Créé le: 06.09.2021
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Le Banc

Billet d'humeur, Histoire, patrimoine, Humour

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© 2021-2022 Peter Pumpkin

© 2021-2022 Peter Pumpkin

Un petit texte dédié à tous ceux qui, du fond du coeur, haïssent Ramuz (et aussi le Club Alpin et les chants patriotiques romands). Et que ceux qui aiment Ramuz (ou même le Club Alpin - les chants patriotiques romands, ce n'est pas possible) se rassurent... c'est pour rire...
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Viens t’asseoir sur le banc, devant la maison, à côté de moi, femme, c’est bien ton droit : il va y avoir quarante ans qu’on est ensemble. Tu te souviens, femme ? Il a fallu y aller, et y aller. On a eu des enfants. Il fallait s’en occuper. Et puis ça allait mal. Et il fallait recommencer. Et on recommençait encore. Et puis l’herbe poussait, et il fallait la tondre. Et puis elle repoussait et il fallait la tondre encore. Et puis encore, encore et encore. Comme les cheveux, qui poussent sans arrêt, et on finit, si on n’y prend garde, par ressembler à un hippie. Tu te souviens, femme, ou quoi ? Il fallait sans cesse protéger la maison contre le liseron, contre toutes les vermines. Si on n’y prend pas garde, les plantes font des racines, et elles finissent par détruire les fondations. Il faut arracher, mais ça repousse. Et ça repousse encore. On a bien failli voir la maison s’écrouler. C’était dur, ça n’arrêtait jamais. Et puis, on finit bien par y arriver.

 

Et il y avait les voisins, et le conseil communal. Il fallait toujours se taire, parce que sinon, il y aurait bien eu quelqu’un de fâché. Et tu voulais parfois parler, et je te disais de te taire ; parce que, à trop parler, on s’attire toujours des ennuis. Pendant bien quarante ans, on s’est tu ; et puis, qu’est-ce qu’il y avait tant à dire ?

 

Parfois tu étais fatiguée ; et j’allais en ville, là où il y a les gourgandines, les femmes qui se peignent les ongles, même ceux des pieds. Et on attrapait des maladies, et il fallait se soigner. On payait le docteur, et il fallait se soigner encore.

 

C’était dur, mais il a bien fallu y aller. Les enfants sont partis, on les a élevés. On ne les voit plus. Ils ne nous parlent pas, et nous non plus. On leur a appris ce qu’il fallait, qu’il faut travailler dur, que la vie est faite surtout de peine. Et on n’a rien dépensé, on a tout mis de côté.

 

Et maintenant, le soleil se couche sur la prairie du Gros-de-Vaud. C’est la fin de la journée, et les rayons rouges et dorés s’éteignent, là-bas au loin. C’est la fin de la journée, et il faut y aller encore. On va creuser le trou. Ça sera dur, mais il faut le creuser. Et on se mettra dedans, l’un à côté de l’autre. Ce n’est pas tant qu’on a envie de rester toujours ensemble, à force, ça finit par ennuyer. Mais on ne peut pas creuser deux trous, ça prendrait trop de place. Et puis, il faudra le remplir. On n’y arrivera pas, pour le coup ça sera la première fois ; ça ne sera pas de la mauvaise volonté, mais là, cette fois, ça ne sera pas possible. Il faudra que  les enfants s’en occupent. C’est bien leur tour.

 

Tu m’écoutes, femme, ou quoi ?

 

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