Chapitre 1

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Lecteur: Il y va un peu fort, non? Webwriter: Je crois qu'il s'agit d'une satire. Ce n'est plus à la mode. Lecteur: Tu crois que la satire est admise dans ce domaine? Webwriter: La satire sert à faire réfléchir et remettre en question. Cela permet de corriger ce qui ne va pas dans notre société.
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–      B : C’est très calme ces temps

–      C : Oui, c’est à cause de l’épidémie. Tout le monde a peur comme au bon vieux temps de la peste. Au Moyen Âge, les gens se tournaient vers nous, mais aujourd’hui, ils ont d’autres consolations, bien terrestres. D’ailleurs ils se terrent chez eux.

–      B : D’habitude, tu ne me réponds pas. Tu te contentes de me regarder du haut de ta croix en me considérant moins biblique que toi.

–      C : C’est possible. Tu es un bol d’eau si on résume.

–      B : Prends garde que ta fonction ne te monte pas à la tête. Je suis bien plus précieux que toi.

–      C : HA ! Et en quoi je vous prie?

–      B : Tu peux continuer à me tutoyer, ne fais pas toute une histoire. C’est ta spécialité. D’abord mes origines se perdent dans le temps. Mon lien avec les hommes est de l’ordre du mystique. Depuis bien avant l’Antiquité, j’ai accompagné toutes les religions. L’eau sacrée a donné lieu aux premiers rituels des hommes. Comme le feu, la terre et l’air. Les premiers éléments. Toi, ouh là, tu es un petit jeune à côté.

–      C : N’oublies-pas à qui tu parles, bol d’eau! Je suis l’incarnation de Dieu sur Terre.

–      B : Oui bien sûr. Jamais rencontré ce personnage. Mais l’idée est intéressante.

–      C : Et tu peux admirer le travail qu’il a fallu pour réaliser cette croix en bois précieux, doré à la feuille. Mon corps a été sculpté par les meilleurs artisans et…

–      B : Pour montrer quoi au juste ? Je ne ferais pas le fier à ta place, un homme cloué sur une croix, franchement, t’as pensé aux enfants qui entrent dans l’Eglise Saint-Sulpice ?!! C’est indécent. Tiens, j’y pense, ce serait plutôt Saint-Suplice! Tu n’es pas meilleur que les autres martyrs et Dieu sait s’il en a eu!

–      C : Blasphémateur, mécréant! Comment oses-tu?

–      B : Je te laisse le temps de te calmer et en profite pour te raconter mes origines. Ce que tu désignes par « Bol » est une superbe Tridacna gigas, le plus grand mollusque bivalve connu. Je viens du fond des âges, l’éocène, il y a 56 millions d’années. J’ai été remonté des fonds de l’Océan indien pour être offert au Pape Alexandre VI. Ma rareté et mon ancienneté me rendent précieux. Tes 2000 ans, et encore, cela reste à prouver, ne font pas le poids.

–      C : Un bol comme toi n’est pas en mesure de comprendre toute la grandeur que je représente. Il n’y a aucune comparaison entre un concept divin et un objet.

–      B : Trêve de querelles. Nous n’allons pas reproduire les disputes des hommes. C’est cela la Grandeur.

–      C : Tu n’as pas tort. Toutes ces guerres au nom de l’amour de Dieu font plus de mal que de bien. Mais dis-moi, en quoi ton eau bénite est-elle si précieuse?

–      B : L’eau à laquelle je sers d’écrin a été bénite lors de l’aspersion dominicale. Elle est source de vie, purifie et prépare les croyants à célébrer l’union avec le ciel. J‘apporte l’espoir aux hommes et les initie symboliquement à quelque chose qui les dépasse. Créée par la nature, qui est parfaite, la coquille de bénitier géant ne sera bientôt plus de ce monde.

–      C : Nous avons deux points communs : nous cherchons à élever l’humanité au-dessus de sa condition et nous ne serons bientôt plus de ce monde.

–      B : Et je vois un troisième point: à l’origine, tu avais choisi le poisson comme symbole, donc en référence à l’eau. Pourquoi n’as-tu pas gardé ce signe qui réunit l’homme à la nature au lieu de l’en écarter?

Commentaires (2)

Starben CASE
01.02.2024

Venant d'un Cardinal, ce commentaire inaugure une prochaine conversation. A propos de pierres, je reste admirative de ta Rencontre mémorable au bord de la rivière avec la serpentinite.

Cardinal de La Rapière
01.02.2024

Il me semble percevoir dans ce texte l'influence d'un autre webwriter... Amateur de fossiles, je ne peux qu'applaudir de mes deux valves le bénitier de l'éocène; admirateur de la Renaissance, je ne peux que soulever mon galero pour saluer le père de César Borgia, fameux condottiere dont Nietzsche fit l'éloge.

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