Créé le: 12.05.2026
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Le guet-apens

Fiction

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© 2026 a Luna Nevi

1. 2055, en Essius

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« Le guet-apens » propose une vision futuriste du monde dans les années 2050. Le récit est mené par deux personnages principaux, Marcello né en 2000 et Julie en 1959. Il se passe parallèlement dans les années actuelles et dans l’avenir. C’est un récit d’aventure.
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Il portait des gants blancs. Le crâne dégarni, il avait réuni le peu de cheveux qui lui restaient en une queue de cheval plutôt miteuse qu’il relevait et attachait par un élastique dans la nuque pour en faire un mini-chignon. Il avait une voiture noire, une maison rose et des bottes hautes. Il partait retrouver son cheval, ou plutôt sa jument, car il n’aimait pas les hommes et tout ce qui était masculin. Il s’adorait lui-même toutefois parce qu’il avait une haute opinion de sa personne.

Sa femme, Lucie, avait le visage entièrement tatoué. Elle avait fait dessiner des diablotins qui se croisaient le long de ses joues et vers le front. Plusieurs d’entre eux descendaient le long de son cou. Son visage marquait une forme d’agressivité, rien n’était harmonieux en tout cas. Ils vivaient toujours ensemble comme beaucoup de couples qui avaient dressé un mur pour séparer les femmes des hommes. Le gouvernement recommandait la construction d’un tel mur pour éviter au couple d’enfreindre la loi selon laquelle les époux n’avaient pas le droit de faire l’amour plus d’une seule fois par année, pour des raisons évidentes d’hygiène.

Au grand dam de son épouse, Marcello avait préféré être séparé d’elle dans leur maison pour éviter toute tentation illégale. Le mur garantissait une obéissance totale – quoique relative en ce qui concerne notre couple comme nous l’allons voir. En réalité, le mur n’était qu’une feinte de l’Etat, qui surveillait le respect de ses prescriptions par des vidéos placées dans tous les intérieurs abritant des couples. De temps en temps, en vrai machiste, Marcello incitait Lucie à transgresser la loi en faisant l’amour dans leur piscine. Lucie, qui prenait un certain plaisir à ces ébats, était pourtant très stressée ce qui paralysait ses sensations. Elle craignait les voisins, car la délation était une pratique conseillée. A défaut de délation, celui qui avait couvert un voisin était accusé de complicité.

Ils avaient une petite chienne, nommée Bisule. Elle portait toujours une muselière, ainsi que l’exigeaient les autorités. En effet, une enquête sur les chiens, menée par la SPH (Société Protectrice des Humains), démontrait que la plupart des propriétaires de chiens éduquaient mal leur compagnon canin. Les gens prirent peur et déposèrent une initiative – il faut préciser, à l’attention du lecteur qui l’ignorerait, qu’en Essius n’importe quel citoyen peut proposer une initiative, qui est passée au vote populaire s’il parvient à obtenir cent mille signatures. L’initiative proposait d’obliger les propriétaires de chiens à leur mettre une muselière lorsqu’ils le promenaient et la loi fut acceptée à une large majorité. C’était en avril 2036. Plus tard, en 2045, les chiens durent porter une muselière en permanence, pour le cas où ces derniers attaqueraient leur maître.

Marcello n’osait plus promener Bisule qui restait à la maison, car il ne parvenait pas à lui apprendre à aller aux toilettes pour chien. Bisule persistait à poser sa crotte sur la route, ce qui était formellement interdit. Au troisième avertissement, le chien était condamné à mort. Après un court procès – il y avait des juges ès chiens, ainsi que des avocats qui prenaient la défense des bêtes récalcitrantes – le chien qui avait été condamné était envoyé dans une prison spéciale en attendant son exécution.

Juste avant son départ, Lucie avait donné un sac poubelle à son mari pour qu’il la jette dans le container qui se trouvait sur le trottoir, à quelques maisons de là. Marcello détestait rendre ce service à Lucie car le bac se trouvait à droite de la rue, du même côté que sa maison. Or, le côté droit de la rue était destiné aux piétons qui remontaient la rue et il fallait la descendre. Il devait donc traverser la route, descendre à la hauteur du container et se rendre à nouveau du côté de sa maison où se trouvait la poubelle publique. Heureusement, il pouvait retrouver sa voiture sans autre, puisqu’il était dans le bon sens de la marche.

Un jour qu’il avait contrevenu à ce règlement et qu’il était descendu la rue directement depuis sa maison, l’employé du mirador l’avait sermonné. Il l’avait accusé d’irresponsabilité vis-à-vis des autres citoyens qu’il risquait de contaminer du virus qui était alors en vogue et menacé de l’obliger à quitter sa maison s’il recommençait. Comme on avait droit à un seul avertissement, notre anti-héros préférait obéir.

Marcello entra donc dans sa voiture noire, après avoir déposé le sac poubelle dans le container, et réajusta son masque sanitaire, qui était obligatoire dès qu’on sortait de la maison. Même dans le jardin, à travailler son potager ou à tondre le gazon, il fallait le porter. Et dans la voiture, bien sûr, c’était aussi obligatoire.

Ce jour-là, il était particulièrement imbu de lui-même. Il ne cessait de se regarder dans le miroir de la voiture et de se trouver beau, malgré le masque. On ne voyait que ses yeux, mais il les avait délicatement maquillés, comme c’était la mode alors.

Il alluma la radio qu’il avait enclenchée avec sa puce électronique implantée sur le dos de la main. D’excellents haut-parleurs diffusaient le son de manière égale dans toute la voiture. Il tourna le bouton du volume le plus haut possible et la musique s’envola dans tout l’espace de son habitacle. Marcello se sentait fou de bonheur. Il ressentait une plénitude totale. Il était littéralement envoûté, une sensation de force et d’énergie l’animait et le transportait dans une sensation de puissance exacerbée. Il était totalement immergé dans sa musique.

Il s’engagea sur l’autoroute et roulait très vite. Il dépassait tous les automobilistes qui roulaient trop lentement à son goût. C’est alors qu’il entendit à la radio un avertissement signalant qu’un conducteur avait pris l’autoroute dans le mauvais sens. Tout à sa musique, il ne s’en formalisa pas. Il roulait sur la voie de gauche car il se sentait plus fort que tout le monde. Il vit alors l’automobiliste à contresens qui lui arrivait dessus. Il ne pouvait plus se rabattre sur la droite car il était en train de dépasser une voiture qui se trouvait à côté de lui.

Le choc fut terrible, ce d’autant plus qu’il roulait à tombeau ouvert. Il passa la tête à travers le parebrise et son ventre s’encastra dans le volant alors que ses jambes étaient écrasées par la voiture d’en face.

Son esprit s’envola et sa conscience lui rappela toutes les frasques qu’il avait commises durant sa vie…

 

A suivre

 

 

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