Créé le: 27.06.2026
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Le bleu des origines
P. 9 Goudron
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Un dialogue en directe entre la lectrice (Helena) et l'auteure (Christiane Antoniades-Menge) à propos de son livre Le bleu des origines. Une photo, une discussion et beaucoup de liens. Un échange littéraire privilégié et unique sur Webstory.
(Version pas terminée...)
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LE BLEU DES ORIGINES (lien sur le livre)
– Chère Christiane,
Je commence à la page 9: la synchronicité de ce chapitre avec la photo me saisit. Le bleu commence par du noir et ce n’est pas tous les jours que je lis “Attention goudron frais” sur un poteau d’un autre siècle. J’ai évidemment touché la pommade noire et elle était sèche.
– Christiane
Ces coïncidences m’étourdissent… donc le goudron continue de soigner nos arbres? J’ignorais cela, mais tant mieux et toute mon admiration aux jardiniers, qui savent noblement tirer parti de substances que nous retrouvons par ailleurs dans l’asphalte de nos routes… mais LE GOUDRON EST D’ORIGINE VEGETALE… nous voilà de plein pied dans le concours Webstory 2026…
– Helena
Oui tu as raison. Mais un poteau électrique ce n’est pas tout à fait un arbre. Est-ce que tu es partante de continuer notre dialogue littéraire?
– Christiane
Tout à fait… et avec plaisir 🙃
– Helena
C’est parti alors
P. 12 Faux sommeil
2
– Helena
Faire semblant de dormir et entendre dans ce semblant comme des chuchotements de grandes personnes. Savoir l’importance de leur monde mystérieux et y participer en cachette, quand ils croient qu’on dort. Quel délice! Quel sentiment de sécurité absolu. Bien au chaud. Et recueillir juste avant de s’endormir un trésor d’information comme une petite lumière dans la nuit. L’aube se lève au-dessus du lac de Locarno et les oiseaux me racontent plein de choses. Je me rendors. Un mot résonne: MYSTÈRE. Avec celui qui termine la page tout au début du livre, celle où tu regardes tout au fond du volcan. Ce mot est important je crois… mystère.
– Christiane
Une petite lumière dans la nuit… elle a entendu un début d’info… elle comprend qu’il y a un « mystère »… bientôt ce mystère sera indissociable du SECRET…
Bien-heureuse Helena, au bord du Lac Majeur… tu es très près du lieu du « Bleu »… 😇😉
P. 11 Le bleu-vert
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– Helena
Ce n’est pas un hasard si j’ai continué maintenant, ici.
P. 10 Blancheur et lumière
4
– Helena
Blancheur et lumière sont dans cette photo avec un grand-père auréolé d’une couronne de cheveux blancs. Tout est virginal. Mais sur cette image noir et blanc, le « Nonno » est assurément vêtu d’un costume sombre…
P. 10 Photo du grand-père
5
– Christiane
… oui, le costume de grand-père est sombre… j’ai l’honneur de te le présenter dans la photo qui suit.
– Helena
Ce qui me bouleverse, c’est que le mot « étoile » m’avait traversé et je ne l’ai pas placé. Elle s’est placée toute seule: le rayon qui traverse le tableau vient de ce point lumineux de la photo. Il y a des choses qui nous échappent. Pourquoi ce tableau-là a-t-il retenu mon attention, et pas un autre, en entrant dans cet hôtel de Gambarogno?
Même la composition des personnages! Ils sont décalés, comme les formes sur le tableau. Et le demi-cercle noir (grand-père) soutient la boule blanche
(l’enfant). C’est renversant.
P.11 Barbe
6
– Helena
Le grand-père toujours lumineux, paré de mousse à barbe, légère comme un nuage aux yeux d’une fillette éblouie d’une tendresse complice. Un père de substitution comme un présent.
P. 14 Mariage
7
– Helena
Cette enfance évolue dans des ambiances en clair-obscur. La matérialité du temps se fait plus présente avec ces montres. La petite a trouvé un moyen de retenir ces instants en proposant cette alliance. Et le grand-père a suspendu le temps dans une éternité d’affection. Que c’est beau. Noir. Blanc. Bleu pour la fluidité de l’amour.
– Christiane
Helena, ces fleurs blanches sont la beauté même… tu es en train de créer un décor bouleversant… tu vois des aspects que j’ignorais avoir infiltré dans mes lignes… oui, le costume de grand-père est sombre… j’ai l’honneur de te le présenter dans la photo qui suit.
P. 17-19 Les pierres plates
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– Helena
Il est dimanche soir et je n’ai pas trouvé de train ni de gare. Mais j’ai trouvé ceci près du lac à Ascona: une de ces pierres dressées, plates, qui délimitent, cadrent, soutiennent. Et une peluche d’enfant, perdue ou abandonnée. Je penche pour perdue.
– Christiane
Les pierres sont les traces de l’histoire de notre planète. Des millions d’années y ont inscrit leurs jours et leurs nuits. L’enfant passé par là lui a confié sans le savoir une trace de son passage, une lueur de sa vie.
P. 19 Lucioles
9
– Helena
Point de lucioles… mais des petites lumières à la surface de l’eau.
– Christiane
Un mirage dans l’ombre de la nuit qui tombe… quelques lucioles, leurs lumières et le SILENCE… alors l’enfant dit: « Papa, nous devons rentrer… maman va s’faire du souci…”
P.17 Train
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– Helena
Un train arrive, un train s’en va. N’importe comment, il encadre un espace-temps de bonheur, clair. À la semaine prochaine, obscure.
P.17 Espace-temps
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– Helena
Espace-temps très court
Chère Emeraude, tes fragments tombent de manière inopinée dans ma journée sous forme d’espace-temps précieux où je vois le passé en même temps que le présent.
– Christiane
Peut-être verras-tu une star descendre du train en lunettes noires? Pour chaque enfant maman est la plus belle 🎊
– Helena
Est-ce ta maman cette silhouette tout au bout du quai? Trois rayons de lumières convergent vers cette star tant attendue.
– Christiane
Peut-être te fait-elle un clin d’oeil depuis le bout du quai? Dans mon souvenir elle descend une à une les marches du wagon… ses chaussures ont des talons…
– Helena
Ce n’est pas à moi qu’elle fait un clin d’œil, c’est à toi. Elle est loin, non pas sur le quai mais dans ton souvenir. Et il y a ce côté inaccessible. C’est ce que dit l’image.
Donc star
Idéalisée
Évanescente
– Christiane
Elle est le « point de fuite » de l’image… elle pourrait d’ailleurs être en fuite, seule solution possible… terrible hypothèse, inavouable 😶
– Helena
C’était sûrement compliqué pour elle
– Christiane
Les complications vont s’emmêler tout au long des années: un noeud gordien en devenir 😶
P. 22 Papier de toilette
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– Helena
Surprise d’un autre temps qui nous relie. Un temps oú on récupérait absolument tout: les bouts de ficelle, les pots en verre, les papiers. Nous, on fait figure d’irresponsables complets à côté des anciens, avec notre gaspillage. Chez ma grand-mère je découpais le papier journal pour le mettre sur un crochet aux wc. J’aurais préféré avoir le papier de soie du boulanger… pour le dimanche.
Tu remarqueras le couvercle de couleur bleu…
– Christiane
Voir la vie en bleu… plutôt qu’en rose.
La blancheur éclatante de ce carrelage… un luxe rare en ce temps-là, dans les maisons toutes récentes, aux loyers inabordables… Chez Aurélie, il n’y a pas de chauffage dans les toilettes; en hiver (8 degrés) on y traîne pas! L’humidité fait gonfler la peinture des murs, qui tombe en poussière. À travers une petite fenêtre on peut voir un coin de ciel bleu 🌈
P. 25 Cochons dans la cour
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– Helena
Tout allait paisiblement jusque là. Malgré l’absence de ta maman, des grands-parents bienveillants veillent sur toi. La désorientation de ces malheureux cochons préfigure la tienne à mesure qu’elle se fissure dans les pages à venir. J’ai vu une seule fois, chez ma grande tante qui vivait à la campagne, les cochons qu’on emmène à l’abattoir en les poussant dans le camion venu les chercher. Leurs cris m’ont marqués à tout jamais
Cette photo d’un pays où le bleu règne, m’a frappé. Tout ce rouge qui arrive…
Une autre image, un mince corde rouge interrompt la continuité des cordes blanches. Pour signaler un danger à cet endroit. Que sera ton prochain danger qu’on ne te signale pas?
– Christiane
Magie de la technique qui peut « agrandir » un détail… : égaré dans tout ce rouge, un dauphin aérien cherche son eau, son monde bleu, pour y replonger… oui, deux fils rouges tissent un signal d’alerte… allument la tentation de se pencher par dessus pour VOIR ce danger… IL est là, IL guette sa proie au fond de l’eau, IL attend le moment favorable… IL prendra son temps… Relever le regard vers l’horizon, rester dans le bleu du ciel pour contempler le bleu tout entier de la mer…
… entretemps les pauvres cochons ont été ramenés dans leur étable obscure… dans ce trou infâme tout y est noir, que leurs yeux soient ouverts ou fermés…
– Helena
C’est fort ce contraste entre le rouge et le bleu que tu décris si bien. Moi aussi, ce fond rouge derrière le dauphin me dérange.
Le trou infâme de tes cochons et le cris de mes cochons… les adultes restent silencieux. Un silence cruel.
Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire… c’est une pratique qui perdure dans les familles et qui gangrène toute la société.
– Christiane
Un jeu de lettre initiale… Noir… Soir… Voir… comment voir dans le soir qui devient noir?
P.25 Suite...
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– Helena
Une autre image, un mince corde rouge interrompt la continuité des cordes blanches. Pour signaler un danger à cet endroit. Que sera ton prochain danger qu’on ne te signale pas?
P. 44-46 Il est passé
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– Helena
Le père, la mère, l’absence. Cette maison chaleureuse et douillette des grands-parents ne remplace pas l’absence. Il est passé alors qu’elle est absente. Exprès. Et cette petite fille qui remplit inlassablement le tonneau percé de l’absence telle une Danaïde. Que les adultes sont cruels. J’ai toujours été persuadée que les enfants aiment plus leurs parents que les parents ne les aiment.
– Christiane
Portes et fenêtres bleues, comme les origines, fermées, inaccessibles… s’impose la longue recherche de la clé qui pourrait les ouvrir… et le courage d’entrer… d’oser regarder en face le secret, le mystère 🫣
Pendant ce temps le vent de la vie tourne les pages de nos existences… nous entraîne dans l’avenir 🌈
Le livre
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– Helena
As-tu envoyé ton livre à ton père? À ta mère? À tes grands-parents?
– Christiane
Tou-te-s disparu-e-s… Des cousines de ma mère y ont retrouvé leurs souvenirs très précis de l’époque et des lieux… « comme si on y était! »…
– Helena
On dit que si tu brûles un livre comme une offrande, il monte au ciel.
– Christiane
Et un cousin à moi, fils de ma tante, 17 ans plus jeune que moi, m’a dit être abasourdi de lire ses propres souvenirs à l’identique « écrits par quelqu’un d’autre »…
– Helena
Moi aussi, je suis abasourdie de lire la justesse des souvenirs identiques: le beurre mélangé au miel, les paquets ficelés avec soin, les yeux bleus de mon grand-père, le papier journal aux toilettes… Comment as-tu fait pour te rappeler et transcrire tous ces détails comme si tu les avais photographié avec tes yeux?
Et les bottins dans les cabines téléphoniques!
– Christiane
À Lenk et à Lucerne aussi, les bottins du téléphone dans les cabines ont laissé le public bouche bée… la mémoire est collective et enjambe le Röstigraben. Le regard est un appareil photo, exactement: son « click » grave l’image dans le marbre de la mémoire. Ainsi elle traverse le désert du temps… il y a aussi le souvenir infaillible de certaines odeurs, invisibles, elles, mystérieusement inscrites dans notre cerveau 🎉
P. 44 Il est passé
17
– Helena
L’arrivée de Lili? La petite sœur que tu accueilles avec toute l’innocence de l’enfance, puisque cela veut dire que ta famille absente s’agrandit.
L'immensité
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– Helena
Et en même temps le passage du père qui agrandit son inaccessibilité comme l’immensité de l’univers entre les étoiles, l’immensité du vide qu’il laisse comme après le passage de la comète Halley
P.39 Peut-être que tu as ressenti ça en prémonition quand ton grand-père t’as montré la constellation de Persée. Un grand-père très présent.
– Christiane
Il est le pilier de mon existence 😇💙 sa parole est rare, donc chaque mot se grave dans la mémoire 💖 La beauté absolue et le mystère du firmament restent inaccessibles… L’icône construite autour du « vrai papa » (beau, élégant, etc) va bientôt se ternir: son inaccessibilité est « voulue » 😶
P.11 Barbe
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– Helena
Enfin une image qui fait honneur à ton Grand-père: un nuage de mousse dans un ciel bleu
– Christiane
Es-tu à Galaxidi?
– Helena
Ouiiii
– Christiane
C’est une formule que je n’avais pas imaginée, mais elle est étonnante dans la réalisation… C’est ton regard qui crée la surprise: il est à la fois « surplombant » le sujet et naviguant en sous-marin dans les profondeurs des sentiments… du bleu du ciel au bleu de la mer… les deux se confondent dans la ligne d’horizon.
– Helena
Oui, et tu réponds en jouant le jeu. C’est important sinon ça ne serait pas aussi intéressant.
P. 27 Ecole
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– Helena
D’où nous vient cette idée qu’une famille doit avoir le même nom? C’est un artifice social qui sert davantage pour posséder que pour réunir. L’amour des grand-parents est ton appartenance et c’est injuste que la conscience de ton nom de famille accentue la séparation dont tu n’es pas responsable. Les adultes font plus de mal aux enfants en se taisant qu’en expliquant la réalité. Se construire sur du sable est impossible.
La barrière en fer forgé est comme le nom de famille, une répétition des mêmes motifs liés de génération en génération, qui parfois te protège, parfois t’entrave comme une barrière invisible.
– Christiane
L’artifice social du nom de famille va plus loin que la propriété: un enfant « naturel » porte le nom de sa mère, du coup il en devient « illégitime ». Cette catégorie d’enfants a rempli les orphelinats pendant des siècles. De son côté, la « fille mère » ou la « mère célibataire » porte le déshonneur familial ou social… Le patronyme est un ménhir en soi… la famille est un clan, une tribu: son étiquette/drapeau est le nom du/des Père-s…
– Helena
… renforcé ou justifié par le très patriarcal « Au nom du père… »
Grand-parents
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– Helena
Cette image me fait penser à tes grand-parents qui sont unis et qui font de leur mieux pour t’apporter la chaleur qui te manque
P. 42-43 Noël
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– Helena
Ce moment si spécial a une aura toute particulière, davantage dans les pays d’hivers froids. La joie de décorer le sapin avec son grand-père, de redécouvrir les anges, les bougies et les boules brillantes et en dernier la pointe brillante, pièce maîtresse au sommet. À défaut de sapin, je t’envoie ces roses de Noël de la plus petite à la plus grande au sommet de la branche. Ce n’est pas le sapin qui rapetisse, c’est nous qui grandissons.
Profite de ton dimanche, c’est le Noël de la semaine 🥂
– Christiane
Fleur magnifique… merci… on glisse d’une saison à l’autre, d’un climat à un autre… J’ai hélas fait une « glissade » d’un autre genre et me suis fracturée une rotule. J’échappe à la chirurgie, mais pas à une longue immobilisation du genou… envoie-moi un camion de patience 😫🤓💙 je tiens le cap et la barre… tes messages sont mon fil rouge… 🙏 Fraristò pàra polì 💐
– Helena
Aï, faut pas tomber! Se reposer, se reposer, se reposer. Je continue cet extraordinaire voyage dans le passé sur ta navette temporelle
P. 50 Tête de boche
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– Helena
Grandir, commencer à répondre, à poser des questions au lieu de se taire. Les adultes se taisent bien, eux. En même temps, tu sais que les questions de l’enfance, tu ne peux plus les poser non plus. Ça rétrécit la fenêtre sur les grands-parents (le grand réverbère) et t’oblige à grandir. D’ailleurs dans le prochain chapitre tu reçois une montre, signe que tes grands-parents te laissent ton espace-temps. L’importance des rituels qui marquent la vie.
– Christiane
Je tombe amoureuse de cette image 💙 grandir est la conquête de la liberté… en passant à travers les murs 😶🌫️ 🙂↔️
– Helena
Tu le décris si bien ce processus!
P. 66-68 Révélation
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– Helena
Il faut toujours un banc pour recueillir une révélation, surtout quand on ne s’y attend pas. Quand tu parles de maman, je ne sais pas si c’est ta mère ou ta grand-mère. A quel moment cette confusion est-elle apparue dans ma tête de lectrice? A quel moment les adultes ont zappé qu’ils ne t’ont jamais clairement expliqué ta situation? Il y a de quoi devenir malade. Comme un noyé par énormité de la vague.
– Christiane
L’image de la noyade colle parfaitement… Aurélie est dévastée par une vague trop haute pour elle… cet homme redouté, ce « père » inavouable supplante le sien, définitivement. Elle en fera une icône, couvée et admirée dans le plus grand secret de son coeur.
Tu n’es pas n’importe où… sur les terres de l’oracle de Delphes… les messages divins traversent les siècles, ils sont immortels… nous les captons encore, les absorbons…
… le très célèbre « Connais-toi toi-même »
P. 68-70 Révélation (suite)
25
– Helena
La révélation transforme le joli banc dans ta bulle en une réalité presque carcérale. Des frontières invisibles apparaissent entre Lili et toi, entre toi et eux. Plus rien ne sera comme avant, tu es sortie de ta bulle. Mais c’est une illusion de croire que ça n’a pas d’importance
Tu es doublement exilée
– Christiane
Ce rail de chemin de fer à l’arrière… ce symbole métallique de la dureté annonce une sorte de pressentiment… distance et éloignement présagent la séparation des deux enfants… Aurélie ne le sait pas encore, mais elle est déjà ce livre ouvert, abandonné sur un quai de gare… entre en scène la Solitude.
P.72 Carnaval
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– Helena
La séparation est un désert sans fin. Tout le monde souffre dans cette situation: trois familles et toi au milieu du manège de carnaval.
P. 79 Collections de timbres
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– Helena
Le plaisir des timbres qui résument toute une époque oubliée. Chaque petit carré est une mini-fenêtre sur le grand trombinoscope du passé. Je n’ai gardé que ceux qui sont abîmés à cause de la valeur ajoutée, leurs fêlures.
– Christiane
1956: premier tunnel routier et naissance de Lili.
1963: centenaire de la naissance d’une femme rare comme Anna Heer… Lili a 7 ans et s’en va vers une école inconnue (qui donc lui a tenu la main ce jour-là?). Les timbres posent des traits d’union inattendus par delà les décennies. Le regard d’Anne Heer, lui, traverse le temps, inébranlable dans sa détermination.
– Helena
Anna Heer est un peu notre Florence Nightingale
– Christiane
Autour des examens de maturité +++++ Aurélie est tenue de les REUSSIR. C’est une OBLIGATION majeure, alimentée par la terreur de l’échec, elle-même nourrie par la conscience d’un encadrement pédagogique médiocre. La réussite est la seule preuve d’amour concrète qu’elle puisse donner à sa mère (en échange du financement de l’école privée)… Ainsi la réussite sera en même temps un soulagement (financier) et une déchirure totale; DEPART annoncé, DERACINEMENT, immersion dans une langue inconnue… SEPARATION du foyer, du lieu de vie, des grands-parents, des copines d’école (elles iront à l’uni à Milan, Turin, Pavie…). Un EXIL définitif à l’étranger. Et puis, la NUIT, la SOLITUDE, l’insurmontable DIFFICULTE à affronter les jours, l’IMPOSSIBILITE de DIRE, l’absence des MOTS, l’inexistence du TEMPS, l’IMMOBILITE de la réalité. Un gouffre de détresse.
P. 81-83 Examen de maturité
28
– Helena
Ce chapitre condense les débris, les fragments de toute l’histoire. Les examens de maturité, un mot qui semble sonner le glas dans ce contexte. Quoi qu’il arrive, réussite ou échec, tu te brises. La frontière qui sépare l’enfance de la maturité n’a jamais été aussi douloureuse. J’ai pensé longtemps à comment je pourrais représenter cela en image
Un oeuf brisé et des pétales de fleurs éparpillés. C’est ce qui reste du bouquet de la page 14. Ni le grand-père, ni la petite n’ont pu retenir le temps.
En même temps, un oeuf présage un avenir, une nouvelle naissance.
– Christiane
Les souvenirs installent dans l’immortalité les êtres et les choses aimées… les images leur donnent deux dimensions et la possibilité de rester visibles au-delà du temps qui passe… des pétales de fleurs qui « émergent » des pages: un envol de tendresse infinie… ce bouquet ne se fânera jamais.
On peut penser que le poussin s’est envolé vers son nouvel horizon… et peut-être quelques plumes se sont mélangées aux pétales…
P. 85 Rencontre au sommet
29
– Helena
Des vitraux que le « vrai papa » a réalisé en jaune, orange et rouge. Etrangement, on en revient toujurs au bleu des origines, le bleu de ses yeux. Tu n’as rencontré que le vide. Il ne s’intéresse pas à sa fille et il pousse l’outrecuidance jusqu’à te donner un bouquet improvisé pour ta mère. Tu voulais le voir. Tu l’as vu. Basta.
Incroyable ce reflet bleu sur le sol. Eglise d’Evolène.
– Christiane
Le bleu du ciel, qui n’était pas invité dans la palette du vitrail, à réussi à se faufiler dans le labyrinthe des souvenirs… couleur tendre, douce, tenace, elle repose un instant sur la dureté du sol… avant de se retrouver, éclatée, dans les regards de quatre personnages: trois pères et une enfant.
– Helena
En quelques pages, l’enfance a tourné la page, tout le miroir s’est brisé. Cependant, tu as su imaginer, idéaliser, espérer pour remplir le vide laissé par ton père ET ta mère. Et c’est devenu une force qui te permet de remplir TA vie à ta manière. C’est étrange n’est-ce pas que les vides nous construisent autant que les pleins, comme ceux des lettres.
– Christiane
Le vide donne le vertige… peur d’y tomber… on recule… alors vient la prise d’élan pour un grand saut… ainsi se construisent nos ponts intérieurs: nous les projetons, sans savoir où ils aboutiront… le désespoir révèle l’existence d’une force intérieure insoupçonnable… est-ce l’envie de vivre? Le grand vide, lui, subsiste, tout en bas, au-dessous du pont, quelque part dans la redoutable mémoire.
P. 89-90 Fin du travail
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– Helena
Le vide se crée pour ton grand-père, relégué à l’inspection des arrivages de fruits et légumes importés. Le téléphone est le pont qui le relie à cet espoir infime qu’on va l’appeler, qu’il est toujours utile. Sa surdité naissante sera sa défense pour ne pas entendre la sonnerie disparue. Le mot restructuration est glaçant jadis comme maintenant. Il n’apporte jamais de bonnes nouvelles.
– Christiane
Ce combiné on le regarde, on attend sa sonnerie… un téléphone qui ne sonne pas est un verdict sans appel… on rêve de composer un numéro sur le cadran… on sait que ça ne donnera rien… on s’enfonce dans le brouillard du silence… l’incompréhension s’installe… les couleurs des fruits, elles perdurent comme immortalisées dans un tableau.
P.92 Souvenirs en bulles
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– Helena
Trente ans ont passé depuis la page 9. Le décor a changé. Du goudron au champagne. C’est un moment festif dans un cadre soyeux. Couleurs rose, dorée et le bleu du lac. Une ambiance à la fois lumineuse et douce, à l’image du grand-père. Cela pourrait presque être la fin du livre… la boucle est bouclée.
– Christiane
Les bulles remontent joyeusement du fond des flûtes, comme une guirlande de perles de souvenirs heureux… inoubliables, dans une langue apprise sur place, limpide et musicale… « molto gentile, arrivederci e grazie »… un message d’espoir chatoyant, lancé vers l’avenir sur l’eau calme du lac. Rien n’est jamais fini: dans l’ombre d’une boucle qui se ferme, la suivante s’est ouverte et prend le relais dans la chaîne de l’existence.
P.93 Cinéma écroulé
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– Helena
Comme l’ancien cinéma, ton livre a servi de salle de projection.Un écran qui a vu défiler une époque révolue. le cinéma est parti en fumée, la bande du dernier film est sous les décombres. A une autre époque, j’aurai pu ajouter un mégot fumant, mais je n’ai pas osé.
– Christiane
Cinéma écroulé. Ça aurait pu être un incendie… non, juste un effondrement.Mais dans le nuage de poussière: les poutres de la charpente, enchevêtrées dans les tuiles de la toiture, les murs éventrés, les rangées de sièges écrasées, la galerie sombre où je n’avais pas le droit de monter (mais pourquoi? quel danger était tapi dans l’ombre?), la minuscule salle de projection, les rideaux épais qui feutraient les sons, le hall d’entrée et la caissière (très maquillée) trônant sur son podium, l’image évaporée de Monsieur Ugo, toujours impeccable, avec sa moustache fine à la Clark Gable et sa cigarette… le grand écran? un chiffon de toile déchiré… des strates de rêves et de souvenirs ensevelis dans un tas informe et désespéré…😶 la mémoire d’Aurélie se redresse, secoue la poussière de ses épaules, enjambe les gravats, se souvient encore un instant du parfum des lauriers roses qui bordaient l’entrée et poursuit son chemin sans se retourner 😶🌫️ 🫥
– Christiane
Dans l’image que tu dédies au cinéma effondré: ce fragment de pellicule noircie et entortillée qui transporte les souvenirs et se pose parmi les débris… juste sur les pages qui en conservent la mémoire. Instant chavirant et fugace: le prochain coup de vent l’emportera…
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