Créé le: 11.09.2019
479 0
le cadeau de TOM

a a a

© 2019-2021 Moreau

© 2019-2021 Moreau

Entré dans la boutique du brocanteur par hasard, TOM en ressortira enthousiasmé.
Reprendre la lecture

TOM cherche un cadeau pour sa fête de samedi soir ; au tirage au sort, il a eu Emma. Tous les ans, sa bande d’amis s’offre une bagatelle pour sceller leur amitié mais depuis toutes ces années, les nouvelles idées s’amenuisent car le présent doit être non seulement drôle et ludique mais aussi refléter la personnalité de l’élu.

 

Pour cet objet insolite et original, TOM décide de rentrer dans ce magasin d’antiquités, de bric à brac, cette brocante, cette boutique de ferrailleur devant laquelle il est passé cent fois sans jamais s’y arrêter. Intimidé, il s’avance au milieu du fatras ; il ne sait où regarder tant il y a de choses, du sol au plafond, aux murs ; de toutes les époques, de tous les coins du monde. Tout à son émerveillement, il n’arrive pas à fixer son regard sur un meuble en particulier ; il n’entend pas arriver le propriétaire des lieux, un petit homme trapu, au crâne luisant et poli au large front prolongé par un nez crochu. Ses petits yeux enfoncés dans ses orbites lui donnent un air vif et perçant. TOM lui indique qu’il espère trouver le bibelot unique pour une amie de longue date.

 

Le marchand acquiesce de la tête, attentif et pose des questions sur les gouts de la dame. Il suit avec attention TOM dans le passage étroit entre le mobilier et les tentures. Il veille sur son trésor, interprétant chaque geste qui laisserait présager un intérêt quelconque. Il avance avec douceur, les mains dans le dos, à l’affût. Dans un coin, une vitrine renferme des bijoux en perles, onyx, cristal de roche et autres pierres fines. “Que souhaiteriez-vous Monsieur ? Qu’est-ce que vous souhaiteriez lui offrir, ce presse-papier ou alors un miroir ou encore ce flacon de parfum ?  

Regardant dans la même direction que son visiteur, le vendeur ajoute, “je ne pense pas que cette arbalète accrochée au mur soit adaptée, ni même cette hache à tête d’oiseau dont la lame est aussi coupante qu’un sabre !”

 

Dans ce capharnaüm, même les toiles d’araignées semblent authentiques ; une lampe de bureau XIXème est posée sur un guéridon en fer forgé et marbre rose à côté, une armure du Moyen Age tient la garde à des figurines de verroterie de Murano et à des soldats de plomb ; de même que des biscuits sont collés à des vieux Sèvres sur une étagère sans âge, d’autant que la poussière y est dense. Au mus sont suspendus des tableaux et des tapisseries des Gobelins ou d’Afrique avec des motifs naïfs et colorés. Des armoires, des buffets éventrés permettent d’y entreposer vaisselles dépareillées et verres en cristal plus ou moins anciens. Des cartes, mappemondes et chapeaux coloniaux invitent au voyage.

 

Plus TOM s’avance dans l’établissement et moins il y a de lumière, du fait de l’encombrement de l’espace ; entre les armoires normandes, un totem trône majestueusement avec ses différentes têtes d’animaux peintes de couleurs vives alternant la grenouille, l’aigle, l’ours ou l’écureuil, avec leurs yeux énormes qui vous observent et leur bouche dubitative. TOM est séduit mais l’objet reste encombrant. Il continue à déambuler dans tous cet ensemble sans s’y retrouver. Le vendeur le suit comme son ombre, silencieux et attentif à chaque manifestation d’attirance ou de curiosité. Il connait chaque recoin de son établissement, chaque histoire de chaque objet. Les odeurs se mélangent entre la 

poussière, la thérébentine et l’encaustique.

 

Tom lève la tête et admire les lustres, une vieille voiture à pédale, jouet qu’on a suspendu là pour gagner de la place. Un peu après, à même le sol, un bouddha aux nombreux bras se déploie et attend l’acquéreur. Mais TOM s’arrête devant un habit bleu illuminé par quatre grands cercles brodés en fils d’or fins pour représenter un dragon de face à cinq griffes. Devant l’intérêt de son hôte, le marchand lui explique que ce vêtement vient de la Chine impériale du XIXème siècle, qu’il était porté par l’empereur lui-même, que le caractère rouge signifie la longévité ; le médaillon gauche arbore le soleil surchargé d’u coq tandis qu’à droite, le même représente la lune avec un lapin. Le petit homme lui explique que cette tenue d’apparat était portée pour de grandes occasions, des cérémonies. Il rajoute d’un air entendu que, d’après la légende, le vêtement détient un pouvoir magique.

 

Envouté par la beauté du vêtement, TOM oublie EMMA et décide de se faire plaisir ; la transaction passée, le propriétaire des lieux décroche l’habit, le plie délicatement avant de l’emballer dans du papier kraft. TOM rentre chez lui, son paquet sous le bras, le sourire aux lèvres. Il monte quatre à quatre, les marches de son immeuble et croise Monsieur BENETTE, son voisin bourru et râleur. Heureux, TOM le salue gaiement. L’homme répond à peine à son salut mais en revanche, le poursuit dans l’escalier pour lui révéler qu’il n’a pas dormi encore la nuit dernière à cause des bruits de pas et des grincements du parquet qui l’importunent depuis les travaux qu’il a effectués dans son                              

appartement. Furieux que TOM ne réagisse pas à ses récriminations, il le suit dans l’escalier, en le menaçant.

 

TOM a décidé de ne plus faire attention à lui tant il est habitué à ses plaintes pour lesquelles il ne peut rien ; il ne peut s’empêcher de vivre, de marcher dans son appartement. Ce conflit a commencé dès lors qu’il a décidé de changer le parquet. Avant ils s’entendaient comme larrons en foire et allaient prendre des pots en ville, organisaient des barbecues dans le jardin de l’immeuble et invitaient à l’improviste les voisins qui voulaient se joindre à eux. Du jour où il a décidé de modifier son intérieur suite à un dégât des eaux, TOM devait subir les plaintes de son ancien ami. Il a pourtant tout essayé pour arranger leurs relations, en vain. Monsieur BENETTE le guette dès qu’il passe la porte d’entrée, pour lui crier dessus. Après toutes ses tentatives, TOM a décidé de l’ignorer passablement, ce qui a le don d’énerver un peu plus le voisin récalcitrant. Une fois atteint son étage, TOM lui ferme la porte au nez alors qu’il tente de s’introduire dans son appartement pour lui faire constater la gêne occasionnée par les pas au sol.

 

Dans son havre de paix, TOM, impatient, ouvre le paquet, pose délicatement l’habit sur son lit et le caresse. Son bleu intense et brillant change au contact de la main. La parure est encore plus belle que dans la boutique obscure du brocanteur. La lumière la rend changeante. il se déshabille et enfile l’habit à même la peau, se regarde dans le miroir, virevolte sur lui-même. L’habit lui va et épouse totalement ses formes, l’enveloppe comme une seconde peau. TOM aime le contact de la soie légère. Il 

soudainement l’impression d’être une autre personne. Instinctivement, il redresse la tête, fier et sûr de lui. Il s’imagine en empereur chinois et regrette presque de na pas pouvoir lui ressembler. Il s’allonge sur le lit et lisse encore le vêtement ; il écarte les bras pour que le tissu soit étendu sans un pli. Rapidement, il sent la fatigue l’engourdir et s’endort.

 

Au matin, on tambourine à sa porte d’entrée. “C’est pour quoi ?” Une voix forte lui répond, “gendarmerie nationale§” et une carte de police apparait comme par magie sur le pas de la porte. TOM enfile un pantalon en ouvrant la porte, pas rasé, les cheveux hirsutes. L’un des gendarmes n’attend pas que TOM les invite à entrer et poussant la porte, s’introduit d’autorité dans l’appartement, le bousculant presque. “Qu’est-ce qui vous amène de si bon matin ?” questionne-t-il avec bonne humeur. L’un des deux réplique, “c’est nous qui posons les questions. Il s’est passé quelque chose cette nuit. Votre voisin, Monsieur BENETTE est mort de façon suspecte. Vous vivez seul ?”

 

Devant la brutalité de l’annonce, TOM reste pantois. “Vous n’avez rien remarqué d’inhabituel ?” “Non, répond TOM, il était égal à lui-même quand je l’ai croisé hier dans l’escalier”. TOM sent le regard de l’inspectrice sur lui, observant ses moindres faits et gestes, toute attitude suspecte, révélatrice d’un indice coupable. “Quelle heure était-il ?” “Presque 18 heures”. “La gardienne qui a découvert son corps, tôt ce matin, nous a dit que vous entreteniez de très mauvaises relations. Vous pouvez nous raconter ?” “Et bien, c’est-à-dire que Monsieur BENETTE est heu… était très… comment dire… sensible d’oreille ; il avait le sommeil très léger ; il ne supportait pas mes pas au dessus de sa tête et           

se plaignait beaucoup. Le gendarme se tourne vers la femme, “encore un problème de voisinage qui tourne mal… puis à l’attention de TOM, donnez-moi votre emploi du temps de la soirée”. “Je suis resté chez moi et me suis vite endormi ; j’étais épuisé”. “Pas d’alibi en somme”, réplique l’autre. “Avez-vous entendu du bruit, cette nuit, une intrusion, un élément anormal ?” “Non, rien du tout ; j’ai le sommeil très lourd”, tente TOM pour s’excuser. “Bon restez à disposition, Monsieur HEGLER, nous aurons surement d’autres questions”.

 

La porte refermée, TOM ressentit une grande lassitude, une grande fatigue mais sa nuit profonde. Il regarde son réveil, 8 h 30. Il a dormi longtemps pourtant. Pourquoi se sent-il si las ? Il repense à son voisin. Avait-il des ennuis, des dettes ? Il était pénible, certes, mais il ne méritait certainement pas de mourir ainsi. Que lui était-il arrivé ? La police n’a pas été très loquace sur les circonstances de sa mort. Et lui, sous le choc de l’annonce, a été dans l’impossibilité de les interroger. Chamboulé par l’intrusion des forces de l’ordre et la violence de son réveil, TOM s’offre un café et guette les bruits de l’immeuble pour comprendre ce qui s’y passe.

 

En sortant de chez lui, TOM s’arrête chez Mme SANCHEZ, la gardienne qui lui apprend que Monsieur BENETTE est vraisemblablement mort d’une crise cardiaque. TOM l’interroge, “pourquoi alors, la police est-elle intervenue, s’il est mort de façon naturelle?” Mme SANCHEZ le regarde sévèrement, “Mais parce qu’il a hurlé”, réplique t-elle agacée. La femme s’étonne qu’il n’ait rien entendu tellement le cri était strident, aigu et alarmant ; elle en a encore la chair de poule rien qu’en y pensant.                            

était effroyable.” Elle a d’abord cru qu’il s’agissait d’une bête sauvage ; elle est donc sortie précipitamment de sa loge et a vu l’homme avec une cape sombre et au dragon d’or, s’envoler ; il semblait flotter. “C’est surement cet homme vêtu d’un grand habit flottant de couleur sombre qui s’est échappé par les toits qui est venu pour attaque le pauvre homme”, enchaîne-t-elle avec conviction.

 

“D’après les premières constatations du légiste, Monsieur BENETTE est mort de peur, les yeux exorbités. Il n’a pas d’autres traces extérieures de violence qui auraient pu causer sa mort. Le médecin pense que ce serait dû à une peur intense qui aurait causé l’arrêt du cœur ; cette peur est restée dans ses yeux”. TOM repartit en claudiquant. Madame SANCHEZ lui demande avec suspicion ce qu’il a. “J’ai des courbatures”, explique-t-il ennuyé. “J’ai dit aux policiers que vous étiez en froid et même en conflit permanent avec Monsieur BENETTE ; j’ai bien fait non ?” dit-elle d’une air satisfait, le sourire aux lèvres.

 

TOM remonte chez lui, au dernier étage et passe devant l’appartement de son voisin grincheux. Il s’étonne de ne plus l’entendre et constate qu’il lui manque presque. Le silence l’effraie. Les cuisses brulantes de monter les marches, il s’interroge vraiment sur son état de fatigue et ses jambes lourdes.

 

Fort de cette audace que donne les rêves où rien n’est impossible, TOM ouvre les yeux, regarde l’habit suspendu à son cintre face à lui, intact et lumineux. Il le trouve toujours étincelant et se félicite encore de cet achat. Instinctivement, il passe ses mains sur les muscles de ses cuisses, s’étire dans le lit encore 

tout émerveillé de sa fiction extravagante mais plaisante. il se prépare pour sa journée, se rappelant qu’il lui fallait encore trouver un cadeau pour EMMA. Avant de sortir, il s’avance pour prendre les clés de son appartement qu’il avait posées la veille sur son bureau mais s’affole vraiment lorsqu’à la place de son trousseau, il récupère celui de son voisin.

 

FIN.

Commentaires (0)

Cette histoire ne comporte aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez vous connecter pour laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience optimale de navigation. En continuant de visiter ce site, vous acceptez l’utilisation de ces cookies.

J’ai comprisEn savoir plus