beau. Mais je croyais qu’il n’est de paysage dont on ne se lasse point ; et cette fascination qu’exerce sur les naturels le paysage qui leur est le plus familier m’est toujours apparue comme un phénomène assez mystérieux.

 

L’explication en est pourtant bien simple. Les habitants regardent le lac et ne s’en détournent jamais : car s’ils regardaient de l’autre côté, ils verraient le Jura. Le Vaudois – et c’est peut-être la clef de son caractère – vit en réalité dans la terreur. Lors même qu’il s’extasie sur la beauté du paysage qui s’offre devant lui, l’horreur est toujours présente dans son dos.

 

Comment pourrait-on exprimer ce qu’un être d’une sensibilité normale peut ressentir face au Jura ? Ces montagnes sont vieilles, incroyablement vieilles et usées. Elles se sont formées bien avant les Alpes, à l’époque des grands dinosaures ; et à vrai dire, elles-mêmes ressemblent à un saurien géant, d’une épouvantable antiquité, qui serait couché dans la plaine, à moitié endormi. Là-bas, la nature est certes sauvage, mais elle n’a aucune grandeur. L’horizon est toujours proche, coupé par une crête. Ce n’est pas un paysage de roches, mais les rochers affleurent partout comme des écailles. Les sapins – la seule essence que l’on trouve en quelque quantité – sont noirs. Il pleut, mais il n’y a pas d’eau ; celle-ci s’écoule immédiatement plus loin. Il est curieux à quel point il est impossible d’aimer ce paysage, même en essayant de toutes ses forces. Tout y est petit et mesquin. Il est des régions à la végétation pauvre, et qui sont très belles ; le Jura est seulement triste.

 

On donnerait toutefois une explication incomplète du phénomène si on se limitait aux seules considérations esthétiques. Celui qui est assez hardi pour s’aventurer profondément dans le Jura, dans les gorges noires et étroites qui sont en son cœur, sait qu’il s’approche de quelque chose d’effroyable. Dans ces lieux il est demeuré une force mauvaise et incroyablement ancienne, quelque chose que l’on ne peut décrire, qui est resté du chaos originel, ou peut-être même d’avant. Il faut fuir, et au plus vite, avant d’être englouti dans une nuit sans fin.

 

Quand on sort – il n’y a pas d’autre mot – du Jura, on ressent un étonnant sentiment de libération. Devant soi, on voit enfin un paysage ample ; au fond, il y a le lac, que l’on aime soudain autant que ne le font les Vaudois. Parfois, un orage, sorti des gorges, semble vous poursuivre, comme si la force mauvaise que vous laissez derrière vous, furieuse que vous lui ayez échappé, avait résolu de sortir de son antre et de vous pourchasser. Mais ces nuages noirs qui traînent jusqu’à terre finissent par disparaître, dissous par l’air pur et la lumière.

 

Vous êtes libre, mais vous avez appris une terrible leçon ; vous ne regarderez pas en arrière. Comme le font les Vaudois, vous contemplerez le lac, sans jamais oser vous retourner.

Commentaires (2)

André Birse
03.10.2022

On n'a jamais vu une girafe ni un éléphant dans le Jura. S'ils pouvaient écrire, ils appuieraient votre texte. Je suis un chevreuil que l'on a pas encore tiré et qui s'étonne tranquille de se sentir si bien dans ces soleils entre les pluies. Quelque chose de l'herbe ou des bois, une fraise ou les cendres de sa mère qui voulut y dormir.

PP

Peter Pumpkin
14.10.2022

Eh bien, mais ce texte n'a pas besoin d'être appuyé... c'est pour rire...

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